‹ De l'état-major et des différentes armesChapitre 7 sur 24 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Au moment où toutes les puissances de l'Europe s'empressent de donner à leurs armées permanentes une organisation plus puissante, il importe que la France maintienne son état militaire à un niveau qui lui permette de conserver l'avantage de l'offensive quelle a toujours eu, et de se tenir, du môme coup , à l'abri de toute surprise sur ses frontières.

Dans les conditions actuelles, les mesures qui semblent le mieux répondre aux besoins nouveaux sont les suivantes :

1° Organiser l'armée de telle manière qu'elle puisse mettre immédiatement en ligne de 5 à 600,000 combattants répartis en deux ou trois grandes armées.

2° Adjoindre à l'armée une réserve de 300,000 hommes susceptibles d'être réunis promptement, et qui serviraient à former les corps de garnison

des places de première ligne, et les corps de remplacement destinés à alimenter les armées actives.

3° Organiser à l'intérieur une force de 300,000 hommes de garde nationale mobile ou milice destinée à maintenir l'ordre, à former les corps de garnison des places de deuxième et troisième ligne, et à occuper les camps retranchés qui seront préparés pour servir de point d'appui aux armées actives dans le cas où des revers les forceraient à reculer ou à se maintenir sur la défensive.

Ces moyens étant supposés acceptés comme base de l'organisation permanente de l'armée, l'artillerie doit se prémunir en conséquence et se mettre en mesure de fournir le nombre de bouches à feu nécessaire et en rapport avec les besoins de la tactique moderne. Les puissances étrangères ayant admis comme une nécessité d'avoir au moins trois bouches à feu par 1,000 hommes, il nous paraît indispensable de ne pas rester au-dessous de cette proportion, et d'établir le pied de guerre de l'artillerie en conséquence; c'est-à-dire que les armées actives étant susceptibles d'être portées à 500,000 combattants, il y a lieu de mettre l'artillerie en mesure de mobiliser d'un coup 1500 bouches à feu de campagne.

Si, pour atteindre ce nombre de bouches à feu, l'on se bornait à créer dans l'artillerie un plus grand nombre de régiments, il en résulterait pour l'État une charge trop onéreuse en temps de paix, ce qui donnerait à l'organisation admise l'apparence d'une sorte d'exagération inacceptable.

D'un autre côté, si on augmente les cadres au delà d'une certaine mesure, sans augmenter le nombre des régiments , l'avancement de l'arme se trouve empêché d'une manière fâcheuse.

Il y aurait donc lieu pour l'artillerie de tenir compte de trois conditions essentielles, qui, contradictoires de leur nature, doivent néanmoins se concilier dans une juste mesure. Ces conditions résultent de la nécessité où l'on est placé, savoir:

1° De se tenir dans les limites imposées par les ressources budgétaires ;

2° D'avoir des cadres et des soldats instruits en nombre suffisant pour passer rapidement du pied de paix au pied de guerre ;

3° D'assurer un avancement régulier et progressif du premier au dernier degré de la hiérarchie.

Le seul moyen qui nous paraisse en mesure d'accorder ces conditions , ce serait de porter le

nombre des bouches à feu à huit dans la batterie montée. L'avantage important qu'on en tirerait dans les circonstances actuelles , ce serait d'augmenter immédiatement d'un tiers le nombre de bouches à feu à mettre en ligne, sans rien changer pour ainsi dire aux cadres de l'organisation actuelle.

La batterie de huit pièces, du reste, est l'unité tactique adoptée au début et à la création de l'artillerie de campagne par Gribeauval, et plus tard par Napoléon , qui en maintint le principe pendant toute la durée des guerres de l'Empire. Il est vrai qu'à cette époque le capitaine commandant la batterie à pied n'avait pas à sa charge le personnel des conducteurs et des chevaux qui attelaient son matériel de campagne. Aussi, lorsqu'on créa la batterie montée, ce surcroît de personnel parut-il trop considérable pour être placé sous un seul commandement, et ce fut la raison déterminante qui fit réduire la batterie montée à six pièces. C'était d'ailleurs la môme considération qui avait empêché jusque-là d'introduire plus de six pièces dans la batterie à cheval, vu le grand nombre de chevaux de selle qui entraient déjà dans sa composition en dehors des attelages.

