‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 65 sur 102 · MALHEUREUX ROI, MALHEUREUSE FRANCE · texte numérisé non relu

MALHEUREUX ROI, MALHEUREUSE FRANCE

Il y a quarante-neuf ans que ce cri fut poussé par le Journal des Débats k propos d'un coup d autorité semblable à notre 16 mai. Jamais cri ne fut plus prophétique. Malheureux roi: le roi perdit sa couronne, partit en exil, et son petit-fils vil en pays étranger. Malheureuse France : sans parler des pertes multiples qu'intligea la révolution de Juillet comme font les événements de ce genre, on s'achemina vers la commotion de 1818, si désastreuse et si mal préparée qu'elle eut l'empire pour successeur: cl l'empire amena le démembrement de la patrie.

(1) Revue de In Philosophie positive^ numéro de septembreoctobre 1877.

MALHEUREUX llOl. MAUlEUflElSE fUSŒl iOI Disons donc historiquement avec li^s Débats de ce (pmps: malheureux roi, malheureuse France! Nous savons comment- s'est terminé l'ancien coup d'autorité. L'histoire du second n'est pas encore complt'te; ii a, comme l'autre, dissous la chambre des députés, et, comme l'autre, il aura le retour des m (1). Là je m'arrâte; pour le moment tout est concentré dans le combat élecloral qui s'appi'ï'te.

Ne nous laissons pas tenter k pousser la resscm- Itluncp trop loin. Sans parler de la différence des temps, des antécédents, de la situation tant intérieure qu'eitêneure, une première dissemblance frappe le regard, c'est eelle que présentent les deux grands personnages qui prirent sur eux d'intervenir dans le jeu jusque-là régulier de la politique. Le premier était un roi appartenant ii la plus ancienne Tamille royale de l'Europe et dont les aïeux ont gouverné la France pendant près de mille ans. Il jetait le poids de son nom dans une entreprise douteuse (l'événement l'a bien prouvé] el politiquement détestable (car alors comme aujourd'hui il imporLiit d'habilucr l.i France » suivre sans coups violents son développement); mais enlin ce nom était celui de Bourbon, dont la majesté ne pouvait alors ^tre couteslée par personne. C'était un prestige.

Un pareil prestige manque à M. le maiéchal de Hac-Mahoii. Mais, à défaut. les grands services créent un prestige qui a aussi sa valeur et qui est capable de dominer les foules et de leur faire suivro en aveugles une direction donnée. Voyons donc si celui-là uppartieiil it M. le maréchal de Mac-Mahon.

(I) D«nx cpnt vingl et un dépotés, qui rnrm.iknl U uii^otiii daoi la rhimbre, votcrent dèr la préicntition ilc l'adreiu et aviiil luaU diKOision Mnlre le tniniEltre Pulignac.

AOt MALHEUREUX ROI, MALH^UREUSB mANQKt

La suprême épreuve de toua les généraux de Tempire et en particulier de M. le maréchal de Mac* Mahon a été la campagne de 1870. Lài mis en face des généraux allemands, sur un étroit théfttre qui va seulement de la frontière à Sedan et h Metz, dans un espace de temps plus étroit encore puisqu'il comporte à peine un pfiois, qu*ont-ila montré? hélas 1 la plus incroyable, la plus inattendue infériorité à regard de leurs adversaires.

Dernièrement il a été question des lauriers de lieichsoffen. Les lauriers de Reichsoffen 1 L'histoire raconte que M. le duc de Berry, petit-fils de Louis XIY et frère du duc de Bourgogne, ne pouvait pas prendre sur lui de porter la parole en publie ; chargé un jour de dire quelques mots, il ne s'en tira pas ; et, à son retour à Versailles, une dame qui Tattendait lui fit, malgré tous les signes, oompliment de son éloquence. On n*a guère été moins mal inspiré en parlant de lauriers à propos de Reiebsoffen. Non seulement M. le maréchal de Mac^Mahon a perdu cette bataille si importante, mais encore il ne put assurer à son armée une retraite. Ce fut uno dëban* dade, et ses braves, mais malheureuses troupes, ne commencèrent à se rallier qu'au delà des Vosges. C'est le pendant de l'histoire du général Benedeck à Sadowa : le général fut vaillant autant que possible ainsi que M. le maréchal de Mac-Mahon ; l'armée autrichienne se comporta admirablement ainsi que l'armée française, mais le chef ne fut pas capable de se mesurer avec ses adversaires. J'ignore comment M. le feld-maréchal Benedeck envisage les causes de sa défaite, et quelle part de responsabilité il s'attribue dans le désastrç ; mais personne n'a le mauvais goût de lui parler des lauriers de Sadowa.

