PIECES EXPLICATIVES
Du choix de S. M. le Roi Othon pour le trône de la Grèce.
Page 77. ,^ Immédiatement après ^ la nouvelle se répandit
que S. A. R. le Prince Othon avait été élu
Souverain de la Grece.^^
VFn a dit et on a re'pe'té que j'e'tais venu en Grèce avec une mission secrète de mon Souverain, c'est-à-dire, chargé de faciliter auprès des Grecs l'avènement de S. M. le Roi actuel au troue de la Grèce. On a appuyé cette opinion entre autres sur des lettres de recommandation que m'avaient données S. M. le roi de Bavière et S. A. le prince Wrède, et qui étaient adressées au chef du gouvernement grec. Cette supposition a même formé le contenu de dépêches envoyées de Nauplie aux cours alliées par leurs agens diplomatiques dans cette dernière ville.
Comme elle est tout-ù-fait dénuée de fondement et en même tems contraire à la manière franche et désintéressée dont S. M. le roi de Bavière a toujours agi dans la cause grecque, j'ai tâché partout de la détruire, sans y pouvoir réussir complètement. On y revient toujours et on répète même dans des ouvrages littéraires, publiés en Allemagne et en Angleterre, que c'est avec une mission spéciale que je suis allé et que j'ai agi en Grèce. D'un autre coté, il y a des hommes qui m'ont cru envoyé par la Propagande pour révolutionner la Grèce dans l'intérêt de la république. Il me paraît donc convenable d'exposer exactement quelle part j'ai prise aux événemens qui ont amené l'accomplissement des destins de la Grèce, et de joindre à cet exposé des extraits de pièces explicatives. En les examinant, chacun pourra se convaincre qu'il n'y a rien en tout cela que l'action spontanée d'un individu et d'un philhellène qui avait déjà embrassé la cause grecque six ans avant le commence-
ment de la révolution du pays, et qui, pas ses dernières démarches, a cru contribuer h l'accomplissement de ses résultats. J'ai été en liaison intime avec les Grecs depuis 1813, et le premier en Europe, j'ai prévu et prédit leur apparition I siur la scène politique , huit ans avant l'événement.
Em])èché par la marche politique des grands cabinets de les seconder d'une manière efficace dans leur lutte, j'ai été réduit à plaider leur cause dans toutes les vicissitudes qu'elle a subies. Les trois puissances s' étant emparées plus tard de l'arrangement de cette affaire devenue européenne, j'ai regardé comme un fait incontestable qu'il fallait pour le repos de l'Europe une Grèce indépendante, et que cette Grèce n'arriverait à la tranquillité que sous l'égide d'un prince européen. En même tems il me parut certain qu'il ne suffisait pas de lui choisir un souverain, mais qu'il fallait encore le former pour sa destination, pendant que la Grèce s'organiserait sous le gouvernement du comte Cupodistria, et en outre que parmi les princes qu'on pourrait choisir, S. A. R. le prince Othon, alors âgé de quinze ans, offrirait le plus de garanties, tant par sa maison et les sentimens de son auguste père que par les dispositions les plus heureuses d'esprit et de caractère qui commençaient à se développer en lui. Ce sont ces idées que je pris la liberté d'exposer à Sa Majesté, le roi de Bavière, dans une lettre écrite, le 10 septembre 1829, de Kreut, près de Tégernsée, à Bergtesgaden , et dont voici un extrait :
„ Quoique l'affaire grecque trouve encore bien des obs tacles à vaincre, il me paraît que l'établissement d'une Grèce entière et indépendante se présente conmie une de ces nécessités politiques contre lesquelles ni intrigues, ni calculs ne peuvent prévaloir, et je suis pleinement convaincu que le moment est venu, où la question doit être définitivement décidée. "
„Un chef choisi parmi le peuple même, aurait contre lu tous les partis et toutes les ambitions exclues du pouvoir suprême. Un souverain envoyé de l'Europe, y arriverait comme étranger, ne connaissant ni la langue, ni le peuple, ni sebesoins: au lieu de vaincre les grandes difficultés de sa position, il serait peut-être lui-même le premier obstacle à l'établissement d'un ordre de choses conforme aux véritables intérêts du pays. Reste donc à faire choix d'un prince mineur et à le faire élever pour sa destination future. Comme les maisons des trois grandes puissances de l'Europe se sont elles-mêmes exclues du trùne de la Grèce, il me semble qri'aucune autre
ne se présenterait avec plus de droits et de chances de succès que la maison royale de Bavière. L'intérêt que Votre Majesté a témoigné au sort de la Grèce, et la manière dont elle a daigné le manifester, ont tourné les regards de tous les Grecs vers la Bavière. Le choix d'un de ses ûls cadets, et notamment de S. A. R. le prince Othon, obtiendrait donc l'assentiment général de toute la nation grecque. Le souverain futur, pour ne pas venir comme étranger dans le pays, devrait être préparé, dès ii présent et à Munich même, pour sa destination, au moyen d'une éducation qui le rendrait familier avec la langue, la littérature et ^hi^toi^e tant ancienne que moderne de la Grèce, et qui embrasserait en iiîème tems les études nécessaires à un prince destiné à accomplir la régénération d'un peuple autrefois si illustre et actuellement si malheureux. Dans cet intervalle, le comte Jean Capodistria resterait chargé du soin d'organiser l'état et de conduire les affaires; mais, afin de pouvoir accomplir cette grande et difficile mission, il devrait être fortement appuyé de la part de la Bavière. On dit que les troupes françaises seront retirées immédiatement de la Grèce. Comme le gouvernement grec ne peut encore se passer de soutien armé, il faudrait envoyer un corps bavarois pour les remplacer. Ce corps devrait être choisi et composé de manière non seulement à ce qu'il ne servît de modèle pour les bataillons réguliers à former dans le pays, mais encore à ce que les individus qui en feraient partie , pussent apprfendre aux Grecs les arts et les métiers qui leur manquent presqu' absolument. "
„En même tems il faudrait s'entendre avec le Président sur les principes d'organisation municipale, administrative et financière, et sur les lois, les tribunaux et les institutions à donner au pays. "
,,De plus, on l'aiderait à fonder des établissemens d'instruction primaire et de hautes études. La Grèce a déjà eu avant la révolution des écoles et des collèges, et à Chios il y avait une académie presque complète. La jeunesse grecque , quoique négligée dans le détail de la haute instruction, y est en général préparée; elle suppléerait donc bientôt par son zèle à ce qui lui manque encore. "
„Pour avoir les moyens indispensables à l'établissement du bon ordre dans l'administration, les finances et les tribunaux, il faudrait à la Grèce un emprunt de cinq à six millions d'écus. Les richesses naturelles du pays, l'énorme quantité de propriétés nationales fourniraient une hypothèque suffisante, et la garantie que A^otre Majesté se trouve-
rait peut-être disposée à accorder ;i cet emprunt, mettrait la Grèce à même de le contracter à des conditions favorables."
,,Je ne dois pas me permettre d'entrer dans les difficultés diplomatiques que la question pourrait offrir dans un moment oîi la politique de la Russie paraît être contrariée par les ministères des deux autres puissances, dirigés par le duc de Wellington et le prince de Polignac. Peut-être ne sont- elles pas invincibles,"
„Même en soumettant à Votre Majesté ces vues d'un simple particulier , j'ai besoin de cette indulgence dont Elle a toujours daigné honorer tous mes faibles efforts pour la plus belle cause de la civilisation moderne."
Le Roi ne me répondit pas à cette lettre; mais il m'en fit remercier par son secrétaire de cabinet, M. de Kreuzer, qui la lui avait remise.
Je ne jugeai doinc pas convenable de lui en parler personnellement, lorsque, le mois suivant, j'eus l'honneur de le voir à Munich, et je me conteutai de charger un ami qui le voyait souvent pour lors , de lui demander son opinion sur cette affaire. Sa Majesté lui répondit qu'EUe n'j pouvait participer ni personnellement, ni diplomatiquement, ne voulant pas faire croire qu'en s'intéressant, comme Elle l'avait fait, au sort de la Grèce par des sentimens d'humanité et d'attachement à sa cause, Elle avait été dirigée par des vues d'intérêt personnel. Cependant, continua-t-Eile, si mon fils était demandé par les Grecs ou choisi par les puissances sans raa coopération directe ou indirecte, je montrerais pour les Grecs, dans une pareille occasion , les mêmes sentimens qui m'ont animé et conduit jusqu'à présent.
Telle est la déclaration de S. M. le Roi, la seule qu'il ait donnée et sur laquelle il est toujours revenu. Comme je la connaissais , et que je respectais la délicatesse des sentimens qui l'avait dictée, je me suis abstenu constamment de lui adresser ou de lui faire adresser quelqu'autre communication, et tout ce que j'ai cru nécessaire pour entamer cette affaire, je l'ai fait H son insu et de mon propre mouvement.
Avant tout je pensai qu'il était convenable de m'adresser à M. Ejnard, demeurant alors à Paris; j'étais depuis long-tems en correspondance avec lui sur les affaires de la Grèce. M. Eynard s'y était engagé comme moi, sans autre vocation que l'intérêt qu'il portait à cette cause. Grâce à l'étendue de ses liaisons et des services qu'il avait su rendre aux Grecs, aussi bien qu'au respect qu'inspirait son caractère, il était parvenu à faire valoir ses vues et à influer même sur
la décision des questions alors mises à l'ordre du jour. Il Était donc le plus propre à agir dans l'intérêt de l'arrangement projeté, arrangement qui devait être tenté en dehors les voies régulières de la diplomatie.
La lettre que je lui adressai , est écrite sous l'impression que la politique dirigée par le duc de Wellington contre les intérêts de la Grèce , devait produire alors. C'est pourquoi je ne la communique qu'en partie. On trouve en même tems que le président Capodistria y est encore représenté comme le seul homme capable de préparer la Grèce à sa pouvelle destination. La réputation qu'il a laissée en Europe, était dans toute sa vigueur, et le système qu'il songeait à imposer aux Grecs était encore caché sous les apparences de vues et de démarches sages et philanthropiques.
A Munich, ce 10 novembre 1829.
„Je profite de votre présence à Paris pour vous adresser quelques observations sur des questions importantes concernant la Grèce. On propose à la Russie de donner à la Grèce sa liberté entière, mais de la restreindre ik la Morée et aux Cyclades. En même tems on lui retire les troupes qui avaient défendu sa paix intérieure , et les secoiirs pécuniaires qui seuls rendaient possible son organisation. Dès-lors personne ne peut se méprendre sur le sort qu'on lui prépare de ce côté. Sous un prétexte spécieux, on lui ôte jusqu'à la possibilité de devenir une puissance. Les conséquences qu'on prévoit et sur lesquelles on spécule peut-être, seront immédiates et funestes. La désorganisation reviendra, les partis à peine comprimés reparaîtront avec elle, et, poussés par les artifices des agens étrangers , ils finiront par replonger la Grèce dans un état de misère et de désordre, où toute existence sociale et politique devient impossible."
„Heureusement ces desseins sont trop évidens pour qu'on puisse s'y méprendre; mais malheureusement les affaires politiques sont si comj)liquées dans ce moment que Dieu seul sait comment elles seront résolues. Je vous conjure donc au nom de tous nos philhellènes, de continuer vos efforts généreux pour déconcerter ces vues lugubres d'une diplomatie étroite et ennemie de la Grèce."
