‹ De l'état-major et des différentes armesChapitre 8 sur 24 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

On paraît être d'accord sur ce principe que la France, pour faire face à toutes les éventualités, doit pouvoir disposer de 000,000 soldats instruits, aptes à entrer dans le rang, et de 300,000 hommes destinés à former une réserve. C'est donc un total de 900,000 hommes à encadrer.

Examinons si l'organisation actuelle de l'armée suffît à une pareille tâche, en ce qui concerne l'infanterie de l'armée active.

En premier lieu, remarquons que sur les 600,000 hommes de l'armée active il convient d'opérer un prélèvement d'un dixième pour l'artillerie, soit G0,000 hommes; un huitième pour la cavalerie, soit 75,000 hommes ; et un vingtième pour les auxiliaires, le génie, l'administration, le

train, etc., soit 30,000 hommes : ensemble, 1G5,000 hommes. Il reste donc pour l'infanterie 435,000 soldats.

Sur ce nombre, nous laissons de côté les troupes qui ont une affectation ou une organisation spéciales 1 , telles que la garde, les zouaves, les chasseurs à pied, les bataillons d'infanterie légère d'Afrique, dont l'effectif se monte ensemble à 59,000 hommes.

Nous comptons donc dans l'infanterie de ligne 376,000 hommes à encadrer , et nous allons nous occuper de leur organisation.

En admettant que chaque bataillon de cette arme soit de 1,000 soldats, ce qui est un chiffre maximum, il y aura 300,000 soldats incorporés dans les 300 bataillons des 100 régiments de ligne. Nous arrivons donc à un déficit de 76 bataillons, nécessaires pour recevoir les 76,000 hommes restants.

Quant aux 300,000 hommes de la réserve , ils

1 Garde, 24 bataillons.

Zouaves, 12 —

Chasseurs à pied, 20 — Infanterie légère d'Afrique, 3 —

Total, 59 bataillons.

trouveront des cadres dans les cent trente-deux dépôts existants dans les corps d'infanterie. Des combinaisons que nous présenterons ultérieurement seront, à notre avis, de nature à permettre de les encadrer suffisamment.

Revenons à l'organisation des 376,000 soldats de l'armée active à faire entrer dans les 100 régiments d'infanterie.

Il n'y a, à cet égard, que deux moyens de combler le déficit de 76 bataillons que nous avons signalé ci-dessus : ou augmenter le nombre des régiments, ou augmenter le nombre des bataillons dans chaque régiment.

Nous n'hésitons pas à donner la préférence au deuxième moyen.

Nous proposons, en conséquence, la combinaison suivante :

Tous les régiments sur le pied de paix seraient composés de 3 bataillons à 5 compagnies, et d'un dépôt de 8 compagnies, y compris la compagnie hors rang.

On organiserait les 5 compagnies de chaque bataillon actif de la manière suivante :

V Une compagnie d'hommes d'élite ayant des aptitudes spéciales pour le tir, conservant la dé-

nomination.de voltigeurs, et dont la force serait égale au sixième de l'effectif du bataillon.

2° Quatre compagnies du centre, renfermant un, sixième de soldats de première classe, dits grenadiers.

Il y aurait donc dans le bataillon, comme aujourd'hui, deux sixièmes d'hommes d'élite, dont un sixième formant groupe à part et un sixième réparti dans les rangs. — Chaque compagnie serait divisée en 2 pelotons, ce qui donnerait 8 pelotons pour le bataillon proprement dit, et 2 pelotons destinés à un service spécial et ayant une place à part dans les formations et dans les manœuvres. — La compagnie nouvelle remplissant le rôle actuel de la division, l'unité administrative serait en même temps l'unité de manœuvre 1 .

Cette combinaison nous semble devoir donner satisfaction à deux opinions extrêmes : l'une, qui demande la suppression complète des compagnies d'élite, et leur remplacement par un certain nombre de soldats de première classe répartis dans toutes les compagnies; Vautre, qui de»

1 Nous disons unité de manœuvre , car sur le champ de manœuvre comme sur le champ de bataille, la formation habituelle du bataillon est par division.

ÉTUDE SUR L'ORGANISATION DE LW4UTERIE. 51

mande le maintien de deux compagnies d'élite par bataillon.

