CRISE
[L'Europe aurait m non saat déplaifir et mm te^aîitaéo la France devenir «ne d.la<iella àm parti eiéncal. Catl ptar cala qu>lle nous soutint de son appui Biôral dans la crise en 16 mai]
La presse européenne, sans exception, s*est occupée, avec \ivacité, quelquefois même avec passion, de la lutte soulevée par Tacte du 16 mai entre les républicains d'une part, et la coalition des tM>iiapartistes, des légitimistes et des cléricaux d'antre part. Cette lutte a duré près de sept mois, qui nous
(1) ttevu* ée A; Fktliss^pÂie pan'h'te, IS78.
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onl paru bien longs; et en aucun moment l'appui moral qu'on noua a donné de tous les points de l'Europe, n'a fuibli. On a encouragé notre résislance, on a nppluuili ii nos sages et fermes ell'orls, on s'est eti'rayé, aux moments les plus critiques, des dangers que noua courions, on s'est irrité contre nus adversaires, et, quand le Iriomplie lôgal a enfin été obtenu, les félicit^ttions ont éclaté de toutes parts.
Uno toile et si grande manifestation, je ne prétends certes pas la faire valoir pour la France, comme •i c'était un hommage rendu à sa puissance et il sa grandeur, comme si, au delti de ses frontières, on s'inquiétail île ses mouvements et de ses inlenti nin»i qu'on ferait pour l'Alleniagne, la llussi l'Angleterre. Non, je n'ai, et il n'y a lieu d cun sentiment de ce genre: el, à notre propos, la presse européenne n été émue par de tout autres coRsidéralions que celles qui émeuvent d'ordinaire la politique internationale.
Il sorait puéril de se faire là-dessus la moindre illusion. La chute militaire de la France en 1870 a été trop profonde pour qu'il reste rien de l'ancien pr«8Ugo. Ln force est ailleurs, le prestige aussi. Les malheureux Turcs, qui vont, ce semble, éprouvei le même sort que nous, perdre leur Alsace et leui torraine et payer en territoire les cinq milliard: qu'ils n'ont pa^, ont du moins honoi-é leur défaite ils ont prolongé la lulle pendant plusieurs mois. Us ont inlligé aux Russes de sérieux échecs. Mais nous nous du moins de la France impériale (car j'excepte le stégo de Paris et les armées improvisées) 1 Du commencement d'uofil jusqu'il l'investissement de Metx el fc la capilulalion de Sedan, c'esl-ii-diro on
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trente jours à peu près, nous avons laissé prendre tout ce que nous avions de soldats avec leurs canons et leurs fusils ; et, pendant qu'Osman-Pacha et sa petite armée tentaient courageusement de se frayer un passage à travers Tennemi, M. le maréchal Bazaine rendait au général allemand ses 150000 hommes sans un dernier et suprême effort que ses malheureuses troupes auraient embrassé avec tant de dévouement et de détermination. En trente jours 250 000 hommes pris ! Quel prestige résisterait à de pareilles incapacités?
Je n*ai tenu à réveiller ces souvenirs, que pour montrer à quel point de vue j'envisage la participation de Topinion européenne à notre crise individuelle.
S!il ne s'y était agi que de la restauration de M. le comte de Ghambord ou de celle du prince impérial, il n*est pas probable que la presse européenne eût montré tant de souci et d'unanimité à notre égard. M. le comte de Ghambord eût eu ses partisans ; le prince impérial, les siens. Le retour de la légitimité n'aurait guère plu à l'Allemagne et à l'Italie ; le retour de l'impérialisme n'eût pas excité des craintes de même genre , mais la paix en eût paru inquiétée. En tout cas, et les réserves que je viens d'indiquer étant posées, on n'aurait wi dans l'un ou l'autre de ces événements que des faits surtout intérieurs, et qui méritaient seulement d'être surveillés.
