‹ De l'état mental des épileptiques [electronic resource]Chapitre 4 sur 6 · IK · texte numérisé non relu

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inembres de leur famille ou par leurs amis. Us accusent tous ceux avec lesquels ils ont été en rapport d'être la cause de leurs anxie'tés et de leurs tourments. S'ils ont nourri précédemment des sentiments do haine ou de venfjeance contre un individu, ces sentiments se trouvent ranimés par la maladie et élevés tout à coup à un degré extrême de vivacité qui les fait passer immédiatement à l'action. Le caractère essentiellement impulsif et instatitané du délire épileptique est vraimeut très-remarquable. Dans cet état de trouble très-étendu des idées , d'anxiété générale et d'impulsions instinctives, ces malades se livi-ent alors, de la manière la plus inattendue et la plus subite, à tous les genres d'actes violents, tels que le suicide, le vol, l'incendie et l'homicide. Les uns, pour se soustraire à l'anxiété intérieure qui les dévore, ne songent qu'à se donner la mort, vont se jeter dans une rivière qui se trouve sur leur passage, ou bien ont recours à un autre mode de suicide. Les autres , poussés par le même désespoir et le même besoin d'échapper à une situation intérieure intolérable, se frappent la tête contre les murs, ou bien, saisissant le premier instrument qu'ils trouvent sous leur main , frappent ou brisent indistinctement tous les objets qui les entourent , et épuisent ainsi leur rage contre les objets inanimés. D'autres enfin se précipitent avec une véritable fureur contre la première personne qu'ils rencontrent, la frappent à coups redoublés, et font ensuite successivement plusieurs victimes , si d'autres personnes arrivent au secours de celle qui a été attaquée en premier lieu. Celte circonstance de frapper à coups redoublés et de faire plusieurs blessures ou plusieurs victimes mérite, selon nous, d'être remarcjuée; elle nous paraît caraqléristique de cet état de fureur épileplique, et peut avoir une véritable importance au point de vue de la médecine égale.

Aussitôt après raccomplisseineiit d'un acte violent, les ëpileptiqnes atteints du genre de délire que nous décrivons peuvent se trouver dans deux situations mentales très-différentes :ou bien l'acte accompli devient pour eux comme une sorte de soulagement ou de détente , et lait cesser tout à coup l'anxiélc indéfinissable et l'obtusion des idées qui existaient chez ces malades. Ils sont alors comme dégrisés instantanément ; ils recouvrent en partie la connaissance, et commencent à se rendre compte, quoique d'une manière trèsincomplète, de la gravité de leur acte; ou bien, au contraire, ils continuent à courir devant eux dans un état de grande excitation et de trouble général , dans lequel ils n'ont qu'une conscience très-imparfaite de l'action qu'ils viennent de commettre , ou même n'en conservent aucun souvenir. La confusion très-grande des souvenirs, sinon l'oubli complet d'un grand nombre de faits, est donc, dans les deux cas, un symptôme presque constant de ce genre de délire.

Lorsque les malades reviennent à eux-mêmes , soit immédiatement après l'acte violent qui sert de crise à leur accès , soit au bout d'un certain temps, ils parviennent quelquefois , à force d'efforts, à retrouver dans leur mémoire plusieurs détails des faits qui se sont produits pendant leur accès , surtout ceux qui ont eu lieu dans les derniers moments ; mais il règne toujours à cet égard une grande incertitude dans leurs souvenirs. Cette incertitude des souvenirs a souvent été regardée à tort comme simulée , mais elle est bien réelle, et caractérise cette situation mentale d'une manière tout à fait spéciale. Les épileptiques sont alors dans un état comparable à celui dans lequel on se trouve en sortant d'un l éve pénible. Les principales circonstances de l'accès leur ont d'abord échappé; ils commencent par nier les faits qui leur sont imputés , et ne paraissent en avoir conservé aucun souvenir;

puis, peu à poil, ils se rappellent un certain nombre de (le'tails qu'ils semblaient d'abord avoir oubliés : mais , en somme, leurs souvenirs sont toujours très-incomplets. Aussi, tout en signalant les diverses variétés de diminution de la mémoire qui peuvent exister à la suite du délire épileptique , est-il très-imporlant de proclamer que la perte de la mémoire, à des degrés divers , est un caractère essentiel et presque constant de cet état mental.

Grand mal. Dans tous les asiles d'aliénés, il existe un certain ombre d'épileptiques affectés de cette forme de délire à laquelle nous donnons le nom de grand mal mlellecluel , et qui est connue généralement sous le nom de manie avec fureur. Tous les auteurs ont noté l'extrême violence des individus atteints de cette forme particulière de maladie mentale. Plusieurs d'entre eux ont même signalé quelques-uns des caractères qui permettent de la distinguer des autres états maniaques analogues. Nous n'avons pas l'intention de Id décrire ici dans ses détails ; nous voulons seulement indiquer rapidement ses principaux caractères distinctifs.