„ Pendant qu'on pré[>are par ces voies l'anéantissement des Grecs, on s'empare d'iuic autre affaire pour la tourner au même but. D'après le protocole de Londres, un souverain doit être choisi pour la Grèce. A peine ce choix est-il
mis sur le tapis, que des princes se présentent et aspirent à la dignité équivoque que le protocole leur destine. Quel que soit celui qu'on préfère aux autres, il contriljuera à l'avenir funeste qu'on prépare à la Grèce, soit qu'il serve les vues des protecteurs sinistres de ce pays , soit qu'il arrive libre de tout engagement. Etranger au pays, aux besoins, aux moeurs, au culte et jusqu'à la langue de la Grèce, comment pourra-t-il satisfaire aux devoirs que l'état actuel du pays impose à tout homme qui veut se mêler de ses aflfaires presque désespérées, et sous le poids desquelles toute la supériorité et l'expérience du Président actuel ont failli succomber. Il est donc de toute nécessité que celui auquel on destine cette dignité, soit élevé et formé pour elle pendant que le Président continuera à compléter la régénération du pays. Ceci une fois arrêté, il faudrait choisir parmi les maisons souveraines qui ne sont pas exclues par le protocole de Londres, un fils cadet dont l'âge permît encore une éducation conforme à ses destinées, et dont les qualités morales et intellectuelles fussent le gage de sa capacité future. En même tems sa maison devrait être assez puissante pour servir d'appui à la Grèce pendant la minorité de son souverain futur, et être surtout connue par ses dispositions bienveillantes envers elle, afin que son intervention dans ses affaires intérieures fût secondée par la confiance publique et qu'elle servît au Président comme un puissant moyen de rallier les partis et d'élever l'ordre social sur des bases fermes et solides."
„Si telles sont les conditions sous lesquelles se présente la question du choix d'un souverain futur pour la Grèce (et je crois qu'aucun homme instruit de ses affaires et dévoué à sa cause n'en méconnaîtra la complète réalité) , je n'hésite pas à désigner la maison royale de Bavière comme la plus propre à y satisfaire , et le prince Otiton , fils cadet de S. M. le roi Louis, comme celui sur lequel ceux qui voudraient voir décidée cette grande question dans l'intérêt de la Grèce et de la stabilité de l'ordre général en Europe, devraient diriger leurs vues. Le jeune prince est âgé de quinze ans et reconnu par ses instituteurs pour réunir les qualités intellectuelles les plus distinguées à des dispositions morales qui annoncent un caractère noble et généreux. Son extérieur est très-agréable et sa santé, qui a souffert, s'est rétablie par suite d'un voyage qu'il a fait en Italie, l'automne passé."
,,Je ne parle pas du roi, son père, qu'on sait être un des plus généreux bienfaiteurs de la Grèce, ni de l'attache-
ment que lui montrent les Grecs reconnaissans. Le choix de leur chef futur, s'il tombait sur un des fils de ce prince, serait reçu par eux avec des applaudissemens universels et regardé comme un gage précieux de leur prospérité future." I „Le choix des puissances une fois fixé sur lui, le jeune
I Prince devrait achever son éducation à Munich, au milieu des I ressources intellectuelles que lui offre la capitale de la Bavière, tout en les dirigeant vers le but qu'on se serait proposé à son égard. La langue nationale des Grecs lui devrait devenir familière; le culte grec, être le sien; les moeurs et les coutumes du pays, ne lui pas rester étrangères. Tout cela s'arrangerait avec facilité, si des maîtres grecs participaient avec des maîtres européens à son éducation , et si l'on réunissait un nombre de jeunes Hellènes de familles distinguées pour prendre part à ses leçons. En même tems un corps de troupes bavaroises devrait se porter eu Grèce pour remplacer les garnisons françaises trop précipitamment rappelées de leur destination. Elles appuieraient, par leur présence et par leur coopération, le comte Capodistria dans l'établissement de l'autorité du gouvernement et du bon ordre sur tout le territoire d\i pa)'s."
„Je n'entre pas dans des détails ultérieurs sur tous les résultats heureux que présenterait un tel arrangement des affaires grecques, persuadé qu'ils se préseaterout d'eux-mêmes à tout esprit impartial. Mais il y aurait encore une difficulté à vaincre. Le Roi , notre souverain , à qui nous nous étions adressés pour cette affaire qui le regarde de si près, a déclaré qu'il ne voulait , ni ne pouvait rien faire pour amener un tel choix, etc. Mais quel que soit le point de vue sous lequel le Roi regarde cette alTaire, nous sommes convaincus qu'il y entrerait avec toute l'ardeur dont son caractère mâle et généreux est capable, et qu'il y mettrait tout l'intérêt qu'il a déjà montré pour la cause des Grecs, si elle pouvait être décidée indépendamment de sa coopération. Cependant nous voilà rerais à nos propres moyens, et réduits aux seules démarches qui restent à des particuliers. 11 faudra alors simplement adresser ces observations à ceux qui décident la grande question, etc."
En abandonnant à M. Eyuard le soin de faire, de son côté, les démarches qu'il jugerait convenables à Paris et à Londres, je profitai d'une occasion favorable pour soumettre l'affaire à S. M. l'empereur de Russie qui était regardé à juste titre comme le défenseur et le protecteur le plus bienveillant de la Grèce dans
ce tems où la politique du duc de Wellington tâchait de l'étouffer et où les sentimens généreux que le prince de Polignac fit valoir à Londres, n'étaient pas encore connus. Bientôt une occasion se présenta pour porter l'affaire à la connaissance du souverain du Nord. Le comité grec avait obtenu de S. M. la cession d'une église, pour la faire réparer et servir au culte grec en faveur des jeunes Hellènes qu'on élevait à Munich aux frais du Roi et du comité. Pour lui procurer les vètemens sacerdotaux , les vases et les instrumens sacrés, S, M. le roi de Bavière, cédant à nos instances, s'était directement adressé à S. M. l'Empereur, et bientôt après, tous les objets venus de Saint-Pétersbourg furent adressés au comité comme des témoignages d'une munificence vraiment impériale et du haut intérêt que S. M. portait à notre nouvelle communauté grecque. Chargé par le comité de déposer au pied du trône impérial nos remercîmens, je résolus de joindre le mémoire adressé à M. Eynard à la lettre que je devais écrire et dont voici le contenu:
Sire!
„Le soussigné, membre du comité grec de Bavière, a été chargé de porter, de la part de cette société, aux pieds de Votre Majesté l'expression de ses sentimens de reconnaissance pour le haut intérêt qu'Elle a daigné montrer pour les Grecs de notre ville, en accordant, sur la demande de notre Souverain, à leur église comme cadeau vraiment impérial les précieux vases et les vètemens sacerdotaux dont elle avait besoin. Notre gouvernement qui reconnaît avec nous l'importance de la marque de bienveillance dont la Bavière est redevable à Votre Majesté, et qui sûrement ne manquera pas de Lui exprimer ses sentimens, nous a adressé provisoirement ces objets, pour qu'ils servissent à compléter l'arrangement du culte grec que notre comité prépare, sous les auspices et avec l'aide de S. M. le roi de Bavière, pour nos pupilles et les autres jeunes Grecs réunis dans les écoles de l'université de la capitale bavaroise. Le 6 (18) décembre, jour de la fête de St.-Nicolas, tout sera achevé, afin que la Bavière voie pour la première fois célébrer les mystères d'un culte chrétien aussi ancien que vénérable, lequel, jusqu'à présent, lui était resté étranger, et que nous puissions, en ce jour à jamais mémorable, réunir nos prières pour V. M. à celles des Grecs qui reconnaissent ^vec nous que c'est elle qui les a préseiTés d'une destruction complète, et que c'est à elle qu'ils en sont redevables, si à l'avenir ils élèvent en sûreté leurs mains libres vers le Sauveur. Si au milieu des béné-
dictions dont le trône de Votre Majesté est entouré, la faible voix de particuliers étrangers à ses états ose se faire en-
I tendre, noas La prions de ne pas dédaigner l'expression de ce profond sentiment de vénération et de gratitude dont nous
[sommes pénétrés, étant pleinement convaincus avec tout homme raisonnable que la cause sainte et chrétienne, à la-
: quelle nous avons voué nos faibles efiforts, serait perdue sans retour, si la Providence ne lui avait ménagé le coeur généreux et le bras puissant de Votre Majesté, et si elle n'avait frayé un chemin à ses armes victorieuses jusque dans le coeur de l'empire ennemi de la chrétienté."
„ Si le soussigné profite de cette occasion pour soumettre à Votre Majesté la copie d'ime lettre qu'il vient d'écrire à un homme supérieur et dévoué à la cause de la Grèce, pour lui exposer des vues, peut-être salutaires, sur un arrangement solide des affaires grecques, il ne croit manquer ni au j)rofond respect du à Votre Majesté, ni à la cause à laquelle depuis sa jeunesse il a voué ses veilles, et qu'il a secondée avec quelque dévouement dans un moment où elle n'était pas encore entrée dans la sphère de la politique, et où il s'agissait seulement d'une paisible coopération à la régénération morale et intellectuelle de ce peuple opprimé. Que Votre Majesté daigne jeter un regard sur ces feuilles, au contenu desquelles je n'ai rien à joindre si ce n'est l'assurance peutêtre superflue que mon Souverain n'en a aucune connaissance. Si Elle juge que les moyens que je propose pour garantir aux Grecs un avenir fixe et heureux, soient, dans l'exécution, les moins difficiles et, dans leurs résultats, les plus sûrs, la Grèce pourra enfin se reposer tranquillement sur ses décombres et préparer avec succès les voies de sa régénération sociale et politique, etc."
La réponse de M. Eynard m'arriva vers la fin de l'année. 11 avait agi d'après la même conviction.
„ Je pense ( m'écrivit- il ) absolument comme vous sur le choix du souverain. J'ai fait toutes les démarches pour que le prince choisi fût mineur. 11 y avait tonte convenance.... La France, adoptant cette idée, a proposé pour souverain de la Grèce un des fils de votre auguste monarque. La Russie aurait accepté; mais l'Angleterre s'est opposée au choix d'un prince mineur à cause de la Régence. I^e désir de conserver la boime harmonie a donc fait rejeter la proposition la plus convenable pour la Grèce", etc. J'ai alors proposé le statu quo. ,; La France l'adopta ; mais la Russie s'y
est opposée , et l'Angleterre a fini par se ranger de la même opinion... . Vous voyez que je partage complètement vos idéfts. Malheureusement elles ne seront pas adoptée?, et l'Angleterre seule en est la cause."
On sait que les deux autres puissances, cédant aux volontés de l'Angleterre, lui accordèrent le choix du prince Léopold, et l'on se rappelle quelles en furent les conséquences.
Après l'abdication du prince Léopold, l'affaire de la souveraineté de la Grèce fut reprise, puis une seconde fois interrompue par la révolution de Paris qui éloigna du trône de France un roi qui avait voué à la Grcce un intérêt digne de ses ancêtres, et qui d'ailleurs était sincèrement secondé par son premier ministre, puisque ce fut le prince de Polignac qui proposa de faire accepter l'arrangement d'après lequel l'île d'Eubée devait faire partie de la Grèce, sans quoi toute indépendance du pays ne serait qu'illusoire. Aussitôt que la Conférence de Londres fut rétablie par le ministère Grey et que le prince de Talleyrand en fit partie, le choix d'un prince souverain de la Grèce entra de nouveau dans la sphère de ses occupations. Bientôt on sut que les sentimens bienveillans de la France envers la Grèce étaient également partagés par le nouveau gouvernement, et, au mois de septembre 18"iO, passant à Berlin, je fus même instruit que le cabinet de S. M. le roi Louis- Philippe était aussi favorable au choix du prince Othon que l'avait été celui de S. M. le roi Charles X, et que même l'Angleterre, guidée par d'autres principes, n'y ferait plus d'opposition. En même tems je fus averti que peutêtre il faudrait s'attendre à rencontrer des obstacles de la part du Président actuel de la Grèce , puisque ce n'était plus un mystère que, tout en protestant de son désir de s'éloigner des affaires, il tâcherait de rester le maître du pays. Déjà l'année précédente, j'avais jugé nécessaire de lui communiquer nos démarches. Je n'en avgis pas de réponse. Etant revenu à la charge, j'en avais reçu une évasive. 11 me disait que, tout en partageant mes voeux, il ne pouvait en rien contribuer à leur accomplissement, l'affaire étant exclusivement traitée par les trois cabinets, etc., etc.