HAUlEdltEUX IlOI, MALIIEUIIEUSE FRANCE! 403 El Sedan ? je ne dirai rien des pi^ripélies de cetle déploral>lo jotirnéo où une bienheureuse tilessure urgna b M. te maréchal de Mac-Muhon lu poignanlo iauleur de présider nux derniers monienis de l'armée. Setilonienl, moi (jui, sans espoir d'être enkndu, disais au uinment de l'expédilion que noire «nique armée devniL ôtre conservée comme In pruwllfl de l'œil, j'ai la volonlà de le redire Ici après IMvénement. Celui qui aurait résisté aux ordres kuentés den Tuileries et ramené ii Paris l'armée de QiAlons, comme le voulaient d'ailleurs l'empereur Il aoii coniejl, comme te voulait M. Tlilerii dans le Min du comilé de défense, aurail rendu un suprême r«ieeb la France. Pour une pareille expédition, en présence d'un ennemi nombreux et habile. Il n'au- Mt hllu Hen de moins que la rapidité et la solidité !•« armée» d'AusIorliti; et d'Iéna. Et eneore! Avec rimioedc ChAluns, le succès était le linsard d'un qaine h la loterie ; on jouii ce qulno contre le salut Âb la Pranca; le maréchal de Mar-Mahon obéit et «itvlnt le chef de cette désablrause expédition. Au Heu de cela, ramenex h Paris l'armée de Cli)\lons torle de cent mille hommes, et voyex quelle res- Hurce elle offrait, soit il la défense de Paris, soit à ffirganisatlon des armées de ta Loire. Le champ de bataille était tout autre; mais le qulne fut joué, perdu, et la France resta sans un soldat, sans un •fHcier, «ans une arme.

Voilà le côté militaire. Kt. la politique, qu'en tfrni-jey Ineonnue du public, qui, depuis 1873, tpoqU4< de l'élévalion de M. le maréchal de Mac- Uahon It la pn'uidenre dp la répiililiqur, a pu s'y tromper plus d'une fois, elle est apparut* sondain&- Bicnt dans t'ncle du i« mai et la lettre k M, Jules

iOi MALHEUREUX ROI, MALHEUREUSE FRANCE!

Simon. Tous les suffrages lui ont été acquis aussitôt chez les bonapartistes, chez les légitimistes et chez les orléanistes. Mais une politique qui réunit indivis les suffrages de trois partis aussi discordants et tout prêts à entrer dans les plus violentes luttes quand il s'agira d*arriver à une solution, n*est vraiment pas une politique Tout le monde le sent, même ceux qui en profitent en ce moment pour s*assurer des positions au moment de l'échéance. Le suffrage universel n'est pas le dernier à s'en apercevoir.

Nul prestige ne s'attache donc à ce qui a été fait ou dit en 1870 et depuis ; et, s'il en reste» comme cela doit être, une certaine part appartenant aux hautes dignités, il n'est aucun paysan, ouvrier ou bourgeois qui, sans outrecuidance, ne la soupèse au poids de sa différence d'opinion avec M. le maréchal de Mac-Mahon, et n'y trouve une insuffisante compensation en si grave matière.

Les partis monarchiques, qui ont pris à leur compte l'exploitation du 16 mai, considérons-les l'un après l'autre par rapport à la crise actuelle.

A tout seigneur tout honneur. Le premier rang appartient incontestablement au parti bonapartiste. Les bonapartistes ont mis impérieusement la main sur le gouvernement. Us se sont adjugé la meiUeure part du ministère, la meilleure part des préfectures, la meilleure part des sous-préfectures, la meilleure part des candidatures officielles. N'ayant pas oublié un mot qui fut fort répandu lorsqu'il s'agit du rétablissement du drapeau blanc : que les chassepots partiraient tout seuls, ils en usent avec audace contre les légitimistes. Du reste ils ne biaisent pas : obtenir une quatrième restauration de l'empire est

MAt.HEDREL'X ROI, MALHEUREUSE FRANCE! 105 leur objet ; ils comptent y parvenir en proposant au pnys, soit légalement par une chambrn où ils auraient la majorité, soit illégalement à l'uide d'un coup d'Etat, un plébiscite où il ne Tiguruit qu'un nom, cpIuî du prince impérial. Tout est précis chez eux, but et moyens.

Les légitimistes ont commencé par i^lre dupes de leur puissant allié, sans en convenir; aujourd'hui ils continuent à êlre dupes, mais ils en conviennent. Voilà la seule différence dans leur attitude. El, eu effet, quelle attitude prendraient-ils? J'ai beau le chercher, je ne puis le trouver. J'ai dit plus d'une fois et je le répète ici qu'entre lu légitimité et l'empire, je préfère la légitimité (1). Mais cette disposition ne m'ouvre pas les yeux sur leurs plans et sur leurs chances. Comineitt complent-ils remettre la France aux mains de M. le comte de Chambord? je ne le vois pas. Pur une chambre disposée il faire ce que la dernière assemblée nationale n'a pas fait? Nul ne peut nourrir un espoir aussi chimérique, et Il y aura tuujoui's assez de bonapartistes dans une chambre pour couper court aux desseins de ce genre. Par une résipiscence de la France, qui, lassée de ses agitations, chercherait le repos à l'ombre de lalégîUmité? Les bonapartistes ne s'inquiètent pas de ces chimères, et ils savent fort bien que, si l'on retourne à la monarchie, ce sera à leur monarchie. Us sont en mesure d'exclure leurs deux autres compétiteurs. C'est ce dénuement en voies et moyens

(I) Tnul Técemin»iil, dans un srraQdiïMiDenl d« li Loire-lnlïrieure, lei rëpublkain* ont volA pour les lâgitimittei. afin d'excluM In bonapiirlidEt. Ils onl eu raicon. Lea lègilimiatc» prérèreiil l«i tunopartut» aui républicain! ; nous, noui prérérons Ic) légiljmittei lux Ûlolibkt autcuri du démembrement de Is Pran».

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