III. De fuiilité de la fièvre dans les maladies
Les détails qui précèdent sur la valeur pronostique de Téiat fébrile, dans les maladies aiguës et chroniques, font pressentir quelle sera la conclusion à laquelle doit nous conduire cette étude ; je dirai même que, malgré les controverses que cette question a soulevées à diverses époques, elle peut être aujourd'hui considérée comme définitivement jugée. En fait, la fièvre, considérée comme état morbide, est toujours un mal, le devoir du médecin est de cherchera en arrêter le développement, s'il le peut; en tous cas, il ne doit pas provoquer sa manifeslation.
Cette proposition est rigoureusement vraie, tant dans les maladies aiguës que dans les maladies chroniques ; mais si elle a été assez généralement admise quand il s'agissait des premières, pour les dernières elle a été contestée par un grand nombre de médecins, dont le nom jouit d'une gi'ande autorité dans la science.
Qu'il nous suffise de citer parmi les partisans de l'utilité de la fièvre dans les maladies chroniques, Celse, Boerhaave, Baglivi, F. Hoffmann, Sydenham , sans parler des deux principaux champions du concours ouvert sur cette question devant la Société royale de médecine, en 1787, Pujol et Dumas.
La fièvre n'a jamais été utile dans les maladies aiguës. Pour concevoir même qu'on ait pu jamais soutenir l'opinion contraire, il ne faut pas oublier l'idée que les anciens se luisaient de la fièvre. Pour eux, l'état fébrile répondait à une étymologie dont le sens était feu, chaleur {fervere) • on le rapporiait également au mol febniare, purifier, ce qui, dans les doctrines humorales du temps, avait une grande signification. La fièvre n'était plus seulement la maladie, mais le moyen par lequel la nature procurait la guérison,
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et comme le dit Celse:Es< morbus, est medicina. La maladie, on la trouvait dans la lutte engagée entre la nature et les causes morbifiques; la fièvre, c'était l'éveil rapide des forces vitales, et un effort concentré de tous les organes pour opérer, dans un ordre constant et réglé, ce qu'on appelle, d'après Hippocrate, cnctions, résolutions, sécrétions, évacuations ci itiques (Pujol). Comment ne pas comprendre alors que l'état fébrile, considéré ainsi, venait dans la maladie faire, pour ainsi dire, l'office d'un véritable remède dont il fallait se garder de contrarier l'action avantageuse. Tout au plus devait-on modérer la fièvi e, quand elle était trop vive, l'exciter si elle paraissait trop faible; mais la nature faisant tous les frais de la guérison, le rôle du médecin était de ne pas intervenir.
Il ne faudrait pas juger la valeur de la théorie sur le mérite de ces données pratiques. Celles-ci sont le fruit d'une saine observation, elles resteront debout sur les ruines de doctrines fondées sur l'hypothèse. Dans une affection aiguë, l'état fébrile n'est pas l'agent de la curation. Toute maladie aiguë a une évolution irrégulière ; la fièvre fait partie du cortège de ses symptômes, elle est un de ses élé, ments, elle en suit la marche.
Ce n'est donc pas la fièvre tpn influe sur la maladie, mais la maladie qui l'augmente ou la diminue, suivant son propre degré d'intensité, de telle sorte que l'état fébrile est, comme nous l'avons montré précédemment, le meilleur moyen d'en mesurer la gi-avité.
Nous ne quitterons pas ce point de la question de l'utilité de la fièvre, sans signaler un fait que chacun a pu observer et qui semble prouver (ju'une maladie aiguë accidentelle peut quelquefois avoir une action avantageuse sur l'économie.
Tout le monde a vu des personnes d'une santé délicate, éprouvées souvent par des misères de toute espèce, jouir
après la convalescence d'une affection aiguë, d'une fièvre typhoïde par exemple, d'une santé meilleure que celle qu'elles avaient auparavant, et pouvoir dire avec apparence (le raison qu'elles ne s'e'taient jamais si bien portées. Le fait n'est pas douteux; je me contente de le constater sans chercher ;i l'expliquer, dans la crainte de me voir conduire trop loin dans le champ de l'hypothèse.
Dans les maladies chroniques, peut-on dire également que le développement de l'état fébrile est toujours fâcheux, et n'est-il pas des circonstances où il sera bon de l'exciter?
Ici, la question est beaucoup plus complexe que dans le cas précédent, et surtout elle est beaucoup plus controversable. C'est sur ce point principalement qu'ont porté les observations des auteurs précédemment cités, et il faut bien l'avouer, le talent avec lequel ils ont soutenu la doctrine de l'utilité delà fièvre dans les affections chronicjues était bien de nature à rallier beaucoup de médecins à leur opinion.
