CHAPITRE Vin
DBS CONDITIONS ACTUELLES DU IlÉGIME RÉPUBLICAIN
EN FRANCE
[Prétendre k la dur<^e a clé rinfatuation de tous les (çouvernemealt qui se sont succédé sur le sol tourmenté de la France. Je Toudrais bien ôler aux républicains l'infutuatioii à cet égard ; et, si j'y réussissais, je croirais avoir rendu un signalé service à la république. La clairvoyance sur soi-même est, pour les gouvemcmenta comme pour les individus, une garantie de bonne conduite et de sécurité.]
Les divers gouvernements qui, depuis Teifondrement de Tancienne monarchie, ont donné, dès leur premier établissement, des g<iranties d^ordre, ont eu, par le seul fait de cet établissement et de cette garantie, une durée de quinze à dix-huit ans. On peut donc affirmer, sans crainte de se tromper, que la république actuelle, qui est dans la plénitude de son établissement et sous laquelle Tordre se maintient admirablement, a devant elle une durée qui ne sera pas moindre, et qui, par conséquent, comprendra, et au delà, le temps de la présidence de M. Grévy. Voilà ce qu'un empirisme chèrement acheté nous porte à augurer. Fions-nous-y tant que
(1} Revue de la philosophie positive^ numéro de novembre-déceiDbre 1879.
nous n'aurons rien de mieux à mettre à la place. Les journaux réactionnaires, qui annoncent tous les jours que la république est sur le penchant de sa ruine et qu'elle va s'écrouler la semaine prochaine ou le mois prochain, crédules eux et leurs adhérents aux moindres apparences, n'écoutent que le désir passionné qui les travaille, et, qu*on me passe le dicton vulgaire, se chatouillent pour se faire rire. Nous avons beaucoup plus de temps qu'ils ne nous en octroient, pour étudier notre position, l'allure des événements, les changements de l'opinion, et pour nous préparer à démentir l'empirisme et à allonger notablement, par une heureuse infraction, la durée moyenne de nos établissements de gouvernement.
Par des causes fort complexes, Tannée, depuis la quinzième jusqu'à la dix-huitième, a été pour ces gouvernements une année climatérique. Elle a vu les conditions qui les avaient portés au pinacle se modifier si gravement qu'ils n'ont pas tardé à perdre l'équilibre. Un tel phénomène appelle toute notre attention, et, sans avoir la superstition des nombres, il paraît qu'un intervalle que les événements se sont chargés de déterminer suffit pour user ce qu'il y avait de solide en ces gouvernements de rencontre. Il n'y restait plus que ce qu'il y avait d'instable ; et la série des catastrophes ne s'interrompit pas.
Ces gouvernements ont tous aimé k s'aveugler; ne nous aveuglons pas à leur exemple. Avoir duré quinze à dix-huit ans n'est pas une garantie pour en durer quinze à dix-huit autres. Loin de là, c'est une épreuve ; et il s'en faut que le bail soit renouvelable de soi. Les gouvernements précédents n'ont pas eu l'art de le renouveler. Il importe que la république
se prépare à ce passage ; préparation qui doit commencer dès aujourd*hui, se continuer sans relâche et redoubler de vigilance à mesure qu'on cipprochera davantage du ternie. Point de confiance outrecuidante, point d'infatuation ; Toutrccuidancc et Tinfatuation sont mortelles quand on navigue en des parages semés d'écueils.
Les quatre gouvernements qui ont succombé dans la période climatérique sont le premier empire, la royauté des Bourbons aines, celle de Louis- Philippe et le second empire. Quelque différentes qu'aient été Torigine et la nature de ces établissements, ils ont eu un sort commun. Ils s'étaient vainement promis de longs jours; vainement ils avaient préparé un lit commode à leurs dynasties. Ils sont tombés parce que c'étaient des monarchies, dira quelque républicain engoué. Hé ! non ! ce n'est pas pour cela ; car nous verrons tout à l'heure que les républiques sont tombées aussi, et même, à juger par le i*ésultat, elles auraient moins valu, car elles ont moins duré. Ailleurs est la cause qui les a fait trébucher.
Le premier empire fut possédé de l'horreur de la paix ; sanglante manie qui conjura TEurope contre lui et le conduisit à sa perte. U ne nous fut pas donné d'avoir un Gromwell, nous eûmes un Bonaparte; ce qui n'est pas du tout la nK^me chose, le faiseur anglais de coup d'Etat ayant laissé son pays plus prospère et plus puissant qu'il ne l'avait pris, tandis que le faiseur français laissa la France vaincue, ravagée et amoindrie. Ce n'est pas contre les entraînements de la guerre et de la conquête qu'il est besoin de prémunir la république actuelle: elle est aussi profondément pacifique que le premier
empire était turbulent ; et je n'ajouterais pas un mot si, par un côté honorable d'ailleurs, elle ne restait accessible à des impulsions irréfléchies. Je Veux parler du désir d'arracher nos anciens compatriotes d'Alsace et de Lorraine au joug que la conquête leur a imposé. A cette impulsion ne manquent pas des suggestions imprudentes et des reproches de ne pas profiter des troubles présents de l'Europe pour nouer des alliances et préparer des revanches. La république est sourde à une pareille politique. La paix cruelle à laquelle l'inimaginable incapacité du gouvernement de Napoléon III l'a contrainte, elle l'accepte saus réticence; et elle en profite pour refaire, d'année en année, sa fortune compromise et sa force brisée.
