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vernement parlementaire et régulier où le lendemain ne fait pas un brusque contraste avec la veille, et duquel on n*a point à craindre de voir sortir des appels forcenés aux éléments de désorganisation que l'Europe comprime mais qui Tinquiètent. S'il en était autrement, et si une catastrophe démocratique et sociale éclatait en notre pays, c'en serait fait de ledifice encore récent et peu solide de nos rapports extérieurs.
Cette perspective n'arrête pas dans leurs attaques désordonnées contre la république parlementaire nos révolutionnaires et nos socialistes, alliés pour Tassaut qu'ils lui livrent. Ils se flattent, dans leur aveugle méconnaissance des changements que l'intervalle d'une trentaine d'années apporte dans la situation politique et sociale, qu'une commotion qu'ils produiraient en France aurait les mêmes effets d'expansion que celle de 1848, et qu'elle ébranlerait assex les trônes et les gouvernements pour les mettre à la merci de la révolution. En 1848, grâce à l'esprit de résistance qui prévalait surtout en Aile* magDe et en Italie, l'explosion se communiqua rapidement, et le sol européen trembla. Mais bientôt l'anarchie inhérente aux aspirations révolutionnaires et socialistes ramena sous le giron de l'autorité les masses effrayées. Aujourd'hui une commotion en France serait sans écho; le régime parlementaire établi partout a satisfait chez les peuples du continent les besoins de liberté. Les gouvernements possèdent chez eux une grande autorité, surtout pour maintenir l'ordre; tache pour laquelle limmonse majorité des gouvernés se porterait de leur côté. L'Allemagne est devenue prépondérante sur le continent. Des intérêts fort graves d^ambition s'agitent
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autour de la Turquie entre la Russie, rAutriche et TÂnglef erre. Rien donc de ce qui s*e$t passé en 1848 ne se reproduirait. La France en serait pour sa nouvelle révolution et pour ce que coûte toute révolution ; trop heureuse si son puissant voisin, qui lui a pris de grandes provinces et beaucoup de milliards, ne lui demandait pas d'autres milliards et d'autres provinces.
Quoi donc ! est-ce que tout mouvement intérieur, tout développement de nous-mêmes sur nous-mêmes nous est interdit? Est-ce qu'une immobilité méticuleuse doit nous paralyser misérablement, de peur que nos efforts de relèvement n'excitent contre nous des ombrages dont nous aurions à nous repentir? Pas le moins du monde. La seule chose qui nous soit défendue sous de graves peines, c'est une commotion intestine, c'est une révolution démocratique et sociale. Et les révolutions sont si dispendieuses en vies humaines et en argent, qu'il faudrait entretenir avec une vigilance infatigable cette défense, quand même des dangers extérieurs ne seraient pas joints aux maux intérieurs. On a beaucoup parlé, on parle encore de la conjonction des centres, qui d'ailleurs ne s'est pas opérée. Mais il vient de se faire sous nos yeux une conjonction bien autrement singulière et significative, c'est surtout depuis le retour des amnistiés et les ovations dont ils sont l'objet, la conjonction bénévole du radicalisme avec la Commune de Paris, de laquelle il reçoit des hommes à soutenir, des questions à traiter. Je n'ai point de parti pris contre le radicalisme, qui est une politique ayant droit à se faire entendre; mais j'ai un parti pris contre la Commune, dont je repousse, à l'égal de ses actes les tendances insurrectionnelles et
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subversives. Donc déveliïppons-iious on liberté, nous le pouvons; mais exercer des violences contre nos institutions, nous ne le pouvons pas. Ces ovations où l'on célèbre les liauls faits de la Commune el oii l'on déleste l'arniée el la répression, ont sensiblement blessé le militaire. En 1H48, l'insurrection révolutionnaire et socialiste chassa de Paris ignominieusement, et la crosse en l'air, les réf^iments qui y tenaient garnison, et en défendit l'entrée au reste lie l'uriuée. Ceux qui, comme moi, .ont vu te â décembre 1851, ont pu se convaincre que la Iroupe, en suivant les ordres de Louis-Bonaparte, satisfaisait aussi ses propres ressentîmenls et vengeait ses Injures. Certes, rien de pareil n'est à craindre aujoui'd'hui ; car les pouvoirs publics, en maniant l'amnistie parlielle ou plénière, ont réparé le mal fait par des nianifeslalions intempestives qui ont trouvé de récbo lii oii elles n'auraient pas di^ en trouver.