Ils cherchent d'abord à distinguer, avec la plus scrupuleuse exactitude, les espèces de ces maladies où l'on peut espérer qu'elle agira d'une façon salutaire, de celles où elle ne peut tourner qu'au détriment du malade (Pujol).
l°Que l'affection consistedans une inflammation chroni- (pie avec suppuration prolongée, que le malade soit sous le coup d'une de ces cachexies profondes que développent certaines maladies organiques, et en particulier, la tuberculisation, toujours, dans ces cas, on reconnaît que le meuve ment fébrile ne peut jamais être utile à la résolution, et qu'il doit par conséquent être considéré comme nuisible- Gela n'est pas douteux et nous avons déjà eu l'occasion de nous expliquer à ce sujet, et de montrer comment la fièvre alors vient hâter le dénoûment funeste.
T Pour les maladies nerveuses, notre tâche est singidiô rement abrégée par la discussion qiu; nous avons étnblio
précédemment sur la valeur de la sentence d'Hippocrate : Febris spasmos solvit.
Il est certain que si nous relevions tous les faits qui ont été avancés à l'appui de l'influence utile de la fièvre sur les maladies nerveuses, nous serions à la lois accablés sous le nombre et sous l'autorité des noms qui les couvrent. L'épilepsie est guérie sans retour par le développement de la fièvre quarte (Hippocrate); F. Hoffmann voit également les fièvres intermittentes guérir les maladies convulsives , même lorsqu'elles sont l'effet d'une cause vermiueuse; Boerhaave cite des exemples analogues, et affirme que la fièvre est le plus puissant médicament qu'on puisse opposer à la manie : Baglivi avait dit aussi que la fièvre était un accident très-avantageux dans toute espèce de maladie convulsive, et même dans l'asthme, le catarrhe suffocant, etc.
Mais qu'on se reporte à quelques pages plus haut et Ton verra ce que deviennent toutes ces assertions qui ne reposent pas sur des observations rigoureuses. Non, la fièvre n'est pas utile dans les maladies nerveuses, et ainsi que nous l'avons démontré, l'analyse des faits donne des résultats entièrement opposés à la doctrine que nous combattons.
3° Nous arrivons à un troisième groupe de maladies chroniques auxquelles il convient en général d'appliquer un traitement plus ou moins stimulant et dans lesquelles il semble, par conséquent, que l'état fébrile développé spontanément ou provoqué par l'art, puisse être avantageux. Telles sont principalement les indurations ganglionnaires et autres consécutives aux affections scrofuleuses, le gonflement des articulations dans les formes chroniques du rhumatisme ou de la goutte, les affections cutanées persistantes liées à la scrofule ou à l'herpétisme, les troubles nerveux de la chlorose, etc. Personne ne contestera que dans ces conditions, la médication excitante est le plus
souvent indiquée. Soit que l'on agisse directement sur les parties malades par topiques irritants, dont l'action stimulante donne à la circulation locale une activité propre à favoriser la résorption des produits épanchés, soit surtout que par une médication plus étendue, on agisse sur l'économie tout entière, en réveillant les fonctions engourdies, l'effet sera toujours de susciter un ensemble de phénomènes qui auront plus ou moins de ressemblance avec ceux qui constituent Fétat fébrile. L'analogie même est telle, que dansle dernier cas en particulier, MM. Trousseau et Pidoux donnent à la médication excitante le nom de pyrégénétifjue. L'application des eaux minérales, quand leur emploi est bien ménagé, les bains sulfureux ou alcalins artificiels, les pratiques de l'hydrothérapie nous en fournissent des exemples journaliers.
En considérant avec les savants auteurs du Traité de thérapeutique, comme médicaments excitants, les agents n capables de susciter une forme de fièvre caractérisée par un surcroît d'énergie dans l'impulsion du cœur et dans la fréquence de ses battements, par l'augmentation de la chaleur de la peau et par les modifications nombreuses des phénomènes intenses de nutrition qui accompagnent ordinairement ce que, dans le langage pathologique, on est convenu d'appeler la fièvre inflammatoire éphémère », nous serions nécessairement conduits à admettre l'utilité de l'étal fébrile dans un certain ordre de maladies chroniques.
Je dois cependant faire ([uelques réserves, et c'est par là que je termine ces considérations.