Le mal dont la Restauration fut victime est différent ; ce mal était sa tendance d'ancien régime et son cléricalisme. Un moment on put croire à une transaction entre la monarchie légitime et la monarchie parlementaire ; cela nous eût épargné une révolution, économie toujours fort désirable. Il n'en fut rien. Un vieux roi, léger et ignorant, se laissa endoctriner par ses gentilshommes et par ses prêtres, et perdit tout. Je ne réveille pas ces souvenirs pour conseiller à la république de ne pas s'engager en de pareils errements. Le IG mai s'y est engagé; et elle Ta combattu ardemment et vaincu. Pourtant ils suggèrent une précaution, mais une précaution en sens inverse. Le iégitimisme et le cléricalisme sont en hostilité flagrante contre elle. Rendre constamment leur mauvais vouloir inofl*ensif est sa tâche ; les faire jouir du droit commun, tant qu'ils ne troubleront pas l'ordre, est son devoir et sa vertu.
Le second empire, produit d'un coup d'Etat et
d*un parjure, se fit ratîRer parle suffrage universel, qui ne lui refusa rien. Ainsi consacré, il régla Tordre de sa dynastie, se crut solide et le fut en effet pendant quelques années. Mais une politique étrangère mal conçue, à soubresauts et à intermittences, le compromit en Europe. Au dedans, le réveil des libertés nécessaires le troubla. Il devint irritable, le sentit, et, croyant qu'une guerre le délivrerait de ce malaise, il provoqua TAllemagne, qui, justement, cherchait une provocation. La république, née et nourrie dans l'aversion pour le second empire, ne renouvellera ni son despotisme à Tintérieur, ni son inconsistance à Textérieur. Le bonapartisme est un bâtard qu'elle laissera flotter entre la démagogie dont quelques-uns des impérialistes flattent les instincts, et le cléricalisme dont quelques autres recherchent l'appui. Jja légende impériale a été longtemps redoutable; elle a beaucoup perdu ; pourtant elle l'est plus que le légitimisme, peut-être plus que l'orléanisme; et il ne faudrait pas que des menaces d'anarchie tournassent l'opinion vers le désir d*un ^sauveur et d'un maître.
Du besoin de sauveur et de maître nous avons le témoignage dans la destinée identique des deux républiques. La première, celle de 179:2, a duré près de huit années. Après une violente tourmente et de grandes choses, après avoir vaincu les coalitions, agrandi la France et fondé le nouveau régime, elle fut inhabile à rétablir l'ordre à Tintérieur ; le gouvernement à cinq, le Directoire n'eut ni assez de capacité politique pour discerner le point essentiel de la situation, ni assez de vigueur pour triompl^er des diverses anarchies qui s'étaient emparées de toutes choses. Un soldat renommé eut coup d'œil
et force ; il chaéBa le Directoire, et aussitôt Topinion, sentant que Tordre allait renaître, TassUra de ton concours. Que dirai-je de la seconde république» de celle de 1848? Elle commença par porter dans les intérêts matériels une perturbation peut'-étre sans exemple ; puis, un beau jour, l'Assemblée nationale fut tumultuairement chassée et tumultuairement rétablie; bientôt après, la guerre civile ensanglanta les rues de Paris. Le pays s*effrayai se dégoûta (1) et chercha du regard un dompteur d'anarchie. Ainsi appelé, un Bonaparte, qui se tenait aux aguets, put contre la république ce que par deux fois il n'avait pu contre Louis-Philippe.
