‹ De l'état de l'instruction primaire à LondresChapitre 5 sur 12 · ARRESTATIONS · texte numérisé non relu

ARRESTATIONS

depuis rétablissement des

ragged schools.

En 1839. .

En 1844. . . .

— 18il

Total

Total

(1) Je ne puis résister au plaisir de citer, entre autre?, le fait suivant qui s'est passé à Batignolles, près Paris. — Un enfant de l'asile, âgé de 5 ans, fut témoin d'une scène de violence entre son père et sa mère ; le père était ivre. Pendant le tumulte, le pauvre petit se cacha, tout pleurant, dans un coin ; puis, comme son père l'appelait :— « Oh î non, dit-il, je ne vais pas avec toi ; tu m'as fait trop de peine. Tu ne sais donc pas combien c'est mal de trop boire et de battre maman. On voit bien que tu n'as pas été à la salle d'asile, toi ! » El le lendemain, le père lui-même venait raconter le fait à l'excellente directrice. Des i rails de ce genre suffisent pour faire comprendre la portée éducative et sociale d'une insttiutibn.

(2) Cité dans l'ouvrage : lie formatorij schools, hy Mary Carpcnter, p. 129.

L'année 1848, année exceptionnelle de famine et de misère, à Londres, ne peut être invoquée contre le résultat normal.

II ressort de ce tableau que les arrestations d'individus audessous de 20 ans, à Londres , ont eu lieu , pendant les cinq années qui ont précédé l'établissement des ragged schools , dans la proportion suivante :

En 1839 1 sur 53

Depuis rétablissement des ragged-schools, la proportion a été eelle-ci :

En 1844 1 sur 50

Cette proportion, en moyenne, avant les ragged schools, est 1 sur 47 ; depuis les ragged schools, 1 sur 50.

Ce résultat , on ne le voit que trop, n'empêche pas les flots de la misère et du crime de s'élever encore à une hauteur effrayante dans tous les quartiers de la capitale du Royaume- Uni ; c'est pourquoi le comité de la liagged scliool union termine son rapport de 1851 par des paroles pleines de tristesse , et qui reflètent l'expression de ses craintes, beaucoup plus que de ses espérances: « Le comité sent profondément qu'un poids immense pèse sur lui; et quand il jette les yeux sur cet amas d'ignorance et de vice qui s'accumule de tous les points de cette vaste cité , il est parfois tenté de s'abandonner au désespoir. Mais, jusqu'à ce qu'un meilleur système soit mis en œuvre pour faire face aux besoins des masses indigentes et délaissées de la métropole, il comprend que son devoir lui ordonne de persévérer dans la tache , et , encouragé par les prières de pieux collaborateurs, de lutter courageusement jusqu'à la fin contre le génie du mal, sous la bannière du Christ. »

Il faut suivre l'instruction primaire, à Londres, dans ses applications les plus diverses. Je viens de constater, au sein des ragged schools y son action préventive (t) ; sa puissance répressive, si je puis ainsi dire, doit être maintenant étudiée. Quand l'instruction primaire n'a pu être un préservatif, elle devient un remède. Ici encore j'ai à signaler une institution due aux généreux efforts de la bienfaisance privée, je veux parler de la ragged colonial training scliool ofindustry.

J'attire voire attention particulière sur cet établissement, Monsieur le Ministre. Il a ceci de remarquable, qu'ouvert aux jeunes hommes que les arrêts de la justice ou une vie de vagabondage ont déjà flétris, il repose tout entier sur le principe de l'expiation volontaire, et d'une soumission virile à la voix longtemps méconnue du devoir.

En France , la pensée religieuse a créé plusieurs institutions de ce genre, dans l'intérêt des femmes. Nous n'en possédons pas, que je sache, où les jeunes criminels puissent abriter leur repentir en plaçant leurs résolutions sous la protection du travail ; et, dans bien des cas, un détenu, à sa sortie de prison, n'a qu'à choisir entre ces trois partis : mendier, voler, ou mourir de faim. La training school ofindustry où sont reçus des adultes de 1G à

(1) L'instruction primaire joue un rôle identique dans l'intéressante institution central London district school, de Norwood (à deux lieues de Londres), — J'ai visité ce bel établissement qui renferme deux écoles d'instruction professionnelle essentiellement pratique , la première pour les garçons, la seconde pour les filles, les uns et les autres appartenant à la classe la plus pauvre. On y apprend les différents métiers. L'institution de Norwood est analogue, par son caractère, à la maison de Saint-Nicolas, à Paris; mais la vue de cette institution fait sentir l'étendue des devoirs que la charité privée ou la bienfaisance publique ont encore à remplir pour mettre l'école française en état de soutenir la comparaison avec rétablissement anglais. Sous le rapport des écoles d'industrie, je l'ai montré ailleurs {De la Loi de V Enseignement, p. 407), nous sommes vis-à-vis de l'Angleterre dans un état d'infériorité d'autant plus regrettable, que les résultats obtenus dans ces écoles sont plus satisfaisants. Le gouverneur de la prison d'Aberdeen, en Ecosse, écrivait : « Nous avons, grâce aux écoles d'industrie, réduit, en six années, le nomlire des criminels âgés de moins de 12 ans, de 53 à 19. » On a exprimé le vœu, en Angleterre, que la fréquentation de ces écoles fut forcée, pour tous les enfants qui auraient été l'objet de poursuites correctionnelles. (Mary Carpcnlcr, p. 259).

30 ans, est donc pour noih l'objet d'un intérêt sériëuX. Je veux faire connaître dans leur intégralité les statuts de cet établissement.

Art. 1 er . Tout candidat doit livrer sa vie passée à une investigation rigoureuse ; s'il est accepté, on l'admet dans la salle d'épreuve (room of proballon) pour quinze jours. Pendant ce temps, il reçoit l'instruction inorale et religieuse, mais il ne lui est pas permis de communiquer avec les pensionnaires; et Ton éprouve sa résolution en le faisant vivre au pain et à l'eau. Il est donc inutile qu'il se présente s'il n'est pas véritablement dégoûté de son genre de vie, s'il n'est pas résolu à travailler, et à se rendre utile.

Art. 2. Les pensionnaires, dans leur propre intérêt, comme dans l'intérêt de l'institution, doivent joindre leurs efforts à ceux du directeur pour découvrir les imposteurs.

Art. 3. Les pensionnaires ne doivent pas entretenir de relations, ni correspondre par lettres ou autrement, sans autorisation préalable du directeur; les lettres qui leur sont adressées et celles qu'ils écrivent doivent lui être communiquées. L'argent qu'ils reçoivent est déposé entre les mains du directeur qui en autorise l'emploi. Les vêtements envoyés à l'institution lui sont également remis.

Art. 4. Le directeur détermine à son gré le lieu et la durée des exercices qui se font en dehors de l'école. Pendant ces exercices, les pensionnaires ne peuvent être admis à communiquer avec qui que ce soit, que sur une demande expresse, et seulement une fois par mois, sauf les cas d'urgence. — Si un pensionnaire est rencontré dans quelque taverne ou dans un logging house, il est soumis à une nouvelle quinzaine d'épreuves, ou renvoyé de l'école.

Art. 5. Les querelles, les rixes, les jurements, l'usage des liqueurs et du tabac, l'emploi de sobriquets ou de termes injurieux sont expressément interdits. En toute occasion les pensionnaires doivent parler avec politesse, se montrer obéissants et respectueux envers le directeur et les maîtres, disposés à se rendre des services mutuels. Ils doivent en outre s'efforcer, avec la grâce de Dieu, de cultiver leurs bonnes dispositions de manière à devenir réciproquement un exemple et une vivante leçon.

Art. 6. Le dima clic est strictement observé. Tous les pen-

bionnaires assistent au service divin, deux fois au moins. Les sorties ne sont pas autorisées le dimanche.

Art. 7. Pendant les exercices de chant, la lecture de la Sainte- Ecriture et les prières, un silence respectueux doit être gardé.

Art. 8. Les pensionnaires doivent observer sur leurs personnes toutes les règles de la propreté , et se baigner au moins une lois par semaine.

Art. 9. Les vêtements ne sont que prêtés aux pensionnaires pendant leur séjour dans l'école. S'ils s'évadent en les emportant, ils deviennent justiciables des tribunaux.

Art. 10. Dans l'école, une place pour chaque chose, et chaque chose à sa place. Si un objet appartenant à l'institution est endommagé ou détruit à dessein, une part de la ration quotidienne est prélevée jusqu'à équivalent du dommage.

Art. 11. Tout pensionnaire est libre de quitter rétablissement^ quand il le désire, en donnant ses motifs au directeur.

Ar t. 12. On ne peut séjourner à l'école plus de douze mois. Un journal est tenu pour constater la conduite de chacun des pensionnaires. Ceux qui ont été observateurs scrupuleux du présent règlement obtiennent la traversée gratuite pour les colonies, ou sont placés de manière à pouvoir gagner honnêtement leur vie. *

Ce règlement, vous le voyez, Monsieur le Ministre, est profondément empreint du sentiment moral. L'idée delà réhabilitation par la liberté s'y révèle à chaque ligne, et la volonté s'y régénère en devenant maîtresse de soi.

Dans une grande ville, un tel établissement répond à d'impérieux besoins : 1500 candidats se sont présentés dans le courant de deux années. Us appartenaient à la classe des voleurs et des plus dangereux vagabonds (1). 142 ont été admis, en 1850, aux épreu-

(1) Presque tous déclarent que la cause de leur perte a été la fréquentation des rooms ou des saloons que j'ai décrits au début de cette étude ( V. rappendix of the second report). — La plupart, âgés de 16 à 25 ans, ont été 5, 6, 7 , 10 , 15 fois en prison. Plusieurs ont commencé , à l'âge do 8 ou 10 ans, par se mettre au service de maîtres voleurs, adopted, clothed and employai in pîckihg pockets ; puis après une instruction suffisante (training), le métier devenait si profitable, qu'ils l'exerçaient pour leur propre compte. — On voit que ces renseignements, empruntés à des rapports scolaires, sont la confirmation exacte du tableau que j'ai tracé en commençant.

ves préliminaires: 36 n'ont point on Le courqgti de persévérer; 21 ont émigré en Australie et aux Etats-Unis; 12 ont été plaeés en Angleterre; 2 se sontfaits marins; 2 sont devenus soldats; 3 ont <Hé repris par leurs parents $ 12 ont dû être renvoyés pour insubordination ; 5, ayant volé dans l'école, sont maintenant en prison ; plusieurs, âgés de moins de 10 ans, ont été placés dans le juvenile refuge ; 44 sont maintenant encore dans l'école. Je les ai vus travaillant avec la plus consciencieuse activité.