Un premier caractère , propre à la manie épileptique , c'est son invasion beaucoup plus rapide que celle des autres variétés de la manie. Tantôt en effet elle débute brusquement , sans être précédée d'aucun symptôme précurseur. Dans d'autres circonstances , il existe quelques prodromes physiques, telsquela céphalalgie, les vomissements, la rougeur ou l'éclat brillant des yeux , l'altération de la voix , de légers mouvements convulsifs de la face ou des membres, ou bien, au moral , une période prodromique de tristesse , d'irrilabilité , ou de légère excitation ; mais ces prodromes ne précèdent guère que de quelques heures au plus l'explosion de la manie épileptique, sous sa forme la plus accusée.

Un autre caractère , également très-important , de la manie épileptique (caractère qui lui est du reste commun avec la plupart des manies intermittentes), c'est la ressemblance absolue de tous les accès chez le même malade , nonseulement dans leur ensemble, mais dans chacun de leurs détails. Lorsqu'on a observé avec soin les diverses phases d'un pi emier accès de manie épileptique , ou est vraiment frappé d'étonnement en constatant que le même malade exprime les mêmes idées , profère les mêmes paroles , se livre aux mêmes actes, éprouve, en un mot, les mêmes phénomènes physiques et moraux , à chacune des périodes de chaque nouvel accès. Ses idées, ses paroles et ses actes, sont comme empreints de fatalité , et se reproduisent avec une surprenante uniformité à tous les accès.

Pendant ces paroxysmes , les épileptiques présentent la plupart des phénomènes psychiques qui caractérisent l'état maniaque en général. Leurs idées se succèdent avec une .;;iande rapidité; ils parlent sans cesse; ils passent sans inlerl'uption par les séries d'idées et les émotions les plus vai iées , et leurs actes sont aussi désordonnés que leurs paroles. Un trait particulier de leur agitation , noté par tous les auteurs , consiste dans l'excessive violence de leurs actes, qui les porte à frapper et à briser , avec une sorte de rage , tous les objets qui les entourent, à mordre , à déchirer, à crier sans interruption, et à se frapper eux-mêmes, avec un véritable acharnement, la tête conlie les murailles. Cet état d'agitation poussée jusqu'à la fureur est quelquefois porté si loin , que ces malades deviennent les plus dangereux de tous les aliénés , sont redoutés de tous dans les asiles, et ne peuvent être contenus et protégés qu^à l'aide des moyens restrictifs les plus énergiques, tels que la camisole ou le séjour prolongé dans une cellule.

Mais ce caractère d'exti éine violence n'est pas le seul qui distingue la manie epileplique des autres états maniaques. Un fait également très- remarquable , c'est la nature terriliante des idées qui dominent ces maniaques , et la iVéquence des hallucinations de même nature qui se produisent chez eux, hallucinations de l'ouïe, de l'odoi'at, et surtout de la vue. Ces malades ont des visions presque continuelles ; ils voient des objets efl'rayan'.s , des spectres, des iantômes, des assassins, des hommes armés qui se précipitent sur eux pour les tuei' ; ils aperçoivent sans cesse des objets lumineux, des flammes, des cercles de feu, et, chose digne de remarque, la couleur l ouge, ou la vue du sang, prédominent fréquemment dans leurs visions.

Ces accès de manie présentent encore une autre i)articularilé très-importante à signalei'. Malgré le désordre et la violence de leurs actes, les paroles prononcées par les maniaques épileptiques sont en général beaucoup moins incohérentes que celles de beaucoup d'autres aliénés. On est étonné, au milieu d'une si forte agitation, de pouvoir suivre assez facilement la série des idées expi-imées par les malades. Leur délire est plus suivi et plus compréhensible qu'il ne l'est habituellement dans la manie. Ils comprennent mieux les questions qui leur sont adressées; ils y répondent plus directement et d'une manière plus exacte, et s'apeiçoivent plus souvent de ce qui se passe autour d'eux, que la plupart des aliénés atteints de délire général avec excitation. L'incohérence moins grande du délire , et la netteté plus prononcée des idées pendant les accès de manie épileptique , est d'autant plus curieuse à signaler qu'elle contraste singulièrement avec l'absence presque complète de tout souvenir de l'accès après sa cessation , absence de souvenir qui est également un symptôme presque constant des accès de manie épilepli-iue.

Pour terminer rénumération rapide des principaux cai-actères qui permettent de distinguer la manie épileptiquc de la manie ordinaire , disons que les accès ne se prolongent ordinairement que pendant quelques jours , et ont ainsi une durée beaucoup moins longue que les autres accès de manie. Enfin leur cessation est habituellement aussi brusque que l'a été leur invasion. En quelques heures, quelquefois même plus rapidement , ces maniaques reviennent presque sans transitions à leur état normal. C'est à peine si , dans quelques cas, ils présentent une courte période de légère stupeur ou de loi'peur physique et morale , avant le retour complet à la raison. Ils guérissent de leur accès comme on sort d'un rêve; ils se réveillent, comme à la suite d'un cauchemar pénible, en ne conservant presque aucun souvenii' des faits qui ont eu lieu pendant toute la durée de leur maladie.