C'est en marchant que le philosophe ancien prouvaitle mouvement; c'est en poussiintson dêvelo]>pement dans toules les voies que la république française prouve et prouvera qu'aucune enirave exItW Heure ne l'arriîle. Je rappelle cequeje viens dédire, que son établissement s'esl elfeclué en Europe sans aucun veto ; car c'est le poijil de départ de tout le reste. A compter de ce grand fait, elle travaille à reconstituer ses finances, que l'empire, qu'on ne peut assez maudire, avait livrées aux immenses dépenses d'une guerre désastreuse et aux convoitises allemandes;et elleyréussit si bien, que ses budgets ae soldent en excédants, et que son crédit est entre les plus solides. Elle refait sou armée, el cette armée est déjii bien supérieure à l'arniée impériale en nombre, en armement el en organisation. Elle porle
Tesprii de réforme dans l'éducation naiionale, et là, comme dans Tarmée, la voie est ouverte à tous les amendements. Ënfm, quant à ce qu'on nomme improprement la question sociale, et qui serait mieux nommé la question ouvrière, sans se laisser décourager ni effrayer par les discordances des systèmes, par les folles impossibilités qui se font écouter dans les congrès ouvriers, et par les passions subversives qui y reçoivent trop d'accueil, elle s'efforce d'y séparer le bon grain du mauvais, et est toute disposée à favoriser activement les mesures que la discussion et l'expérience montreront propres à mettre les travailleurs salariés dans une meilleure position matérielle, intellectuelle et morale.
La sagesse qui a procuré l'établissement de la république à Tintérieur est aussi celle qui Ta fait accepter par l'Europe et lui a permis de prendre place dans le haut aréopage qui dirige les destinées de cette partie du monde. Notons qu'elle n'y a pour compagne qu'une petite république, la Suisse, et encore la Suisse est-elle neutralisée, et qu'il faut sortir de l'Europe pour rencontrer la puissante république des États-Unis et ces républiques espagnoles de l'Amérique, qui sont encore faibles, mais qui grandiront beaucoup, si qtui fata aspera rampant, c'est-à-dire si elles triomphent, et elles en triompheront, des diverses anarchies qui ontentravé leur développement. La sagesse à laquelle je fais allusion est celle qui ne révolutionne rien, qui prend les choses telles que les donne la situation présente,
el (|ui les dirige dans la voie de la situation h venir. M. Tliiors est l'homme «l'Éliit qui nous a le plus mis dans Je clieiiiiii du ci'Ite sattesso ; el pur \k il a, je ne crains pua de le dire, autant niôrité de la France qu'en relevant notre crédit el liliéranl noire sol.
Dans les lenips douloureux qui suivirent le traité avec l'Allemagne, aucune allernalive ne nous fut laissée; la paix nous avait coitlé assez cher pour qu'on la conservai comme noire dernière ressource. La Franco élait semblable h un blessé qui gtl immobile en son lit et qui est incapable de lever la main et do prendre la parole. La période de libération sp passa ainsi : la libération, qui élait le premier pansement des plaies larges et béantes, et qui, heureusement accomplie, permit au blessé de i>e dreiiser sur ses jambes et de regarder autour de lui.
La force des choses durait encore. Quels que fussent les sentiments qui s'agitf-rent au fond îles cœurs, quoi que pensassent de notre silualion les monarchistes qui lenlaionl de rétablir une de nos trois monarchies, ou les républicains qui s'ortorçaienl de niainlenir la république, c'eût elé une folio ninnifestoque de songera sortir de l'abstenlion que nous imposait notre laborieuse convalescence. On le vo>uil bien, mais on le senlil d'une favon poignante, quand, en 1875, un bruit soui-d annonça que l'Allemagne exigeait de nous de nouveaux sacrifices, ou recommençait la guerre. On s'examina avec anxiélé, rien n'était encore suffisamment pri^l pour repousser une attaque sans motif, sinon que nous nous relevions trop vile et que nous pourrions ftirc dangereux un jour. Heurousemfnl, l'orage fut détourné; mais aux plus rêcalcilrants contre la nécessité il avait appris ce que la paix valait pour nous.
536 LA RÉPUBUQUE FRANÇAISE
Les circonstances (et je conviens qu'il est de Thabileté de profiter des circonstances) permirent à un ministre de nos affaires étrangères d'entrevoir une autre politique que celle de la paix. C'était la politique d'alliance avec une grande puissance qui nous donnât de la force en Europe et, au besoin, concourût assez avec nous pour assurer nos revendications, si un remaniement survenait entre les Etats européens (i). Il est fort inutile de spéculer sur les avantages possibles d'une combinaison qui n'a pas abouti. En tout cas, c'était ouvrir l'entrée à des éventualités hasardeuses pour lesquelles nous étions mal préparés. Il est des situations, et telle est la nôtre, où rien n'est à risquer, quand même les perspectives seraient encourageantes; et les perspectives d'une alliance russe n'étaient ni claires ni sûres. Entre temps, les mouvements de la politique intérieure ôtèrent le pouvoir au parti réactionnaire et monarchique, et le remirent aux mains des républicains. Ceux-ci reprirent incontinent la tradition de M. Thiers et détournèrent la France de toute combinaison qui n'aurait pas la paix pour but.
