‹ De l'établissement de la troisième républiqueChapitre 94 sur 102 · D'UNE INFIRMITÉ SOCIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

D'UNE INFIRMITÉ SOCIOLOGIQUE

prendra-t-il corps? C'est ce que nous ne pourrions dire, et il pourra même arriver que Ton se rebute d abord. Mais, encore un coup, la formation du parti ministériel se fera par la force des choses. Un centre gouvernemental et deux oppositions constitutionnelles, Tune réactionnaire, l'autre radicale, prendront la place de groupes vermoulus qui n'ont plus aucune raison d'être et qui disparaîtront fatalement. »

En 1877, lors des élections qui ont produit la chambre actuelle, le suffrage universel était en proie à une excitation extraordinaire, et avec juste raison ; contre une agression aussi inattendue que dangereuse il lui fallait la victoire. En 1881, débarrassé de ses alarmes, rendu à son sang-froid, éclairé par Texpérience, il prononcera un verdict moins passionné.

Dans les sages décisions projetées contre Tinstabililé ministérielle, en tant qu'elle est le fait de la chambre, il a clé parlé d'une majorité de gouvernement. Les termes ambigus ne doivent pas passer sans explication. Entendons-nous donc sur celui-ci. 11 s'agit de soutenir le ministère, non pas de se substituer à lui. Une majorité ne peut gouverner, ou du moins ne peut gouverner bien. Ce rôle appartient de plein droit au ministère. 11 n'est pas douteux que, si une pareille interversion des fonctions survenait, le ministère se lasserait bien vite de sa subordination, et qu'en dépit de tous les votes de confiance, il ferait ce qu'ont fait ses prédécesseurs, il se retirerait.

Ici se place une observation politique qu'on ne fait pas d'ordinaire et que pourtant il faut faire si Ton ne veut aboutir à d'injustes reproches et

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à des mécomptes réciproques. Les minisires pris à des groupes plus avancés que n*est le centre gauche auront sans doute, et surtout leurs amis y comptent, des sentiments en rapport avec leur origine. Gela est vrai, mais seulement dans une certaine mesure. En effet, à peine un homme de parti entre-t-il au pouvoir, qu*il envisage tout dîfférem* ment et son parti et le pouvoir. Ses vues deviennent plus étendues et gagnent en impartialité ; il aperçoit les inconvénients de ce qui d*en bas lui semblait faisable et péremptoire ; il reconnaît qu'en haut les intérêts généraux engagent les responsabilités plus qu'il n'avait cru ; et son monde est tout étonné de la métamorphose qui s'opère. Aussitôt on se récrie contre le renégat qui déserte ses idées et ment à sa propre opposition. Gela est fort injuste. Un homme n'est ni un traître ni un renégat, parce que, changeant d'office et de responsabilité, les nouveaux rapports qui se découvrent à lui l'obligent à modifier ses conceptions et sa conduite. A cette différence entre le point de vue du pouvoir et le point de vue de Topposilion et aux résultats qu'elle entraîne nécessairement, la majorité, qui a bonne intention pour le ministère, doit être toute préparée. Elle le connaît, elle est instruite de son origine et de ses tendances. Gela suffit ample* ment pour la déterminer à lui être fidèle dans le cours de la carrière qui lui reste à fournir.

Afin de bien mettre à leur point des variations que je juge non seulement légitimes mais louables, je prendrai un exemple en un tout autre domaine que le parlementarisme. En tant que disciple de la doctrine positive, j'appartiens à un parti philosophique, et, là, je suis l'adversaire des théologies ; je

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