ÉTUDE SUR I/ARTILLERI E. 39

Aujourd'hui, l'objection faite à la batterie montée de huit pièces se trouverait écartée si l'artillerie se décidait , comme elle semble y être disposée , à séparer entièrement de la batterie les six caissons destinés à approvisionner l'infanterie de cartouches sur le champ de bataille , et qui seraient organisés alors en colonnes à munitions, à l'imitation de ce qui se fait chez les Prussiens. Rien n'empêcherait d'organiser en colonnes à munitions également séparées les caissons de deuxième ligne, contenant les munitions de rechange de la batterie.

De celte façon, la batterie se trouverait réduite à la stricte composition d'une batterie de combat. En laissant à sa suite le parc ordinaire qui lui est nécessaire pour se refaire et se réparer, la batterie ne comprendrait plus que huit pièces, huit caissons, deux forges, deux chariots , deux batteries et deux affûts de rechange , c'est-à-dire en tout vingt-deux voitures au lieu de trente. Le commandement, ainsi simplifié, n'a plus rien qui doive paraître exagéré. Dans l'action, le capitaine en premier aura pour adjoint utile le capitaine en second de la batterie, qui prendra part désormais au feu tout en restant chargé de la surveillance

des munitions. Quand, par suite des circonstances, la batterie devra se fractionner en deux, les deux capitaines auront chacun le commandement d'une des demi-batteries, et un lieutenant pour le commandement de chaque section : on peut admettre qu'en temps de paix deux lieutenants suffiront dans la batterie, qu'il y aura lieu sur le pied de guerre de pourvoir chaque vacance d'un officier de nouvelle création, à défaut de ceux qu'on ne pourrait détacher des batteries de dépôt.

Si ces conditions étaient admises, c'est-à-dire en supposant que la batterie montée soit organisée à huit pièces , et que le train soit chargé d'atteler les colonnes à munitions, voici le projet d'organisation que nous aurions en vue de proposer :

1° Les quinze premiers régiments seraient portés à seize batteries , dont treize montées et trois à pied ;

2° Il serait créé un régiment à cheval de plus, et les cinq régiments seraient portés à dix batteries chacun.

D'après cette organisation , chaque régiment monté au moment de la mobilisation serait en mesure de fournir onze batteries de huit pièces ,

et chaque régiment à cheval huit batteries de six pièces.

On aurait ainsi :

11 X 15 batteries montées ou 165 X 8 = 1320 pièces. 8X5 batteries à cheval ou 40 X 6 = 240 pièces.

Soit un total de. . . 1560 pièces.

nombre plus que suffisant pour parer à tous les besoins d'une armée de 600,000 hommes.

Il est de principe aujourd'hui d'organiser les armées en corps d'armée dont la force ne dépasse guère quarante mille hommes. En admettant que les forces totales mises en ligne soient de 5 à (>00,000 combattants, elles se trouveraient donc réparties en quatorze corps d'armée d'environ 40,000 hommes chacun.

Le moyen que nous proposons est le suivant :

Chaque division d'infanterie aurait trois batteries, une de 12 1 et deux de 4, soit vingt-quatre pièces,

1 II ne sufût pas que l'artillerie soit légère, mobile, remplissant en un mot toutes les conditions de facilité de transport , de rapidité de mouvement; il faut encore qu'elle puisse produire à un moment donné des effets rapides et décisifs. — Or, le calibre de 4, qui remplit toutes ces conditions contre les hommes et les chevaux , ne produit que des effets très-insuffisants contre les obstacles matériels , tels que murailles , aba-

avec une réserve unique pour les trois batteries divisionnaires.

Dans certains cas, par exemple pour un corps de débarquement, la batterie de 12 pourrait être remplacée par une batterie de montagne.

Chaque division de cavalerie aurait deux batteries à cheval, soit douze pièces, avec une réserve unique pour les deux batteries.

Si les corps d'armée sont à deux divisions d'infanterie et une de cavalerie, on aura pour chacun, savoir :

. .... (6 batteries montées, soit = 48 nièces. Au\ divisions. > , . , , , . 1

I "1 batteries a cheval, sou = 12 pièces.