Grâce à cette conduite aussi ferme et loyale qu'appropriée aux circonstances, nous avons tenu au congrès de Berlin une place honorable et trouvé de tout côté bon accueil. Certes, je n'entends rien surfaire. Nous n'y avons eu ni les hautes visées de la Russie, qui y arrivait toute pleine des triomphes du traité de San Stefano, ni le déploiement de la puissance britannique se faisant fort de sauver l'empire ottoman et mettant la main sur Tile de Chypre, ni la
(1) Il s'agit de M. Decazes^ ministre des afTaircs étrangères, et de ses velléités de contracter alliance avec la Russie.
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fiilnie confijince de l'Autriche il qui ses alliances assurèrent une dépouille dans li>s provinces turques limitrophes, ni \a pi-épondérauce encore plus sentie qu'exprimée de l'Allemagne sùi-e d'elle-même au milieu de ces conllits. Notre n\le a été modeste et secondaire; mais notre vois n été écoutée, nos inliiréts n'ont pas clé entiimés, et de celte épreuve délicate pour les vaincus de Sedan et de MetK nous ne sommes pas sorlis amoindris. l<)n appréciant une silualion, il fnul toujours considérer le point de départ et le point d'arrivée: le point de départ est le lendemain du Irailé de paix de FrancForl, l'enlèvement de l'Alsace et de lu Lorraine, une amende de cinq milliards et l'occupalion provisoire de notre territoire; le point d'arrivée est notre présence au confcrès de Berlin du consentement de tous avec voix délibérative dans les graves et dangereuses questions qui s'y débattaient.
On a dit quelquefois que la France, en gardant ninsi l'immobilité et la paix, se recueillait. Je ne me servirai pas de celle expression, parce que, ici, elle serait k double entente. La Russie s'est recueillie, comme elle l'a dit elle-même, après la guerre de Crimée ; mais ce n'était pas un recueillement pacifique, c'était un recueillement de revanche. En effet, elle en sortit aux premiers éclats de la tcuerre de 1870, garantit les derrières de l'Allemagne, empêcha la ligue des neutres, et assura la défaite irrémédiable de la France. Non pas qu'elle eût contre noire pays une haine systématique et profonde, comme celle qu'enlretenaient les .Allemands; mais elle voulait rompre les nueuds du traité de Paris, et elle les rompit. F.llc en sortit encore, lorsque, plus lard, des insurreclions slaves dans les domaines ollo-
mans surexcitèrent les espérances du panslavisme; et elle mit Tempire turc à deux doigts de sa perte. Voilà quel fui le recueillement russe ; et j'ajoute qu'il ne pouvait guère être autre chez une grande puissance sûre de sa force et comptant sur sa destinée.
Notre recueillement n'a rien de commun avec celui-là. Il est absolument pacifique et sans aucune visée sur les complications qui surviennent dans les affaires européennes. Peut-être, si nous n'avions pas plus souffert dans la guerre de 1870 que la Russie n'avait souffert dans la guerre de Crimée, si nous avions gardé notre territoire intact, et que tout se fût borné à des conditions plus ou moins onéreuses, aurions-nous, comme elle, guetté les occasions. Mais notre ruine a été trop complète pour qu on puisse imaginer, dans l'état présent de TEurope, des occasions que nous ne fussions pas obligés de laisser passer.. Donc notre recueillement signifie reconnaître sans illusion notre situation, nous y soumettre sans arrière-pensée, et, acceptant le bien avec le mal, en user pour tourner sur nous-mêmes toute notre activité et tout notre génie. Il semble que ce champ soit étendu et fécond ; car notre réparation marche avec force et rapidité.
Eh quoi ! est-ce que, si les conflits entre les grandes puissances, desquelles n'oublions jamais que nous ne sommes plus, amenaient de sérieuses possibilités de reprendre l'Alsace et la Lorraine, la république française ne devrait pas, même au prix de quelque puissant effort, s'immiscer dans les péripéties qui s'ouvriraient? Oui, sans doute, et il y aurait hypocrisie à dire qu'un tel cas la trouverait inerte et inditférente. Ainsi le voudrait non seulement le devoir envers la France, mais surtout le