‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 74 sur 102 · L'INTÉRÊT EUROPÉEN · texte numérisé non relu

L'INTÉRÊT EUROPÉEN

coup. Le suffrage universel commet donc parfois des erreurs et des fautes. Mais, dans tous les pays libres, ce sont les majorités qui décident, et, dans les pays démocratiques, le suffrage universel. Le correctif est dans la liberté de discussion qui permet de plaider devant lui les causes perdues et de le faire changer d*avis. C'est ainsi qu*àla lumière des événements désastreux de 1870, le suffrage universel a changé d*avis au sujet des Bonaparies. Il faut donc que le parti clérical, qui comptait avoir triomphé avec le 16 mai et être débarrassé du soin de gagner le suffrage universel, recommence auprès de lui les prédications. Si le passé permet de prévoir Tavenir, ce sera en vain; les masses populaires, en France, tournent le dos au cléricalisme.

Les côtés généraux du 16 mai étant ainsi mis en lumière, on comprend comment, de tous les points de TEurope, la presse vint à notre secours. Cette aide fut considérable, il serait fort injuste de ne pas Festimer à sa valeur et de n'en pas être reconnaissant Mais aussi, on doit nous remercier, nous Français, d'avoir, à force de fermeté et de sagesse, étouffé dans leur germe les complications que la prise de possession de notre pays par le cléricalisme aurait amenées.

La philosophie positive, qui, la première, a établi en axiome sociologique que le mouvement moderne d^évolution des sociétés diminue progressivement Vautorité intellectuelle et morale des conceptions tbéologiques, ne peut se désintéresser du spectacle des incidents actuels. L'opération de diminution ne s'est point arrêtée de nos jours ; constatez les faits et remarquez que naguère encore l'Église subordonnait l'État en Italie, en Espagne, en Portugal, et

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qu'aujourd'hui cette prédominance n'y existe plus. Aussi a-t-elle resserré davantage les liens de son dogmatisme. Si nous remontons à quelques années en arrière, nous trouvons qu'elle n'excluait pas de son sein ce que Ton appelait alors le catholicisme libéral, et dont chez nous M. de Montaiembert était le plus illustre représentant. Un grand changement s'est produit à cet égard ; la papauté, devenue infaillible, a retranché d'une main résolue ce genre de libéralisme, et, dans un acte solennel, elle a condamné sans réserve tout ce que, sans réserve aussi, les sociétés modernes instituent comme leur garantie de bon gouvernement. Je n'ai pas le droit, étant en dehors de l'Église catholique, de blâmer ou d'approuver les résolutions qu'elle prend pour maintenir ou regagner sa prépondérance, et dont en définitive elle est le meilleur juge ; mais je constate que ces résolutions ont été sans vertu devant notre suffrage universel, qui, par ses votes, a opposé réprobation à réprobation, autorité à autorité. Je me sers expressément du mot autorité ; car en ceci, à la longue, les masses populaires donnent la loi. Ce sont elles qui firent le triomphe du christianisme et qui ont fait celui du protestantisme \h où il a triomphé; ce sont elles qui aujourd'hui sont en voie d'instituer l'État laïque.

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