Au parc 13 batteries montées, soit "= 24 pièces.

du corps d'armée. | 2 batteries à cheval, soit = 12 pièces.

Total. ... 96 pièces.

lis, parapets en terre et autres ouvrages de campagne. Au point où en est la tactique moderne avec le fusil à lir continu , il nous parait évident que ces obstacles joueront un rôle trèsimportant dans les affaires de guerre : on cherchera naturellement à utiliser trèi-soigneusement, pour abriter ses troupes, tous les obstacles naturels que présentera le champ de bataille, on tendra même nécessairement à créer rapidement ces abris factices là où il n'en existera pas. Enfin le calibre de 12 prendra toujours facilement la supériorité sur l'artillerie ennemie d'un calibre inférieur : toutes ces raisons nous paraissent suffisantes pour justifier l'introduction d'une certaine quantité de pièces calibre 12 dans les batteries divisionnaires.

Si le corps d'armée est à trois divisions d'infanterie et une de cavalerie, on aura, savoir :

9 batteries montées , soit = 72 pièces.

2 batteries à cheval, soit r~ 12 pièces.

Au parc j 4 batteries montées , soit = 32 pièces,

du corps d'armée. ( 2 batteries à cheval , soit ~ 12 pièces.

Total. ... 128 pièces.

Aux divisions.

Comme la plupart des officiers d'artillerie sont d'avis qu'il serait plus avantageux pour l'arme qu'on ne séparât plus à l'avenir les batteries d'un môme régiment, mais qu'on les fît marcher plutôt réunies et autant que possible sous les ordres de leurs chefs régimentaires, cette condition pourrait être remplie de la manière suivante :

Chaque régiment d'artillerie monté correspondrait à un corps d'armée auquel il fournirait neuf batteries , soit six batteries divisionnaires et trois batteries pour la réserve du corps d'armée. Les deux autres batteries seraient désignées pour la réserve générale.

Le colonel du régiment marcherait avec l'étatmajor général du corps d'armée. Le lieutenantcolonel commanderait l'artillerie d'une des divisions; celle de l'autre division serait commandée

par un lieutenant-colonel tiré de l'état-major particulier de l'artillerie.

Dans chaque division, le lieutenant-colonel aurait sous ses ordres deux chefs d'escadrons. L'un prendrait le commandement supérieur des deux hatteries de 4; l'autre remplirait les fonctions d'adjoint et serait chargé plus spécialement du service des colonnes à munitions divisionnaires.

Deux chefs d'escadrons seraient également attachés à la réserve du corps d'armée, et un autre à la réserve générale, pour le commandement supérieur des batteries de réserve.

On aurait donc pour les onze batteries employées et appartenant au môme régiment, savoir : un colonel, deux lieutenants-colonels et sept chefs d'escadrons, dont six seraient fournis par le régiment et un par l'état-major particulier de larme.

Quant aux régiments à cheval, ils se dédoubleraient pour fournir l'artillerie à deux corps d'armée, à raison de quatre batteries par corps.

Le colonel marcherait avec un des corps et le lieutenant-colonel avec l'autre.

En supposant treize corps d'armée, dont douze serviraient à composer trois grandes armées, et

le treizième pour former un corps de débarquement, ce dernier n'ayant pas besoin d'artillerie à cheval, on emploierait pour la répartition treize régiments montés, et il faudrait six régiments à cheval. Mais comme il est permis de penser que certains corps des grandes armées n'auront guère qu'une brigade de cavalerie, on peut admettre que cinq régiments à cheval suffiront pour tous les besoins.

En maintenant le nombre total de quinze régiments montés, il resterait deux régiments qui serviraient à compléter la réserve générale.

En résumé, d'après ce qui précède, il y aurait lieu d'augmenter l'organisation actuelle de quatrevingt-dix batteries montées pour les quinze premiers régiments, et de douze batteries à cheval pour les quatre régiments à cheval existants; enfin, de créer un régiment à cheval de plus.

Soit en tout , cent douze batteries de nouvelle création.

Quant au train , son effectif en chevaux s'établirait en proportion des besoins du service des colonnes à munitions, sans qu'il soit nécessaire d'augmenter le nombre des escadrons actuels.

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toi

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