DANS L'ÉGLISE CATHOLIQUE
ET
L'esprit d'irréligion transformé en système politique est plus près de la barbarie qu'on ne pense... (Portalis, Discours sur le Concordat et les articles organiques. )
Si nous n'avions à considérer la question du mariage des prêtres que comme une question de doctrine , nous croirions inutile de l'entreprendre après tous les doctes et éloquens écrits qui ont déjà été publiés sur ce sujet; mais ce n'est plus seulement sous ses rapports moraux , philosophiques et religieux que nous avons à l'envisager. Un prêtre vient de demander aux magistrats d'autoriser son mariage , et bientôt un arrêt solennel doit apprendre aux catholiques s'ils ont même droit en France à cette stricte justice , si libéralement promise à d'autres dans un accès de légalité ministérielle.
Déjà trop instruits de ce qu'ils ont à espérer du pouvoir , il est important qu'ils sachent bien quelles garanties leur donne
la loi , et si à la place de la liberté qu'elle proclame et de la protection qu'elle semble leur promettre , ils n'en doivent attendre qu'oppression et servitude. Aussi voulons -nous rechercher si , sous la législation actuelle , le mariage des prêtres peut être légalement autorisé , et rappeler quelle a été sur ce point, depuis l'établissement du christianisme, la discipline de l'Église, si étrangement méconnue et si violemment attaquée de nos jours.
Qu'on ne croye pas cependant , malgré l'importance des débats qui vont bientôt recommencer , que nous nous abusions jusqu'à croire qu'il s'agisse de l'existence de la religion catholique en France , comme quelques personnes affectent de le dire avec une joie mal déguisée ; nous n'ignorons pas que l'Église possède par elle-même les moyens nécessaires pour propager la foi et maintenir sa discipline. Non , ce n'est pas sur la cause du catholicisme que les magistrats sont appelés à prononcer, mais sur celle du parjure solennel et public.
Nous ne venons pas non plus demander pour la religion ca tholique des privilèges et une protection spéciale ; loin de réclamer , s'il s'agissait de rendre l'Église à sa liberté première , qu'elle n'eût dû peut-être jamais aliéner , nous unirions nos vœux à ceux d'un illustre écrivain (1) et de ces prêtres qui , déjà en France, ont demandé sa séparation d'avec l'Etat comme un bienfait.
Loin qu'il soit^aussfdans notrefpensée de [vouloir porter atteinte-à la liberté accordée-à tous les cultes'par la Charte , nous demanderions bien^plutôtj qu'on n'oubliât jamais qu'il a été solennellement promis que cette Charte serai^dësormais une vérité j et s'il nous?était^permis^de nous adresser aux magistrats
eux-mêmes nous leur dirions :|jugez selon la loi et nous
ajouterions seulement , si elle favorise et protège le] parjure et:l'infamie : Malheur à elle!... malheur à elle seule.
(1) M, de Chateaubriand.
Mais en sommes-nous réduits à prononcer anathème contre les lois de notre pays? Aux clameurs de quelques hommes nous pourrions le croire peut-être ; mais nous les entendons eux-mêmes proclamer hautement que c'est au nom de la liberté de conscience et de la liberté civile qu'ils réclament , et nous nous rassurons , car c'est aussi au nom de la liberté de conscience et en invoquant nos libertés civiles, au nom du libre exercice de tous les cultes , et en nous rappelant que nos lois assurent à chacun le libre exercice du sien , au nom de la morale publique, et en songeant que la religion catholique est reconnue légalement comme étant celle de la majorité des Français , que nous demandons qu'on épargne à des parens chrétiens le plus sanglant outrage et qu'on ne leur impose pas la plus dure des obligations , celle d'appeler du nom de fils un prêtre qui aurait publiquement violé ses sermens et abjuré sa foi; que nous demandons, au nom de tous les pères de famille, qu'on n'autorise pas l'abus et la corruption des choses les plus saintes, et qu'on ne permette pas le déshonneur de leurs filles ; que nous demandons , avec tous les hommes de bien que ce prêtre a prisa témoin des promesses qu'il a faites à son Dieu, qu'on ne sanctionne pas légalement le parjure et qu'on ne consacre pas le scandale.