Veut-on savoir ce que ces 44 pensionnaires de la tr&wing scliool of ïnduslry OQ% prélevé, par droit de vagabondage, sur la ville de Londres, avant de venir à résipiscence ? Voici un curieux calcul : d'après leurs propres déclarations, on évalue au plus bas, les sommes volées par eux à 11,600 l. st. (21)0,150 tr.). Le produit de l'argenterie vendue à des recéleurs monte à 4,514 1. st.; le bénéfice des autres objets est estimé à environ 5,000 J.; total, 21,120 1. st. Ce n'est pas tout : ces 44 jeunes gens ont passé, à eux tous, 55 années en prison. La dépense étant de 20 1. par année, pour chacun, il laut ajouter 1,100 1. aux 21,120 1. En d autres termes , la société anglaise a payé 1,100 1. , les 21,120 I. qui lui ont été prises. C'est, en définitive , par le fait de 44 vagabonds , une perte de 22,220 I. , ou 555,500 fr. Et maintenant, dirons-nous, qu'eussent été, en regard d'une telle somme, les dépenses nécessitées par une bonne instruction pour ces 44 jeunes gens ? Entre l'éducation morale et religieuse qui prévient, et le système qui laisse naître le mal pour le réprimer, au seul point de vue de l'économie , qu'on prononce !

On apprend dans l'école les métiers d'imprimeur, de charpentier, de cordonnier et de tailleur. Sous le rapport de l'instruction primaire, les objets d'étude sont la lecture, l'écriture, l'arithmétique, et les éléments de la géographie. Comme bien l'on pense, l'instruction morale et religieuse est la principale préoccupation ; ce n'est que l'autorité divine qui peut enraciner en de telles âmes des résolutions généreuses. Voici l'emploi des heures, dans la journée du dimanche : a 8 heures, prière dans l'école, puis classe de 8 heures et demie à 9 heures et demie. Assistance au service divin. L'étude est reprise de 1 heure et demie à 3 heures et demie. L'école du dimanche, il laut le dire à la louange de ceux qui se vouent à cette œuvre, est faite par des maîtres volontaires. A G heures, service du soir, a l'église. A 9 heures tous les élèves se réunissent dans la classe; après le chant d'un hymne, chacun rend c ompte du sermon qu'il a en-

tendu. Plusieurs s'acquittent avec succès et profit de cette tâche difficile. La prière termine la journée.

Les seules punitions employées dans la maison sont la diminution de la nourriture, et la privation des récréations, ou, ce qui est considéré comme plus grave, l'insertion du nom de l'élève clans le journal de l'école. Après des actes réitérés d'insubordination, l'expulsion est prononcée. Il est rare qu'on soit obligé de recourir à cette mesure extrême ; des résultats heureux soutiennent le dévouement des fondateurs, et sont la compensation méritée de quelques faits affligeants. Cette année cinq élèves s'étant évadés, en volant des habits, leurs camarades ont écrit au comité de l'institution une lettre dont j'extrais ce passage :

c Nous vous témoignons les sentiments de notre profonde in- « dignation pour cette honteuse et vile ingratitude... Nous sentons t le devoir de seconder notre bien aimé directeur (our beloved c governor) par tous les moyens en notre pouvoir, pour qu'à <r l'avenir il soit impossible à de tels imposteurs de pénétrer « dans l'école. Nous lui avons exprimé notre opinion qu'une « épreuve de 15 jours au pain et à l'eau n'est pas suffisante, sur- « tout pour les vagabonds. Nous demandons une épreuve d'un « mois pour les vagabonds (vaqranis), et de 15 jours pour les « voleurs (thieves). »

Tout en soupçonnant les motifs qui déterminent les pensionnaires de la ragged training school à établir cette différence entre les deux classes d'individus ci-dessus nommes, je ne me crois pas en mesure d'en discuter la valeur. J'accepte l'autorité des signataires de la lettre comme tout à fait compétente.

Fondée seulement depuis trois années , la ragged training sclwal est appelée, sous l'habile direction de M. Charles Nash, à recevoir de larges développements: t Les fruits qu'a fait mûrir déjà la bénédiction divine donnent au comité de consolantes espérances. Quelque dégradé que soit un homme, il rélève toujours de la charité des chrétiens (1). »

J'aurai achevé de vous faire connaître l'œuvre de l'initiative privée, à Londres dans le domaiue de l'enseignement populaire, Monsieur le Ministre, quand j'aurai signalé les développements d'une société qu'une confraternité religieuse désigne à toute la

(t) Second «nnual report.

sympathie de la France ; je veux parler du calholic poor school cononitlce.

II y a peu de temps, un touriste parisien s'était égaré dans Tune des misérables ruelles du quartier Saint-Giles ; il demande son chemin à un homme en haillons accroupi sur le seuil de sa porte : Etes-vous Anglais? lui dit-il; t No, oh! no, répond le déguenillé ; lam a sonof the poor, poor and calholic Ireland ! » Ces mots furent prononcés avec une indéfinissable expression; toutes les douleurs de l'Irlande semblaient parler par la voix de cet homme qui, en affirmant sa foi religieuse, pouvait encore affirmer la patrie (1).

Ce double sentiment a créé le calholic poor school committee ; car à Londres, comme à Manchester et à Liverpool, presque tous les catholiques pauvres sont Irlandais.

Il y a à Londres plus de 30,000 enfants catholiques. Or, les écoles du soir et les écoles du dimanche n'en renferment guère plus de 600; les écoles catholiques du jour sont aussi très-peu nombreuses. Des ragged schools entièrement peuplées déjeunes Irlandais et, par exemple, la ragged school de George-street dont

(1) H est à la fois curieux et touchant de recueillir, dans les quartiers habités par les Irlandais, à Londres, l'expression de deux idées qui s'y vivifient réciproquement. La religion est, pour l'Irlandais, le dernier rempart comme la dernière formule de la nationalité, et tout hommage à la première semble uue revendication de la seconde.

Voici une scène dont j'ai été témoin : Lors de ma première excursion nocturne dans White-Chapel, je fus introduit , au fond d'une cour infecte , dans une chambre toute remplie d'hommes, de femmes et d'enfants déguenillés. Quelques-uns se tenaient debout, la plupart étaient assis par longues files, sur des bancs; tous dans une altitude de silence, de recueillement et de prière. Au fond de la chambre, sur une table couverte d'un drap blanc, gisait un cadavre. C'était un vieillard mort la veille. Le corps était enveloppé de bandelettes blanches à la façon des momies ; aux poignets des bracelets noirs , sur la poitrines une croix; au-dessus, une sorte de chapelle de linge blanc, semé de larmes noires. Trois grandes chandelles, aux pieds du mort, jetaient une lueur blafarde sur ses traits décharnés. — Assurément, en présence d'une telle scène, une pensée d'art invoquait le pinceau de Rembrandt ; mais je m'associais surtout au sens mystérieux d'une tradition religieuse et nationale. Six jours après, dans ma seconde visite, je retrouvai cesj mêmes Irlandais continuant la veillée des morts. Le corps n'était plus à découvert, il reposait dans le cercueil,

j'ai parlé, sont dirigées par des maîtres prolestants. On peut juger par là de l'immensité de la tache imposée au calholic poor scliool (ommiticc, qui existe seulement, au reste, depuis l'année 1847.

De même que la national societij est l'église anglicane, de même le calholic commitlce est l'église catholique en action. Pour le second comme pour la première, l'instruction est un instrument de propagande; et ce principe est toute la force du comité. « V,)uand on compare, dit le rapport, l'état de la religion dans les endroits ou l'éducation a été persévéramment dispensée, avec la situation qui lui est laite ailleurs, il devient d'une incontestable évidence que le meilleur, sinon le seul moyen de poser les bases d'une régénération durable, c'est la construction de maisons d'écoles, la formation de bons maîtres. » C'est pourquoi la surveillance des écoles, comme la direction des maîtres, est tout entière aux mains du clergé ; c'est pourquoi les souscriptions à l'œuvre du comité sont encouragées par la concession de privilèges spirituels (1). Et certes, jamais tels privilèges ne furent attachés à des elïoris plus méritoires. Aujourd'hui comme au septième ou au cinquième siècle, l'éducation conduit la lutte de la civilisation contre la barbarie; et quand un illustre évêque anglais adjure les habitants de Londres, au nom des intérêts éternels comme au nom du salut social (2), d'ouvrir, au profit des masses délaissées, les trésors de l'éducation chrétienne, il n'est que l'écho de cette voix puissante que douze sièclesn'ont pas étouffée : « Prêtres, bâtissez des écoles dans les villages et dans les bourgs ; les enfants qui se présentent, quels qu'ils soient, recevez-les; et en les instruisant ne leur demandez-rien; car souvenez-vous qu'il est écrit : Ceux qui auront instruit leurs frères brilleront comme des étoiles dans l'éternité (3). »

Les revenus du calholic poor school commitlce ne sont rien comparativement aux besoins; mais ils s'accroissent chaque année : ils se sont élevés Tannée dernière à près de 5,000 1. st.

Le comité fait sentir son action sur tous les points de l'Angleterre, il a contribué à la fondation d'écoles à Wapping, Liver-

(1) 31 odobre 1849.

(2) Bischop Wisenian's pastoral ; 18î9.

(3) « Presby tcH (ter villas et vicos scholas habeant... Nihil ab eis prctii pro liac re exigant. » (Thcodulfi auretiahensié tapit. 20 ; cité pai M. Oz main, Etudes (fcrmani'qucs, p. 530, t. il.

pool, Blackburn, Newport, etc.. Il a prévenu la ruine d'institutions existantes à Deptford, Clerkenwell , Prescot, Barnsley, Stockton ; il a doté quelques autres de maîtres et de pupil-teachers, etc.