Malgré Tordre chronologique, j'ai réservé pour le dernier lieu la chute des Bourbons cadets. C'est que leur cas est celui qui doit donner le plus à penser aux républicains d'aujourd'hui, la monarchie parlementaire ressemblant par plusieurs côtés (témoin l'Angleterre) à la république parlementaire. Cette chute a prouvé que le régime parlementaire, qui pourtant donne satisfaction aux intérêts modernes, ne sufTii pas dans notre pays pour parer à tous les dangers, et qu'il doit être conduit avec une clairvoyance vigilante qui en redresse à chaque instant lamarche. L'établissement de 1830 succomba devant une émeute insignifiante au début, que la colère d'un groupe de libéraux contre le ministère Guizot cou**
(1) De ce dégoût j*eoê alors un témuignage pirllOttiler niiis éé^ cisif. En 1848, le journal le National^ auquel je travaillais de lemps en temps, était un journal républicain qui se soutenait avec à ou 5000 abonnés. Aussitôt après la révoluiioit de février, qtiatid on crut que sa politique et ses amis triomphaient, le nombre de ses abonnés s'accrut énormément. Il monta à plus de 2à 000 ; mais, après les journées de juin, il tomba rapidement bien audsssoiis de ce qu'il était même avant le 2^ févriefi
DE LA DURÉE DE \.\ RÉPUBLlQrB. 5(5
vril d'abard de su proleclion, et dont lesrévolulionnairee et les Hocialisles s'diii parèrent résolument. Certes, la violeiicu des partis démolisseurs n'it juiiliiis A\.è plus ^riinde contre Louis -Philippe et son gouvernement que contre M. Grévy et le sien. Notru situation, comparable parce ((u'elle est parlemontairo, dilTâre beaucoup pourtant parce qu'elle s'appuie sur le suH'rago universel et non sur un lUlfrnge très restreint qu'il fut possible'mais impruijcnt ù Louis-I'bilippc et i*) ses ministre» de Termer i toute réforme. Le sulfrugo universel eit umi immensité. 11 <i toutes les variélus <|ue porte notre pajrs; clérical en très peu d'endroiis, légitimiste un peu davaninge, Jjomipurtiste un peu plus encore, radical en maintes circonscriptions. Mais, en somme, il est soucieux particulièrement de l'ordre, allaclié aux conqutMos do la révolution et foncièiclucnt libéral. De telles tlispositions sont la vie même de la république, qui n'a qu'à les entretenir, k les dJrigor, k les développer.
Certaines alliances, inévitables par la liaison dos événements politiques, sont pourtant suspectes, éminemment compromettantes et doivent être tenues dans une subordination rigoureuse. Témoin la Hcsiauration et le cléricalisme. Le cléricalisme l'nppuyait de tout son pouvoir el en dédirait ardomuicnt k conservation et le Irtomplie. Néanmoins il attrait fallu que la Restauration le contint énergiquement, dût-elle se brouiller avec lui. Elle ne le contint pus, el il fui une des principal'*» causes de sa chute. Semblablement le radicalisme, qui est téputilicain et qui a travaillé et snulTert pour la république, est pourtant ineopablo de la conduire comme il l'entend, sans susciter des npprùtionsions
générales d^instabilité et de désordre. On tombe du côté où Ton penche; et tout le temps de la présidence de M. Grévy doit être employé à empêcher qu'on ne penche du côté du radicalisme, comme tout le temps de Charles X aurait dû être employé à ne pas pencher du côté du cléricalisme.
Pour ne pas sortir de Tordre des faits réels et pour exclure les suppositions arbitraires, il est possible que, comme la monarchie parlementaire, la république parlementaire, dans le laps de temps qui lui est désormais alloué ainsi qu'il le fut aux autres gouvernements, suscite, par la lenteur de ses perfectionnements, toujours discutés, les seuls d'ailleurs que la sociologie reconnaisse comme réguliers, des impatiences qui ne se laisseraient pas toutes contenir. Depuis nos désastres dus au détestable empire et surtout depuis la criminelle insurrection de la Commune de Paris, une idée est entrée dans le gros du pays, idée que Texpérience montre avoir été bien difficile à concevoir parmi nous, c'est que, décidément, il valait mieux discuter et modifier que renverser, tuer et incendier. Elle constitue une notable part de notre sécurité présente ; et, pour le moment du moins, elle a une évidence contre laquelle ne peuvent prévaloir ni la question de Tamnistie, ni l'élection Blanqui, ni toutes les illégalités prônées et impérieusement demandées au nom du peuple (c'est le terme consacré), y compris Tinsurrectiori (1).
(I) Un journal socialiste ne nous laisse pas ignorer qu'on M redoute pas ce pis-aller. Le Socwldemokratf qui se publie en Suisse (numéro du 28 septembre 1879), dit, à propos des ovations que les amnistiés reçoivent à leur rentrée, que le parti qui domine présentement en France ne pourra pas longtemps résister au flot mon-
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J. Stuart Mill, notre contemporain, tiomme éminent entre tous, qui avait étudié profondément lu philosophie et l'économie politique, et qui était animé d'une vraie sympiithie pour les classes populaires et souffrantes, a dit: Toute démocratie sage doit favoriser <:hez elle tes institutions urîslocratiques ; car c'est par là qu'elle réaislei-a le mieux aux dangers de sa propre nature, qui sont le!> tendances it une égalité mauvaise, à la jalousie des supériorités réelles, » la médiocrité générale, à l'abaissement des esprits, à l'inhabile gestion des affaires. Jamais axiome politique plus important n'a été formulé au sein de nos sociétés modernes, si manifestement démocratiques ; mais c'est jusIeniPiil leconlre-pied de la république démocratique et sociale, telle qu'on nous en offre le programme.