Au commencement de l'année 1831 , nous reçûmes de la Grèce des renseignemens plus positifs , qui ne laissaient plus douter que la nature du gouvernement du Président ne lui eût suscité des embarras qui s'augmentaient de jour en jour. Pendant l'été, on fut averti que l'opposition ayant réussi ù former der- centres indépendans de sou autorité à H3'dra, Maina ef Syra, était devenue menaçante et pourrait
avoir des consôcjuenccs funestes pour eon autorité. Accoutumé à regarder le Président comme le sauveur et le bienfaiteur (le la Grèce, nous ne comprîmes rien à tout cela. Cependant plusieurs commencèrent à douter de la sagesse de son administration et même de la probité de ses sentimens, tandis que d'autres continuèrent encore à accuser le caractère des Grecs qu'ils regardaient comme mutins, ingrats et peu dignes d'un chef aussi intelligent et aussi vertueux. Ëa tout cas, on reconnut à des signes évidens un fâcheux état de choses. 11 fallait y voir plus clair pour savoir à quoi s'en tenir, et je résolus de me rendre en Grèce. Depuis vingt ans je nourrissais le projet de voir ce pays; actuellement il paraissait urgent de ne plus en différer l'exécution, puisque le dernier renseignement qui nous était arrivé au mois de juin, laissait prévoir un bouleversement prochain. En conséquence, malgré la crainte du choléra et de la guerre européenne, je résolus de quitter pour huit mois ma famille et d'aller directement au siège du gouvernement du Président. La permission m'en fut accordée sans hésitation de la part de S. M. le Roi, et comme je ne jugeai pas convenable de lui parler personnellement de l'objet principal de mon voyage, ni à lui, ni à S. E. le comte d'Arraansperg, alors ministre des affaires étrangères, je m'adressai à S. A. le prince de Wrède pour apprendre, par son intercession, les vues du Eoi. S. M. me fit répéter ce qu'elle avait déclaré dès le commencement de l'affaire, ajoutant qu'elle serait loin de vouloir imposer son fils à la Grèce de quelque manière que ce soit, et que la chose la plus agréable pour lui serait de le voir réclamé par la nation même qu'il devait gouverner. Le soir avant mon départ, S. M. eut encore l'extrême bonté de ra'envoyer une lettre de recommandation pour le Président de la Grèce qu'on regardait encore comme un nouveau Timoléon calomnié par ses ennemis.
Arrivé à Trieste, je reçus, sur la marche des affaires publiques en Grèce et sur les intentions du Président, des nouvi'lles qui me laissaient entrevoir qu'il serait dangereux de placer un prince mineur au milieu de partis acharnés l'un i contre l'autre, et d'en confier la tutelle à un homme d'état i qui paraissait être sur le point de devenir la victime des passions politiques qu'il avait allumées. On apprit alors les événemens de Poros , la défection de Syra et les mouvemens hostiles des Mainiotes. En arrivant dans les eaux de la Grèce, je trouvai les bùtimens hydriotes , les russes et les français, qui se dirigeaient vers le golfe de Calamata, c'est-à-dire, les Hydriotes
pour y porter secours aux Mainiotes, les Russes pour leur donner la chasse, et les Français pour les prote'ger. Je fus reçu à Nauplie par le Président comme un ancien ami. Je le connaissais depuis 1814, et il savait que j'avais constamment défendu sa cause. Je dus aller le voir presqu'aussitôt après mon deTjarquement ; puis il m'envoya les officiers de la garnison et d'autres personnes de distinction pour me complimenter, et n'oublia pas de publier dans sa gazette que j'étais venu muni de lettres de recommandation de S. M. le roi de Bavière adressées au gouvernement de la Grèce. Ceci acheva de faire supposer que j'arrivais avec quelque mission secrète, et toutes mes protestations du contraire ne furent regardées que comme des démarches obligées pour la voiler. Cependant je ne parlai au Président ni de la Bavière ni du prince Othon , malgré son désir assez manifeste de me voir passer à ces sujets, puisqu'à peine arrivé à Nauplie et ayant eu occasion dès le premier moment de parler à des hommes distingués, capables de juger l'état du pays, je me trouvai confirmé dans ma résolution de ne pas laisser confondre la cause du Président avec la réputation intacte de l'adolescent royal , qui commençait à se lever comme une aurore sur le ciel obscurci de la Grèce.
Enfin, après huit jours d'attente et des conversations étendues sur son système et la situation de la Grèce, conversations dont l'une entr'autres dura au sortir de la table jusque dans la nuit, il m'écrivit pour me prier de passer dans son cabinet, où, revenant sur les mêmes objets, U me parla de la Bavière, du prince de VVrède, du Roi, de la situation de l'Europe et de nos affaires, sans toucher la corde principale; puis enfin sortant de ses réserves: „Ehbien! ajouta-t-il, et vous ne me dites rien du prince Othon? vous ne m'apportez rien de sa part?" Je lui répondis que je n'avais pas voulu en parler le premier, parce que je n'avais aucune mission pour l'entretenir sur le compte de S. A. R. , malgré les bruits que des gens de son gouvernement répandaient dans la ville que j'étais venu pour faire proposer le choix: du Prince par lui, le Président, aussitôt que le congrès d'Argos serait réuni; mais comme il me faisait l'honneur d'entamer cette question, je ne voyais pas la moindre difficulté à lui communiquer sur ce sujet ce que je savais. Je lui répétais donc ce que je lui avais déjà écrit sur cette afiaire, en y ajoutant les explications qu'en dernier lieu j'avais eues là-dessus avec M. le prince de Wrède. 11 était facile de voir que le Président, loin d'ajouter foi à la forme de mes communications, la regardait comme un moyen raison-
nable de voiler devant des yeux indiscrets l'objet de ma présence, et il déclara plus tard à ses confidens que ce professeur était plus fin qu'il n'eût cru, puisqu'il l'avait mis dans la nécessité d'entamer lui-même l'aflfaire qui l'avait amené et <le lui en i)arler comme à un homme qui, en traitant la chose à fond, avait l'air et l'avantage d'être un simple observateur. Se méprenant donc sur mes relations, il entra franchement dans le dessein qu'il me supposait à mon arrivée, et comme il était assez pénétrant pour s'apercevoir que je me méfiais de lui, il me dévoila tous les embarras de sa position lesquels lui faisaient désirer sincèrement le choix et l'arrivée du Prince en Grèce. ,,Yous voyez (me dit-il) où nous en sommes. Des trois puissances, la France, sans être autorisée par le gouvernement, occupe Nisi et Calamata avec le dessein manifeste <le s'omparer de tout le Péloponèse. L'Angleterre propose de meilleures frontières à la Grèce pour rendre les négociations interminables. Dans l'intérieur on m'excite toutes sortes d'embarras. Les Mainiotes soulevés par des agens étrangers, sont sous les armes; toute la mer Egée est en insurrection, et les Hydriotes m'ont coupé les bras. Je ne puis plus payer ni les employés ni l'armée. Le papier-monnaie qu'on a imaginé , m'a bien procuré quelques centaines de mille francs; mais cette ressource, la dernière qui me restait, est épuisée. Je suis au bout de mes mesures et de mes moyens. C'est pour cela que j'ai donné à la conférence de Londres un terme auquel les affaires de la Grèce doivent être arrangées, en lui déclarant que, ce tems expiré, je prendrais moi-même l'initiative. Alors je réunirais le congrès d'Argos , en lui proposant le prince Othon comme souverain de la Grèce. La proposition acceptée (et nous ferons en sorte qu'elle le soit unanimement), je m'adresserais à S. M. le roi de Bavière pour lui demander son fils, au nom de la Grèce, et ses secours, au nom de notre souverain."
Si dans ces épanchemens diplomatiques , on faisait abstraction des dehors et des insinuations de circonstances, on voyait bien que le Président, péniblement embarrassé de sa situation, désirait se servir du Prince pour en sortir. Il y avait donc du vrai au fond de ses explications, quelles que pussent être ses arrière-pensées dans le cas où la situation serait changée et où il se verrait en possession d'une autorité nouvellement affermie. D'un autre côté, il était bien évident que l'opposition, devenue dt^à si formidable contre son gouvernement chancelant, tout en chérissant le fils du roi de Bavière, repousserait son choix de toutes ses forces, aussi long-
tems qu'elle aurait lieu de craindre de le voir tomber entre les mains de son ennemi et servir de support à un gouvernement qui accablait le pays."
Il était donc convenable de ne pas entrer dans les idées du Président; il y avait même du danger à créer des chances favorables à son plan, puisque le Prince, arrivé sous de tels auspices dans la Grèce, aurait vu décharger sur sa personne innocente tout l'odieux du gouvernement Corfîote , et n'aurait trouvé pour appuis que des hommes à vues intéressées, quelques-uns même peut-être avec des desseins sinistres. D'un autre côté, je n'étais ni disposé ni autorisé à couper court. Je résolus donc de me borner à faire ressortir quelques unes des difficultés qu'entraînait son projet, mais de le faire avec franchise, ce moyen conduisant plus directement et plus vite au but dans de pareilles affaires. Je lui dis donc Cjue, quelle que fût la sincérité de ses vues, S. M. le roi de Bavière, à mon avis , ne confierait pas son fils à son gouvernement, tant que la nation serait divisée et que son chef se verrait forcé de recourir à des moyens arbitraires pour se soutenir. On voyait bien qu'il ne s'était pas attendu à ces observations; mais il resta maître de son indifférence passionné non sans quelques efforts, et m'assura que personne ne désira plus que lui de voir finir tout cela ; qu'il n'avait pas donné suite à l'accusation des Hydrlotes pour se ménager des voies de réconciliation; que tout ce qu'on pouvait regarder comme arbitraire, cesserait avec le provisoù-e qui seul l'avait forcé de recourir quelquefois à des mesures exceptionnelles , et qu'en trois ou quatre semaines, on verrait l'état des choses bien changé. Toutefois il ne lui était pas aussi facile de prendre une autre direction qu'il voulait le faire croire. Se réconcilier avec les Hydriotes qui avaient rompu à jamais avec lui par la destruction de sa flotille; apaiser les Mainiotes; ouvrir le? prisons des détenus pour raisons politiques ; répandre ses ennemis sur tout le pays ; faire annuler pour le congrès les choix violens contre lesquels le pays tout entier avait pous5 un cri unanime d'indignation; donner des garanties de libert et de sécurité au congrès qui commenceréiit alors par dévoiler toi les abus et toutes les horreurs de son système, puis changer l'ao ministration composée jusqu'alors en grande partie d'hommes ignorans et de mauvais sujets, et créer des ressources financières, sans crédit et sans confiance : cela était en partie impossible, en partie dangereux. Il était encore plus au bout de ses mesures et de ses moyens qu'il ne voulait le faire croire, et se trouvait hors d'état de conjurer les tempêtes amoncelées sur sa tête
Je jugeai cependant convenable de le féliciter sur ses bonnes intentions et de lui offrir ma coopération, s'il en croyait avoir besoin. Deux jours après, je nie mis en ingirche pour visiter l'intérieur du Péloponèse, et le jour qui suivit mon départ, j'appris à Saint-George, près de Némée, la nouvelle fâcheuse de sa mort.