Quelles que soient les analogies entre les phénomènes provoquées par la stimulation thérapeutique et ceux qui appartiennent à l'ctai fébrile développé sous l'influence de la maladie elle-même, est-on bien en droit de conclure à leur identité? Est-ce en excitant les conditions pathologiques
de la fièvre ]nojjrement dite que le n aitement par les excitants favorise la guérison, je ne le crois pas. Si nous nous reportons à la définition que nous avons donnée en commençant de Tétat fébrile, nous verrons fju'il manque ici une condition importante, la durée des troubles et surtout l'état morbide qui résulte d'une cause pathologique. Ce ne sera donc en définitive qu'une sorte de pseudo-fièvre comparable, mais nullement identique avec la fièvre elle-même, une simple excitation organique pouvant retentir sur une ou plusieurs fonctions (circulations, calorifications, sécrétions, etc.), et hors des conditions morbides d'un véritable état fébrile. Il nous est donc encore permis de conclure que dans les maladies chromques quelles (ju elles soient, la fièvre, considérée dans un état morbide, est toujours un accident fâcheux qu'on ne saurait faire servir à la curation de la maladie.
Des indications tliérapoHtîques fournies par Vétat fébrile.
La première exploration à laquelle on se livre auprès d'un malade quelconque, est celle du pouls. Cette exploration est destinée à fournir des renseignements sur l'état organique et fonctionnel des organes de la circulation, sur l'innervation qui agit si puissamment sur cette dernière, et sur les forces du sujet. Les données ainsi obtenues peuvent n être que relatives : mais, contrôlées par l'examen général de l'individu , elles possèdent une importance capitale.
Telle est la nature des indications que fournit l'état fébrile, composé de l'accélération du pouls et de l'élévation de température : mais ici le sujet est complexe. Le pouls fébrile, outre les diverses conditions tpii influent sur ses qualités, en dehors de la fièvre, subit spécialement rinfluence de la maladie dont la fièvre n'est elle-même que
le syinptoiuc. Il y a donc à faire ici la part de la maladie, et la part de l'organisme qu elle affecte : distinction que Ion ne saurait en général établir qu'après un examen approfondi, et qu'il n'est guère possible de saisir à pi emiùre vue. Il y a donc à chercher dans le pouls l^brile des indications relatives, et au caractère de la maladie, et aux conditions propies au sujet.
Les indications que Ton peut tirer de l'état fébrile, sont autres dans les maladies aiguës et dans les maladies chroniques.
A l'état aigu, la fièvre est une des expressions essentielles de la maladie. Les indications thérapeutiques se tirent eu grande partie, souvent presque exclusivement, de son caractère, suivant qu'il frappe par son intensité, ou au contraire par sa faiblesse, et l'on peut dire que, dans certains cas, sou absence est non moins significative que sa présence. Dans les maladies chroniques, l'état fébrile a plutôt une signification sémiologique et pronosti([ue, que thérapeutique, et les indications pratiques qui s'y rattachent ne possèdent en général qu'une valeur très-secondaire, en égard a l'importance prédominante qui lui appartient dans les maladies aiguës. ÎSous nous occuperons d'abord de ces dernières.
Comme l'a très-bien fait remarquer M. Grisolle, les indications qui se rattachent à l'état fébrile , considéré en lui-même, et indépendamment des états pathologiques dont il dépend, coaime des f|ualités particidières qui peuvent lui appartenir, sont purement du ressort de Thygiènej c'est-ii-dire que l'idée de fièvre ne comporte par ellemême aucune indication thérapeutique.
On peut résumer ainsi les indications relatives à 1 état fébrile lui-même : l'état fébrile commande d'abord et impérieusement le repos de l'organisme, repos de l'innerva lion, de l'activité intellectuelle ou affective, de l'activité
im.srnlaire, de I activité difjestive. Tout ce qui vient mettre enjeu l'activité de lorganisme dans une de ses expressions quelconques, ne peut que troubler ou accroître letat fébrile.
Le décnbitus, qui tient les muscles à 1 état de relâchement, l'isolement, le silence, l'obscurité relative, sont les premières conditions à observer. Il importe également que les surfaces tégumentaires jouissent d'une liberté aussi complète que possible, que la peau soit débarrassée de ses souillures, le gros intestin des matières qu'il renferme. Un air frais et des ouvertures légères tempéreront l'exagération de la chaleur. Des boissons fraîches, acidulées, abondantes, soulageront la soiC, et modéreront Te.xcès de plasticité du sang.
La diète, qui peut être absolue ou relative, assure le repos de l'appareil digestif. 11 n'importe pas moins que les vêtements immédiats laissent un libre cours à la circulation périphérique.