Trouver de bons maîtres et des ptipil-teachers, est, en effet, pour le comité catholique ainsi que pour les sociétés protestantes dont j'ai parlé, l'objet d'incessants efforts. Le comité a sur ces dernières l'avantage de disposer de frères (clirislian brothers) et de sœurs qui, on le verra plus loin , ont eu l'art de pousser trèsloin le développement intellectuel et moral des enfants. Mais ces puissants auxiliaires ne sont pas en nombre suffisant ; et, — j'appelle votre attention spéciale sur ce point, Monsieur le Ministre, — ce à quoi travaille de toute son énergie le comité catholique de Londres, c'est à la fondation d'écoles normales d'instituteurs et d'institutrices. Telle est l'excellence intrinsèque de cette institution, telle en est l'absolue nécessité, qu'elle s'impose irrésistiblement à quiconque prétend mettre sérieusement la main à l'œuvre de l'éducation populaire. Dans l'état actuel, le comité catholique s'ingénie a y suppléer de deux manières : premièrement il charge des femmes expérimentées, qu'à l'imitation de la national society il nomme organising mislresse s, de visiter successivement les écoles déjeunes filles, et d'y faire un séjour plus ou moins long, suivant que leurs leçons sont plus ou moins nécessaires pour l'instruction ou du moins le perfectionnement de l'institutrice. \J organising mistress est, en quelque sorte, l'école normale ambulante. C'est ainsi que miss Margaret Gaynor, après s'être installée pendant trois mois à Birmingham, s'est ensuite établie à Nottingham, puis à York. Au reste, un germe d'école normale pour les jeunes maîtresses existe déjà dans les couvents d'Ail soul à Saint-Leonard's-on Sea, et de Sainte-Anne, à Birmingham.

Voilà pour les institutrices. Quant aux instituteurs, le comité les envoyait jusqu'à présent se former en France, dans notre Bretagne, à l'institution des frères de M. l'abbé J.-M. de La Mennais, (à Ploërmel). Certes, on ne peut rendre à tant de zèle un trop sincère hommage; mais on comprend quels avantages résulteront pour le comité, de la création d'écoles normales d'instituteurs sur le sol même de l'Angleterre. Déjà une école a été essayée à Ilammersmith ; et cette école paraît devoir acquérir d'heureux et prompts développements.

Si le càtholic poor sclwol commutée, ainsi que la national society, est l'instrument d'une idée religieuse, il ne partage nullement

les répugnances de la société anglicane (ce fait mérite d'étn remarqué) pour l'intervention régulière et la protection de l'Etat Après des négociations indispensables entre le secrétaire, M. Stokes, et le committee of council , une entente parfaite s'est immédiatement établie, c Les stipulations intervenues, dit Mgr Wiseman , nous ont valu l'aide du gouvernement; à cet aide, nous devrons la possibilité de constituer un corps de bons maîtres, et de créer les écoles normales dont nous avons si grand besoin * (so much wanted bijus) (1). En même temps, je lis dans le rapport général de M. Marshall sur les écoles catholiques de la Grande-Bretagne: c J'ai accepté les invitations qui m'étaient adressées de conférer avec le clergé et les directeurs des écoles primaires. H a partout été décidé, après sérieuse délibération, qu'on offrirait au Committee of Council une coopération sincère. Ces discussions publiques ont déjà produit les meilleurs résultats. Des préventions ont été écartées ; les principes d'une action commune et efficace ont été posés ; enfin des institutions nouvelles ont été créées » (2). « Je dois saisir cette occasion, ajoute l'inspecteur du gouvernement, de remercier les honorables membres de ces réunions de la courtoisie que j'ai partout rencontrée, de la loyauté avec laquelle ils ont accueilli les explications que mon devoir m'imposait de leur donner. »

De ces dispositions réciproquement bienveillantes, il est résulté qu'à l'exception des établissements dirigés par les Christian brothers, toutes les écoles catholiques d'Angleterre sont entrées en relation avec le Comité du Conseil. L'inspection du gouvernement aétéacceptée par elles, et voici comment cette inspection est jugée par le rapporteur de l'association catholique : « Par inspection il faut entendre une visite de sympathique intérêt, d'avis profitables, delà part d'un homme dont l'expérience, l'habileté, le tact sont parfaitement propres à venir en aide aux directeurs desécoles: le catholic poor school committee serait coupable s'il ne s'empressait d'exprimer la reconnaissance dont lui et tous les catholiques sont pénétrés pour les services rendus à la cause de l'éducation par l'inspecteur (M. Marshall); pour la manière à la fois habile et bienveillante avec laquelle il remplit la difficile mission qui lui est confiée. » Certes, le comité catholi-

(1) Bisëbop Wiscman's pastoral

(2) M. Marshalls gênerai report for 1850.

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que, en Angleterre, ne mot pas au nombre de ses devoirs l'hostilité à l'égard de l'Etat; mais aussi, le représentant de l'Etat y est animé, je me hâte de le dire, d'un esprit d'intelligente et sincère impartialité.

Un des plus sérieux avantages que les écoles catholiques retirent de l'inspection exercée par le gouvernement, en Angleterre!, c'est assurément la publicité donnée par le Comité du Conseil aux témoignages honorables qui leur sont rendus par les fonctionnaires de l'État. L'incapacité seule redoute le grand jour ; et (a crainte d'un contrôle n'est que l'aveu de la faiblesse. Le caractère des témoignages dont je parle est la meilleure de toutes les preuves que cette action de l'Etat s'exerce ici, comme elle doit s'exercer toujours, sous peine de se dégrader, dans les conditions d'une haute bienveillance. Les écoles de jeunes filles, et notamment les écoles dirigées par les sœurs de la Merci, ont été dernièrement, de la part de l'inspecteur chargé des écoles catholiques, l'objet d'une mention particulière, dans un rapport dont je veux citer les termes : « L'œuvre poursuivie au sein des écoles primaires est double, éducation, instruction. En ce qui touche la première et plus difficile partie de cette œuvre, il est impossible de constater sans admiration les résultats qu'obtiennent invariablement les maîtresses en question (les sœurs de la Merci). Elles réussissent à donner à leurs élèves des habitudes de douceur, de docilité, de politesse, qu'on trouve rarement au sein d'établissements d'un degré beaucoup plus élevé. Et si l'on recherche comment elles triomphent de ces difficultés quotidiennes , désespoir d'institutrices moins accomplies, telles que l'indiscipline la paresse obstinée, etc., on observe des faits tel que celuici : au lieu de s'épuiser en punitions inutiles, le seul châtiment qu'elles emploient est l'interdiction de l'école pour un ou plusieurs jours ; et ce châtiment, qui serait ailleurs une prime à l'insubordination, est plus redouté chez elles que toute autre punition.

« Quant à {'instruction , le succès est égal dans la majorité des écoles. Deux d'entre elles ont atteint, en trois ans, un degré de perfection qui ne serait dépassé par aucune école primaire en Europe. Dans ma dernière visite à l'école des sœurs de la Merci, à Derby, j'ai entendu la supérieure examiner les jeunes filles les plus avancées. Je ne sais ce qui devait être le plus admiré, de la clarté, de la rapidité, de la précision incisive des questions, ou de la promptitude et de la justesse des réponses,

La sûreté des connaissances, chez les enfants, en histoire sacrée et en histoire profane, la facilité avec laquelle elles établissent le lien entre ces deux histoires, sont véritablement extraordinaires. Elles ont des notions étendues d'histoire naturelle, peuvent rendre compte de phénomènes physiques tels que Tarcen-ciel, etc., et donner leurs explications, à volonté, sous une l'orme ou sous une autre. Leur connaissance de l'Ecriture-Sainte surpasse tout ce que j'ai vu ailleurs. Dans iécole de Nottingharn, placée pareillement sous la direction des sœurs de la Merci, de semblables résultats ont été atteints » (1). Un tel rapport honore à la fois et le mérite des institutrices qui en sont l'objet, et l'impartiale justice du comité gouvernemental auquel il est adressé.

De telles circonstances étant données (2) , le comité catholique n'avait aucune raison de ne pas demander au gouvernement, pour les instituteurs et institutrices formés par lui, la sanction du diplôme que s'efforcent d'obtenir pour leurs élèves les sociétés dont j'ai parlé plus haut. Chaque année des maîtres et maîtresses catholiques subissent l'examen qui confère le < crùfudic of merit ; ce certificat est , pour eux, le meilleur titre à la confiance et à l'estime publiques.

En retour du droit d'inspection reconnu, le Commiltce of Conncil, depuis trois années, comprend les écoles catholiques dans la distribution de ses secours. Grâce à ces subventions^ 94 pupilteachers ont été placés, dès 1849, dans les meilleures écoles d'Angleterre , pour une période de cinq années. Ces jeunes gens, garçons ou filles, reçoivent par an, en raison de leurs progrès dans l\irt d'enseigner, de 10 à 20 1. s. Des secours notables sont également accordés pour acquisition de livres, de cartes, et autres fournitures des écoles.

(1) Minutes of the Committee of Couneil on éducation, 1851, p. 820.

(2) Les compositions données aux candidats catholiques ne roulent que sur des sujets étrangers à la religion. Certaines questions publiées dans les minutes of Council ayant paru au comité pouvoir inquiéter les consciences catholiques, les observations qu'il présenta reçurent aussitôt satisfaction : « .... No questions should be set to Roman calholic leacbers likely in any way to give them pain by appearance ofNvant of respect or tbeir religious sentiments. * (Réponse, au nom du Commiltce of Counci/. )

J'ai terminé l'étude que je me proposais de l'aire, Monsieur le Ministre 1 , du développement des forces libres sur le terrain de l'instruction primaire, à Londres; j'ai indiqué la part qui revient à l'initiative privée dans la grande œuvre de l'éducation populaire. Cette part est immense, vous le voyez. Il est maintenant nécessaire , et il devient plus facile de préciser la mesure et de marquer le caractère de l'intervention de J E ta t.

J'ai posé, plus haut, le principe qui doit présider à l'intervention de l'Etat dans le domaine de l'enseignement. En Angleterre, plus que partout ailleurs , ce principe est la loi des laits.

Dans la sphère de l'enseignement supérieur et de l'enseignement secondaire, l'initiative privée, grâce aux conditions morales et politiques particulières au pays , paraît suffire à la tache : le rôle de l'Etat est passif. La création de V Université de Londres constitue, il est vrai, une dérogation au principe; mais cette dérogation ne semble pas avoir été sanctionnée par l'assentiment de l'opinion en Angleterre. L'Université de Londres occupe dans la considération publique un rang bien inférieur à celui qui fut assigné de tout temps aux universités d'Oxford , de Cambridge , d'Edimbourg ou de Glascov* 7 .

Mais l'insuffisance des forces indépendantes est pour l'Etat la raison d'agir; et — je l'ai dit — l'impuissance qui se révèle est une injonction qui l'oblige. Or, devant tes faits exposés dans cette étude, en présence des besoins que j'ai constatés, comment l'Etat, en ce qui touche l'enseignement populaire, ne se ferait-il point, non pas cértes ladversaire, mais l'émule ; non le rival , mais l'auxiliaire de l'initiative privée, en saisissant un rôle actif ?