Donc il importe que l'aristocratie tienne une part considérable dans tes démocraties. A ce mot, j'entends frémir Joutes les colJ.>res révolutionnaires, et je n'oublie pus le sanglant refrain de la chanson jacobine: Les arislocratet à la lanterne. Certes, en le rappelant, je n'accuse personne de vouloir pendre les aristocrates. Mais les passions qui le suggérèrent dans un temps de violences sans nom ne sont pas éleintes; voyez la Comnmne de IHTl, son grossier
tani de l'opiiiian. el que c'ed leulemenl bu Bagniae itui décidera ti l'évolution vera lei idéis J<ïiDO«ralii|UGB el Mjciolei sera grn-> doelle el pacinqua. nemarquei l'allernalive. ttcmarquei auMÏ diint ee« oialioni U gloriQcalion de riniurreclïiin, lans aucun regret ni pour lea vies werillées. ni pour le niilliard perdu, ni pour la* iSgorfanMOli, ni pour [tt incendie*, ni [wur le dégoûtant apeclacle donné k l'Allemand vainqueur, ni non plus pour l'aïustinnt <1e eo nalbaureux Ch3urle> dont l'ombrit aangianle vient d'élre ai d^plorablrnient ëioquéi. Le* grailil* coupablea ne dltent point de mra eniim; jamnii lea boimparliite* n'en oui dil pour la gueirc de 1^70, Rckhâhoffen, Sedan et Ucli.
langage et set actes sanguinaires. L'aristocratie reste, aux yeux de beaucoup, Tennemie implacable de la démocratie, et entre elles deux c*eat, pense* t-on, à qui ^ s^éloignera le plus d'une conciliation et à qui écrasera sa rivale. Il y a là méprise et préjugé. Aussi je maintiens mon dire ; car il m'est dicté non point par des préventions pour ou contre, mais par les suggestions désintéressées de la socio* logie.
Uambigufté actuelle des choses et des mots demande que je m'explique sur les aristocraties dans les démocraties. Personne ne s'imaginera, j'en suis certain, que par là j'entende raviver les débris des anciennes castes et essayer ce qu'elles peuvent encore pour la direction des sociétés. Le cours de riiistoire les a dépossédées ; et contre cette dépossession rien n'e^t à réclamer ni en fait ni en droit. Mais Tofflce qu'elles remplissaient n'en subsiste pas moins; et c'est pour cela qu'il est besoin d'une aristocratie, mais une aristocratie d'une tout autre nature que celle qui prévalut jadis. On a eu beau proclamer métaphysiquement l'égalité des hommes et pousser au nivellement démocratique, les choses sont plus fortes que les métaphysiques, et les hommes restent profondément inégaux. De ces inégalités la sociologie nous dit qu'il est temps de profiter pour régler les institutions de manière que les plus capables aient la gestion des intérêts sociaux. L'aristocratie dans la démocratie se com* pose de tout ce qui a lumière, habileté, autorité, les grands propriétaires, les grands industriels, les hommes formés dans les services militaires et administratifs, les savants, les avocats, les médecins, les notaires, les ouvriers éminents. La sagesse démo-«
DE 1-A nUflÉR DE !.A RÉPL'BLIQI'E.
rratique aP confia k eux; la jnlnusio démagogique les fiuspfcio Rt le» écurie. Il déponil du biais qui ost doiin<^ h l'organisai ion politique^ pour qu'ils sojenl ou appelés ou écartiia.
La république nclunlle, telle qu'elle oïl conitiluée, nst dnnsle binii qui les appelle; la l'éputilique démorratique et sociale, (elle qu'on nouâ lu propose, dan» le biais qui les t^carle.
La république déiuovralique et aocirde démolit de Tond en uonible In république aciuolle, Elle déclare (|ue le sénat est un péril, armé comme il est du droit de dissoudre lu ebanibre des députés avec le concours du président tle la république. Elle assure que U longueur du mandat des députés (quatre ans) est un péril aussi ; il faut epiipéuber que les lerviteurs ne deviennent des niatlres et pour cela réduire la durée du mandat parlementaire. Elle prorlamn que In présidence de la république est un péril encore plim grand, n'étant qu'un déguisement delà royauté; on la remplacera pnr un eonïcilfi plusieurs télés. Enfin elle pose en principe qu'il y a un péril, ajouté aux autres, en l'inamovibilité des magistrats, et que la justice doit i^tre souslnniinri du peuple, qui les élira el qui ne leur conrérera qu'il temps leurs fonctions.