Mais, dès le premier moment, on fut persuadé en France et hors de France, qu'il s'agissait de plus qu'une restauration de Tun de ces deux princes, et que le parti clérical trempait dans Tentreprise. Je n'ignore pas les dénégations officielles qui furent
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opposées à cette opinion générale: toitleriiis une inrrèdulité obstinée les accueiltil, incrédulité li laquelle rien dans la suite ne vint faire brèche. Le clerfcé Tfançais, qui est enti^reinenl clérical, s'adonna avec un énergique dévouement à la cause du Itintai; la chaire, les prières publiques, les cuiigi'éga lions, les femmes, à qui l'on recommandait d'obtenir de leurs maris ou de leurs enfants d'élre entre les mains de M. le maréchal de Mac-Malion comme un fils est entre les mains de son père (je cite texluellemenl), tout fut mis au service des candidats que le ministère Fourtout-de Broglie palronait.
En même temps, hors de France, la presse cléricale européenne prit unanimement la ultime attitude. Pas plus que notre presse cléricale, elle ne s'etriiioucha des professions de foi où l'on se déchirait champion des principes de 89. Nulle mauvaise humeur n'était témoignée, et tout se bornait k douter discrètement de l'efTicacité de ces principes à sauverune société qui en était si grièvement malade. Ces symptdmes ne furent pas perdus auprès du parti adverse: pluslescléricaux se montraient indulgents pour ces incartades ministérielles et ardents à soutenir sans relâche et sans réserve les candidats officiels, plus la conviction s'enfonçait dans l'esprit des masses que le parti clérical en savait plus qu'il n'en disait, en voulait plus qu'il n'en montrait, el conduisait bien plus qu'il n'était conduit. Cette conviction a pesé d'un poids considérable sur le suffrage universel et sur le verdict qu'il a rendu.
Pour bien comprendre l'importance de la campagne que ce parti a tentée, il faut se représenter exactement sa situation en Europe. L'Allemagne et l'Italie lui sont hostiles, l'une violemment, l'autre
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plus posément, mais toutes deux d'une manière déclarée. Il faut en dire autant de la Suisse. Parmi les États catholiques, rÂutriche et le Portugal lui imposent des freins quMl voudrait secouer; TEspagne, elle-même, ne lui laisse pas le champ suffisamment libre. Bien entendu, auprès des petits États protestants du Nord, il n'a aucun crédit. L'Angleterre et la Russie le voient sans colère, mais aussi sans faveur. Seule, la Belgique lui appartient; mais, évi-» demment, cela ne suffit pas.
Il lui fallait une autre citadelle, à la fois plus grande et dans une situation géographique plus offensive. A ces deux titres, la France lui convenait parfaitement. L'importance de la France, même déchue, est supérieure à celle de la Belgique ; puis elle occupe un versant des Alpes et possède une grande étendue de côtes qui sont en face de l'Italie. Toutes ces conditions sont excellentes pour troubler dans la possession de Rome un voisin qu'on n'aimerait pas.
Peut-être y a-t-il en ces projets une certaine part d'illusion. La France d'à présent n'est pas la France d'avant les revers que l'empire lui a infligés. On le voit bien quand on considère le jeu des graves événements qui se passent en Orient. Que la crise du 46 mai, longue et dure crise de bien des mois, ait porté une atteinte à son influence, je le veux ; mais il ne faut pas se méprendre : même sans cette crise, l'influence demeurait fort limitée. La France, telle que la paix de 1871 l'a faite, est déclassée; elle n'est plus ni parmi les grandes puissances ni parmi les petites. On se rendra compte de cette singulière situation quand on se représentera qu'elle a perdu ses frontières, et que la puissance qui possède le
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plus Tormid aille état militaire de t'Eiiropn, a ses nrméps h peu de journi^es de Paria. Il est donc possible que le parti cléncal, s'il s'ùtnit irislallé dnns noire gouvernement, n'efll pas commencé les hoslilitéa aussilAt quR l'annonçait la presse eléricale liel^e; mais il est patient, et, dans ce fort conquis par son lintiitelâ, il pùl attendu que de graves complications eussent éclaté en Europe, complications qu'il espère avec un vif désir, et dont il attend do grandes guerres et tout l'imprévu des grandes guerres,
On se demandera sans doute comment il se fait qu'il SP soit cru plus en mesure de mettre la main iup la France que sur toute autre nation. Cela s'explique facilement par une particularité de notre classltî cation politique. Chez nous, les nobles, les 1,'entilsliommes, une notable portion de la haute hnurgeoisie, en un mot, les classes dirigeantes, appartiennent pleinement h la réaction, et, par elle, au cléricalisme. Il était d^s lors permis d'espérer que, prflce h l'appui de ce« rlasses, on aurait une vois prépondérante dans le gouvernement. Cet état mental des hautes classes est particulier à la France. Partout ailleurs, il s'en faut qu'elles travaillent en majorité Ji Tccnvre de la réaction. Ni en Allemagne, ni «n Aulrlche, ni en Italie, elles ne joueni te même rAlo que cher. nous.