Les faits répondent aux données de la logique. S'il n'existe pas, en Angleterre „ de ministère de l'instruction publique, le Commiuce of Council on éducation tient ses pouvoirs du gouvernement, et le représente dans toutes les questions relatives aux intérêts de l'instruction primaire (1). Le gouvernement met entre

(I) Celte organisation gouvernementale date de 1839. L'intervention de l'Etat dans renseignement primaire avait été depuis longtemps réclamée au sein du parlement, notamment par l'ancien chancelier d'Angleterre, lord Urougbain.

Le système dont le Commutée of Council est l'application, était pro-

les mains du Comité deux puissants moyens d'action : les subventions qui fondent ou encouragent les écoles , créent ou soutiennent les maîtres; l'inspection qui juge l'enseignement, et, sans le diriger, le contrôle.

Selon quelles règles et dans quelle mesure ces deux moyens sont-ils mis en œuvre ?

h De 1839 à 1846, un crédit annuel de 30,000 liv. st. a été voté par le parlement anglais comme encouragement à l'instruction primaire. En 18i6, la subvention fut portée à 100,000 liv. (2,500,000 fr.) C'est la répartition de ce crédit qui est confiée à la prudence et aux lumières du Committee of Council on éducation. Depuis 1839 , le total des subventions accordées à différents titres s'est élevé à 559,217 liv. st.; pendant la même période, les frais d'inspection et d'administration ont été de 82,323 liv. st. Tel est le développement progressif des opérations du Committee of Council qu'on s'attend à voir, cette année même, les dépenses s'élever au delà de 150,000 liv. st. (3,750,000 fr.) — Beaucoup de personnes , ce chiffre connu, trouveront moins exorbitantes les sommes qu'elles reprochent à l'Etat d'inscrire au budget, pour le service de l'instruction primaire en France.

Les dépenses se décomposent ainsi qu'il suit:

Secours pour construction d'écoles ;

Secours pour construction et entretien d'écoles normales ;

Augmentation de salaires pour les maîtres qui , après examen subi devant l'inspecteur du gouvernement, ont obtenu des certificates of mcrit ;

Indemnités aux instituteurs et institutrices pour leçons spéciales données aux pupil- teachers ;

Rémunération des pupil-teachers pendant cinq années de stage (je puis traduire ainsi le mot apprcnliceskip).

Secours pour acquisition de livres et de cartes géographiques.

Toute demande de secours est adressée : c To the right honourable the lords of the Committee of Council on éducation. » Le Comité s'assure par l'intermédiaire des inspecteurs : que la demande est fondée, que l'établissement dont il s'agit est destiné

pose dès 1818 par l'illustre membre de la chambre liaulc, dans un rapport demeuré célèbre.

aux enfants pauvres, que l'école possède des chances suffisantes d'existence. De plus, aucun payement ne peut être fait que les fondateurs responsables de l'école n'aient signé un certificat dont les articles font connaître les conditions exigées pour l'obtention du secours :

« Nous, soussignés, constituant la majorité du Comité de l'école de , certifions que la nouvelle école, en faveur de laquelle il a plu à vos Seigneuries d'accorder un secours de. . . . , est achevée, et construite conformément aux plans approuvés par elles; que le total des souscriptions volontaires détaillées dans les mémoires présentés à vos Seigneuries a été reçu, dépensé, et porté en ligne de compte, et qu'il ne reste plus aucune dette sur le prix du bâtiment, sauf celle qui sera payée par le secours qu'octroient vos Seigneuries et dont nous sollicitons l'expédition ; que remplacement de la maison d'école est acquis sous les garanties légales (ivilli a good légal tenure), en sorte que l'affectation au but spécial de l'instruction est assurée. j> Le secours, on le voit, est accordé avant la construction de la maison d'école, mais il n'est délivré qu'après l'entier achèvement des travaux. Ce système est un stimulant efficace pour la promptitude de l'exécution.

Le ccrlificaïc contient un dernier article, dont l'importance est considérable : « Des rapports sur l'état de l'école seront présentés à vos Seigneuries, selon qu'elles le demanderont; et les inspecteurs de S. M. seront reçus conformément aux règles du Committee of CounciL* Je dirai plus bas quelles sont ces règles, en traitant de l'inspection et de ses droits; mais, il faut le remarquer dès à présent, ce droit d'inspection est le prix du secours ; le second ne va pas sans le premier ; et l'étendue de ce droit se mesure, circonstance intéressante, à la quotité de la subvention ; ce point curieux doit être mis en lumière :

« Si le secours est accordé pour la construction ou l'agrandissement d'une école, le droit d'inspection est garanti par une clause spéciale du contrat, et il s'étend en raison de la durée que ce contrat assure à l'école même ; si le terrain sur lequel s'élève l'école est concédé en propriété, le droit d'inspection est perpétuel ; s'il y a bail (leasehold), la durée du droit se mesure à celle du bail lui-même.

« Si le secours est donné pour achat de livres ou de cartes, les administrateurs doivent signer l'engagement d'ouvrir l'école à l'inspection pour sept années.

« S'il a pour objet L'augmentation du traiiement de maîtres qui ont obtenu le certificat de mérite, il est payé à la fin de chaque année, sur le rapport de l'un des inspecteurs de S. M.

« Si le secours est octroyé à titre de rémunération pour des pupil-leachers et des moniteur» payés {stipendiary monitors), ou d'indemnité aux instituteurs qui ont été spécialement charges de former les jeunes maîtres , le droit d'inspection doit être reconnu pour' cinq ans, c'est-à-dire pour toute la durée du stage ; s'il est mis obstacle à l'exercice de ce droit avant l'expiration de la période fixée, le Comité du Conseil fait restituer aux administrateurs de l'école les subventions déjà payées ; l'école perd droit, dans l'avenir, à toute subvention de même nature (1). »

Ainsi la concession des secours est le point de départ et le fait générateur du droit d'inspection. Et les amis les plus ardents de la liberté de l'enseignement, fût-ce même de la liberté absolue, n'ont pas lieu de se plaindre : car ce droit résulte d'un assentiment volontaire, et d'un contrat librement souscrit.

Certaines circonstances sont prévues dans lesquelles tels ou tels établissements peuvent compter sur un secours. Je prends pour exemple les règles relatives à cette catégorie d'écoles qui ont un droit spécial aux encouragements de l'Etat, dans les grands centres de population, je veux dire aux écoles d'industrie :

c Quand les créateurs d'écoles sollicitent un secours qui doit les mettre en mesure ou de louer un terrain destiné à l'instruction agricole des élèves (school field-gardcns), ou de construire un établi pour y enseigner des métiers ( workslwps ) , ou d'annexer à l'école un lavoir ou une buanderie pour l'apprentissage des jeunes fiiles: 1° en ce qui concerne les school. field-garde^ns, si leurs Seigneuries sont satisfaites de la situation du terrain,' du système adopté pour son exploitation, de la capacité des maîtres, elles peuvent accorder un secours annuel n'excédant pas la moitié de la dépense , et payer le traitement d'un maître aussi longtemps qu'au jugement de l'inspecteur, le terrain est utilement cultivé ;

« 2° En ce qui concerne les workslwps situes dans les quartiers populeux et destinés à recueillir les jeunes vagabonds, mendiant ou volant dans les rues, si leurs Seigneuries approuvent le local,

(1) Minutes of theCommitte, ■ of Council; i$t>l ; gênerai administration,

p. ix.

l'organisation des workshops, la part qui revient aux élèves sur le produit de leur travail, elles sont disposées a contribuer à Tachât de l'outillage, à prendre part aux frais de location, etc.

<r 3° Secours analogues, et dans des conditions identiques, lorsqu'il s'agit d'écoles où les jeunes filles sont reçues pour s'y former aux détails de l'économie domestique (1).

On voit quel est le caractère et le but général des secours accordés pour le matériel des écoles. Je dois faire celte remarque qu'ils ne sont jamais destinés à payer les dettes d'établissements dont l'existence serait compromise , mais à encourager les écoles sur l'avenir desquelles il est permis de compter. Et, en effet, ces dernières seules font honneur aux encouragements de l'Etat; les premiers absorbent les secours, mais généralement n'en profitent pas (2).

Un principe analogue préside à la répartition des indemnités qui ont pour objet les personnes. S'agit-il de maîtres qui ont obtenu le certificat de mérite? Le Comité , en accordant l'indemnité sur le rapport d'un inspecteur, n'entend en aucune façon donner aux administrateurs ou fidei-commissaires ( trustées ) de l'école les moyens de réaliser une économie, mais constituer, au profit de l'instituteur, une augmentation réelle de traitement (3). Ici, comme ailleurs , le comité intervient en tant qu'auxiliaire des forces indépendantes , mais il ne les remplace pas; cela est si vrai, que la concession d'une indemnité suppose, comme condition nécessaire, la préexistence d'un traitement égal au moins à 30 1. st. ( 750 fr. ). Ce système présente l'avantage de forti-

(1) Minutes of the Committee, p. xxn.

Il serait curieux, eu étudiant les efforts des gouvernements chrétiens pour encourager l'éducation industrielle, de constater le point de vue absolument contraire des gouvernements anciens. — Aristote déclare l'instruction professionnelle indigne d'un homme libre. ( V. Politique, L V, c. u.)

(2) The lords have no funds at their disposai for the payment of debts already incurred by the managers of a school, nor can make grants of any kind to schools so encumbercd. » (Minutes of tfie Commitlee of Councii y p. xcn, 1851.)

(3) « It is not their Lordships' intention that their grants in augmentation of the salaries of teachers should be met by réductions in the amounl derived by ihem fromother sources; on the contrary, . . , etc. » (IbicL, p. lxxxvii.)

fier , bien loin de l'affaiblir , le ressort de l'initiative privée. Malheureusement, ce ressort n'est pas assez puissant en France, pour que l'application d'un tel système y soit possible. Que deviendraient les instituteurs publics d'un grand nombre de villages, si l'Etat n'intervenait lui-même pour compléter l'humble minimum de 600 fr. ? — D'un autre côté, il faut bien le dire , ce système implique une sorte d'indifférence dédaigneuse pour des misères souvent dignes d'estime. Il ne saurait faire partie d'une organisation, où, par un hommageàun principe respectable, tous les instituteurs publics sont au même titre, riches ou pauvres, les fonctionnaires de l'Etat.

Les secours aux personnes, je l'ai dit, peuvent être accordés encore à titre d'indemnité: 1° aux instituteurs et institutrices qui donnent une instruction spéciale à des élèves-maîtres (pupilteachers). Ces indemnités s'élèvent à 5 1. st. (125 fr.), 9 I. (225 fr.), 12 I. (300 fr.) , selon que l'instituteur est chargé de un , deux, trois élèves. On ajoute 3 1. st. par élève , lorsque le nombre de trois est dépassé. — Les pupil-teachers sont ici dans une position équivalente à celle des clèves-maUres placés, en vertu de la loi du 15 mars, dans les établissements désignés par les conseils académiques.