En bloc, la république démocratique et sociale estime igue la constitution qui nous régll, ayant été ■ faite (ce qui est vrai) p.ir des réactionnaires, prépare à la vraie république de cruelles déceptions et des ealastrnphes tlnalea. Il me souvient it ce propos qu'en 1(471, l'Assemblée nationale, où la réaction avait une considérable majorité (celait avant les éloctlons de juillet de la même année), fil la loi sur tes conseiU généraux. Ileaucoup parmi la minorité
républicaine jetèrent les hauts cris en voyant une loi de cette importance sortir d'une officine aussi suspecte. Mais les hommes sages attendirent; et, à répreuve, il se trouva que la loi sur les conseils généraux était une bonne loi, même pour la république. Semblablement, à l'épreuve, il se trouve que la constitution républicaine que les réactionnaires nous ont faite est bonne, sauf les imperfections inévitables et d'ailleurs révisables, et qu'elle nous accommode pleinement ; car le pays jouit d'un calme profond ; les impôts donnent des excédents sur les prévisions, et on dégrève petit à petit les budgets. Qu'aurions-nous de mieux, quand même cette constitution eût été édifiée par les mains des^ plus purs radicaux ?
Nonobstant cette petite digression, qui en est moins une qu'il ne parait, je ne perds pas de vue mon thème, qui est que la république démocratique et sociale tend à rapprocher de la gestion des affaires publiques l'action du suffrage universel. Or, tout ce qui est savoir spécial, technique, administratif, législatif, juridique, militaire, échappe absolument à sa compétence. Il est impropre à cette besogne. Plus il s'empare des fonctions particulières par l'impulsion des politiciens ou par les vices de la constitution, plus il fait de pas vers la démagogie, qui a mauvais renom et qui ne vaut pas mieux que son renom.
Le suffrage universel (c'est la conclusion de tout ceci) a deux voies, la voie directe et la voie indirecte : la voie directe est malfaisante, elle le mène aux imprévoyances, aux inhabiletés, aux injustes nivellements, et, dans la compétition pour l'existence entre les nations, expose le peuple qui s'y
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aliundi)nn<> aux catastroplics; la vnie indîrf^cte est. bîpnl'uisnnle, elle a le plus île chances de nieltre, comme distant les Ani^lais, l'Iiomme qu'il faut en la place qu'il faut {the riijht ma» iit Ihe nght plare), et soulienl le mieux la cnncunence enti'e les Êlitls.
Au suffrage universel appadient sans conteste de prononcer en dernier ressort sur les questions, mate par la voie indirecte qui est lu sienne, c'est-àdire par la chambre des députés, pur le sénat, par le président de In République. Est-il donc impeccable'? Non, sans doute ; mais, depuis la dt^eliéanee des opinions qui placent dans le ciel l'origine de la souveraineté, il est le seul pouvoir qui ail force et légitimité. Selon les républicains, il pécha ((ravenieni, quand, aprc-s la révolution de février 1H48, il remit la toute-puissance aux mains de Louis-Napoléon ; l'événement leur adonné cruellement raison. Selon les réactionnaires, il vient de péclier gravement, en préférant la république k la monarchie; la suite dira si c'est eux ou nous qui nous trompons. Selon les radicaux, il pèche, en ce moment même, plus gravement que jamais en soutenant la république parlementaire et libérale contre la république démooralique et sociale; et on le somme ardemment de se rétracter.
Si nous en croyons les promoteurs de ces sommations, tout le temps de la présidence de M. Grévy doit être employé à obtenir la révision de la constitution, de façon que l'on détruise le sénat et la présidence, amoindrisse la chambre des députés, et dépossède la magistrature de l'inamovibilité et le gouvernement du droit de la nommer. Ijuel triste programme de politique tumultuaire et d'agitation stérile, quand on songe aux désastres que vient d'é-
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prouver la Franoe, aux nécessités de tranquillité qu'ils lui imposent, et aux réparations dont Turgenoe subsiste toujours 1 La république parlenientaire et libérale est exempte de tant de tribulations malfaisantes. Elle poursuit, sous la sanction du suffif^age universel, oe qui a été commencé, et avance toutes nos besognes. C'est là un immense avantage qu'elle doit à la solidité de sa base, à la justesse de son accommodation, aux garanties dont elle fait jouir les intérêts moraux et matériels, à la régularité du développement qu'elle dirige par la discussion en la liberté et la paix en Tordre.