Le lendemain, étant retourné à Nauplie, je trouvai son parti dans une exaspération difficile à décrire. J'eus cependant l'avantage de connaître personnellement Miaulis, Zaïmi et Tricoupis, membres de la commission envoyée d'Hydra pour traiter. J'allai les voir sur leur bâtiment, et après avoir essayé en vain de rapprocher les partis dissidens, je repris le chemin du Péloponèse et vins jusqu'à Phonée. 11 m'arriva pour lors une lettre de la même commission d'Hydra qui m'invitait à passer dans cette île pour m'entendre sur les moyens d'une pacification générale avec l'opposition qui s'y trouvait réunie. J'interrompis donc une seconde fois mon voyage et pris le chemin de Sicyon et de Corinthe pour retourner à Nauplie. Avant de partir pour Hydra, je jugeai convenable de voir le comte Augustin, pour lui exposer le motif de l'invitation qui m'était parvenue, et les raisons qui me déterminaient à m'y rendre, tout en demandant ses conseils sur ce que je devais proposer à ses adversaires, disposés à se réconcilier avec sa famille; mais je trouvai ce jeune homme tout-à-fait ignorant par rapport à sa propre position. 11 se regardait comme maître de la Grèce et croyait ses ennemis dans le cas de craindre plutôt sa puissanse que de songer à demander des concessions. 11 alla même jusqu'à vouloir me détouruer de ce voyage, en me disant: Prenez-y garde, Monsieur, vous allez vous mêler dans une mauvaise affaire, au risque de perdre la bonne réputation qui vous a précédé en Grèce, et de vous compromettre envers votre souverain; sur quoi je lui répondis que, voulant travailler à la réconciliation de tous les Grecs et au rétablissement de la paix intérieure, je ne comprenais rien à ce qu'il venait de me dire. Si c'est là une mauvaise affaire, ajoutai-je, qu'appellerez-vous donc une bonne? Peut-être aurait-il pu m'arriver de me compromettre étant à votre âge, mais actuellement je suis assez avancé pour ne pas risquer ma réputation. Je ne vous ai pas demandé de conseils sur la conduite que je dois tenir, mais sur les moyens de transactions à employer avec vos adversaires. Vous vous y refusez; mais cela ne m'empêchera pas d'aller à Hydra. Nous ne savons pas quelles sont les relations qu'en deux mois la Bavière peut avoir avec la Grèce,
et je dois à mon souverain de me transporter là où l'on m'appelle, pour connaître les projets de tant d'hommes distingués, qui y sont réunis, et les sentimens qu'ils nourrissent envers S. A. R. le prince Othon, qui sera probablement appelé :\ gouverner la Grèce.
Sur ces explications, M. le comte Augustin, changeant d'avis et de ton, me dit qu'il était loin de vouloir contrarier mes démarches; il alla même jusqu'à me faire des communications sur la situation des affaires, et, tout en protestant qu'il ne parlait pas comme chef de l'état, mais seulement comme particulier, il me déinontra pourquoi le gouvernement ne pouvait ni proclamer une amnistie , ni changer les élections, ni transporter ailleurs le congrès, ni enfin prendre aucun enga^ment envers l'opposition.
11 était naturel qu'ayant à communiquer de telles résolutions à Hydra, on s'y refusât à entrer en négociations. Cependant je fus à même de m'apercevoir du changement que la mort du Président avait opéré dans les sentimens des Hydriotes envers le Prince, Avant cette catastrophe, on avait redouté son choix; actuellement, on l'appelait de tous les voeux, comme le seul moyen de sauver la Grèce. Après avoir vu échouer mes tentatives, je restai encore quelque tems à Nauplie pour observer la marche des affaires. Après cela, j'entrepris un voyage à Athènes et dans la Grèce orientale, et je ne fus de retour dans la capitale qu'après les événemens d'Argos, qui avaient rompu le congrès et amené la guerre civile. C'est alors que j'eus des conversations réitérées avec MM. Dawkins et le baron Rouen sur le choix du Prince, auquel on pouvait s'attendre, et les moyens d'arranger les affaires, en cas qu'il eût lieu. Les difficultés qui naissaient de la jeunesse du Prince, de la situation du pays, des passions allumées, des chances défavorables qu'on aurait, en voulant établir un gouvernement d'étrangers au milieu des convulsions politiques: rien de tout cela ne fut oublié. De plus, on ne crut pas que le développement fût si prochain. M. Dawkins me fit observer qu'on ne pourrait pas élire un prince avant de savoir quelle serait la Grèce et quels seraient les moyens à lui offrir. On devrait donc, avant tout, finir à Constantinople les transactions relatives aux frontières, et à Londres, celles par rapport à l'emprunt. Je lui répondis qu'une fois le Prince choisi, on terminerait plus tôt ces deux autres affaires. Il faut unir et pacifier la Grèce, ajoutai-je, pour se créer des chances favorables \is-àvis de la Porte, qu'on veut obliger à la reconnaître, et des
banquiers, qui lui doivent accorder du crédit; et cette pacification ne sera possible qu'au gouvernement he'réditaire et de'finitif du pays. M. Dawkins paraissait reconnaître le poids de ces réflexions; mais il crut que la diplomatie, étant accoutumée à procéder régulièrement et méthodiquement, ne voudrait pas renverser l'ordre naturel dans cette affaire et la commencer par la fin. Je résolus donc d'écrire un mémoire sur cette complication de la situation du pays, et, comme on ne cessa pas de me croire chargé de quelque mission secrète, de m'expliquer aussi sur ce point. Je crus convenable de lui donner la forme d'une lettre adressée à S. A. le prince de Wrède , auquel j'a%ais adressé jusqu'ici mes rapports sur la Grèce, et d'en communiquer la copie aux deux diplomates avec lesquels j'avais discuté les objets qui devaient y être traités, pour qu'ils fussent à même d'en faire part à leurs cours et à la conférence. Voici ce mémoire :
A Nauplie, ce '/, 3 janvier 1831.
Mon Prince!
„Dans ma dernière lettre, j'ai averti Votre Altesse de la marche désastreuse que les affaires grecques prenaient après la mort du Président, et de la catastrophe sanglante qu'on devait craindre. Cette catastrophe a eu lieu dans les événeraens ftcheux d'Argos; la guerre civile en est la conséquence triste, mais nécessaire, et la Grèce, plongée de nouveau dans des convulsions intestines, sera peut-être abandonnée par les Puissances tutélaires et Hvrée à son sort; car, à Constantinople, on ne peut ni traiter avec succès pour un pays dans lequel il n'y a plus de gouvernement reconnu, ni offrir la Grèce à un prince, sans avoir traité à Constantinople. C'est dans cet état de choses , qui compromet même l'existence de cette nation malheureuse, que beaucoup d'hommes influens de tous les partis se tournent de nouveau vers le Roi, notre Souverain, comme vers un des premiers et des plus sincères bienfaiteurs de la Grèce, et me témoignent l'espérance qu'ils ont que le second fils de S. M., le prince Othon, pourrait bien un jour réaliser les voeux généreux que son père a toujours nourris pour le salut de leur patrie. Pour remédier aux inconvéniens de l'âge actuel du Prince, ils pensent que le Roi, comme tuteur de son fils mineur, devrait procé- I der à la nomination d'un régent étranger aux partis et Teoj voyer immédiatement en Grèce, revêtu de ses pleins pouvoirs.', 1 „lls trouvent même des avantages réels dans cet arran-
; gement, en supposant que le jeune souverain, transporté
bientôt en Grèce, pourrait y apprendre la langue, apprccicr le caractère et connaître l'état moral et physique du pays qu'en peu d'années il serait appelé à gouverner. 11 est probable que les partis ennemis seront d'accord sur sa personne, et que des voeux à son égard seront exprimés à la conférence de Londres. Pourrait -ou présumer que les Puissances protectrices de la Grèce se rendissent à ces désirs?"
,, Le nom du prince Othon n'est pas étranger à leurs ronféreuces sur la Grèce, et actuellement il se présente sous les meilleurs auspices, puisqu'il ser\ irait comme de point de ralliement aux partis ennemis , et débarrasserait la questiou grecque des difficultés diplomatiques dont elle est hérissée. On ne serait plus dans la nécessité de chercher à Constantinople un résultat peut-être impossible dans le moment actuel, ni de mettre d'accord les élémens du i)euple, prêt à tomber en anarchie, avant de décider la question de la souveraineté du pays."
„En un mot, il ne s'agirait pas de construire une maison pour y loger un roi, mais de se rendre simplement aux voeux que les Grecs pourraient exprimer, et d'accorder au Prince ce qu'on aurait accordé ou proposé à d'autres, c'està-dire, l'emprunt et les frontières du nouveau protocole."
„0n abandonnerait au régent, nommé par S. M., ainsi qu'au gouvernement qu'il aurait organisé, le soin de tranquilliser et de satisfaire la Grèce. De cette manière, on pourrait faciliter aux Puissances une heureuse issue dans leurs transactions avec la Porte , touchant les frontières de la Grèce, et préparer au jeune Roi son avènement au trône, pour le tems où il aurait atteint sa majorité. Je sais cpi'on pourrait dire que ce serait commencer par la fin; mais il y a en politique, comme dans d'autres complications, des cas où il faut commencer par la fin pour arriver au commencement, et il me semble qu'un de ces cas s'est présenté ici. La seule difficulté réelle qui existe de la part des Grecs, est l'incertitude dans laquelle ils se trouvent sur la résolution que S. M. le Roi pourrait prendre, si, dans l'état actuel des choses, on lui présentait le voeu de la nation secondé par l'assentiment des Puissances. „Peut-on être sur," me demandet-on de tous côtés, „que S. M. acceptera pour son fils? Quelle garantie pouvez -vous nous oflrir sur ce point? Ne faut-il pas craindre de sa part un refus qui replongerait le pays dans la crise actuelle et compromettrait vis-à-vis de tout autre souverain futur du pays, ceux de nos compatriotes qui se seraient prononcés pour un membre de la famille de Ba-
viôre?" — A ces questions je n'ai que la même réponse à donner, savoir: „que je n'ai ni une mission politique à remplir, ni une garantie à olTrir; que je suis venu en Grèce pour mon propre compte, afin de mieux connaître la situation et les besoins du pays dont le sort m'occupe dej)uis quinze ans." Cependant je leur répète „que je connais sur ce point les sentimens du Roi , mon Souverain, que depuis deux ans, que cette affaire ix été proposée à S. M., Elle a déclaré qu'Elle n'y pouvait coopérer ni directement ni indirectement, puisqu'Elle ne voulait pas donner occasion à une interprétation défavorable de ce qu'Elle avait fait pour la Grèce; mais que si le pays désirait son fils, ou si les Puissances venaient à le choisir. Elle ne manquerait pas de montrer les mêmes sentimens d'intérêt pour la Grèce, qui, jusqu'à pré.-ent, l'avaient animée." Je puis ajouter que ces sentimens ont été les mêmes à mon départ de Munich, et que je les regarde comme immuables; S. M. ne voudra jamais rejeter le crime de quelques individus sur la nation qui en souffre, et dont l'état actuel malheureux, loin de changer sa manière de voir, augmenterait, au contraire, sa sollicitude et son désir de contribuer à une décision prompte de son sort. En donnant ces assurances, fondées sur le caractèi-e et le profond attachtment de S. M. à la cause la 2)Ius sacrée de l'humanité et de la civilisation, je ne méconnais pas ce que l'état actuel du pays a d'alarmant; mais je partage aussi avec tous les hommes raisonnables qui ont vécu dans le pays , qui connaissent le peuple et pénètrent l'esprit des partis, la croyance où ils sont, que, malgré toutes les apparences contraires , on n'a qu'à résoudre la grande question par rapport au souverain futur de la Grèce, pour apaiser les animosités et rallier tous les hommes qui ont quelque chose à perdre ou à espérer, c'est-à-dire la nation entière, sous la bannière royale. Le peuple même est généralement reconnu comme un des meilleurs et des plus faciles à conduire : paysans , artisans , commerçans , ils n'aspirent qu'à la tranquillité et ne désirent qu'un gouvernement paternel qui la leur garantisse. Les mêmes sentimens prévalent parmi les hommes riches qui tous sont fatigués de cet état de détresse et de violence, dans lequel périt leur bien-être naissant. Les capitaines, même les plus prononcés, ont un état social à chérir et à défendre , et si dans ce moment tant d'hommes influens sont opposés les uns aux autres, c'est parce qu'aucun ne veut se fier et se soumettre à ses égaux, et que le pouvoir snprême qu'ils sont prêts à reconnaître aujourd'hui,
comme ils l'ont fait du tems de l'arrive'e de Capodistria, n'est pas encore fixé irrévocablement. C'est surtout le provisoire qui a giîté les affaires de la Grèce. Son sort une fois décidé, chacun tâchera de trouver et de prendre sa place. 11 n'y a peut-être i>as un seul homme dans la Grèce qui voulût se mettre mal avec le gouvernement royal et héréditaire de son pays. La tranquillité une fois établie, elle sera durable, si le nouveau gouvernement est de bonne foi, juste et raisonnable. Il y a bien des difficultés à vaincre et bien des intérêts à contenter; mais les difficultés s'applaniront aussitôt qu'un état de justice et de prospérité commencera à prendre racine; et, en satisfaisant aux intérêts généraux et aux réclamations légitimes, on pourra bien se négliger les autres."