2° Aux élèves sortant des écoles normales qui prennent la direction d'une école soumise à l'inspection : cette indemnité, dans un but qu'il est facile de comprendre, se proportionne au temps que l'instituteur ou l'institutrice a passé dans l'école normale: 15 à 20 1. st., s'il y est resté un an ; 20 à 25 l. st. , si ses études se sont prolongées deux années. Un séjour de 3 ans lui permet de prétendre à une subvention de 25 à 30 L (750 fr.) — Certes, on ne saurait prou\cr , par un argument plus irréfutable, l'importance qu'on attache au développement d'une institution.

3° Enfin aux pupil-teachers , dont la présence, dans un grand nombre d'écoles, transforme l'enseignement mutuel en un véritable enseignement simultané. Au moment de leur entrée en fonctions, les pupil-teachers doivent, à part les conditions d'âge (1) et de moralité : lire avec intelligence ; écrire correctement et posséder la pratique de la ponctuation ; faire sans difficulté les quatre règles; avoir des notions suffisantes de grammaire , de géographie et d'histoire sainte ; faire convenablement la classe aux élèves les

(1) Le minimum dVige est 13 ans.

moins avancés. — Les jeunes filles ne sont admises qu'à la condition de savoir coudre et tricoter.

Lestage ou apprentissage (apprenliçeship) des pupil-teachers se prolonge pendant cinq années, et l'indemnité allouée par le gouvernement est ainsi répartie : l re année, 10 1. st. ; 2 e , 12 I. ; 3 e , 15 L; 4 e , 17 1 ; 5 e , 20 I.

Sous ce patronage efficace, l'institution des pupil-teachers est Lien autrement sérieuse , on le voit au premier coup-d'œil, que l'institution des stagiaires, créée par la loi du 15 mars. Pour les premiers, chacune des 5 années se termine par un examen subi devant un inspecteur (1); notre loi ne demande aux seconds aucunegaranlie de capacité. Que les stagiaires passent 3 ans dans une école désignée par le conseil académique, et, sans examen, sans une preuve quelconque de savoir, par la seule puissance d'un certificat dénué de valeur scientifique , les voilà sur le pied d'égalité avec les instituteurs qui se sont soumis, trois années durant, aux durs labeurs de l'école normale (2). C'est Jà une disposition <Je la loi du 15 mars, contre laquelle ont pu être dirigées de trop justes critiques. Celte disposition n'est pas en harmonie avec l'ensemble d une loi dont une haute raison a posé les principes ; elle n'a pas même conquis l'adhésion des congrégations enseignantes dans l'intérêt desquelles on pouvait la supposer écrite. Les congrégations avaient accepté franchement la condition du brevet', le savoir dont leurs membres ont fait preuve les a grandies dans l'estime publique ; pour quels motifs renonceraient-elles à couronner le stage par un examen qui ajoute à la dignité du caractère religieux la notoriété de la science, et révèle, sous l'humble habit du frère, le savoir de l'instituteur? Je le répète donc, la disposition qui supprime la nécessité du brevet , par conséquent la preuve de capacité , cette disposition est mauvaise; et L'élude de l'institution des pupil-teachers en fait, par le contraste, mieux encore comprendre le vice.

Après leur stage de cinq années, après quatre examens successifs, les pupil-teachers n'ont pas terminé la série de leurs épreuves. C'est parmi eux que se recrutent généralement les écoles normales. Ceux qui passent avec succès l'examen d'admission , entrent à

(1) Minutes of Commiitee of Council.

(2) V. notre discusssîon : De la loi de l'enseignement, p. 380,

fécole avec le titre de c Queen's scholars, > écoliers delà reine. Ici , encore, éclate la sympathie dont les normal schools sont universellement entourées. Une indemnité de 20 à 25 1. st. est accordée aux Queen's scholars par le Comité du Conseil (1). Cette indemnité, du reste, peut être supprimée, sur la plainte du directeur de l'école.

IL Le droit d'inspection, on l'a vu , est étroitement lié à la concession des secours ; et l'exercice de ce droit est le second moyen d'action que met le gouvernement anglais entre les mains du Committee of Council. — Par qui se fait l'inspection ? Dans quelle mesure s'exerce- t-elle ? Quelle en est la sanction?

Les inspecteurs de l'instruction primaire, lier Majesty's inspectors ofscliools, sont, en ce moment, au nombre de 19, parmi lesquels deux sous-inspecteurs institués cette année même. L'un de ces derniers, M. Warburton, antérieurement professeur au collège d'All-Soul, à Oxford, est adjoint simultanément à M. Cook, pour l'inspection de Londres ; à M. Brookfield , pour l'inspection des comtés de Kent, de Surrey et de Sussex; et à M. Moseley, pour celle dvi Berkshire et du Wiltshire.

4,396 écoles sont aujourd'hui soumises à l'inspection gouvernementale. Le nombre des établissements qui sollicitent cette inspection augmentant chaque année, le nombre des agents du Commiiiee of Co unci L devra s'accroître en proportion.

Sur les 19 inspecteurs, 13 appartiennent au clergé. Tous sont des hommes pleins de science et de distinction d'esprit, en état par conséquent d'envisager l'instruction primaire par ses aspects les plus larges, et de saisir les points par lesquels elle entre en contact avec les intérêts sociaux et politiques du pays. L'un d'eux, le rév. professeur Moseley, est correspondant de l'Institut de France. Il suffit de jeter les yeux sur les rapports publiés chaque année parle Commiiiceof Council, pour se convaincre que l'inspection de l'instruction primaire, dans le Royaume Uni, est confiée à des mains capables d'imprimer à un grand service la plus intelligente direction.

L'intérêt du gouvernement est d'attacher à leurs fonctions des hommes de ce mérite par une rémunération honorable. Cette ré-

(1) Minutes of the Committee of Council, 184G. Ce règlement est rappelé «tans la circular leller to lier mojestifs inspeelors of schools, rclaling to Queen's scholarships (1851).

numération, ailleurs qu'en Angleterre, paraîtrait exorbitante , les appointements d'un inspecteur s'élèvent à 720 1. st. (18,000 f.), sans compter les Irais de tournée, 135 1. st. (3,375 f.). J'ai entendu faire la réflexion qu'un si riche traitement risquait d'inspirer un amour immodéré du repos. Telle n'en est pourtant pas l'influence sur les inspecteurs d'Angleterre 5 en tout cas, les inspecteurs français n'ont assurément point à redouter ce péril.

Deux remarques doivent ici trouver place, et, bien qu'avec quelque embarras, Monsieur le Ministre, je les ferai. S;ins doute le chiffre du traitement ne crée pas la valeur morale d'une fonction ; mais, jusqu'à un certain point, il en est le signe. De plus, ce chiffre est la mesure sinon exacte, approximative du moins, de l'importance attribuée à cette fonction par la pensée d'un gouvernement. Comment donc l'aristocratique Angleterre semble-t-elle placer à un degré bien plus élevé que la France, dans la considération publique, une mission à laquelle se rattache essentiellement l'avenir de l'éducation du peuple ? Ensuite, le taux actuel du traitement des inspecteurs en France étant donné, comment espérer, je le demande, enchaîner au service de l'instruction primaire beaucoup d'hommes d'une sérieuse valeur ? A part quelques vocations déterminées par des circonstances exceptionnelles , où et comment trouver ces hommes ? Et cependant la diversité des intérêts avec lesquels ils sont aux prises, l'antagonisme des influences qu'ils ont mission de concilier, la nécessité de faire face par les ressources de la parole à des situations imprévues, multiplient autour des inspecteurs de l'instruction primaire plus qu'autour d'aucun autre fonctionnaire de l'ordre administratif dans renseignement, les difficultés et les périls. Je sais que le fait du nombre des fonctionnaires domine la question du traitement : on ne dote pas une armée. Je le répète, cependant, comment exiger beaucoup de ces fonctionnaires, quand il leur est à peine donné de mettre, je ne dis pas l'aisance, mais le nécessaire, au service de leur dévouement?

Je vous ai fait connaître, Monsieur le Ministre, le corps des inspecteurs primaires en Angleterre. Voyons dans quelles limites va s'exercer l'inspection.

Vous le savez déjà, le droit d'inspection en Angleterre n'est pas revendiqué par le gouvernement comme un droit absolu. Il n'y émane pas de la notion abstraite de l'Etat ; il y résulte d'un

contrat , ou tout au moins d'un libre consentement (1). A pari u stipulations qui, nous l'avons vu, garantissent pour une période plus ou moins étendue l'exercice de ce droit, qui veut ouvrir son école à l'inspection peut l'ouvrir; qui veut la fermer, la ferme.

11 y a plus : tel est en Angleterre le respect des forces indépendantes; il est si vrai que, selon une parole citée plus haut, la nation y est \e principe, et l'Etat l'accident, que la nomination des inspecteurs, c'est-à-dire des agents de l'Etat, doit être concertée avec les représentants des différentes communions religieuses (2). Un tel fait, on le comprend, suppose les rapports de la plus confiante bienveillance entre des pouvoirs trop longtemps habitués, chez nous, à se révéler l'un l'autre par un antagonisme calculé, mais que les principes consacrés par la loi du 15 mars doivent unir, ce semble, dans une féconde et légitime alliance.

Une fois l'inspection admise, quels sont les droits de l'inspecteur? Je les trouve précisés dans ces lignes : « Les inspecteurs n'interviendront ni dans l'instruction religieuse, ni dans la discipline, ni dans la direction de l'école. Leur mission est de recueillir des faits et des renseignements , et de faire connaître au Comité du Conseil les résultats de leur inspection. > ( Minutes of Committee.)

(1) Stipulation relative à l'inspection des écoles catholiques : « Les écoles catholiques romaines qui reçoivent dessecours par vote du parlement, seront ouvertes à l'inspection ; mais l'inspecteur ne fera porier son rapport que sur l'instruction séculière. » (Minute ; 18 décembre 1847).

(2) « Les inspecteurs des écoles catholiques ne seront pas nommés sans le concours du catholic poor school commitlee. » (Ibid.)

