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ï/épilepsie est une maladie cérébrale qui entraîne fréquemment à sa suite des troubles intellectuels. Tous les auteurs qui ont écrit sur cette affection , depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, ont signalé ce fait important dans son histoire. On en est même venu ajijourd'hui à admettre que tous les épileptiques, sans exception, présentent, à un certain degré, des perturbations de l'intelligence ou du caractère, et qu'aucun d'eux ne peut êlre considéré comme absolument sain d'esprit. Cette opinion est évidemment exagérée ; elle compte néanmoins des partisans t>"ès-convaincus, et cette exagération même prouve tout à la fois la fréquence des lésions intellectuelles chez les épileptiques et l'intérêt que peut présenter leur étude.
Les principaux résultats auxquels on est arrivé jusqu'à présent, relativement aux troubles intellectuels de l'épilepsie, peuvent se résumer dans quelques propositions générales. Indépendamment des troubles passagers qui précèdent, accompagnent ou suivent immédiatement les attaques, et qui en font en quelque sorte partie intégrante, la plupart des auteurs ont noté que les accès d'épilepsie fréquemment répétés, à intervalles très - rapprochés , amènent peu à peu un affaiblissement intellectuel de plus en plus prononcé, et con-
(înisent progressivement les malades qui en sont atteints à la démence et à l'idiotisme. On admet, en outre, que le caractère des ëpileptiques se modifie à la longue par suite de la rëpe'tition fréquente des attaques ; que ces malades deviennent irritables , colères , difficiles à vivre , et qu'ils présentent ainsi , dans leur manière d'être et dans leur conduite , des anomalies, des bizarreries, qui les rendent différents des autres hommes et de ce qu'ils étaient eux-mêmes autrefois. Enfin on a signalé, comme complication fréquente de l'épilepsie , les accès de manie avec fureur, qui succèdent aux accès épileptiques ou alternent avec eux , et qui portent ces malades aux actes les plus violents, souvent même les plus dangereux. Là se borne à peu près ce qui est généralement admis par tous les médecins relativement aux perturbations mentales de l'épilepsie. A l'exception de quelques auteurs qui ont étudié avec plus de soin les caractères particuliers du délire épileptique (1), on ne trouve, dans la plupart des ouvrages écrits sur cette maladie , que les propositions générales que nous venons d'énoncer rapidement.
Sous le rapport de la médecine légale , la question de la responsabilité des épileptiques est encore très-controversée. Lorsqu'un acte violent, justiciable des tribunaux, a été commis par un épileptique , les magistrats regardent tout au plus cette maladie comme une circonstance atténuante en faveur de l'accusé. Ils le condamnent très - souvent comme
(1) Cavalier, De la fureur épileptique; thèse de Montpellier, 1850, Morel , Éludes cliniques sur les maladies mentales, t. 11; 1853. — Traité des maladies mentales, 1860.
Delasiauve, Traité de l'épilepsie , 185î.
Aubanel, Rapport médico-légal sur le nommé Maurin {Jnnales médico-psychologiques, 1856).
Uulllerinin, De la Manie épileptique; thèse de Paris, 1857.
crioiinel , dans la pensée qu'il était sain d'esprit au moment de laccomplisseraenl de l'acte, et que la maladie couvulsive ne peut être considérée comme une cause suffisante pour enrayer la liberté morale. On veut bien reconnaître quelquefois l'irresponsabilité , lorsque l'acte incriminé a eu lieu à une époque très-rapprochée de l'attaque épileptique , soit avant , soit après ; mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'est produit dans l'intervalle des attaques. Tout ce que les médecins légistes ont pu obtenir sous ce rapport a été de fixer l'espace de trois jours, avant ou après les accès, comme la limite extrême de l'irresponsabilité des épileptiques.
D'après ces indications sommaires , on voit que , soit au point de vue de la description scientifique, soit sous le rapport de la médecine légale, l'état mental des épileptiques est entièrement subordonné aux attaques convulsives , dont il est considéré comme une simple complication accidentelle. Cet état mental mérite qu'on lui accorde une plus grande importance, 11 doit être étudié indépendamment des attaques convulsives , qui peuvent bien déterminer sa production , mais qui peuvent aussi n'avoir avec lui qu'une relation plus éloignée. Nous pensons qu'on doit , à cet égard , intervertir l'ordre généralement adopté : au lieu de conclure de l'épilepsie au délire , on doit chercher à remonter du délire à l'épilepsie. Nous croyons qu'on peut découvrir dans ce délire, à l'aide d'une observation attentive, des caractères assez spéciaux pour faire soupçonner son origine épileptique , même en l'absence des attaques convulsives.
Cette étude, intéressante pour la science, en permettant la description d'un délire spécial sous le nom de délire épileptique, est surtout utile pour la médecine légale , en faisant reposer l'appréciation des actes imputés aux épileptiques , non-seulement sur l'existence d'une maladie convulsive qui
donne lieu souvent à des troubles intellectuels , mais sur la connaissance exacte de ces troubles eux-mêmes, constatés au moment de l'acte incriminé.
Étudier les caractères spéciaux du délire épileptique , ses rapports avec les vertiges ou les attaques convulsives , et indiquer les conséquences de cette étude pour la pathologie mentale et la médecine légale des aliénés : tel est le but que nous nous proposons dans ce travail.