‹ De l'état actuel de la Grèce et des moyens d'arriver à sa restauration (volume 2)Chapitre 8 sur 16 · partie ce qu'on avait obtenu pendant trois ans del repos · texte numérisé non relu

partie ce qu'on avait obtenu pendant trois ans del repos

La vie de ces hommes laborieux est très-simple, et souvent restreinte au strict nécessaire. Le pain est d'orbe presque partout. En beaucoup d'endroits on boulange tous les jours; on mêle la farine avec de l'eau sans se servir de levain, et la pâte est cuite au milieu de deux plats autour desquels on amasse des charbons ou de la cendre brûlante. Pour préparer le dîner, on a dans chaque maison, même dans la plus pauvre, un modique chaudran d'airain où l'on jette des herbes, des fèves, des pois, du sel, y ajoutant quelquefois du beurre et des oeufs ou un morceau de viande, et l'on cuit le tout ensemble. En cas de besoin la ca- '.)ane possède des fruits, des raisins, des olives, du miel, du vin, de la liqueur, des poules, des agneaux et des cochons de lait.

Les habits de la famille se font dans la maison sans aucun secours étranger; le paysan prépare jusqu'au cuir dont il fait les souliers, qu'on attache encore à la manière des anciens, pendant que sa femme et ses filles filent au fuseau et tissent le coton et la laine dont elles font toutes sortes de vétemens. Les hommes ne portent qu'un gros habit de coton sur le corps; toutefois il est large et bien plié, et retenu par une ceinture qui serre les reins. Là -dessus on jette encore un manteau de laine, disposé de manière à ce qu'on puisse y passer les bras, en sorte qu'il tienne sur les épaules. Il règne la même simplicité dans les habits des femmes; mais quant à ceux qu'elles réservent pour les jours de fête, il y a un luxe de couleurs et de broderies exécutées par les paysannes mêmes, qui ferait honneur en ce genre au talent de nos ouvrières. On y voit des dessins d'un goût exquis qui se retrou-

vent encore presque entièrement sur des vases antiques et des iiionuniens d'architecture.

Les domestiques n'entraînent ici à aucune dépense; c'est la coutume que chaque famille, avec ses enfans, prenne soin elle-même de ses affaires, dont l'étendue et le gain augmentent en raison du nombre des enfans. Pour le travail que le paysan ne peut pas faire luimême, comme pour les impôts qu'il doit payer à l'état, il s'arrange avec une partie de ses produits: le forgeron qui lui prépare le fer de sa charrue et les autres instrumens d'agriculture, le propriétaire des chevaux qui lui battent ses blés , le curé qui baptise ses enfans et bénit ses fruits, en prennent chacun une certaine partie dont ils sont convenus d'avance; quant à l'état, il lui doit payer les dîmes de tous ses produits, soit en blé, soit en tabac, en coton, en vin, en huile, en amandes, en figues, s'il est propriétaire, et le quart, s'il ne fait que de cultiver des terres et des vignes nationales; il doit la même quantité de soie, lorsqu'il nourrit ses vers avec des mûriers qui sont propriété publique. Ceux qui cultivent les terres des particuliers, sont fréquemment soumis à des conditions plus dures, et quand le propriétaire donne à une famille de laboureurs les boeufs et la semence, celui-ci est obligé de lui abandonner la moitié de tous les produits, déduction faite des dîmes et de la semence.

On conçoit, qu'il serait impossible de cultiver sous de telles conditions des terres d'ailleurs peu fertiles; aussi le sol qui ne rapporte que le triple ou le quadruple des semences, est- il généralement désert ou propriété particulière. Les colons se dirigent vers les plaines, où le produit est plus avantageux et où l'on reçoit depuis huit jusqu'à vingt- cinq fois ce qu'on a confié au sol. Telles sont les campagnes d'xVmyclée, du

Painise, de Marathon, du lac Copaïs et de l'Achélous. En général, la classe des colons qui cultivent le sol d'autiui, est peu attachée au pH}s. Ces gens-îà sont les plus exposés aux chances de l'administration et aux avanies des Archontes, en niêuie tenjs qu'ils sont les plus pauvres, n'ayant peut-être rien qu'une chaumière de j>aille pour se défendre contre l'hiver, et quelqur morceaux de drap pour couvrir leur nudité. Ce pourquoi ils se transportent sans peine d'un endroit l'autre, éniigrant dans la Thessalie ou en Asie, ou revenant selon que les pousse le Acnt de leur mauvaise fortune. On rencontre sur les routes des caravanes entières composées de ces populations ambulantes. Les hommes, les femmes et leurs enfans traînent avec eux jusqu'aux derniers ustensiles, et font même voyager les coqs et les pigeons. Lorsqu'ils sont un peu plus à leur aise, ils emmènent leurs ânes et leurs boeufs chargés de leurs charrues et de leurs matelas, ainsi que de leurs femmes et de leurs enfans.

On s'apercevra facilement combien un tel état d'agriculture est simple et imparfait. Tout y reste encore dans l'état de la société patriarcale; bien des siècles sont passés sans y avoir seulement touché. C'est donc à la société moderne à y apporter les changemens et les améliorations de notre économie industrielle qui sont compatibles avec le climat, le sol et les besoins du pays. Cependant, avant d'entrer dans les détails, il faudra embrasser l'affaire sous des vues plus étendues, pour pouvoir montrer quelles sont les mesures générales par lesquelles on arrivera à faire cesser les malheurs qui, dans ce moment, accablent la classe agricole pourtant si importante en Grèce, et par lesquelles on parviendra à la multiplier et à l'organiser d'une manière stable.

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