A l'appui de ces deux opinions, l'on invoque d'excellents arguments dont nous voudrions tenir compte dans une certaine mesure.

Ainsi l'on dit avec raison que les compagnies d'élite ont fait leurs preuves, qu'il est toujours dangereux d'abandonner une force connue pour l'inconnu ; que le chef a tout avantage à trouver sous sa main , dans un moment donné , un groupe d'hommes solides dont les efforts individuels seraient perdus au milieu d'une masse ébranlée et flottante, et qui, réunis, au contraire, présentent une grande force matérielle, et exercent ùne impression morale incontestable de nature à ramener les hommes douteux et à leur permettre de se reconnaître et de se reformer.

Tout dépend souvent, à la guerre, de la manière dont une affaire est engagée; une compagnie de tirailleurs qui se porte résolûment en avant et aborde franchement l'ennemi, suffit quelquefois pour enlever un bataillon et assurer le succès.

De même, dans le désordre qui résulte d'une surprise ou d'une attaque manquée, l'on est heu-

reux de trouver un point d'appui qui permet d'organiser la retraite et de l'empêcher de dégénérer en déroute.

EnGn, il est certaines actions de guerre qui ne peuvent réussir qu'à la condition d'être entreprises avec des hommes de choix dont la valeur individuelle compense l'infériorité numérique ; tels sont les passages de rivière, les escalades, les surprises de nuit, etc.

Aujourd'hui que les armes de l'infanterie ont acquis une si grande supériorité de portée et de justesse, l'on ne peut mettre en doute les effets que produirait un groupe d'excellents tireurs dont tous les efforts seraient concentrés sur un point capital.

On ne devrait pas, évidemment, ahuser de cette précieuse ressource , sous peine de l'épuiser promptement; aussi admettons-nous que toutes les compagnies instruites et exercées convenablement seraient plus aptes que jamais à faire tous les exercices de tirailleurs; elles devraient môme être toujours employées dans les circonstances ordinaires , et cela avec d'autant plus de raison qu'elles compteraient un certain nombre d'hommes de choix. — A vrai dire, dans notre

pensée, la compagnie de voltigeurs serait une réserve pour l'offensive comme pour la défensive.

Il nous reste à dire ce que deviendraient les trois compagnies supprimées dans l'organisation actuelle; elles seraient versées au dépôt, qui alors se trouverait en mesure, ainsi que nous l'expliquerons plus tard, de satisfaire largement aux exigences de- l'instruction des réserves ou deuxièmes portions des contingents.

Afin de ne pas affaiblir la proportion des cadres, qui sont certainement l'une des causes de la force de l'armée française, on augmenterait dans chaque compagnie le nombre des officiers, sous-officiers et caporaux.

Ainsi, sur le pied de paix, on pourrait avoir 1 capitaine en premier, 1 capitaine en second, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 1 fourrier, 5 sergents, dont 1 de tir, 9 caporaux, dont 1 caporal-fourrier. — Sur le pied de guerre, on ajouterait 1 sous - lieutenant, 3 sergents et 8 caporaux. En supposant ainsi la compagnie formée à 200 hommes sur le pied de guerre, la proportion des officiers serait d'un quarantième comme aujourd'hui, puisque l'on compte 3 officiers pour 120 hommes.

Lorsqu'on voudrait passer du pied de paix au pied de guerre, on formerait un 4 e bataillon avec 5 compagnies du dépôt, ce qui permettrait de mobiliser immédiatement 4 bataillons par régiment.

De la sorte, au lieu de 76 bataillons dont nous avons signalé ci-dessus le déficit, nous aurions en plus 24 bataillons, représentant 6 régiments à 4 bataillons, c'est-à-dire un corps d'armée pour la réserve de l'intérieur.

Les deux compagnies de dépôt reslantes recevraient une augmentation de cadres au moyen d'officiers retraités , de sous-officiers libérés du service, d'anciens sous-officiers comptant dans la gendarmerie impériale et départementale, dans les compagnies de douaniers et de vétérans, et dans les gardes forestiers. — Ces anciens serviteurs ne seraient incorporés que temporairement, et cela dans une proportion suffisante pour répondre aux exigences de l'instruction des réserves.