Telles sont les indications que sollicite simplement l'état fébrile, considéré en lui-même. Il n'y a pas autre chose à faire, en effet, dans la maladie qui représente la fièvre à l'état le plus simple possible, la fièvre éphémère. Je dois ajouter cependant que dans la période de frisson , on aura recours à des moyens artificiels de caléfaction; que lorsqu'un accès de fièvre paraîtra devoir se résoudre par la sueur, on emploiera les moyens propres à favoriser cette dernière, et surtout on évitera tout ce qui peut l'entraver. Mais il ne faut pas oublier que ce sont là des actes spontanés de l'organisme, que l'on ne doit ni supprimer d'une part, ni développer de l'autre, artificiellement, et au sujet desquels il n'y a qu'à suivre une conduite uniforme aux phénomènes naturels auxquels on assiste.
Mais il peut ressortir des indications particulières des caractères variés (|ue levétit l'éiat fébrile; ces indica-
lions dépendent : 1° de la fréquence du pouls; 2° de son degré de force ou de plénitude; 3° de son rhythme; W enfin, du type de Téiat fébi'ile lui-même.
1° La fréquence exagérée du pouls fébrile entre pour peu de chose dans l'indication thérapeutique. Elle peut dépendre de circonstances variées, de l'âge en particulier, et est en général en rapport avec Tintensité de la fièvre. Elle offre une grande importance sémiologique, mais par elle-même elle n'ajoute rien aux indications qui peuvent résulter de l'état fébrile lui-même. Les indications propres à ralentir la circulation ne trouvent pas ici d'application spéciale; nous verrons plus loin quelle influence il est permis de leur attribuer sur l'état fébrile lui-même ; mais je dis qu'ils ne sont pas spécialement indiqués par la fréquence du pouls, fébrile, en dehors bien entendu des indications qui peuvent résulter du siège même ou de la nature de la maladie.
2° Jl n'en est pas de même de la force ou de la plénitude du pouls que l'on doit souvent prendre pour guides dans la direction du traitement.
La force du pouls, c'est-à-dire sa dureté et l'énergie avec laquelle il soulève le doigt qui le presse, indique par ellemême le traitement antiphlogistique, et en particulier les émissions sanguines, loi^sque celles-ci paraîtront du reste opportunes.
La plénitude du pouls exprime la réplétion du système sanguin, c'est-à-dire un état de pléthore ; mais elle est aussi bien déterminée par la pléthore aqueuse que par la pléthore sanguine proprement dite. Le pouls fébrile pléthorique mdique très-spécialement la dépléiion directe du système cn culatoire et les émissions sanguines. Cette indication est si manifeste que dans la chlorose même, et surtout dans l'anémie des femmes enceintes, on obtient souvent du soidagement par les émissions sanguines; mais ici elle Desnos. 7
est trompeuse, car, si, dans ce dernier cas, on se laisse aller à une médication déplétive, par suite des résultats en apparence satisfaisants qu'on en avait obtenus, on ne fait assurément qu'empirer l'état des malades.
Cependant on ne peut nier qu'en pareille circonstance, la plénitude, même aqueuse, de l'arbre circulatoire, ne puisse nécessiter une émission sanguine, toujours trèsdiscrète, sans doute; ceci se voit surtout dans la grossesse. Il n'est pas nécessaire d'insister sur la réserve avec laquelle on doit obéir à une pareille indication. J'ai cité ces exemples, pris en dehors de l'état fébrile, jiour donner une idée de l'indication qui peut résulter de la plénitude du pouls.
Le pouls fébrile peut être au contraire concentré, resserré. Il semble devoir contre-indiquer absolument les émissions sanguines. Mais il n'en est pas ainsi. Il arrive souvent que ces dernières lui rendent un développement et une ampleur de meilleur augure. On comprend que l'indication ressort ici complètement de l'état pathologique cause de la fièvre, mais il ne faut pas confondre un pouls faible et déprimé avec un pouls resserré et concentré. Ce dernier, même étroit et profond, résiste à la pression du doigt avec énergie. Le pouls faible, au contraire, cède à la pression; il semble s'aplatir et disparaître sous le doigt. Ce dernier contre- indique toujours les émissions sanguines. 11 indique parfois lui-même les toniques elles stimulants, l'alimentation.
Il est un caractère du pouls fébrile qui, en général, au moins, ne contre-indique guère moins les émissions sanguines et les débilitants, c'est un pouls sec, étroit, mais résistant, à pulsations brèves et saccadées, en un mot, le pouls nerveux.
