DE LA PHILOSOPHIE POSITIVE
suffisant sur des objets tangibles, sur des tendances prochaines, sur des opportunités apparentes, le reste, Tultérieur étant expressément réservé. Réserver l'ultérieur, ce qui implique la libre discussion, s'entendre sur les moditications que le présent comporte à fur et à mesure, est le véritable procédé politique pour assurer l'ordre et le progrès.
Ce changement dans notre caractère et nos habitudes politiques est un phénomène complexe dii à des causes très diverses, parmi lesquelles je compte les enseignements delà philosophie positive. Lu part de ces enseignements est petite san^ doute, mais je la crois réeHe, et il n'est pas sans intérêt pour la durée même de notre sagesse de montrer que, parmi les causes temporaires et contingentes, il en est de permanentes et de doctrinales qui travaillent à maintenir la direction.
La première impulsion vers la mesure et l'opportunité fut donnée par M. Thiers. Grâce à un sage empirisme politique, il conçut tout d'abord qu il devait, en sa qualité de chef du pouvoir exécutif, satisfaire à deux nécessités : maintenir la république et la faire conservatrice. Les monarchistes ne voulaient pas entendre parler de république ; et à beaucoup de républicains il répugnait de devenir conservateurs. Cependant on marcha; la paix se fit ; les énormes emprunts furent contractés; le territoire fut délivré. A |ce moment, les monarchistes, grâce à une faible majorité, renversèrent M. Thiers; mais il était dès lors difficile de défaire ce qui était fait; en tout cas on y échoua. Je ne sais quel membre de la droite qualifia M. Thiers de sinistre vieillard. Il est certain que son influence, son exemple et sa politique ont été particulièrement nuisibles au réta-