Dès lors, il s'agissait uniquement d'obtenir une chambre des députés toile qu'on la voulait, et l'on se mil énergiqnemenl k l'œuvre. Chose singulière 1 il est maintenant avéré que jamais, dans le cours des préparatifs électoraux, parmi nos adversaires, on ne douta du succès, tellement qu'aucun plan n'avait été formé h l'avance en prévision de la dé-
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faite. J'avais confiance que nous remporterions, mais j'étais loin de faire abstraction de Thypothèse où le suffrage universel nous laisserait en minorité. Notre plan à nous était tout prêt en ce cas : nous acceptions notre rôle de minorité, et avec cette minorité nous empêchions alternativement les légitimistes de faire la royauté, et les bonapartistes de faire Tempire, démontrant ainsi que le succès de la coalition n'était pas une solution. La chose était évidente de soi avant expérience, si bien que le suffrage universel se refusa énergiquement à priver la république, qui était une solution, de son concours. Avant l'issue, ce qui m'effrayait, c'était la puissance d'une administration sans scrupule, qui a'épargnait rien pour réussir ; ce qui me rassurait, c'était ce que je voyais parmi les paysans de mon voisinage. Là, point d'hésitation : les uns étaient pour l'empire, les autres pour la république, et ceux-ci remportaient de beaucoup en nombre. Ni le préfet, ni le sous-préfet, ni les hauts bourgeois, n'avaient prise sur les résolutions; tout se passait dans le milieu paysan. Je pensais et j'avais raison de penser que, dans la pluralité des lieux de France, il en allait un peu plus, un peu moins, comme chez nous.
Nos classes dirigeantes, affaiblies d'ailleurs par la défection d'une sage et généreuse minorité qui s'est rangée du côté de la république, ne dirigent plus grand'cbose. Le suffrage universel le leur fit bien voir. Il faut que les paysans et les ouvriers interviennent pour que se forment des millions de voix ; eux seuls constituent de pareilles masses numériques. Ces masses sont en effet intervenues. L'intimidation, les promesses, Tabus de toutes les influences administratives, les persécutions grandes
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et pelites, le spectacle des innombrables deslilulions, les maires chassés, tes conseils municipaux dissous, les illégalités de lout genre, les alTiches blanches, les odieux mensonges d'un bulletin placardé sur les murs des communes, tout cela n'a pu empêcher le grand nombre de suivre sa voie- Là s'est montré un des nœuds de la situation telle qu'elle était engagée. La réaction ne comprenait pas seulement les bonapartistes et les légitimistes. Elle comprenait aussi, par un sous-entendu qui ne faisait illusion ni aux amis, ni au\ ennemis, le parti clérical. 11 a donc été ballu non moins que ses alliés ; et il l'a été par ce qui fait le fond de la nation française. Et remarquez-ie, ce fond est catholique, nul ne peut le nier, mais il n'est pas clérical. 11 refuse, malgré évoques, curés et couvents, de suivre la papauté dans ses nouvelles décisions. Olte Kcission, en France, entre les masses catholiques qui votent contre le cléricalisme et le clergé clérical qui ne domine qu*unc minorité, est un symptôme social bien digne d'être enregistré.
Je ne songe nullement à soutenir que le suffrage universel, le nombre en d'autres termes, soil un Juge impeccable, et que toutes ses décisions portent le caractère de la sagesse et de l'opportunité. Pour ne pas entretenir une telle manière de voir, il me suflirait de me rappeler que ne nièitii> suffrage universel, le 10 décembre IHMi, préféra, en une considérable majorité, le prince Louis Bonaparte au général Cavaignac. A la vérité, il ne prévoyait pas que le prince trahirait la république, ce dont bien des gens qui le nommèrent se souciaient peut-être alors assez peu, et finirait par trahir la France, ce dont aujourd'hui les masses se souviennent beau-