3° Le rhythme du pouls fébrile offre une grande importance à considérer. La fièvre, nous l'avons dit, n'entraîne nas par elle-même d'inégalités ou d'irrégularités dans la
circulation. Lorsque celles-ci ne dépendent pas d'une lésion organique du cœur ou des gros vaisseaux, elles annoncent ou un état ataxique, ou au moins un état nerveux, qui contre-indiquent d'une manière générale les émissions sanguines et les débilitants, et qui réclament plutôt les antispasmodiques et les reconstituants. Lorsqu'il n'existe pas un état à proprement parler ataxique, la digitale réussit quelquefois à ramener la régularité du pouls.
U° Le type est certainement de tous les caractères de l'état fébrile celui qui commande les indications les mieux déterminées.
Le retour périodique de l'état fébrile, régulier ou irrégulier, avec intermissions complètes ou simples rémissions, signale toujours l'indication des médicaments antipériodiques, indication d'autant plus impérieuse que la périodicité de l'état fébrile est plus marquée ou plus régulière, ou plus absolue, c'est-à-dire séparée par des intermissions plus complètes.
Cependant il faut reconnaître que cette indication peut être, dans quelques circonstances, plus apparente que réelle.
C'est ainsi que dans les suppurations profondes des viscères, l'état fébrile peut offrir des retours réguliers et des intermissions incomplètes qui se soustraient à l'action des médicaments antipériodiques; on le voit également dans le cours d'inflammations viscérales, ou des membranes séreuses, présenter des rémissions et des exacerbations qui simulent une véritable périodicité. L'indication des médicaments antipériodiques est alors soumise à la considération de l'état morbide dont la fièvre est le symptôme, et ne saurait subsister, alors que celle-ci dépend d'un état inflammatoire exclusivement prédominant. Mais dans la grande généralité des cas, on doit obéir à l'indication fournie par la périodicité du type fébrile ; et il est fort rare
qu'il en résulte d'inconvénients plus sérieux qu'une tentative inutile.
Il faut ajouter que l'indication des antipéiiodiques peut être alors tirée de circonstances étrangères au sujet et au caractère de la maladie elle-même dont il est atteint; ainsi de la constitution régnante, de la contrée, de la saison, ou encore de circonstances propres au sujet, mais relatives spécialement à ses antécédents hygiéniques ou pathologiques. Il peut arriver alors que l'on doive saisir la moindre apparence de périodicité, ou même agir, vis-à-vis un état fébrile quelconque, suivant l'hypothèse d'une périodicité larvée.
L'état de la peau prend sa part aux indications et aux contre-indications de l'état fébrile; l'élévation de sa température étant un des termes normaux et réguliers de l'étal fébrile, n'a que peu de chose à ajouter aux indications spéciales qui peuvent résulter de la considération du pouls lui-même. Seulement une température très-élevée, acre, mordicante, ne fait que rendre plus pressantes les indications qui résultent de l'état fébrile.
Une température peu élevée de la peau, eu égard à l'intensité du mouvement fébrile, ou bien le refroidissement permanent des extrémités, suffisent, en général, pour écarter l'indication des émissions sanguines, et souvent pour amener celle des toniques ou des stimulants. Mais il est trèsrare qu'une telle indication ne soit pas commandée parles caractères du pouls autant que par l'état de l'enveloppe cutanée.
La sécheresse de la peau accompagne en général une fièvre continue el ne comporte pas d'indication par ellemême. Mais la sueur, accompagnant une fièvie franche avec élévation de la température de la peau, doit engager à être sobre d'interventions thérapeutiques actives. D'abord elle annonce souvent une solution complète ou incomplète de l'état fébrile, qu'il importe grandement de ne pas trou
bler. Dans tous les cas, elle exprime une excitation particulière de l'activité sécrétante de la peau, qui a généralement une action salutaire, et qu'il convient également de respecter. Cependant il ne peut y avoir rien d absolu sur ce sujet, etil est impossible d'établir d'indications ou de contre-indications formelles sur l'état sudoral ; il n'est permis d'exprimer que ceci : qu'il faut toujours respecter ce phénomène, et quelquefois s'attacher à le favoriser, lorsqu'il paraît pouvoir contribuer à la solution de l'état fébrile ou de l'état morbide.