„En réservant à une occasion prochaine l'exposition ultérieure de ces vues, j'ai l'honneur, etc."
Peu de jours après, je quittai Nauplie pour commencer mon voyage dans les îles et sur les côtes de l'Asie-Mineure. Etant de retour à Syra au mois de mars, je reçus la nouvelle que le choix désiré et attendu depuis long -tems venait d'être fait par la conférence de Londres»
Pièces relatives à la rentrée des Homéliotes dans le Pcloponèse.
Page 92. „L0 comte Augustin resta au pouvoir^ et, au jour fixé , les Roméliotes se présentèrent à l'Isthme devant la position de ses troupes.^^
"ouR mettre encore plus au jour la situation des affaires et des esprits à cette époque décisive, je crois nécessaire de communiquer ici les lettres que j'écrivais, j)endant mon voyage à Pérachora et après mon retour ik Nauplie, à M. le Président, malgré les notices qu'un aura déjà trouvées dans le contenu de l'ouvrage.
Elles seront précédées d'une lettre de M. A. Maurocordato écrite immédiatement avant cette époque, et dont les vues et les jugemens confirment ce que j'ai exposé dans mes propres rapports, et seront accompagnées des adresses et déclarations des autorités établies à Pérachora et à Mégare.
Lettre de M. A. Maurocordato à M. F. Thiersch. (Traduction du grec.)
A Lépante, re 'V25 mars 1832.
Monsieur!
Après les conversations que nous avons eues ensemble, lorsque j'eus le bonheur d'apprendre à vous connaître personnellement à Hydra, vous ne pouvez douter avec combien de plaisir j'ai appris le choix de votre prince. Je ne me suis pas trouvé ici au moment où les trois caj>itaines des vaisseaux de la haute Alliance sont venus pour annoncer cette élection au commandant de la forteresse, ainsi qu'aux délégués extraordinaires envoyés par notre gouvernement. Us exprimèrent à l'instant
par vingt- un coups de canon la joie que leur causait une nouvelle si salutaire pour la malheureuse Grèce, et la communiquèrent aux corps d'ariTiée campés dans les environs, qui l'ont accueilli avec ime joie impossible à décrire. Le général Botzaris m'a accompagné jusque dans cette ville, où je suis arrivé il y a quatre jours; mais les trois capitaines étaient déjà partis. Nous avons appris pour lors les communications qu'ils nous ont faites au nom des résidens et des amiraux. Ni les commissaires du gouvernement, ni le commandant de la forteresse ne pouvaient différer d'opinion sur la réponse k leur donner; aussi envoyèrent -ils de suite à la commission gouvernementale dont ils dépendent, les communications qui leur étaient parvenues, se conformant entièrement aux ordres qu'ils recevaient de ce côté; cependant, comme individus, ils firent à ces messieurs quelques observations qui sûrement auront été portées à la connaissance des résidens et me paraissent mériter leur attention.
Je crois que la manière la plus convenable de pacifier la Grèce, n'était pas de rapporter le protocole au pouvoir établi à Nauplie , et je souhaite que le lieutenant du souverain arrive aussitôt que possible, puisqu'en tout autre cas je prévois de grandes calamités. Je ne veux pas entrer dans l'examen des violences qu'on a commises dans les élections, ni m'occuper à montrer qu'on n'a même pas observé une autre forme légale dans l'établissement du pouvoir à Nauplie. Vous vous êtes trouvé présent dans le pays, et vous avez tous les renseignemens sur ce qui s'est passé; par conséquent, il serait superflu de vous parler sur ce point-là; mais il s'agit de relever ici une chose qui mérite la plus grande attention, et qui, je ne sais par quel hasard, a échappé aux regards de MM. les résidens. Il y a eu du sang versé à Argos. Le nombre de ceux qui en sont sortis pour se retirer à Corinthe, se montait à 1200 hommes armés. Réunis avec leurs compatriotes et d'autres alliés dans la Grèce continentale, ils forment actuellement un corps de plus de 5500 hommes. La plus grande partie est animée de sentimens de vengeance. Tous regardent le comte Augustin comme l'auteur du sang versé à Argos et dans d'autres endroits. Est-il donc si facile de leur persuader de reconnaître ce personnage pour un seul instant comme le chef de la nation, et de se soumettre à son autorité? MM. les résidens, dans leur communication, nous parlent de la responsabilité qui pèsera sur chacun de ceux qui ne voudront pas se conformer à l'inlerprétatiou qu'ils ont donnée au protocole. Cela peut faire impression sur quelques-
uns des chefs militaires; mais, supposé que ces derniers viennent à se retirer et que 5 à 6( 00 hommes armés restent sans frein et sans autre direction que le désir de la vengeance, qui assumera pour lors la responsabilité des événemens qu'une telle situation doit ne'cessairemcnt amener?
Ne croyez pas qu'une position particulière m'engage à me prononcer de cette manière. Heureusement je ne porte aucun caractère public. Je suis arrivé ici, il y a quinze jours, avec MM. Andréa Lontos, D. MéUtopoulos et JV. Déliant, pour rejoindre M. Rouphos, et en cas que les bataillons de la Grèce occidentale vinssent à passer dans le Péloponèse, pour nous y transporter en même tems, afin d'organiser les affaires intérieures. Les troupes n'étant pas encore parties, nous sommes restés ici, sans toutefois prendre part aux affaires. Après avoir appris l'objet des communications, nous avons écrit à Pérachora, où nous nous rendrions de suite nous-mêmes, si le passage par mer n'était pas devenu dangereux, à cause de l'arrivée de deux bàtimens du gouvernement de Naupiie. En conséquence, nous irons en peu de tems par terre, afin de rencontrer les autres membres du congrès. S'ils approuvent la résolution de se séparer, nous aussi nous retournerons chacun dans notre pays. Mais qu'estce que nous conseillerons au général Botzaris, ainsi qu'aux autres, par rapport à la conduite qu'ils doivent tenir? quelle responsabilité leur pèsera le plus vis-à-vis de la nation, du Prince et de leurs alliés? celle qui leur est imposée par les communications de MM. les résidens, ou celle qui les accablera à la suite du pillage, des meurtres et des autres calamités, auxquelles il faudra s'attendre si ces ca])itaines s'éloignent de leurs corps ? Je sens la gravité de la dernière question d'autant plus que je me trouve à même de pouvoir apprécier l'influence que la présence de tels chefs exerce sur les soldats, pour adoucir les maux inséparables des guerres civiles.
J'appris, en arrivant ici, que toutes les troupes s'étaient mises en mouvement pour bloquer Misolonghi. Je n'ai pas besoin de vous dire q\ielle impression le nom seul de cette ville fit sur moi. Je connais les sentimens de ses habitans, et je sais combien ils ont déjà souffert des troupes que le gouvernement de Naupiie y a envoyées, non pas pour prendre soin de la ville, mais pour comprimer la manifestation de l'esprit dont elle est animée. Il était facile de prévoir quel serait le sort de ces malheureux , s'ils venaient à être bloqués. Je me hâtai donc de rencontrer les généraux, pour les engager à eu tenir éloignés leurs corps, et j'appris à ma
grande satisfaction qu'ayant les mêmes appréhensions, ils étaient déjà disposés à exécuter la mesure que je voulais leur conseiller de prendre, quelle que fût l'animosité de leurs soldats prêts à se précipiter sur la ville.
Je répète qu'il est à désirer que le lieutenant du Prince vienne aussitôt que possible. Tous sont disposés à le reconnaître et à lui obéir; mais si par malheur son arrivée est différée, je ne vois d'autre moyen que de réunir sans armes dans quelque endroit, fût-ce même à Argos, tous les députés , tant les véritables que les hommes de boi» *). Ils s'occuperaient exclusivement de nommer un conseil administratif, composé de trois ou de cinq membres; après quoi ils se sépareraient. Ce conseil, destiné à gouverner le pays jusqu'à l'arrivée du régent, devrait être mixte et offrir les garanties nécessaires à tous. 11 pourrait de suite ordonner de choisir d'autres députés qui, à l'arrivée du régent, se réuniraient au congrès.
Je sais combien, depuis long-tems, le bonheur de la Grèce vous est cher. Le choix du Prince vous unit encore plus étroitement à ses habitans, et vos voyages dans le pays ont dii vous apprendre quelle est l'opinion publique sur ce choix. En conséquence , vous savez comme il est facile d'établir le bonheur du Prince et de son peuple. Tout est donc possible, pourvu qu'on prenne les mesures les plus convenables, afin de faire cesser les malheurs qui affligent les vrais patriotes, etc., etc.
A. Maurocordato.
Première lettre écrite à MM. les trois Résidens.
A Corinthe, ce 26 mars 1833.
Messieurs !
Je regarde comme un devoir de vous informer jour par our des événeraens qui se passent sous mes yeux, et des mesures que j'aurais pu prendre pour prévenir les calamités que nous redoutons.
*) Sv).07iotr}ioi, nom qu'étant à Hydra, j'avais donné aux députés du parti de Capodistria, élus en grande partie par force; il n'y eut presqu'aucun collège électoral où le parti dominant ne s* servit au moins du bâton pour arriver à son but.
Je suis arrivé à Argos hier soir à dix heures et demie, et jusqu'à une heure après minuit, j'ai eu des conférences avec M. le prince Ypsilanti sur l'état des choses qui se passent près de lui et de l'autre côté de l'Isthme. J'ai retrouvé dans sa conversation la profonde connaissance des affaires grecques, et le jugement juste et impartial qui le distinguent, et j'espère que ses conseils, dont j'aurai l'honneur de vous entretenir après mon retour, me seront de beaucoup d'utilité.
Les Roméliotes ont des liaisons et des partis puissans dans toutes les villes du Péloponèse, qu'on ne pourra peutêtre désarmer sans quelque changement, conforme à l'opinion opposée, qui s'opérerait dans le gouvernement.
La ville d'Argos était dans une grande consternation. Des hommes arrivés le jour même de Corinthe, avaient déclaré que les Roméliotes étaient sur le point de franchir l'Isthme, et que, rappelant l'exemple de Salone, ils menaçaient de faire semer sur les cendres des villes qui leur opposeraient une résistance armée.
Le matin avant mon départ, je reçus une députation de la bourgeoisie, et une grande partie de la population se pressait sur mon chemin. Pendant la route, il m'arriva un courrier de la Déraogérontie éparchique, qui me pria de lui donner sur le lieu même des renseignemens sur ce qu'il faudrait craindre ou espérer, afin que la ville pût prendre ses mesures d'après les circonstances. Je prendrai cet homme avec moi à Pérachora, d'où il me servira aussi comme courrier pour les communications que je vous adresserai de cet endroit avant de passer à Mégare.
Tous les villages sur la route de Corinthe sont déserts. Comme aux tems des Turcs, la population entière s'est réfugiée sur les montagnes et dans les cavernes.