Encore n'ai-je jusqu'ici touché que la moitié de la république démocratique et sociale, la moitié démocratique ; et il reste encore la moitié sociale qui n'est pas la moindre en innovations douteuses et en obscurités profondes. Le programme n'en est pas aussi net que celui de son aînée, ou, pour mieux dire, elle jette à la tête une foule de programmes qui sont les représentants d'autant de systèmes sur la reconstitution de la société. Je me garderai bien de les énumérer, c'est de la pure métaphysique ; car ils ne tiennent compte ni de l'histoire, ni de la sooiolo* gie, ni même du peuple au nom duquel ils prétendent parler, et dont ils ne sont pourtant qu'une partie ; le peuple dont ils ont fait une nouvelle idole aussi fausse et aussi mystique que les anciennes. Ces systèmes, je le déclare sans hésitation, n'ont aucune valeur sociologique ; mais ils sont la voix qui appelle le respect et la méditation sur des souffrances trop réelles. John Stuart Mill a dit que Té» conomie politique serait une étude désespérante, si elle n'offrait pas quelques perspectives de les sou^ lager. La sociologie est plus affirmative, et elle
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mninlionlque le p^og^^s géiii'^rH], qui n dâjii umélioré les rondilions ouvrières, rnntinuprn il leur égATd «on nclion ruvoroble. Mais, quoi que prétendent aujourd'hui les systèmes socialistes, rien ne se Tern dans celte diredion snna le concouia du capital flt des patrons; et par ce cAl6 encore l'arislnopatie intervient, comiDo élément nécessaire, aus^i bien du reste en monareliie qu'en république.
Au milieu delà tranquillité générnle du pays poursuivant ses all'aires et du calme iinpartini de l'Élal, gérant el surveillnnl universel, s'élùve en ce moment même un lumulte discordant el confus. Ici les lég:itimislcs, fêlant l'anniversaire do la naissanro de M. le comte de Oiambord, se réunissent en des banqueta où ils proclunjent leurs prochaines espérances; Tenfanl du miracle «era roi par le miracle: un miracle le fera monter sur le trAne comme il l'a appelé à la vie ; le jour des l'ésolutions viriles est arrivé; el le roi veut sauver la France, la sauvera, et mettra (in à la république. Ailleurs une prose nacrée, qui, pour t^tre sacrée, n'en est pas moins menaçante, dénonce la persécution inHigée au culholicisme; le gémissement de l'Église est mns fin; elln appnibi tous les fidèles h une résistance énergique; el, comme elle est, dans toules les crises, l'aHiée permanente du légitimisme et du bonapartisme, elle invoque leur niile, qui ne lui est pas refusée; le ciel mAme devient partie contre les pouvoirs qui régissent la France: tous les perst^culeurs n'onUlls pas mal fini ? La république, aous le poids de la réprobation de la conscience religieuse, finira mal, olle aussi, et finira liienti^l. En face, le radicalisme, pour un autre but cl avec d'autres doctrines, prAche déterminémenl une même consoninialion linalc.
non moins certaine que celle que la légitimité et rÉglise voient si clairement; ses paroles ardentes signalent à Tanimadversion publique la fausseté et riniquité des institut ions présentes comparées à Tidéal que tout vrai républicain porte en lui ; il n*est pas trop tôt dès aujourd'hui de se mettre à l'œuvre d'une complète rénovation ; la révision est là, et il faut, sans tarder, l'employer à ce qu'elle ne laisse pas debout une seule pièce du fantôme malfaisant qui porte le nom de république. Dans le même quartier, les révolutionnaires convoquent leur peuple pour lui remémorer Tévangile qui est son salut; ils sont les fauteurs, ou, mieux, les entrepreneurs de toutes les illégalités; celle qu'ils ont prise sous leur tutelle en ce moment, c'est de soutenir qu'une circonscription électorale quelconque a le droit de choisir qui elle veut pour député, quelque inéligible qu'il soit, et qu'elle est au-dessus de la loi pour cela, comme si, dans un pays libre, quelqu'un ou quelques-uns étaient au-dessus de la loi ; la malédiction est prononcée sur les pouvoirs qui ont refusé de sanctionner le droit à l'illégalité ; et bientôt il sera fait justice populaire de cet assemblage de machiavélismes, d'impudences et de trahisons qu'on a le front de nommer aujourd'hui république. Enfin sur un plan plus reculé paraissent les partisans de la Commune de Paris et de l'insurrection de 1871 ; de chaudes ovations sont faites à ceux qui reviennent de la Nouvelle-Calédonie; là aussi on souhaite et on pronostique à courte échéance la chute de la république et son remplacement par quelque chose de plus authentique.