A l'état chronique, comme je l'ai dit plus haut, l'état fébrile, qui est toujours accidentel ou dépendant de complications, sauf aux périodes terminales des affections graves où il revêt le caractère de fièvre hectique, offre plus d'importance au point de vue sémiologique ou pronostique qu'au point de vue des indications thérapeutiques. En effet, il annonce en général un état aigu survenu comme incident dans le cours de la maladie chronique, à laquelle il se rattache plus ou moins directement, et, par suite, l'apparition d'indications nouvelles, mais qui dépendent bien plutôt de la ;iature de ces incidents que du caractère de la fièvre. Nous devons signaler alors la nécessité de suspendre les médications propres à aggraver l'état fébrile, mais nous ne saurions reconnaître d'indications en rapport avec l'état fébrile lui-même, à moins que celui-ci ne devienne prédominant ; et alors, les considérations que nous avons exposées précédemment lui sont applicables. Ceci s'applique également à la fièvre hectique, dans laquelle l'état fébrile est, de tous les phénomènes qu'elle comporte, celui qui demeure le plus en dehors des indications et de l'action thérapeutique.
Je viens d'exposer l'ensemble des indications et des contre-indications qui peuvent être déduites de la considé ration de l'état fébrile luiraéme.Mais il faut bien savoir
qu'il n'est pas une dentre elles qui offre un caractère absolu, et qui puisse se dégager des considérations relatives à l'état pathologique dont la fièvre est le symptôme, à son siège, à sa nature, à son degré, à la période à laquelle il est arrivé, ainsi qu'aux caractères de la constitution du sujet, soit constitution physiologique, soit constitution pathologique, etc. S'en tenir à la considération exclusive de letat fébrile, pour établir les indications thérapeutiques, serait s'exposer à des erreurs graves et souvent préjudiciables au plus haut point.
Si nous avons dit que la fièvre ne comportait par ellemême que des indications purement hygiéniques, et que l'idée de fièvre n'entraînait pas celle d'une médication déterminée quelconque, c'est que nous avons considéré que le traitement de la fièvre ne devait être en réalité que celui de l'état pathologique dont elle était elle-même le symptôme, ou, pour mieux dire, c'est qu'il nous a semblé qu'il n'y avait pas lieu de séparer l'état fébrile de l'état pathologique auquel il se rattache par des rapports directs.
Mais si, jusqu'ici, nous n'avons vu dans l'état fébrile qu'un des éléments de l'indication thérapeutique, il y a lieu d'examiner si, dans certaines circonstances, Tétat fébrile ne doit pas attirer à lui l'indication dominante, ou bien encore si, dans les traitements que nous mettons en usage, nous n'agirions pas, sans le savoir, d'une manière directe et exclusive sur l'état fébrile plutôt que sur l'état organique dont il dépend. Il est bien entendu que nous faisons abstraction ici de la fièvre intermittente et même de Tintermittence dans les maladies, et des indications très-déterminées qui s'y rattachent et que nous avons signalées.
La question présentée dans ces termes paraît assez difficile à résoudre. Jusqu'à quel point est-il permis, dans une maladie aiguë, d'établir une séparation abstraite entre l'état fébrile et l'état pathologique qu'il accompagne; qu'il
s'agisse d'une phlegmasie, d une altération du sang ou d un désordre de l'innervation?
Lorsque nous plaçons lorganisrae dans un repos absolu, que nous essayons d'amoindrir la plasticité du sang par des boissons abondantes, que nous diminuons la quantité du sang par une émission sanguine, il n'est guère possible de savoir si nous agissons plus spécialement sur l'état fébrde lui-même ou sur l'état morbide, et il serait superflu d'entrer à ce sujet dans une discussion dont la solution nous échapperait à coup sûr.
Cependant il est des médicaments qui jouissent de la propriété de ralentir la circulation et d'abaisser la température. Il est permis d'admettre que leur action prédominante, si ce n'est exclusive, s'adresse à l'état fébrile luimême, et de leur donner le nom de médicaments antipyrétiques. Nous nous arrêterons sur les principaux d'entre eux.
La digitale semble une des substances dont l'action antipyrétique devrait être le plus prononcée, en vertu de l'action spéciale qu'elle exerce sur la circulation sanguine. Nous trouvons dans une thèse fort intéressante de M. Coblentz une série d'observations destinées à montrer que cette action s'exerce aussi bien sur le pouls fébrile que sur le pouls apyrétique, que l'abaissement de la température a lieu simultanément ou peu après le ralentissement du pouls; enfin que dès que la digitale a produit cet effet sur le pouls et sur la température, on remarque un arrêt dans la marche de l'aflection, suivi d'une prompte recrudescence.
Traube regarde l'actuin de la digitale sur le cœur comme l'effet d'une stimulation portée sur les filets du nerf vague qui se rendent au cœur, et qui exercent sur celui-ci une action modératrice. Les observations cliniques de Traube ont porté sur la pneumonie, la pleurésie et le rhumatisme articulaire aigu. Celles de M. Coblentz, recueillies dans la clinique de M. Hirtz, comprennent un cas de pleurésie,
quatre cas de pneumonie et quatre cas de rhumatisme aj'ticulaire aigu.