Les nouvelles que nous recevions en route, étaient si contradictoires qu'à Argos et à Nauplie quelques-unes étaient très-alarmantes. Un homme bien mis, venant de Corinthe, nous dit qu'il avait vu de ses propres yeux, le matin même, la ville attaquée par Hadchi Christo, venant de Mégare; que les troupes du gouvernement se défendaient dans leurs Tamboury, et que les Roméliotes avaient envoyé des détachemens pour tourner la position de Corinthe. Heureusement cette nouvelle était tout-à-fait controuvée, et je la rapporte seulement en preuve des bruits alarmans qu'on répand peut-être à dessein pour entretenir la consternation et le découragement du peuple. J'arrivai à trois heures à Corinthe. La ville est entièrement déserte; il n'y a que des postes mili-
taires de paysans armés. J'y ai eu des conférences avec le gouvernenr, homme sage, modéré et digne de toute confiance. Il regarde comme salutaires les deux mesures que j'ai prises avant mon départ de Nauplie, savoir: l** de faire sortir de leur prison les deux frères Mauromichali, pour les envoyer dans leur pays, afin de le contenir et de le diriger dans l'intérêt du bon ordre et de leur nouveau souverain; 2° d'engager M. Zaimi à se rendre à Patras, et à y agir avec ses amis dans le même sens. En tout cas, il est essentiel d'être sûr du midi et du nord du Péloponèse, et de restreindre le mouvement des Roméliotes ( s'il a lieu ) au plus petit espace possible. Le gouverneur regarde également comme essentiel pour sauver le Péloponèse de l'invasion, de transporter aussitôt que possible quelques bataillons français sur l'Isthme, lesquels devraient s'établir à Héxamilià, puisqu'il est j)ersuadc que les Roméliotes n'avanceront pas s'ils savent l'Isthme occupé par les Français. Pour compléter la mesure prise avec les bàtimens qui doivent s'établir à Calamaki, il regarde comme nécessaire de détacher au moins un des trois bàtimens de la station de Patras , pour le placer près de Loutraki, du côté opposé de l'Isthme.
Les troupes du gouvernement se concentrent ici. 11 y a deux bataillons du Péloponèse dans la ville, et un à Héxamilià; mais le tout ne s'élève pas peut-être au-delà de 600 hommes. 11 y a près de la ville la cavalerie de Kalergi de 300 hommes, et la cavalerie légère de Koliopoulo de 350. On fait venir les Typeki d'Eleusis au nombre de 500; mais les troupes ne sont pas payées, et il paraît que, excepté les gens de Kalergi, le gouvernement ne peut pas compter sur leur fidélité. L'exemple de Hadchi Christo est trop significatif.
Demain M. Kalergi veut prendre position à Loutraki avec sa cavalerie, pour montrer aux Roméliotes qu'on est prêt H les recevoir. Comme ce n'est qu'une démonstration , ou plutôt une provocation inutile, puisqu'il ne pourrait pas tenir avec des chevaux dans une position entourée de montagnes, je lui conseille de différer au moins de quelques jours le mouvement projeté, pour que les Roméliotes ne croient pas que c'est moi qui amène la cavalerie sur leurs traces.
D'uu autre côté, tous les Roméliotes sont en mouvement pour se concentrer à Mégare. Chrysiotis, avec les troupes de Lépante, a quitté cette position, il y a quatre jours, pojir se rendre au lieu du rassemblement. 11 sera aujourd'hui ou demain h Salone, et de Salone dans quatre ou cinq jours à
Mégare. il n'est pas probable qu'on entreprenne quelque chose avant son arrivée. C'est du teras gagné pour s'entendre, si cela est encore possible, chose dont on doute ici comme à Argos. L'emportement des soldats contre le gouvernement actuel, surtout contre son chef, joint aux espérances qui s'attachent ù une invasion, doit être tel que même leurs capitaines n'oseraient plus les retenir au-delà de l' Isthme. Cependant je ne dois pas reculer; mais, dans le cas le plus heureux, il faut avoir des moyens pour les faire vivre hors du Péloponèse. C'est pourquoi je vous prie, MM, les résidens , et je vous conjure même de nous chercher des fonds sous la forme d'emprunt momentané, et de me préparer au ■moins la somme do 10,000 écus, dans la supposition et au Icas qu'on pourrait tout arranger, et qu'il s'agirait seulement jde pourvoir aux besoins momentanés des troupes. i Les rapports sur les forces des Roméliotes sont très-
jdifférens. 11 paraît cependant qu'ils pourront réunir jusqu'à ,3000 hommes à Mégare, et je regarde ce nombre de trouipes déterminées et aguerries comme plus que suffisant pour forcer le passage. C'est pourquoi la mesure que le gouvernement avait prise de faire replier ses soldats, si des forces supérieures se présentaient, serait tout- à-fait la \)\ns conveniljlc, pour arrêter l'effusion inutile du sang, et pour ne pas ])nrter l'exaspération à son comble, chose qui contribuerait ])ui?sammeut à achever la destruction du Péloponèse. Je vous prie, Messieurs, comme il en est encore tems, de vous entendre là-dessus avec le gouvernement. Il faut tout faire pour empêcher que le mouvement de Mégare n'ait lieu; mais, une fuis commencé, des masses supérieures une fois lancées, il faut céder à la nécessité, pour ne pas aggraver par une opiniâtreté sans but réel, les maux qui pèsent déjà sur la Grèce. J'ainai l'honneur de vous écrire demain soir de Pérachora. Jusque là, je ne puis procéder que par des suppositions, etc.
Deuxième lettre écrite aux mêmes.
A Pérachora, ce 27 mars 1832.
Messieurs !
J'ai eu l'honneur de vous adresser ce matin ma première ettre d'hier par la poste de Corinthe; je continue mes comnunications en racontant simplement ce que j'ai vu et en-
tendu. Le matin nièrae, il y avait grand désordre de soldats à Corinlhe devant la maison du gouverneur; ils apportaient du pain qu'on leur avait distribué, criant qu'on y avait mêlé de la chaux et raéme de la boue; dans leur effervcs cence, ils parlaient de vengeance et de défection; leur officier était lui-même à la tête de ce mouvement, pâle de fureur et d'emportement. J'ai appris ici que dernièrement un détachement de Roméliotes s'est emparé d'un transport de farine que des commissaires de Corinthe avaient expédié pour vendre à Egine : il paraît que, pour couvrir le déûcit, on y avait mêlé de mauvaises substances, afin de nourrir dcB troupes mécontentes vis-à-vis de l'ennemi.
J'avais désiré parler à M. Kalergi, pour connaître se« moyens et ses opinions sur l'état actuel des choses. Il nous écrivit la nuit même qu'il viendrait avec toute sa cavalerie, pour m' escorter jusqu'à Loutraki; il se fît attendre jusqu'à neuf heures, où cette cavalerie, composée à peu près de 200 hommes, défila, dans un assez mauvais état, au milieu des ruines de la ville déserte; il y avait seulement quelques groupes de soldats dispersés sur les murailles et les collines, accourus pour les regarder. Je vis M. Kalergi; après lui avoir fait observer combien une telle expédition pourrait avoir d'inconvénients dans une pareille occasion, il répondit que ce n'était qu'iuie de ses promenades ordinaires sur l'Isthme, et qu'il ne pensait pas s'établir à Loutraki; sur cela je n'avais rien à dire, et je commençai mon voyage avec lui à la tête de la cavalerie du gouvernement. Chemin faisant, il m'exprima l'espoir de retenir ses gens sous ses drapeaux jusqu'à l'arrangement prochain des affaires , quoiqu'ils fussent mal payés, mal vêtus et mal nourris. Peu après on lui annonça que la nuit même huit hommes de son escadron étaient passés aux Roméliotes; il demanda seulement s'ils avaient déserté avec leurs chevaux; on lui dit que non, et il passa outre.
Après avoir atteint les avant-gardes des Roméliotes, je trouvai quelques difficultés à être reçu. Comme on avait ar rêté, par ordre du gouvernement, et renvoyé d'Argos un courrier envoyé par M. Coletli et chargé de dépêches et de lettres pour vous, Messieurs, on se crut ici dans la nécessite de prendre quelques mesures analogues. Cependant mon nom et le dessein que j'avais de parler avec M. Coletti sut l'arrangement des affaires, suffirent pour m'ouvrir le chemin. Arrivé presqu'au sommet des montagnes stériles et escarpées qui terminent l'Isthme du côté de la Mégaride, et après avoii
tourné les rochers vers le nord, je fus bien étonné de trouver des campagnes et des vallées assez fertiles et bien cultivées, les paysans occupés paisiblement dans leurs terres, les villages intactsj, les collines couvertes de troupeaux, et tout cela au milieu de soldats nombreux, qui supportent les plus grandes privations : le contraste était bien frappant entre cette sécurité et ce bon ordre d'un côté, et de l'autre, la dévastation complète qui a détruit presqu'entièrement la cujture renaissante de la belle éparchie de Corinthe.
L'apparition de la cavalerie de M. Kalergi dans la plaine avait mis en mouvement les milices; croyant qu'on venait les incommoder, elles accouraient de toutes parts pour prendre position et se défendre. J'eus quelque peine à leur persuader que la cavalerie n'était venue si près que pour m'accompagner. A deux heures et demie, j'arrivai vis-à-vis de Pérachora : le village est situé sur le penchant d'une colline qui termine une petite plaine resplendissante des beautés du printems hellénique. Le village même est rempli de soldats, de capitaines, de députés et d'hommes accourus de toutes les parties de la Grèce. Tout le monde m'accueillit avec des marques d'allégresse et de confiance amicale; je m'eus pas de peine à me convaincre que la satisfaction sur ,1e choix du souverain futur de la Grèce était aussi générale jtjue sincère. Je fus conduit chez M. Coletti. Il demeure ,dans une maison de paysan, un peu mieux que les autres. La chambre était déjà encombrée de soldats et d'autres personnes venues pour me voir et m'entendre; ils étaient dans le ,silence le plus respectueux pendant notre conversation sur le iprince Othon, sur l'acceptation de S. M. le roi de Bavière au nom de son fils, et sur les espérances d'un avenir heureux pour la Grèce, qui s'attachent à cet événement important, destiné à terminer les souffrances de ce peuple aussi bon que malheureux. Après cette conversation générale, M. Coletti leur dit tout doucement de nous laisser seuls, et ils se retirèrent à l'instant aussi tranquillement qu'ils nous avaient écoutés. Je lui exposai pour lors l'objet de ma mission; je lui parlai de la crainte générale du Péloponèse; de la nécessité dans laquelle il se trouvait vis-à-vis de l'alliance, de la Grèce et du nouveau Prince, de rester dans les positions actuelles au moins jusqu'à l'arrivée prochaine du régent; du danger qu'il courrait en tentant un mouvement sur le Péloponèse, qui se trouverait couvert de ruines, et rendrait im- [lossible l'établissement de tout ordre de choses stable et conforme aux desseins de l'alliance, etc. etc. M. Coletti
entra franchement dans la matière; il ne se dissimula pas de graves difficultés, suscitées par la reconnaissance du gouvernement établi à Argos, ni les dangers qu'on courrait en se heurtant contre les décisions diplomatiques une fois arrêtées; en même tems il me déclara qu'aiicim des hommes qui reconnaissaient son autorité, ne trouvait dans le gouvernement du comte Augustin le caractère que demande le protocole; que tout le monde, jusqu'au dernier soldat, était intimement convaincu que ce gouvernement n'était ni nationeil, ni établi dans les formes légales requises par les puissances , qu'au contraire c'était le gouvernement d'une faction qui s'était élevée par la fraude, et dont le premier acte avait été l'assassinat prémédité des députés de la nation ; il ajouta qu'après la mort du Président , la seule autorité reconnue était la coinmissiou administrative dont il était membre; que M. le comte Augustin et Colocotroni, ayant déposé le pouvoir dont ils jouissaient comme membres de cette commission, le gouvernement grec était concentré dans sa personne seule, puisqu'il n'avait ni pu ni du se décharger de son autorité devant un amas de députés, contre l'illégalité patente desquels il avait protesté solennellement. En conséquence, comme à l'arrivée du protocole, la supposition sur laquelle il repose, n'existait pas, et qu'il n'y avait point encore de gouvernement établi d'après toutes les formes légales, on aurait du, avant tout, travailler à en fonder un, a6n de pouvoir le reconnaître, en réunissant tous les députés choisis pour l'assemblée d'Argos, dans un endroit libre, et en insistant sur l'éloignement de toute force armée, en amenant de cette manière un développement légal et tranquille. Après être arrivé à ce résultat sur et facile à obtenir, on aurait pu finir par là où l'on avait commencé, puisqu'on avait eu à proclamer un gouvernement légalement constitué et conforme aux bases posées d'un commun accord par les puissances bienfaitrices de la Grèce. M. Coletti concluait que, la question étant telle, on se" tenait strictement dans les termes du protocole, en cherchant à la résoudre légalement. En conséquence, on ne demandait autre chose que la réunion de tous les députés d'Argos et l'établissement d'un gouvernement capable d'être reconnu par les Puissances, et qu'à recevoir de leurs mains le Prince, comme un garant du bonheur futur de la malheureuse Grèce.