Le gouvernement n'a pas empêché, et il a eu raison, ces bruyantes manifestations, décidé à ne
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paraître que si Tordre élait menacé, et bien sur de le inainlenir. Il s'est laissé dire, sans s'émouvoir, par tout ce monde qu'il n'avait plus que bien peu de jours à durer, parce qu'il n'élail pa$ assez royaliste, parce qu'il n'élail pas assez cléricnl, parce qu'il n'élait pas assez radical, parce qu'il n'élail pas assez révolutionnaire parce qu'il n'était pas assez socialiste. La Babel est complète, et cela sans qu'il y ail lii-dodans un seul accent qui soit en unisson avec les urgences du moment, avec l'impérieux besoin du calme inlêrieur, avec le ménagement de l'extérieur, avec le souci des grandes atl'aires, en un mot avec le respect de ce qui est afin de promouvoir ce qui va élre. Il n'est rien qu'on ne sacrifie k une politique creuse et lurbulenle. Et y vient-on, du moins, de plain-pied, à celle politique doni on fait la mulliple panacée de nos maux'? En aucune façon. Personne ne se dissimule ni ne dissimule que le passage sera plein d'agitation, de danger intérieur et extérieur, de troubles menaçants. Mais aussi quel éclat, quand les fleurs de lis rayonneront sur la France ! Quoi éclal, quand la foi courbera toutes les létes sous ta doctrine du ^Ilabusl Quel éclnl, quand le radicalisme aura elTacé ces mensonges de république qu'on appelle sénat et présidence! Quel éclal, quand la révolution aura fait justice des ignominies et des mérails du régime qui nous opprime ! Quel éclat, quand le socialisme trûnera sur les débris de la vieille snciélé! Le bruit qui se fait est en vérité bien grand, inoffenstf sans doute quant au gouvernement qu'il n'ébranle pas, digne cependant d'i'^tre survrillé, comme témoignant de l'existence, au sein de lu nation, de prédispositions morbides, héritées aussi
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bien des temps monarchiques et catholiques que des temps révolutionnaires.
Ceci me ramène directement à mon sujet, qui est la durée de la république. Je l'ai déjà dit, elle a devant elle toute la présidence de M. Qrévy. Puis les ans climatériques viendront; les prédispositions morbides prendront de Tacuité ; les signes des changements se montreront. Un orage prévues! à moitié paré. La république, résolument laïque, car cela comprend tout Tessentiel de la lutte contre le passé et la réaction, résolument libérale, car cela résume Tensemble des libertés nécessairse h Thomme moderne, résolument appliquée aux grandes répara^^ tionsf car cela désigne Tindispensable trépied des Hnances, de l'armée et de Téducation ; la république, dis-je, sera le mieux préparée à commencer avec un renouveau do sécurité une quatrième présidence, et, suivant la modeste mais suffisante expression de M. Thiers, à devenir durable.
ET l'extérieur (i)
[La république française peut et doit se créer une politique eiiérieure qui, dirigée aVee perséyérânoe pir let pouvoin pubifosi présidence, sénat et chambre des députés, échappe aux fluctuations incohérentes de la démocratie et aux impulsions anarchiques du lôclallsme. La principale visée du développement que lui oRVe sa litualion est dans ses possessions extérieure!^ Cochinchino et Algérie.]
(1) Revue de ta philosophie positive^ numéro de janvier- février 1880*
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Pour là troisième fois la république française prend place dans les conseils de l'Europe à côté des monarchies. La république de 9i n'obtint d'être reconnue qu'après de longues guerres el de grandes victoires ; toutes les royautés s'arrangèrent avec elle ; et l'Angleterre, la dernière, acquiesça par le traité d'Amiens à l'admission de la nouvelle venue. La république de 1848 n'eut qu'un moment; mais pendant ce moment nlil ne s'avisa de lui contester ses droits ; elle tint pendant quelques semaines entre ses mains les destinées du continent; l'Ailemagne, l'Italie^ l'Autriche) la Pologne étaient en proie à des convulsions ; et^ si nos chefs provisoires^ Lamartine entre auti^s, avaient été animés de sentiments guerriers au lieu de l'être do sentiments pacifiques) s'ils avaient été disposés^ pour rendre à la France la frontière du Rhin, à se jeter sans scrupule dans une politique de fer et de sang, ils remaniaient) à Taide de l'armée héritée de Louis* Philippe) qui était bonne et prête, et à l'aide de la désorganisation générale, ils remaniaient, dis-je, violemment la carte, comme a fait l'Allemagne en 1870. La troisième république n*a de commun àveo celles qui l'ont précédée que d'ôti*e reconnue par l'Europe. Ge n'est pas le gage unique de durée^ mais c'en est un gage indispensable. Chose singu* lièrO) Louis-Philippe et la monarchie ont eu plus de peine à se faire accepter que n'en a eu la troisième république*
Et cependant les circonstances étaient profondément tristes et ne permettaient aux plus optimistes
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que bien petf d'espoir, quand elle prit, avec la sanction de TAsseniblée nationale de Bordeaux à qui aucune de nos trois monarchies ne s'offrait, la direction des lamentables destinées de la France, dont elle devint dès lors responsable. Toute la responsabilité du reste, et quel reste ! la défaite irrémédiable, le démembrement, Ténorme rançon, la perte du rang de grande puissance, appartient à Tempire.