Ajoutons que pour ne pas diminuer notre armée active de 600,000 hommes, c'est sur les 300,000 hommes de réserve que l'on devrait compter et défalquer tous les militaires qui appartiennent à des corps ne se recrutant pas par la voie des appels, c'est-à-dire la gendarmerie , les pompiers,

la garde de Paris , les compagnies de discipline et de pionniers.

Le grand avantage que nous trouvons à cette combinaison, c'est quelle nous donnerait des cadres suffisants pour encadrer un effectif que tout le monde reconnaît devoir être augmenté sans amener de trop grands bouleversements dans l'état de choses actuel , et sans démonstration de nature à inquiéter à l'intérieur et à l'étranger.

En effet, il suffit d'une augmentation de capitaines, et rien n'oblige à en porter immédiatement le nombre au complet. Ainsi l'on pourrait se contenter, pour le moment, de donner un capitaine en second aux compagnies de voltigeurs , ce qui ferait une augmentation de 300 capitaines à nommer sur-le-champ. — Un peu plus tard, on pourrait donner un capitaine en second aux compagnies impaires des bataillons; Ton arriverait ainsi à les compléter peu à peu. En un mot, on calculerait la série des opérations de manière à faire progressivement cette augmentation de cadres, en évitant les à-coup toujours funestes, soit parce que l'on est obligé d'épuiser les tableaux d'avancement, soit parce que l'on surexcite les ambitions par un avancement trop rapide et inespéré

A la rigueur, les compagnies des bataillons de dépôt pourraient, en temps normal, rester dans la situation actuelle, c'est-à-dire à trois officiers par compagnie.

Comme complément de cette organisation nouvelle de l'infanterie, nous croyons qu'il serait utile de prendre des mesures relativement aux trois questions suivantes :

1° Organisation des transports des bagages des officiers;

2° Création d'un certain nombre de sapeurs porteurs d'outils dans chaque compagnie;

3° Institution d'écoles de sous-officiers.

Pour la simplification des bagages, nous croyons qu'on arriverait à réduire sensiblement le nombre des voitures, en obligeant chaque officier à avoir un modèle unique de valise, de moyen de couchage, de cantine, de marmite, etc., de façon que chaque objet trouvât sa place exacte dans le fourgon. C'est ce qui existe d'ailleurs dans les équipages de la cour. — Les officiers, au lieu de recevoir une entrée en campagne , qui trop souvent est gaspillée avant d'avoir quitté la garnison , toucheraient la majeure partie de cette indemnité en nature; et il ne faudrait pas oublier pour eux

un petit havre-sac, que dans certains cas ils pourraient porter sur leurs épaules ou en bandoulière, de manière à ne pas craindre d'être séparés de leurs bagages pendant deux ou trois jours.

Dans de telles conditions, nous pensons que deux voitures suffiraient par bataillon pour les officiers de troupe; une pour l'état-major (y compris les caisses du bataillon , cantines d'ambulance et de comptabilité); enfin une quatrième serait affectée aux outils et à une certaine réserve de munitions. Cela fait un complet de quatre voitures par bataillon.

Relativement à la deuxième question, nous voudrions que chaque compagnie comprît 6 sapeurs portant 2 haches, 2 pioches et 2 bêches.

En ce qui concerne l'instruction des sous-officiers, voici ce que nous proposerions : Tous les ans, à la suite d'épreuves et de concours, les deux sous-officiers s'étant fait le plus remarquer dans le cours facultatif des écoles régimentaires, seraient envoyés dans des écoles instituées aux grands centres militaires, tels que Paris, Lyon, Lille, etc.

N'exigeant pour leur installation que quelques dortoirs et quelques salles d'étude, ces écoles

seraient dirigées par des officiers spécialement affectés à ce service.

La durée des cours serait d'un an.

Ils seraient dirigés de manière à comprendre la progression des connaissances requises pour l'examen d'officier.

A la suite du classement de fin d'année, le premier quart des élèves serait nommé d'office aux emplois d'officier; le deuxième quart serait porté d'office sur le tableau d'avancement, qui ne pourrait contenir que des sujets sortant de ces écoles.

Quant au reste des élèves, ils rentreraient au corps, emportant avec eux un brevet de capacité au grade de sous-lieutenant, s'ils avaient satisfait aux examens.

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