AVRIL
Pour investir la place de Strasbourg et tenter quelque chose de sérieux contre elle , il faut au moins cent mille hommes.
Or, au début des hostilités, l'ennemi ne peut songer à une pareille entreprise; tout ce qu'il peut faire, c'est de détacher un ou deux corps, c'est-à-dire trente à cinquante mille hommes, pour resserrer la garnison dans ses ouvrages, s'emparer de tous les riches villages qui en forment en quelque sorte les faubourgs, rendre ainsi l'investissement complet, et, dans cette situation, un bombardement a toutes chances de réussir et d'amener la prompte reddition d'une ville de quatre-vingt mille âmes.
Il en serait tout autrement si nous nous mettions en mesure d'occuper fortement tout d'abord
les hauteurs d'Osbergen, de Mundolsheim, et la tôte des principaux villages qui entourent la place et se relient avec elle par d'excellentes voies de communication concentriques.
Ces dispositions rendent l'investissement impossible, permettent de faire concourir à la défense toute la population de ces villages, qu'il sera facile d'exalter, de passionner, puisqu'elle combattra pour la défense du foyer et de la famille.
Cinq mille hommes suffisent pour remplir ce rôle, à savoir : quinze cents répartis dans trois bons ouvrages de campagne sur les hauteurs d'Osbergen; cinq cents au village d'Eckholsheim; cinq cents en tête du village de Hohenheim; deux mille cinq cents pour la défense de l'île des Épis et de la ligne du canal.
La population du village de Schiltigheim se barricadera dans ses maisons, toutes en état de défense; quelques réserves seront disposées dans des points particulièrement préparés; de même à Eckholsheim, Kœnigshofen, Nieder, Mittel et Oberhausbergen. Nous tiendrons six mille hommesen réserve dans la place, prêts à se porter au point où l'attaque se montrera sérieuse. La tâche de l'ennemi ne sera pas aussi facile qu'on peut le
PROJET DE DÉFENSE DE LA PLACE DE STRASBOURG. 7.i
supposer au premier abord : sans matériel de siège, il aura peine à faire taire notre artillerie, bien établie dans de bons ouvrages de campagne ; s'il veut tenter un sérieux effort sur un des villages, il trouvera partout des coups de fusil; les premières maisons enlevées, il s'engagera dans un labyrinthe de rues bien barricadées, mises en bon état de résister, et viendra tout à coup se heurter contre un obstacle sérieux qui l'arrêtera de front, pendant que de tous côtés, sur ses flancs, ses derrières, éclatera une fusillade puissante; les réserves arriveront alors, il sera forcé de battre en retraite, après avoir éprouvé de grosses pertes.