En vain, me dit-il, nous avons épuisé tous les moyens paisibles pour arriver à ce résultat. Il ne reste plus qu'à engager la lutte avec le parti antinational établi à Nauplie, et à vider pour jamais la question entre la Grèce et.
ses plus opiniâtres ennemis. Le combat ne sera ni long, ni sanglant, et c'est sur ce résultat que reposera le bonheur futur de la Grèce.
Je vous prie. MM. les résidens, d'observer que, quels que soient mes sentimens, je me borne simplement au rôle de rapporteur, étant intimement persuadé qu'avant tout, il faut savoir ce que les autres veulent pour s'entendre avec eux.
J'arrive à l'invasion du Péloponèse qu'on prépare pour résoudre le problème politique; je tâcherai de concentrer les explications de M. Coletti, qui se présentèrent dans le cours de notre conversation.
Quelle que soit, me dit-il, l'importance des réflexions que vous me présentez pour nous eng^ager à rester au moins dans nos positions, il est impossible de s'y conformer; il n'y a même pas à en différer le développement. Le pays où nous nous trouvons, est entièrement épuisé; nous avons su empêcher le pillage et maintenir le bon ordre, et j'en appellerai à votre témoignage, par rapport à ce que vous voyez autour de nous , et que vous verrez encore. Mais, ni paysans, ni soldats, personne ne trouve presque plus de quoi subsister; les difficultés qu'on oppose à nos communications maritimes, augmentent encore cette détresse et nous forcent d'en finir.
Outre cette impossibilité physique, il y a impossibilité morale et politique de rester là où l'on est. C'est comme homme public, et non comme individu, que je me vois porté par la force des événemens à la tête d'un mouvement que je n'ai pas créé et que je ne puis que diriger vers un but salutaire; mais, supposé que je voulusse attendre et laisser arranger au chef du gouvernement de Nauplie les affaires de la Grèce avec le régent qui doit venir, croyez-vous que les chefs militaires , qu'il a voulu anéantir à Argos , écouteraient un seul instant ma voix? Vieillis, pour la plupart, dans les combats contre les oppresseurs de leur patrie, ils ont juré de vivre dans les montagnes avec les bètes féroces plutôt que de supporter la honte d'un tel gouvernement; et l'on voudrait qu'ils restassent tranquilles sous un chef qui, avec les desseins perfides que nous connaissons, tâcherait de s'empaifer du Prince que tous ces guerriers sont décidés à chérir iet à défendre, comme le dépôt le plus précieux que la Providence ait confié à la Grèce? Mais supposons même que nous vinssions à gagner les capitaines épars depuis Lépante jusc^u'à Mégare, et que, par une espèce d'enchantement, ils voulussent attendre tout de suite quelques semaines, peut-être
sas
iTièine qiielqiios mois, tranquillement et les bras croisés, croyezvous que les soldats suivraient leur exemjile? Tous sont animés du même sentiment et pousses par la même passion contre le chef du gouvernement de Nauplie et son parti. Il existe parmi eux, pour la cause de la Grèce, un enthousiasme plus pur et plus fort que tout ce que j'ai vu dans les plus beaux jours de notre révolution. Je n'ai point d'argent pour les payer, ils ne m'en demandent pas; je n'ai pas de quoi les nourrir, ils supportent patiemment la pénurie; dépourvus de vètemens, ils se résignent tranquillement à la nudilé; tout cela dans l'espoir de purger le sol de la Grèce de ses derniers ennemis, et de voir enfin mis à l'abri le sort de leur patrie et de leur propre existence; or, après s'être nourris et soutenus pendant trois mois avec cette seule espérance, ils abandonneraient l'entreprise au moment où elle approche de sa fin; voilà ce qui est impossible! Il suffirait, de mettre sur le tapis une telle question, de leur laisser soupçonner \m pareil dessein, pour rompre tout lien de subordination, et même exposer la vie de leurs capitaines. Et quelles en seraient les conséquences? A présent, nous pouvons garantir q>ie l'ordre sera maintenu, que les personnes et les propriétés seront respectées; deux fois par semaine les soldats se réunissent pour prononcer avec des céréinonies nationales un anathème solennel contre ceux qui commettraient des désordres dans le pays. Ils marcheront sur Argos, l'olivier au bout de leurs fusils et sur leurs bonnets, en signe de paix. Chaque troupe sera accompagnée d'un certain nombre de députés, comme témoins et garans de leur bonne conduite. Mais dérangés dans leur plan et mis à la débandade, ils se précipiteraient sur le Péloponèse comme des brigands. MM. les résidens m'ont sommé de leur faire déposer les armes; on ne connaît pas les Grecs. Je sais ce qu'ils auraient voulu; ils ne savent pas ce qu'ils auraient fait: ils auraient désiré prévenir des troubles, et ils auraient couvert de brigands le continent et la mer de pirates; et telles seraient encore aujourd'hui les conséquences , si nous voulions suivre les conseils que vous nous adressez. La seule chose que nous demandions de MM. les résidens et de MM. les amiraux, c'est de nous laisser vider notre affaire helléniquement, et de ne pas nouscréer des obstacles et des résistances qui ne feraient qu'aggraver la position déjà si triste de la Grèce. J'espère qu'avant l'arrivée du régent, l'affaire sera terminée; le sol de notre patrie sera purgé de ses plus cruels oppresseurs , et l'homme que notre premier bieufiùteur, le roi de Bavière,
nous enverra, comme tuteur de son fils, trouvera la nation unie , prête à reconnaître son autorité avec une confiance illimitée, et à s'entendre avec lui sur la forme de gouvernement que réclament le pays et le caractère du peuple. Pour ce qui regarde le prince Othon , vous connaissez mon opinion depuis six mois; c'est aussi celle de tous mes amis; c'est l'opinion générale et très-prononcée de toute la nation. Le prince Othon est celui que nous avons désiré, que nous eussions élu d'un commun accord, si l'élection n'avait été impossible. C'est chez nous. Monsieur, c'est du côté où se trouve la nation, où réside tout ce qu'elle possède de vertu et de patriotisme, qu'il trouvera un attachement profond et véritable, qu'il verra se dérouler en paix les destins de la Grèce, et qu'il pourra dormir en pleine sécurité dans les bras du dernier Palicari.
Voilà, MM. les résidens, le résumé de ma première conférence avec M. Coletti. En rapporteur fidèle, je me suis même 'Servi des expressions qu'on emploie ici, pour faire voir les choses dans leur véritable jour. L'état des événemens étant tel que je l'ai exposé, je vous prie de prendre en mûre délibération la proposition avec laquelle j'ai terminé ma première lettre, et de décider si, dans le cas où des forces supérieures se présenteraient à l'isthme, il ne serait pas préférable de laisser les choses se développer sans obstacle et sans aggraver par une opposition inutile les maux qui , malgré les meilleures intentions des chefs et des soldats, sont inséparables d'une invasion armée.
Notre conférence finie, la porte fut de nouveau ouverte, et tout le monde, soldats, députés et capitaines vinrent me voir et me parler. J'ai continué ces entretiens jusque dans la nuit, et j'ai trouvé une très -grande conformité dans la manière de voir et de juger les choses qui se passent et se préparent pour la suite. Il y a cependant bien des points qui restent encore obscurs pour moi, et il y a bien des persuimes influentes qu'il faut entendre, pour former un jugement sur des affaires qu'on a laissés se compliquer d'une manière presqu'inouie. M. Coletti me propose de l'accompagner demain à Mégare: comme il m'importe, même dans l'intérêt (de ma mission, de voir de près les choses qui se préparent dans cet endroit, je me suis décidé à accepter son invitation, et j'aurai l'honneur de vous adresser de là ma troisième lettre.
J'ai l'honneur, etc.
Troisième lettre écrite aux m&iaes.
A Mégare, ce 29 mars 1832.
Messieurs !
Dans ma seconde lettre, écrite le 27 de Pérachora, je vous ai expose les motifs sur lesquels M. Coletti s'appuyait ])our me prouver la nécessité de faire le mouvement sur Argos. Ne voulant pas me fier à cette seule réponse, qu'il me donnait comme chef du gouvernement de Pérachora, je le priais de me mettre dans le cas de pouvoir adresser mes remontrances directement et aux députés assemblés à Pérachora, et aux chefs miUtaires Roméliotes qui se trouvaient réunis à Méf^are. Pour se conformer à ma proposition, il convoqua les députés pour le lendemain. L'assemblée eut lieu dans une cabane assez .spacieuse et tout-ù-fait remplie par les membres du conseil. Le public se poussait en grande foule regardant par la porte et les fenêtres. Le président de l'assemblée était assis par terre près du feu; un cercle de députés l'entourait, placés de la même manière ; tous étaient des vieillards et portaient encore le même habit qu'ils avaient sauvé de la catastrophe d'Argos. Les autres, plus jeunes, écoutaient derrière eux et se tenaient debout. On m'invita à prendre place à la droite du président, puis entamant, comme dans une réunion d'amis, une conversation sur la situation de la Grèce, sur le prince Othon et sur les espérances d'un avenir qui se rattachait à son élection, j'eus occasion de me convaincre que tous étaient entièrement satisfaits de son choix et disposés à entourer sou gouvernement des voeux et des forces de la nation. Enfin j'exposai le motif de^ ma mission au miUeu du silence de cette assemblée morne et attentive. Après m' avoir entendu, un vieillard, député de Misolonghi, qui faisait partie de ce cercle, se leva, puis se mettant à genoux, me parla à peu près ainsi : „Nous avons reçu avec bien du plaisir les paroles conciliatrices et bienveillantes que nous a adressées un des plus sincères amis de notre pays. Mais nous ne pouvons pas suivre vos conseils. Nous cherchons nos droits qu'on a voulu étouffer dans notre sang et ensevelir sous les cendres d'Argos; nous remplissons un devoir en nous y rendant, et nous marcherons nous-mêmes à la tête des colonnes de nos guerriers. Vous nous parlez des troupes françaises que nous pourrions trouver en route. Nos soldats, fussent -lis attaqués, ne tire-
ront pas contre une nation bienfaitrice de la Grèce; mais ils continueront leur marche. Nous-mêmes, forts seulement de la pureté de notre conscience, nous attendrons, les bras croisés sur la poitrine, le sort qu'on nous prépare, et en mourant sous les coups des armes que nous chérissons, nous prouverons du moins à la postérité que nous étions dignes d'un meilleur sort."
Je sais qu'il ne faut pas mêler de sentimentalité dans des transactions aussi graves- mais il y avait quelque chose de si touchant dans la voix et le maintien paisible et modeste de celui qui pariait ainsi, que je me sentis ému et qu'il m'échappa quelques larmes malgré moi; l'attendrissement se répandit à l'instant dans toute l'assemblée. Pour ne pas tout-à-fait déroger à mon triste caractère d'observateur impartial, je me levai en leur adressant quelques mots bienveillans sur l'intérêt que leur position m'inspirait.