« Avant de désigner au choix de V. M- une personne qui reçoive la mission d'inspecter les écoles assistées par les secours de l'Etat, en union avec la national society, c'est-à-dire avec l'Eglise d'Angleterre, nous, Lords du Committee of Council, consulterons les archevêques de Canlorbéry et d'York, chacun en ce qui concerne sa province. Les archevêques pourront nous indiquer telle ou telle personne; nous ne présenterons aucun candidat à V. M. sans leur concours. » (Order in Council, 10 août 1840.)

« Leurs Seigneuries ne présenteront aucun candidat pour l'inspection des écoles wesleyennes, sans avoir consulté au préalable le Weslcyan éducation Commillee. » (Lelter from Committee of Council, 7 avril 1847).

« Aucun inspecteur ne sera désigné sans la pleine adhésion du comité de la british and foreign school socieiy. » (30 -novembre 1843).

Cette clause n'est pas sans analogie avec l'article 21 de notre loi du 15 mars. Les inspecteurs , en Angleterre, sur quelque école que s'exerce leur contrôle, non plus que nos inspecteurs, lorsqu'il s'agit d'établissements libres, n'ont droit de s'immiscer dans l'organisation disciplinaire ou la direction religieuse. Mais entre le système français et le système anglais, je constate une double différence : premièrement, si l'instituteur, en Angleterre, se rend coupable d'atteinte à la morale ou aux lois, le Commit te c of Conncil pourra , sur le rapport de l'inspecteur , lui retirer ses secours, mais là se borne son action ; quant à une destitution, suspension ou simple réprimande, aucune de ces mesures ne saurait être prise ni provoquée parles représentants de la puissance publique : toute école s'appartient et n'appartient qu'à elle seule. Le Comité-directeur de l'école garde ou renvoie le maître, s'il veut, comme il veut, quand il veut. Dans l'école en un mot, la morale ni les lois, en Angleterre, n'ont de ministère public. Il faut, sans hésitation , assigner ici l'avantage au système qui prévaut dans l'article 30 comme dans l'article 33 de la loi du 15 mars.

L'autre différence est celle-ci : en France, l'inspection dans les écoles libres ne peut, en principe, porter sur l'enseignement (art. 21 ). En Angleterre, au contraire , elle n'a pour but que l'enseignement. C'est-à-dire que notre système fait de l'inspection dans les écoles libres un commissariat de police, de l'inspecteur un fantôme muet ; tandis que le système anglais maintient à la première son rôle d'observation intelligente , et conserve, dans le second, un instrument de progrès; c'est-à-dire encore que l'article 21 de notre loi enlève à l'inspection ce qui lui appartient pour lui donner ce qui ne lui appartient pas ; c'est-à-dire, en un mot, qu'en l'égarant il la tue.

Voir, observer, comparer tout ce qui a trait à l'enseignement , voilà la tache de l'inspection anglaise ; et voilà ce qui, dans les écoles libres , est refusé à l'inspection en France. La défiance, Monsieur le Ministre , a ici dérouté la logique ; car , veuillez le remarquer, voir, observer, comparer n'est pas diriger, n'est pas même critiquer, n'est conséquemment ni gêner, ni contraindre. Quand l'inspection serait la même dans les établissements libres et dans les établissements publics par son étendue, elle n'en différerait pas moins profondément par ses effets et sa sanction.

Ici donc encore, une disposition particulière fait disparate avec les principes éminemment sages qui inspirent la loi du 15 mars. Je l'ai dit ailleurs, et je demande la permission de le répé-

ter : quel est le but final , le but noble , élevé de la loi ? i)e procurer par la liberté le progrès religieux, moral, intellectuel de renseignement ; de poursuivre ce progrès non par la lutte mesquine de concurrents qui se jalousent, mais par l'émulation féconle de rivaux qui s'estiment. Pour cela, qu'a fait la loi? Elle a constitué deux camps : le camp de l'enseignement public et le camp de l'enseignement libre. Dans l'un, des lois et des statuts émanés du gouvernement lui-même, longuement médités, difficilement changés : principe de tradition ; dans l'autre, des inspirations indépendantes, des méthodes librement créées, des procédés nouveaux mis librement en œuvre : principe de progrès.

Une telle situation donnée, quel est le rôle de l'inspection ? L'inspection représentant désormais non plus l'Université, non plus une corporation, non plus un élément exclusif, mais l'Etat, l'inspection doit avec une égale sympathie, une égale passion du bien, tout voir, tout examiner, afin de tout comparer, dans l'intérêt de tous. Elle doit être appelée à généraliser les progrès individuels, à communiquer, dans l'impartialité de son indépendance, à l'enseignement libre les traditions de l'enseignement public, à l'enseignement public les découvertes de l'enseignement libre ; à faire participer l'un et l'autre aux inspirations de chacun. Tel l'Angleterre nous montre le rôle de l'inspection; tel dès à présent, il devrait être en France, pour répondre à la pensée générale de la loi ; tel il sera, dans l'avenir, quand les stériles passions de la guerre auront fait place aux pensées fécondes de la paix.

L'inspection, en Angleterre, s'abstient de toute action, avons nous dit , sur la discipline et la direction de l'école; et pourtant son influence y est considérable; plus considérable sur les destinées générales de l'enseignement, je ne crains pas de l'affirmer, qu'en France même, où, cependant, elle a directement la main sur les personnes. J'explique ce phénomène par un mot : les picjemenls portés par V 'inspection , en Angleterre, sont publics. L'inspection se borne à constater, à comparer, à discuter des résultats; cela est vrai ; mais pour témoin et pour juge de ses appréciations elle a la puissance la plus redoutée, l'opinion. Tous les ans, les rapports des inspecteurs de Sa Majesté, adressés au Committec of Council sont réunis pour être publiés, et, par ordre de la Reine, présentés aux deux chambres d'Angleterre.

Veuillez réfléchir, Monsieur le Ministre, aux conséquences d'une publication ainsi faite des rapports de l'inspection: pre-

mièrement, elle suppose, de la part des inspecteurs, une souveraine impartialité ; dans l'esprit des inspectés, une confiance absolue en la justice des inspecteurs : double sentiment qui grandit les fonctionnnaires en honorant la fonction. Ensuite , n'est-il pas évident que des rapports destinés à subir le contrôle de l'opinion, à être placés sous les yeux de la première magistrature du pays, que de tels rapports doivent acquérir une valeur intrinsèque en proportion avec l'importance qui leur est donnée ? Entre ces rapports et les documents qui viennent s'engloutir chaque jour dans la poussière et le silence , quelle comparaison possible , quand les uns doivent être mêlés aux discussions d'un parlement, et que les autres sont taillés par leurs auteurs dans les proportions d'un carton de bureau ?

J'ai sous les yeux un gros volume de plus de 1,000 pages contenant les rapports de 1850-1851 (1); eh bien, dans les rapports de M. Moseley, de M. Cook, etc ., je trouve à chaque page d'intéressantes discussions de principes, des solutions aux difficultés de la science pédagogique , etc. . . Dans ces rapports, on ne craint point de déposer des idées: on est sûr qu'elles ne s'y perdront pas.

Je sais, Monsieur le Ministre, quelles différences d'organisation administrative empêcheraient, au point de vue qui me préoccupe, une assimilation complète entre notre système et le système anglais. Dans les conclusions que je présenterai ù la fin de ce rapport, je tiendrai compte de ces différences ; mais je devais, dès à présent , vous signaler un des faits les plus saillants que puisse révéler l'étude approfondie du rôle assumé par l'Etat, en Angleterre, dans la question de l'enseignement.

En résumé ; l'Etat est représenté par (e Commit tce of Council ; il intervient dans l'enseignement par les secours pécuniaires et par l'inspection au service de laquelle il a mis !a publicité ; cette intervention, sous la double forme qu'elle revêt, est librement acceptée et ne s'impose jamais.

J'ai exposé , Monsieur le Ministre, l'organisation générale de l'instruction primaire dans la capitale du Royaume-Uni.

(1) Minutes of the Committee of Council on éducation ; correspondance, financial statements, and reports by lier Majesty's inspcctors of schools. — Prcscnted to both houscs of paiiiament by command of lier Majesty.

La troisième partie de ce travail va porter sur des établissements spécialement dignes, par leur importance, d'être désignés à votre attention.

C'est des écoles normales, Monsieur le Ministre, que j'ai maintenant ù vous entretenir.

JVi traité ailleurs la question de principe; je ne dois point y revenir ici. Je veux seulement présenter le problème sous la forme où, selon moi, le bon sens prescrit de le poser.

« Autrefois, ni l'Etat, ni la société ne mettaient en mouvement tant de rouages pour faire marcher une école (1). Un vieux domestique sachant lire, écrire, chiffrer, un ancien soldat, le bedeau de la paroisse, etc., étaient les magisters naturels. On avait le maître d'école, et le peuple était religieux ; on a maintenant Vinstituteur, et le peuple est impie. » Voilà, dans son expression familière, une invariable et quotidienne objection.

La réponse est facile ; on prend ici l'effet pour la cause : ce n'est point le maître d'école qui faisait le peuple bon; mais, quand le peuple était bon, le maître d'école suffisait à la tache. C'est depuis que le peuple est mauvais que le maître ci école est impuissant, et qu'il faut créer l'instituteur.

En d'autres termes, l'importance de l'école est en raison inverse de la puissance éducative développée dans la famille. Quand la famille conserve, pour le communiquer à l'enfant, le dépôt des traditions morales et religieuses, le rôle de l'école est secondaire. Quand il faut suppléer l'influence du foyer domestique, plus encore, la combattre, le rôle de l'école grandit, dans la proportion

(1) Je ne parle pas ici de l'Allemagne, où les écoles normales primaires datent du milieu du dix-huitième siècle. Sous Marie-Thérèse et Joseph 11, Felbiger, évêque de Sagan , avait fondé ces écoles en Autriche, tandis que Kindermann en dotait la Bohème. Dès 1781, l'Autriche allemande comptait 15 écoles normales. (V. ù part l'ouvrage de Schwarz, polilisc/ie verfussung der deutschen schulen in den kaiser lich kœnicjlickdeutschen erb$taalen\ 1820. )

où celui de la famille s'abaisse ; et le problème devient celui-ci : trouver des hommes qui puissent, au nom de la société, donner à Tentant ce que la famille ne peut pas, ne sait pas ou ne veut pas lui donner ; assez pénétrés de la pensée religieuse pour comprendre la sainteté d'une telle tâche ; assez dévoués pour l'entreprendre; assez intelligents pour l'accomplir.

Tant qu'on n'a pas trouvé ces hommes, la régénération morale des masses n'est pas même commencée : on ne possède pas d'instituteurs. Or, de tels hommes ne se trouvent pas, ils se forvient.