M. Hirtz résume ainsi les résultats qu'il a obtenus de la di{]itale dans les affections fébriles.
Il nous paraît démontré que la digitale agit dans les pyrexies inflammatoires en sattaquant à Vêlement fièvre, c'est-à-dire en abattant la circulation et la température. Il est probable que le second résulat est subordonné au premier comme l'effet l'est à la cause. — La digitale nous paraît surtout indiquée dans les inflammations où prédominent la chaleur ei la fréquence du pouls avec intégrité des fonctions cérébrales et digestives. — Elle nous semble particulièrement convenir aux inflammations thoraciques, parenchymateuses ou séreuses (1).
M. Trousseau, qui ne s'est point expliqué touchant les qualités antipyrétiques delà digitale, fait seulement remarquer, à ce sujet, que tous ies sédatifs de la circulation sont diurétiques et réciproquement (2). Nous devons cependant ajouter que les qualités diurétiques de la digitale ne paraissent pas s'être manifestées dans les cas dont il vient d'être question.
La vératrine a été très-spécialement prônée pour ses qualités antipyrétiques. Aran a employé, il y a douze ans, pour la première fois, la vératrine dans la pneumonie, et il en a obtenu des résultats aussi prononcés que ceux attribués à la digitale, relativement au ralentissement du pouls et à l'abaissement de la température, mais accompagnés d'une dépression générale de l'économie digne d'attention.
Le même observateur a obtenu des résultats beaucoup moins encourageants de ce médicament dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu (3).
(1) Bullelin général de thérapeutique, t. LXII, p. 198.
(2) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale, 4* édit., t. II, p. 605.
(3) Rulletin général de thérapeutique, t. XLV, p. 5 et p. 385.
Vo5t (Je Berne) recommande de donner la vératrine à dose assez élevée pour obtenir une action modératrice sur , le cœur et sur le système circulatoire. Il la regarde comme agissant directement sur l'état pyrétique, sans action directe sur l'état inflammatoire (1). M. Bouchut assure de son côté avoir obtenu d'excellents résultats de la vératrine employée comme contro-stimniant dans le rbumatisme articulaire aigu des enfants (2). Du reste il y a une trèsgrande analogie entre les résultats obtenus par Traube et par M. Hirtz au moyen de la digitale et ceux exprimés par Aran et par Vogt au sujet de la vératrine.
Vaconit a été également préconisé pour combattre l'élément fébrile; mais ses propriétés sont loin d'être positive ment établies.
Nous ne devons pas oublier les bons effets obtenus des pratiques hydrothérapiques pour combattre les accès de fièvre intermittente.
On sait que les affnsions froides ou tièdes, préconisées par Currie, par M. le professeur Trousseau, rendent de grands services dans la scarlatine grave, non-seulement contre les accidents nerveux, mais encore pour abaisser la température et diminuer le chiffre des pulsations ; en un mot pour atténuer la violence du mouvement fébrile.
Le sulfate de (/ uinine est entré dans le traitement méthodique du rhumatisme articulaire aigu. K Ses avantages, dit M. le professeur Monneret, remis en honneur par M. Briquet, sont si évidents, que la plupart des praticiens l'ont adopté de préférence à tous les autres remèdes. Dans le principe, on donnait le sulfate de quinine à des doses trop élevées, à /i, 5 et 6 grammes par jour; aujourd'hui on l'administre aux doses plus modérées de 7 5 centi-
(1) Bulletin général de thérapeutique, t. LVIII, p. àd.
(2) Bulletin général de thérapeutique, t. LXd, p. 375.
grammes, de 1 gramme 50 centigrammes, que l'on main tiendra pendant toute la durée du traitement. Sans arrêter les accidents, il les abrège et surtout en diminue Vintensite'; il calme la douleur en produisant le phénomène si connu de l'ébriété et de la sédation quinique dues à l'action de cette substance sur le système nerveux (1). »
Les antimoniaux partagent avec les substances c|ui viennent d'être énumérées l'action dite contro-stimulante, dont ils sont les représentants les plus formels. Sous leur influence également, on voit diminuer la force de contraction du cœur, le pouls et la respiration perdre de leur fréquence, la température s'abaisser et le système nerveux subir une détente proportionnée. Je ne crois pas devoir m'arrêter sur ce sujet, ce qui concerne l'action contro-stimulante des antimoniaux appartenant à la pratique usuelle, et n'ayant moi-même à reproduire à leur propos que des faits parfaitement connus.