Dès le début de la guerre, l'attitude de l'Europe commença de se caractériser. La Russie, cherchant sa revanche de l'expédition de Crimée et de la prise de Sébastopol, assura l'Allemagne contre les diverses éventualités, si bien que le roi de Prusse put dire qu'après Dieu c'était à elle qu'il devait sa définitive et immense victoire. En Angleterre, les principales sympathies furent pour l'AlIemagne^la reine à cause de ses alliances avec la maison des HohenzoUern, le premier ministre Gladstone à cause de son zèje ardent pour le protestantisme à Tencontre d'une nation catholique, et aussi, car il ne faut pas être injuste, à cause de son itroit attachement à l'école de Manchester, qui, décidée à la paix quand même, refusait de se mêler jamais des affaires du continent. Ces deux puissances prépondérantes paralysèrent le bon vouloir de TAutriche et de l'Italie, disposées à organiser une ligue des neutres qui aurait empêché TAllemagne d'user sans contrôle de son triomphe. Aussi , quand les négociations s'ouvrirent, le vainqueur et le vaincu furent laissés seul à seul, et la France fut écrasée territorialement et financièrement. Pertes d'argent ne sont pas mortelles, dit le proverbe, qui s'^i vérifié en notre cas. Nous avons réparé notre désastre financier, autant du moins
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f|U(! leppriiu'iraccpoissenienldedix iiiilliaidsiiitlige H notre dcflc publique ; mais les perles de. lenitoirc soDl irrémédiables.
Après la paix, pendant que M. Thiers proposait, raisait nccepter et mellail ù exécution les babiles et décisives mesures qui payèrent noire rançon et libérèrent notre territoire, et pendant que la république n'avait d'autre litre que ie fuit d'une reconnaissance implicite de la part do l'asseml^lée de Bordeaux, qui se réservait toujours, en qualité d'Assemblée nationale, le droit do prononcer sur la forme de gouvernement, et pendant que de la sorte pluiiieurs combinaisons restaient ouvertes, les puissances européennes gardèrent l'expectative, non sans cependant avoir leurs prèréronces. L'Angleterre, il cause de la guerre de Grimée el des traités de commerce, l'Allemagne, k cause de son désir de conserver sur le tn)ne de France celui qui avait été entre ses mains un jouet si |>arfait, l'Italie par reconnaissance de la guerre Taite h rAulrirho, l'Espagne en souvenir des liaisons de l'empire avec la reine Isabelle, penchaient pour Napoléon 111. La Russie et l'Autrirhe étaient pour M. le comte de Cliambord. Aucune n'étiiit ni pour un prince d'Urléans ni pour la république. Mais, en somme, leur attitude demeura indifl'érente, el elles crurent n'avoir à telle ou telle solution aucun intérêt qui valût U peine de s'émouvoir. Probablement la France parut tellement annulée et mise pour si longtemps hors d'état de nuire ou de servir, que les bommes d'Klat laissèrent les choses françaises suivre le cour» que les ciraonstances traceraient.
Je ne relaterai pas les péripéties consécutives qui ^cut, de la république de Tait, la république de
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droit, et qui procurèrent ce résultat par les mains de ses ennemis déclarés. Elles ne touchèrent pas assez l'Europe pour qu*elle quittAt son rôle de simple spectatrice. Même les entreprises du 23 mai et du 16 mai n'eurent d'elle qu'une sympathie absolument inactive. Elle les laissa tomber sans beaucoup s'en soucier. L'alliance des trois empereurs la préoccupait alors, et avec raison, bien plus que le triomphe de la monarchie ou de la république au sein de la misérable France.
Ainsi passèrent les temps d'épreuve; ainsi se décida la lutte pour l'existence, car c'était bien une lutte suprême pour l'existence où notre pays était engagé. Quelques fautes de plus, et la France finissait comme la Pologne. Ces fautes ne furent pas commises. A mesure que la situation républicaine se «consolida au dedans, elle se consolida au dehors. Aussi, depuis lors, à l'indifférence du premier moment ne succéda aucune hostilité systématique. De bons rapports sont établis avec toutes les puissances. La république française est acceptée dans les congrès ; elle est d'accord avec l'une des plus considérables d'entre elles pour garantir des intérêts communs que toutes deux ont en Egypte. Quand on rétléchit au coup qui fut porté à la France en 1870 et qui semblait si définitif, on est en droit de s*étonncr, sans le surfaire, d'un tel et si prompt relèvement; et le moins qu'on puisse dire, c'est que le régime républicain n'a rien empêché, rien contrarié dans les dispositions européennes qui accueillent noire pays.
Ces bonnes dispositions ne sont pas, on le pense bien, sans condition. Elles supposent que la république continuera d'être ce qu'elle a été, un gou-