De ces principes, deux conséquences : l'institution des écoles normales est nécessaire (1). — Pour aucune institution il n'est plus difficile d'atteindre l'idéal qu'il lui est prescrit de réaliser.

L'examen des institutions scolaires anglaises a déjà confirmé la première de ces deux propositions : les sociétés qui ont en main la direction de l'instruction primaire, à Londres, les sociétés catholiques aussi bien que les sociétés protestantes, cherchent toutes, dans les normal schools, un indispensable point d'appui. Une étude spéciale va maintenant nous livrer la méthode par laquelle les écoles normales, en Angleterre, s'efforcent d'accomplir leur importante mission.

Je dois ici multiplier les documents et les textes. Les écoles normales d'Angleterre sont presque inconnues à la France. Il faut, avant tout, qu'elles se révèlent par elles-mêmes, dans l'originalité de leur physionomie. — Je vous soumettrai, plus tard, mes réflexions personnelles, en formulant mes conclusions.

Je commence par les écoles normales que possède à Londres la national society, et dont plus haut déjà j'ai fait connaître les noms.

De l'école normale d'instituteurs et de l'école normale d'institutrices établies à Westminster (Westminster training institutions), sont sortis l'année dernière 70 maîtres et 6f> maîtresses. Le nombre des demandes détermine, en ce moment, la société à mettre les écoles en mesure de recevoir 100 jeunes hommes et 100 jeunes institutrices. En huit années, 1327 instituteurs et maîtresses ont passé par les écoles normales de Westminster.

Règlement pour V admission des candidats.

Dans les deux écoles, les élèves-maîtres et les élèves-maîtresses sont

(l) V. pour la question de principe : De la loi de renseignement, p, 239-

confortablement (confortab/ij) nourris et logés, formés aux devoirsdomestiques et entretenus dans la connaissance de la religion. L'école des maîtres est sous la direction d'un ministre de l'Eglise qui y réside, et donne aussi des instructions à l'école des institutrices. Cette dernière école est administrée par une dame respectable (matron).

Le comité prie avec instance les révérends clergymen et les autres membres de l'Eglise qui sont appelés, par le présent règlement, à donner des certificats et des attestations, de ne les délivrer qu'avec une extrême prudence et une sérieuse circonspection.

Certificat. — Tout candidat est tenu de produire un certificat signé par le clergyman de la paroisse sur laquelle il résidait en dcrmer lieu. Il doit aussi présenter des attestations relatives à ses dispositions morales et religieuses, attestations émanant de trois respectables chefs de famille, desquels il soit personnellement connu depuis un temps suffisant. Ces attestations doivent être entièrement écrites par la personne qui les signe, et contre-signées par le clergyman de la paroisse sur laquelle réside chacun des chefs de famille. Les personnes mariées doivent, en outre, produire leur acte de mariage, et les veuves l'acte de décès de leurs maris.

Les personnes admises dans l'institution doivent y rester six mois au moins, avant de pouvoir être recommandées.

Les personnes affectées de quelque sérieuse infirmité ne peuvent être admises. On n'est pas reçu au-dessous de 21 ans ni au-dessus de 35.

Examen d'admission. — Les candidats sont interrogés sur la Bible et les livres de prières, l'histoire sainte et la géographie, la lecture, l'écriture, la grammaire et l'arithmétique. Les femmes sont de plus examinées sur les travaux de couture. Les candidats doivent au moins : 1° lire couramment; 2° écrire lisiblement; 3° être familiers avec les quatre règles; 4° avoir une connaissance suffisante de la Sainte-Ecriture et des livres de prières. Une fois refusés, ils ne peuvent se présenter de nouveau.

Ces quatre sortes de connaissances indispensables sont ici énumérées pour rassurer la timidité. Mais les candidats sont prévenus de ne pas considérer ces éléments comme le spécimen exact des connaissances qu'on doit posséder pour entrer dans l'école. On d:sire et on attend davantage.

Admission. — Lorsque le comité de l'école approuve les certificats et les attestations, et que les résultats de l'examen sont satisfaisants, les candidats sont admis à titre d'essai. S'il est constaté, après une épreuve suffisante, dans l'école modèle pratique, qu'un candidat n'a pas d'aptitude ou de capacité pour l'enseignement, ou qu'il est inadmissible à quelque autre litre, il est mis en demeure de quitter l'institution.

Prix. — Les célibataires hommes payent 9 shillings par semaine, pour la nourriture et le logement (Manchester-buildings). Les femmes non mariées payent 8 shillings (Smith 9 s square). Les ménages n'habitent

pas clans l'institution, niais doivent occuper des logements approuvés par le comité. Les maîtres qui sont restés trois mois dans l'école à leurs propres Irais, peuvent, à raison des circonstances, être exemptés du prix de la pension pour les trois mois suivants, à la condition qu'un clergyman garantisse le payement de la dette dans l'année qui s'écoulera à partir du jour où ils auront été placés. On informe les administrateurs de l'école à laquelle le maître est attaché que la somme due à la société doit être prélevée, dans le cours de l'année, sur le traitement.

Emploi du temps. — Le temps des élèves-maîtres se partage entre lesétudes normales et les exercices de l'école modèle d'application. Dans cette dernière, ils sont formés à l'art de l'enseignement pratique et du gouvernement de l'école. A cet effet, chaque maître, dès son entrée, est chargé d'une classe, et successivement de toutes, en commençant par la moins avancée. Avant de pouvoir être désigné comme candidat à une place, il doit avoir passé par les différents postes scolaires, et s'être familiarisé avec tous les détails pratiques de la direction d'une école.

Promotion. — Quand les élèves-maîtres ont reçu une instruction suffisante, ils sont promus a la candidature pour une place. Une moralité irréprochable est la condition de cette promotion. Aussi un rapport sur la conduite de chaque élève, dans les deux institutions et l'école pratique, est-il placé, chaque semaine, sous les yeux du comité. Les demandes d'instituteurs et d'institutrices sont adressées au comité par les écoles en union avec la société nationale. Si un élève-maître quitte l'institution avant sa promotion au titre de candidat, son nom est rayé du livre de la société.

Toutes ces règles sont communes à l'école normale des hommes et à l'école normale des femmes.

Je ne veux faire , en ce moment, aucune remarque sur ce règlement ; je constate seulement qu'on y trouve : 1° des conditions d'admission d'une double nature, conditions de moralité établies par une enquête (1); conditions de capacité résultant d'un examen ; 2° l'existence d'une commission [school committee) , dont la surveillance est très-active ; 3° l'admissibilité d'élèves-maîtres externes.

Après les écoles centrales de Westminster , j'aurais à mentionner l'école de Baitcrsea. Mais celte institution, passée depuis peu

(1) Les attestations doivent porter sur les points suivants : âge ; fa mille et relations; éducation première; antécédents; caractère; dispositions morales ; pratiques religieuses.

des mains du comité fondateur sous la direction de la national sociciy, n'a pas encore produit, dans la situation nouvelle qui lui est faite, des résultats assez saillants pour que sa constitution devienne ici l'objet d'un examen particulier ; je veux immédiatement attirer votre attention, Monsieur le Minisire, sur une école de fondation récente, il est vrai, mais à laquelle le zèle de son directeur le révérend William Ryan, la précision du but qu'elle se propose, tout, jusqu'à sa situation matérielle, — entourée qu'elle est à l'une des extrémités de Londres, dans le joli bourg d'Highbury, des mœurs et du silence de la campagne, — promettent de paisibles et féconds développements.

« Le but de la Metropolitan tràinîng institution, est de former des maîtres pieux pour les écoles en union avec l'Eglise établie , d'après les principes évangéliques. On est convaincu que l'instruction ne peut être agréable à Dieu ni profitable à l'homme, si elle ne repose sur l'autorité suprême du livre divin, si elle ne fait pas considérer les vérités de l'Evangile et ses préceptes comme la règle destinée à former ce tempérament moral qui est le fruit de toute véritable éducation chrétienne. Les règlements ont été écrits avec la pensée de perpétuer ces sentiments dans la direction de l'école. Les précautions prises ne permettront, on l'espère , que l'admission de jeunes gens déterminés par des motifs sincèrement religieux à se consacrer à l'œuvre de l'éducation dans l'école. » (Annual report, 1850.)

Règles et constitution.

1° L'école prend le nom de C hure h of england metropolitan training institution.

2° L'objet de l'institution est de former des maîtres, selon les principes évangéliques.

3° L'éducation religieuse repose sur la doctrine et la morale chrétiennes, telles qu'elles sont contenues dans l'Ancien et le Nouveau Testament, et définies dans les articles et les formulaires de l'Eglise d'Angleterre.

4° Le directeur, tous les maîtres et employés de l'institution doivent être membres de l'Eglise établie.

5° Le cours des éludes comprend :

La doctrine» la morale, les preuves du christianisme , La langue anglaise apprise grammaticalement, L'écriture,

L'arithmétique et la tenue des livres,

Les éléments des mathématiques et des sciences usuelles, La géographie et l'histoire, Le dessin et la musique, L'histoire naturelle.

6° Le gouvernement de l'école est confié à un comité composé d'ecclésiastiques, et de membres laïques de l'Eglise établie, élus annuellement par les souscripteurs.

7° Le comité est composé de 24 membres au moins, et de 30 au plus. Ces membres sont rééligibles. La moitié des membres au moins doivent être laïques.

8° Le comité nomme et révoque le directeur, les maîtres et employés et fixe leurs traitements. 11 détermine le plan des études, et désigne les livres dont on doit se servir. Il admet ou renvoie les élèves.

9° Huit clergymen sont nommés, annuellement, en assemblée générale, pour examiner, avec le directeur, les candidats à l'école. Aucun candidat n'est admis sans l'approbation écrite de deux examinateurs ecclésiastiques au moins, et du directeur (1).

L'âge d'admission est fixé de 18 à 30 ans, sauf des cas exceptionnels soumis à l'appréciation du comité.

Ne sont pas admissibles les candidats qui ne satisfont pas les juges ecclé>iastiques par l'orthodoxie de leur doctrine.

Le temps du séjour à l'école dépend de l'âge, des connaissances acquises, mais il ne peut être, en aucun cas, plus court que une année.

(1) Il est envoyé, à toute personne qui recommande un candidat, un formulaire de questions auxquelles elle est invitée à répondre. Voici ce formulaire :

1° Depuis quand connaissez-vous le candidat?

2° Quelles occasions avez-vous eues de vous former une opinion de ses dispositions morales?

3° A-t-il toujours été, depuis que vous le connaissez, irréprochable dans sa conduite ?