Il n'en est pas de même de Yalcool, qui a été récemment préconisé dans le traitement des maladies fébriles. L'emploi de ce principe sous forme médicamenteuse, dans les maladies fébriles, a été proposé par Todd, d'après l'idée suivante : qu'une maladie aiguë ne peut être guérie par l'influence directe d'aucune forme de médicament, ou par âucun agent thérapeuticpie connu, sauf le cas où ceux-ci sont capables d'agir comme un antidote ou de neutraliser un poison dont la présence dans l'économie produit la maladie [maleries morbi). — Que la maladie guérir, par une évolution naturelle, pour le développement complet de la(juelle le pouvoir vital doit être soutenu. Les remèdes, soit sous forme de médicaments exerçant une action physiologique spéciale sur l'économie , soit sous toute autre forme, ne sont utiles qu'autant qu'ils peuvent exciter, assister ou provoquer cette évolution naturelle ciuative.
(1) Monnerel, Trai lé élémentaire de pathologie interne, t. II, p. Û53.
Or, l'alcool fournit un élément de stimulation, et en même temps un élément de réparation, d'un caractère jusqu'à un certain point alimentaire, qui s'approprie par^ faitement aux conditions nécessaires à l'évolution satisfaisante d'une phlegmasie. C'est dans le rhumatisme (fièvre rhumatismale des Anglais), la fièvre continue, l'érysipèle, la pneumonie, la péricardite, l'endocardite et la pyohémie, que Todd a trouvé l'occasion de prouver expérimentalement la réalité de ses principes.
On peut se demander si les résultats qu'il a obtenus, et qui paraissent avoir été contestés plutôt théoriquement que pratiquement par ses compatriotes, ne s'expliqueraient pas, en partie au moins, par l'idiosyncrasie générale que les Anglais doivent aux conditions dépendantes du climat où ils vivent, du genre de vie et des habitudes diététiques qui leur sont familiers.
Cependant M. le professeur Béhier, à qui nous empruntons ces renseignements, a expérimenté sur une assez large échelle (47 malades, dont 36 pneumoniques) la doctrine de Todd, et a obtenu de l'alcool administré méthodiquement (par doses fractionnées), et combiné ou uni à l'acétate d'am moniaque, des résultats certainement très-satisfarsants. Il est vrai que la plupart de ces malades étaient d'un âge avancé. Mais plusieurs étaient adultes, et une des circonstances frappantes de ces observations est la cessation rapide du délire (1). Nous devons ajouter que M. le professeur Béhier n'a pas eu à se louer de cette même médication dans quelques cas de fièvre typhoïde graves où il l'a mise en usage.
Si nous résumons ce qui précède, en laissant de côté ce qui concerne l'alcool, nous voyons qu'il est une série de médicaments qui, par leur action en apparence directe sur
(1) Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. III, p. C02, art. Alcool.
les phénomènes essentiels de l'état fébrile, la fréquence du pouls et l'élévation de la température, paraissent mériter effectivement la dénomination à' antipyrétiques.,
Cependant, quelque idée que l'on se fasse du rôle proto patlîique ou deutéropathique de la fièvre dans l'inflammalion, il semble difficile de leur attribuer, dans la plupart des cas au moins, une influence très-déterminée sur l'ensemble de la maladie inflammatoire. Sans doute leur action peut être salutaire, et nous ne disconvenons pas que la difjiiale et la vératrine, la digitale surtout, ne soient généralement employées avec quelque avantage, surtout alors que l'élément fébrile paraît prédominant dans la maladie et l'emporter sur l'élément organique, fluxionnaire ou inflammatoire. Mais ce n'est toujours là qu'une action assez superficielle, et sur laquelle nous ne croyons pas qu'on puisse absolument baser le traitement des phlegmasies.
Il y a cependant deux exceptions à cela : l'action du sulfate de quinine dans le rhumatisme articulaire aigu, et l'action des antimoniaux dans la pneumonie. Mais le rhumatisme articulaire aigu est précisément une maladie dans laquelle l'élément fébrile paraît l'emporter sur l'élément inflammatoire; et quant à l'intervention des antimoniaux dans la pneumonie, (|ui pourrait affirmer que leur action soit exclusivement limitée à l'élément fébrile ?
Il est encore une remarque à faire à ce sujet : c'est que ceux de ces médicaments dont l'action salutaire est la plus formelle sont ceux dont l'action paraît la plus bornée; ainsi le sulfate de quinine ne reproduit dans aucune autre maladie inflammatoire les effets que nous lui connaissons dans le rhumatisme articulaire aigu, et l'action des antimoniaux dans la pneumonie ne se retrouve plus ailleurs.