Nous avons décrit séparément les deux formes du délire épileptique , auxquelles nous avons donné les noms de petit mal et de grand mal, parce que ces deux espèces de trouble intellectuel se présentent à l'observateur, et surtout au médecin légiste , sous, deux aspects tout à fait différents. Le calme des mouvements, la lucidité partielle des idées, les apparences de raison, en un mot, que l'on observe chez les épileptiques atteints du petit mal intellectuel, contrastent au plus haut point avec l'agilalion maniaque, le désordre extrême des actes et la loquacité incessante de ceux qui sont affectés du grand mal. Ces caractères établissent entre les deux états des différences aussi tranchées que celles que l'on constate chez les aliénés , entre les délires partiels et les délires généraux. Ces deux états ne pouvaient donc , sans inconvénients, être confondus dans une même description , qui , pour s'appliquer à des situations mentales

aussi différentes , eût perdu toute précision et n'eût acquis qu'une vague généralité.

Mais cette distinction , utile pour la vérité de l'observation et pour la pratique , ne doit pas faire perdre de vue les nombreuses analogies qui existent entre ces deux variétés de la folie épileptique, et qui dénotent entre elles «ne véritable communauté d'origine.

Dans les deux cas, en effet , la maladie se produit sous forme d'accès, d'une durée relativement courte, si on les compare à la plupai t des autres espèces de maladies mentales. Ces deux formes du délire épileptique ont l'une et l'autre une explosion rapide ; elles ont pour caractère commun , pendant leur cours, la violence et l'instantanéité des actes auxquels se livrent les malades , ainsi que la nature pénible ou effrayante des conceptions délirantes et des hallucinations qui les dominent. Enfin , dans le petit mal, comme dans le grand mal, on constate une cessation des accès aussi brusque que l'a été leur invasion , un oubli partiel ou total de leurs divers détails après leur disparition , et un retour à peu près complet, dans leurs intervalles , à un état de raison relative qui contraste singulièrement avec le trouble trèsétendu qui a existé pendant leur durée.

Non-seulement les deux formes du délire épileptique offrent entre elles les points de contact que nous venons de signaler, mais on observe en outre , soit chez le même individu , soit chez divers malades , de nombreux états intermédiaires, qui tendent à démontrer qu'il n'existe, en réalité, entre ces deux variétés de la folie épileptique , qu'une simple différence de degré. Ces états intermédiaires, variables en durée et en intensité , représentent comme une série non interrompue de feits qui permet de passer , par transitions insensibles; et sans ligne de démarcation tranchée , du simple

obscurcissement passager de l'intelligence, sorte d'étourdissement iiilellectiiel , jusqu'à l'agitation maniaque la plus violente et à la fureur la plus incoercible.

Un dernier point de contact entre les deux espèces du délire épileptique réside dans lalternance que l'on constate fre'quemment entre elles chez le même malade, et dans les relations qu'elles ont l'une et l'autre avec les deux formes de l'épilepsie connues sous les noms de vertiges et de grandes attaques.

Ces caractères communs à toutes les variétés de trouble mental observées chez les épileptiques , dans le petit mal comme dans le grand mal , sont importants à connaître pour la pathologie mentale, et permettent de constituer une forme spéciale d'aliénation sous le nom de folie épileptique; mais ils ont une plus grande importance encore pour la médecine légale: ils fournissent en effet les moyens de substituer aux appréciations vagues , que l'on a coutume de faire sur le degré de libre arbitre ou d'irresponsabilité des épileptiques, la description clinique d'une forme particulière de délire, de nature à porter plus complètement la conviction dans l'esprit des magistrats. Si nous ne nous étions proposé dans ce mémoire qu'un but purement descriptif, nous pourrions borner là noire travail; mais, pour en tirer toutes les consséquences pratiques qu'il nous paraît contenir , deux choses essentielles nous restent encore à accomplir. A la description générale, nécessairement très-abrégée, que nous venons de faire des deux formes de la folie épileptique , nous devons ajouter des détails pratiques, qui ne peuvent être convenablement exposés que parla citation d'un certain nombre d'observalions particulières. A l'étude purement symptomatique , nous devons joindre l'exposé de la marche des accidents

intellectuels de ré[>ilepsie, dans leurs lappoils avec les manifestations physiques de cette maladie.

Etudier , à l'aide d'un certain nombre d'observations particulières, les relations qui existent entre les phénomènes physiques et les phénomènes intellectuels de l'épilepsie : tel sera dojic le but d'un second chapitre.

Montrer ensuite les applications que peut fournir l'étude des symptômes et de la marche des troubles intellectuels de l'épilepsie pour la pathologie mentale et pour la médecine légale, tel scia l'objet d'un troisième chapitre.

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