‹ De L'État de la Sensibilité Chez Quelques MélancoliquesChapitre 4 sur 24 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La fréquence, les variétés nombreuses, et parfois même la singularité d'aspect des altérations de la sensibilité ont attiré de tout temps sur elles, dit Marie, l’attention des observateurs et suscité dans le public plus d’une interprétation illogique etsurnaturelle.

L'un des procédés les plus importants à l’aide desquels les magistrats du moyen âge interrogeaient les accusés, était l’examen de la sensibilité cutanée. Il suffit de lire les procès des sorciers pour voir que s’ily avait parmi ces malades pas mal d’hystériques, bon nombre d’entre eux aussi étaient des mélancoliques.

Cependant, l’on était encore bien loin des observations scientifiques qui lassent les faits, 'déterminenf les causes, et nous font dans la clinique, trouver les éléments du diagnostic du pronostic et du traitement. Il fut du reste une époque où l'attention des observateurs, exclusivement attachée aux désordres intellectuels des aliénés, se préoccupait très peu des troubles sensoriels qui accompagne la folie.

Esquirol fut le premier à donner à l’aliénation mentale une nouvelle impulsion en agrandissant le champ de ses investigationset en explorant dans le domaine physique comme dans le monde moral tout cequi peut offrir quel-

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que valeur au point de vue du diagnostic. Ses disciples devaient persévérer dans la même voie, et tandis que l'anatomie pathologique jetait une vive lumière sur certains points encore inexpliqués, l'observation clinique elle aussi, venait faire réaliser d'immenses progrès à la pathologie mentale. | Parchappe, établit par des faits incontestables la présence d’altérations cérébrales correspondant aux lésions physiques, et, aussitôt les médecins aliénistes se mettent résolûment à la recherche des lésions du système nerveux. Auzouy, Baiïllarger signalent des perturbations variées de l'économie et de l’innervation. | __« Dans les asiles, dit Auzouy (1), on trouve une race humaine dégradée, dégénérée, vieillie avant l’âge, présentant les troubles les plus graves de l'appareil sensitif. C’est parmi eux que la dépravation ou la privation plus ou moins complète du goût ou de l’odorat, que la surdité, le mutisme volontaire ou forcé, comptent le plus de victimes. Il constate, en outre, que des cas d’hypéresthésie se rencontrent chez les lypémaniaques hallucinés. , Renaudin, parle de l'anesthésie de la peau comme moyen de diagnostic. Beau, faitressortir l'un des premiers la lésion sensorielle inhérente à certaines névroses telle que l’hystérie, la lypémanie, et cette analgésie propre aux convulsionnaires autemps passé qui supportaient les tortures les plus cruelles. | C’est encore lui qui a établi la distinction entre l’anesthésie et l’analgésie et qui fait remarquer que l'anesthésie

(1) Auzouy. — (Ann. Méd. psy. 1859).

, CRE tactile entraine l’anesthésie à la douleur tandis que l’analgésie n’entraîne pas l’anesthésie.

Michéa (1) rapporte une série d'observations qui mettent hors de doute l'existence de l’analgésie chez la plupart des mélancoliques surtout dit-il chez les personnes atteintes de lypémanie religieuse et de lypémanie anxieuse.

Legrand du Saulle, Morel (de Mareville) citent des observations semblables. Delasiauve montre que l’anéantissement de la sensibilité générale est surtout marqué dans la stupeur mélancolique.

Baiïllarger dit que : « la mélancolie est le type des affections mentales anesthésiques..…... Toutes les fois que le délire et la dépression ou l'excitation augmente, l'insensibilité est plus complète. Les fonctions sensitives des nerfs sont sous l'indépendance de l'intelligence. Les troubles intellectuels sidèrent la sensibilité et l’anéantissent ».

Les physiologistes viennent à leur tour en aide aux cliniciens ét la thèse d’agrégation de Marcé (2) vient élairer d’un jour tout nouveau les études des altérations de la sensibilité. Quelques années plus tard, devait paraître celle de Charles Richet (3).

(x) Micuéa. — De l’anesthésie de douleur dans l'aliénation mentale. (Ann. Med. psy. 1859, p. 249).

(2) Marcé. — Des altérations de la sensibilité. (Thèse d'agrégation de Paris. 1960). é

(3) Ca. Ricuet. — Recherches expérimentales et cliniques sur ia sensibilité. (Paris 1877).

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Dés lors les noms se multiplient et il n'est pas d’auteur qui écrivant sur la mélancolie un ouvrage de quelque importance, omette de parler des troubles de la sensibilité.

Nous ne pouvons ici citer tous ceux qui ne font qu’effleurer la question. Quant à ceux qui ne citent qu’un cas particulier, parfois très intéressant, on trouvera leurs noms dans notre index bibliographique.

Cependant en 1880 nous devons citer deux bonnes études : l’une de Ball dans ses leçons cliniques, l’autre plus importante encore, mais malheureusement inachevée, c'est celle de Lagardelle (1).

En 1885, Musso (2) étudie les mouvements respiratoires chez les mélancoliques.

En 1800, citons les noms de Saury et de Keniston (3).

En 1892, celui de Blocq-Onanoff (4).

Enfin en 1894, ceux d’Agostini qui recherche l'état des réflexes, de De Sanctis (5) qui étudie le champ visuel, de Croustel (6) qui vérifie la sensibilité chromatique, et enfin

(x) LAGARDELLE. — Troubles de la sensibilité générale dans le délire mélancolique. Gaz. hebd. d. sc. med. Bordeaux, 1880.

(2) Musso. — Sui mevimenti del respiro, ‘degli stati mélancolici, nell angoscia précordiale (1885).

(3) KÉNISTON. — Analgénia in insamty (Ann. J. Ins. Ufica 1800).

(4) BLoco-ONANOFF. — Séméiologie des maladies nerveuses (c892). É

(5) De Saxcris.s— Recherches sur le champ visuel des aliénés. (Riv. sper. di. freniat. XX. 1804).

(6) CRousTEL. — Recherches sûr la sensibilité chromatique dans les maladies mentales (Paris 1894).

de Revertégat (1) qui avec 27 observations personnelles donneune bonne étude des hallucinations dans la mélancolie.

(x) REVERTÉGAT. — Hallucination dans la mélancolie (Thèse de Paris 1894).

Des diverses sensibilités et de leurs principales modifications.

Les philosophes de l'antiquité ne distinguaient que cinq sens : fla vue, le goût, l’ouie, l’odorat et le toucher. Cardan (1) ajoute celui de la volupté. Bichat (2) admet deux sensibilité: la sensibilité animale et la sensibilité organique. Mais il faut arriver jusqu'à Gerdy (3) pour obtenir une classification à peu près complète.

I distingue :

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