Vendredi, le 30 mars 1832.
Le lendemain, nous étions en route pour Mégare. A une lieue de cette ville, M. Coletti trouva les chefs militaires sous un arbre, oii ils s'étaient réunis pour nous recevoir. Tout en protestant que je n'avais qu'une mission à remplir, qui peut-être ne leur plairait pas, ils me reçurent avec beaucoup de marques d'intérêt et de bienveillance, me témoignant une joie bien vive sur l'élection de leur prince, se déclarant résolus à le chérir et à le défendre. En nous approchant de Mégare, ce qu'on appelait la première colonne de l'expédition couvrait une des deux collines au-dessous desquelles la ville est située. Ils avaient déployé leurs drapeaux et nous reçurent avec des décharges de mousqueterie et des démonstrations bien vives d'allégresse. Les démogérontes et le clergé étaient rangés à l'entrée de la ville, au milieu des hommes; les femmes, suivant la manière grecque, regardaient de loin, postées à l'angle occidental de la ville.
On m'avait préparé la meilleure maison de Mégare, quoiqu'il n'y eût cependant ni chaises ni tables, et qu'il ne s'y trouvât que quelques vieux tapis qu'on avait étendus tout au fond.
Les soldats mêmes avaient orné la maison avec des branches de myrte: l'escalier, la cour et la rue même en étaient remplis. Ces derniers n'étaient pas mieux mis que les autres troupes irrégulières grecques; mais ils me paraissaient plus restreints au strict nécessaire que les troupes du gouvernement, et, en vérité, ils ne recevaient qu'un demi
oka de farine par jour, rien de plus. Il y avait cependant le même ordre qu'à Pérachora, et les gens du pays m'assurèrent qu'on n'était nullement tourmenté par leurs demandes. Il n'y avait que les Albanais turcs de Griva qui, malgré la sévérité de la discipline, commettaient de tems en tems des excès. On allait mettre à mort ce jour-là même un de ces gens, pour avoir frappé avec un bâton un malheureux paysan qui lui avait refusé du pain.
Pour me mettre à même de connaître les sentimens et les intentions des chefs militaires, M. Coletti les invita à se rendre chez moi, afin d'entendre mes propositions et de me rendre témoin du conseil de guerre qu'on devait tenir de suite. La scène fut à peu près la même qu'à Pérachora, 11 n'y avait de plus que de superbes pipes et du café, avec des figures rayonnantes d'héroïsme et de franchise; ajoutez-y ce costume riche et pittoresque des capitaines Roméliotes, qui relève si bien leur port guerrier. Après avoir entendu ma proposition, le général Bassos, dont la taille colossale est une des plus belles que j'ai jamais vues, me répondit que c'étaient là des affaires à proposer au gouvernement qu'ils reconnaissaient comme le seul légitime de la Grèce, et dont ils exécutaient les ordres. Si celui-ci, en prenant la résolution d'entrer dans le Péloponèse, avait compté sur leur assentiment, il ne s'était pas trompé. 11 y a, dit-il, un emportement général contre le chef de l'autorité à Nauplie et les hommes qui se sont associés pour organiser et exécuter l'assassinat des députés d'Argos. Entre eux et nous , point de trêve, ni de soumission. Vous nous dites que nous devrions adresser nos griefs au régent qui doit venir ; mais nous voulons être dans le cas de pouvoir le faire. Nous prenons notre conscience à témoin, que nous sommes loin de vouloir forcer les décisions. Qu'il vienne, et nous déposerons à ses pieds ces armes qui nous ont servi dans les combats de Misolonghi et des Thermopyles. Qu'il nous ordonne d'aller ici et là, jour et nuit, nous exécuterons ses ordres; mais nous voulons amener un état de choses tel qu'il nous puisse donner un ordre, et que ce ne soit pas d'après des avis sinistres qu'il forme son opinion. Nous ne voulons pas qu'il devienne l'organe d'une faction acharnée contre nous.
11 y avait beaucoup à dire là-dessus. Au moins pouvaiton espérer de gagner du tems, etc. Mais, le jour même, la nouvelle arriva de Corinthe que l'assemblée nationale avait établi M. le comte Augustin Capodistria chef presqu' absolu de l'état, et qu'il devait rester au pouvoir jusqu'à l'arrivée du
Prince, etc. On prétendait même savoir qu'eu de'pensant 40,000 talara, on avait fait signer à ses députés une adresse à la conférence de Londres, afin de demander comme tuteur du Prince le comte Augustin Capodistria. On écrivit que son gouvernement colportait dans plusieurs éparchies du Péloponèse des adresses envoyées de Nauplie et écrites dans le même sens, et on en envoyait les copies. Alors toute espérance de pouvoir contenir le torrent dans ses digues, fut perdue. „Voiis voyez bien ce que tout cela signifie, m'ajouta-t-on; au fond, on ne veut pas du Prince. Vous connaissez le dernier mot de la faction: si ce gouvernement prend de la consistance, le comte Augustin restera chef de l'état et aucun étranger ne gouvernera la Grèce. Dans le cas cependant où il y aurait nécessité d'accepter le Prince^ elle le veut seulement comme son organe, afin de rejeter sur lui toute la honte et l'infamie de ce gouvernement détestable. Jusqu'à présent, nous avons combattu pour notre patrie: à l'avenir, nous combattrons aussi pour notre prince. „Le Pi-ince et la Coîistitutionl^' voilà notre devise, et nous mourrons plutôt tous que de voir s'accomplir de cette manière le sort de la Grèce,"
On s'échauffait, on tâchait même de m'engager à me joindre à leur cause, pour être témoin de leur bonne conduite. On me parlait de l'influence salutaire que ma préseuce pourrait exercer sur les troupes. Je leur répondis que, quels que fussent mes sentimens personnels que je ne leur cachai point, je ne devais pas sortir du rôle de conciliateur dont jusqu'à présent je ne m'étais pas écarté en Grèce; j'ajoutai qu'en marchant avec eux, je ne pouvais plus être bon à rien; mais qu'en reprenant ma position hors des démêlés, je servirais toujours leur cause; qu'en dernier lieu, il fallait s'arranger avec le Prince ou le régent, et que je me chargerais volontiers de toute espèce de commission qu'on voudrait me donner par rapport à ce sujet. Je leur faisais même entrevoir la possibilité où j'étais de trouver le gouvernement dans un état d'impuissance complète à mon retour à NaupHe, et d'amener son chef, par voie de persuasion, à se démettre de l'autorité. Dans ce cas, on pourrait, avec le consentement des résidens, commencer ce jour- là même le gouvernement du Prince , pour mettre fin aux maux du pays. Ce fut à ces réflexions qu'ils cédèrent, m'accordaut au moins un délai de quelques jours.
Pour appuyer mes rapports de ducumens nécessaires, j'ai demandé qu'on me donnât par écrit les réponses du gou-
vernement , de l'assemblée et des chefs militaires , et j'ai l'honneur de les joindre à cette lettre sous n° A. B, C.
Voilà, INDI. les résidens, ce que j'ai fait. Par mes rapports, vous avez eu l'occasion de vous convaincre que je me suis acquitté de ma mission avec la même bonne foi avec laquelle je m'étais rangé du côté des mesures coërcitives qu'on jugeait nécessaires, pour appuyer les propositions que je leur devais faire. La mission a manqué. Le Pcloponèse, je n'en doute pas, sera envahi.
C'est en dernier lieu la faute de ceux qui, pendant ces jours mêmes où je courais jour et nuit pour traiter cette affaire déplorable, ont mis les plus grands obstacles à tout arrangement paisible, en plaçant, vis-à-vis du Prince, M. le comte Augustin Capodistria revêtu d'une puissance arbitraire et en entamant des intrigues pour faire tourner à leur profit le choix du Prince,
Ce sont donc ces hommes du pouvoir de Nauplie qui se Sont mis les Roméliotes à dos, et qui seront responsables de tous les malheurs qui pourront résulter de cette complication nouvelle des affaires de la Grèce. 11 y avait encore un point à régler, qui me paraissait d'une importemce bien grande. J'avais pris part à la décision oià l'on avait arrêté de placer les Français sur l'Isthme. Je l'avais fait dans le meilleur dessein du monde, afin de préserver du pillage le Péloponèse, ses villages et ses campagnes, et de garder au Prince au moins un endroit où il pût débarquer librement. Cependant j'avais engagé son nom dans le conflict des partis auquel il devait rester étranger. C'était une position qui pouvait devenir funeste. 11 fallait donc en sortir. Mais il y avait encore d'autres réflexions plus graves à faire, qui vous regardent vous-mêmes, MM. les résidens. Nous avions pris la décision dans la supposition que l'apparition seule des Français sur l'Isthme arrêterait le mouvement. Telle fut l'opinion prédominante exprimée dans le conseil. Mais, contre toute attente, on persiste dans la résolution d'effectuer ce mouvement; on ne veut pas se battre contre les Français; mais on ne reculera pas, et ce qu'il y a de plus sérieux, c'est que des députés veulent se mettre à la tête des colonnes , et se résigner au sort qui les y attend. Dans ce cas, il fallait s'attendre à un événement qui aurait tourné contre nous non seulement l'opinion publique de la Grèce, mais encore celle du monde civilisé. C'était donc une des situations les plus fâcheuses dont il fallait sortir également. C'est pourquoi j'ai laissé entre le? mains de M. Coletti une
lettre ouverte, adressée au commandant français, qui lui serait présentée dans le cas où les troupes , ayant passé l'Isthme, se trouveraient à sa rencontre; je le prie de suspendre son mouvement jusqu'à l'arrivée de nouvelles instructions de la part des MM. les résidens, en lui annonçant que je vous avais déjà fait part, dans une dépêche du 27 mars, de l'entier changement de l'état des choses d'après lequel on avait résolu de faire marcher le corps. Par cette lettre, dont je vous envoie la copie, je place ma personne et la cause du Prince tout-à-fait en-dehors du cercle des convulsions politiques, et la remets dans sa position naturelle, tendant au commandant français une main auxiliaire pour le tirer de la plus fâcheuse position dans laquelle un homme d'honneur se trouverait jeté, hésitant entre son devoir et ses sentimens, etc.
Pièces additionnelles à la troisième lellre.
A. Déclaration du Gouvernement.
(Tradaction do grec.)
Monsieur!
Le gouvernement national a pris en mûre délibération les propositions que vous lui avez faites; il nous a mis à même de les répéter à l'eissemblée nationale de Pérachora et aux chefs militaires réunis à Mégare. Le gouvernement ne méconnaît ni le poids de vos argumens, ni la difficulté de sa position; mais il connaît aussi les devoirs qu'elle lui impose. Le mouvement commencé sur le Péloponèse ne peut ni ne doit être arrêté. L'assemblée nationale a décrété de transporter ses séances à Argos, pour y fonder les droits de la nation sur des bases immuables. Le gouvernement exécutera cette décision. L'armée y escortera les représentans du peuple; elle saura les défendre et mettre fin aux machinations de ceux qui avaient conçu le projet infernal de les détruire. Les déclarations écrites de l'assemblée et de l'armée, aussi bien que les explications que vous avez entendues dans ces réunions mêmes, feront voir à tout le monde que gouvernement, assemblée et armée marchent sur la même ligne. Nous ne pouvons pas laisser passer cette circonstance , sans vous témoigner que le gouvernement, partageant les senti-
mens des députés de l'armée et de tout le peuple, regarde le choix de S. A. le prince Othon de Bavière comme le moyen le plus sûr de terminer nos malheurs, et la garantie d'un avenir heureux pour la Grèce.
La nation ne désire rien si ardemment que de voir dans ses bras son Altesse Royale.
\ Mégare, ce "/jj mars 1832.
La Commission gouvertiementale,