4° Quels sont ses sentiments religieux ? Est-il a communicant ?

5° S'est-il jamais occupé d'enseignement? Depuis quand ?

G° Quelle est l'étendue de ses connaissances ?

7° Que pensez-vous de son intelligence en général, et de son aptitude aux fonctions d'instituteur ?

Dans un second formulaire à l'usage des candidats eux-mêmes, on trouve ces questions :

Où avez-vous été élevé , et quelles ont été vos occupations successives ?

Avez-vous été confirmé, et êtes-vous a regular communicant ? Si vous êtes marié, comment avez-vous pourvu à l'existence de votre famille pendant la durée de votre séjour à l'école ?

La pension est de 25 î. lu la première année, et de 20 1. la seconde. Si un élève, après une année de séjour, obtient le certificat de mérite, donnant droit à un secours de 20 I. de la part du gouvernement, il peut restera l'école, sans payer, une seconde année; et s'il obtient un nouveau certificat à la fin de la seconde année, une prolongation nouvelle de 12 mois lui est accordée.

Je n'ai pas besoin d'insister sur le caractère éminemment religieux de ces règlements. Il se révèle au premier coup d'œil. Ce caractère est plus frappant encore, s'il est possible, dans une école normale qui, par des résultats excellents, justifie, depuis près de quinze années, la considération dont elle est entourée : je veux parler de Si-Mark 9 s training collège for sclwolmaslcrs (1).

Cette institution repose sur un ensemble de principes que je puis résumer ainsi :

L'ordre, au sein de la société, a pour condition première l'harmonie des forces morales , conséquemment le développement simultané du sentiment religieux et de la vie intellectuelle.

Ce développement harmonique doit être poursuivi à tous les degrés de la hiérarchie sociale ; il est la loi du progrès moral d'un peuple; par suite, il est la règle de tout système d'éducation.

Le seul moyen de l'obtenir est de nouer une alliance intime entre les deux puissances qui y président ; en d'autres termes, de préparer, par une instruction commune , l'union de {'instituteur et du prêtre.

Ces principes ne se trouvent nulle part, sous cette forme rigoureuse, dans les règlements de St-Marlcs collège; mais ils ressortent de l'ensemble du système appliqué dans cet établissement. Je les dégage , pour les mettre en lumière ; car l'application , selon moi , ne devrait pas en être limitée à la sphère de l'instruction élémentaire. Ils peuvent, certaines situations données, aider à résoudre des questions d'un autre ordre : en thèse générale, et sauf l'appréciation des circonstances, appréciation qui appartient de plein droit aux dépositaires de l'autorité spirituelle, il serait bon , dans le double intérêt de la société civile et de la société religieuse, de commencer, par une même éducation au foyer des mêmes établissements, une alliance dontprofiterai^nt l'une etTautre ; de voir sortir par conséquent le

(l) Dans le faubourg de Clielsea.

corps ecclésiastique tout, entier du sein de ces éléments sur lesquels il a mission d'agir.

La présence dans une même institution de futurs chefs de paroisse et de futurs chefs d'école, la communauté des études jusqu'au moment où les premiers entrent dans la voie spéciale où ne peuvent les suivre les seconds, tel est le fait que je signale dans St-Mark's collège , fait dont la haute portée éclate au premier abord et qui marque l'établissement dont je parle d'un cachet de puissante originalité.

Règlement.

Le but de l'institution est de former une classe supérieure (a superior class) d'instituteurs pour les écoles paroissiales (I). L'âge d'admission est fixé de 15 à 18 ans (2).

(1) Ce règlement doit être commenté par les lignes qui suivent, extraites de Caccount of t/ie training collège, et qui font connaître, avec l'esprit de l'institution, la pensée personnelle de son habile directeur le rév. Colerîdge.

« Que se propose notre institution, en préparant les instruments de l'éducation de l'enfant pauvre ? De donner à celui-ci une juste idée de ses devoirs moraux et religieux, deses vrais intérêts dans le temps et dans l'éternité, et en même temps de le mettre en étal de remplir ses devoirs civils, de développer les bonnes habitudes , habitudes de travail régulier et de respect de soi. Et en lui révélant sa vocation éternelle et céleste, nous espérons lui donner les meilleurs moyens de remplir sa vocation terrestre. Ce n'est pas là une lâche facile, une tache à la portée du premier venu. Il faut être élevé {educated) avant d'élever les autres. Moralement et religieusement, on ne communique pas le sentiment dont soi-même on n'est point pénétré. Et si le maître est pieux, c'est beaucoup assurément; mais ce n'est pas assez. Il peut être un fidèle sincère, sans être un fidèle intelligent. S'il suffit pour les chrétiens en général d'être ce qu'ils sont, un maître doit savoir ce qu'il est, et pourquoi il est ainsi... Le pasteur dispense directement l'instruction religieuse; mais si le maître, dans son enseignement indirect, n'est pas en harmonie avec le pasteur, quels fruits recueillera ce dernier? Le but de l'institution est donc to for m the char acier in accordance xvilh cliurch principles . »

(2) « La formation du tempérament moral étant le principal objet de l'institution, la discipline du collège est réglée en vue de jeunes gens, et non en vue d'hommes faits. Joignez à cette raison le mal qui pourrait résulter de la présence d'un homme de mauvaises mœurs, si par hasard il pénétrait dans l'institution, tant que ses vices déjoueraient la surveillance. » [Account of the training collège.)

foule admission esi précédée iTune demande écrite adressée au directeur par une personne responsable, accompagnée des certificats sui vanls qui doivent être contre-signes par un ciergyrnan : 1° un certificat de baptême ; 2° une déclaration des parents ou des tuteurs du jeune homme établissant qu'il a fidèlement rempli ses devoirs religieux, comme membre de l'Eglise <V Angleterre, depuis un an au moins, avantla date de sa demande ; 3° un certificat de médecin dans la forme indiquée; 4° une recommandation d'un clergymann, présentant dans tous leurs détails, les motifs qui ont déterminé à l'accorder : bonnes dispositions morales, franchise, activité, sont des conditions indispensables. On doit faire connaître, autant que possible, les qualités physiques ; car, dans une certaine mesure, la vigueur du corps comme celle de l'âme e*t nécessaire pour bien s'acquitter de tous les devoirs de l'instituteur.

Quand les certificats ont été acceptés, les jeunes gens se présentent pour l'examen. Tout candidat doit lire avec intelligence , écrire convenablement, avoir une connaissance sérieuse de l'histoire sainte, posséder les principes fondamentaux de l'arithmétique. Toute autre connaissance ne peut qu'être, pour le candidat, un moiif de faveur (1). On désire surtout trouver quelque talent en dessin et en musique vocale.

Si le résultat de l'examen est satisfaisant, le candidat est reçu dans le collège, et y reste, pendant les trois premiers mois, à titre d'essai (probation). Après quoi, si sa conduite est satisfaisante, et si on lui reconnaît les qualités nécessaires, il devient apprenti ced de la nationalsocietg. A dater de ce moment jusqu'à 21 ans, la nalional-society se charge de son éducation et de son entretien ; elle a !c droit, au reste, de disposer de lui comme instituteur delà manière qu'elle juge convenable. En général, les jeunes maîtres restent trois ans dans l'institution ; ensuite, ils sont placés, soit comme instituteurs dans de petites écoles, soit comme adjoints dans les grandes.

Le prix de pension est de 25 liv. st.

A ces articles du règlement, je dois ajouter, en ce qui cou-

ronne s'étonne pas de voir le grec et le latin mentionnés dans le titre spécial examinât ion of candidates for admission, puisque des jeunes gens, on le sait, sortent de St-Mark's collège pour entrer dans l'Eglise. « The stndy of latin is indulged wilh an especial référence lo ihe church service. » A part même celle considération, les éléments du latin sont enseignés dans rétablissement, «Latiîi is taught as an essentialpart of the course... The study ofsome other language as a standard of comparison, whether hy way of contrast or similitude, is not only the besl, but by far the easiest road to ibis kuowledge... That latin affjrds the readiest and most complète fauiities for thispurpose. (Account, etc.).

cerne l'instruction religieuse, les détails donnés par le rév. Coleridge, dans Vaccount déjà cité.

« On lit la Bible au moins deux fois par jour, et le passage choisi est commenté de différentes manières : tantôt on explique les expressions, tantôt on approfondit la doctrine, pour en tirer d*s conséquences pratiques ; tantôt on étudie l'histoire, la géographie, les détails archéologiques qui se rapportent au texte sacré. En outre du catéchisme, qui esi l'objet d'une suite importante d'instructions, les Articles de l'Eglise sont interprétés par les jeunes maîtres les plus âgés, dans leurs rapports avec le texte de l'écriture.

« L'histoire de l'Eglise des trois premiers siècles, par le docteur Burton, a déjà été lue ; on va en reprendre la lecture. Un précis de la réforme, en Angleterre et dans les autres pays, avec une étude sommaire des temps qui l'ont précédée, est exposé aux élèves. En même temps l'histoire, la constitution de l'Eglise nationale, considérée en tant qu'établissement ecclésiastique, leur sont expliquées selon que les occasions se présentent.

Des exercices religieux ont lieu tous les jours dans la chapelle.

Ces exercices sont le point central auquel tout se rapporte; du sentiment qu'ils inspirent dépend la solidité de tout l'édifice. On y acquiert les habitudes de piété, la connaissance pratique des formulaires et de la discipline liturgique ; on s'y pénètre de l'esprit de l'Eglise nationale.»

Je ne puis m'empêcher de le remarquer, Monsieur le Ministre, il y a là un mélange, et, pour ainsi dire, une fusion des études religieuses et des travaux ordinaires qui doit être , pour nous, à certains égards, un exemple et une leçon. Trop souvent, dans les établissements français , l'étude de la religion est isolée de L'ensemble; alors même qu'une pensée de respect inspire ce système d'isolement , il a pour résultat infaillible de faire descendre, dans l'esprit des élèves, le principal au rang de l'accessoire. Ce n'est pas assez d'assister de temps à autre, et sous la pression de la règle, à un cours de religion, comme on prend trois fois la semaine une leçon de gymnastique : c'est, chaque jour, par la combinaison variée de l'étude du dogme, de l'histoire, des applications sociales du christianisme, qu'on peut, dans une école normale, élever l'esprit des jeunes maîtres à la hauteur de leur mission ; et ce résultat, aujourd'hui plus que jamais, il faut l'atteindre à tout prix.

En même temps que des études étendues donnent aux facultés des élèves tout le développement dont elles sont susceptibles, des travaux agricoles entretiennent , à Si-Mark , la vi-

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