‹ De l'état mental des épileptiques [electronic resource]Chapitre 5 sur 6 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Alarclic des troubBcs iiitcllectnels de Tépilepsie dan<!i leurs rapports avec les accidents physiques de cette maladie.

Pour étudier la marche des deux formes de trouble mental chez les épileptiques , dans leurs relations avec les symptômes physiques, deux procédés se présentent naturellement à notre esprit. Le premier consisterait à énumérer simplement les principales variétés de marche que l'on observe chez les épileptiques , en se bornant à signalei' , dans ce résumé rapide, les différences les plus essentielles, sans tenir compte des diversités secondaires et exceptionnelles que l'on constate chez certains malades. Ce procédé, plus expédilif, aurait l'avantage de rendre plus sensibles ces diversités de marche de l'épilepsie; mais il aurait l inconvéiiient grave de sacrifier, soit dans les symptômes, soit dans la marche , un cei tain nombre de détails , qui sont précisément les plus importants à connaître pour l'application de cette étude à la pathologie mentale et à la médecine légale. Poui- remédier aux inconvénients que présenterait ce premier procédé d'exposition , nous avons pensé qu'il serait préférable d'avoir recours à un second procédé, plus lent, mais plus pratique. Nous choisirons donc , parmi les observations que nous avons trouvées dans divers auteurs, ou parmi celles que nous avons nous-méme recueillies , quelques faits types , qui nous paraissent pouvoir servir d'exemples à l'appui de chacune des variétés de marche de la folie épileptique. rs'ous classerons ces faits en trois séries principales : dans la première, nous placerons les

faits (le trouble mental en rapport direct avec les attaques convulsives ou avec les vertiges ; dans la deuxième , nous ferons figurer les accès de délire survenant dans l'inlervalle des grandes ou des petites attaques, chez des individus reconnus par tous comme épileptiques ; dans la troisième enfin, nous rapporterons des observations de trouble mental, pre'sentant les caractères de la folie épileptique, et dans lesquelles les phénomènes physiques de l'épilepsie , ou bien ont été méconnus , ou bien n'existaient réellement pas au moment où I on observait ces malades. Après avoir ainsi l elaté , sous ces trois chefs principaux, un certain nombre d'observations particulières, nous pourrons alors résumer, sous une forme rapide, les principales variétés de marche des divers symptômes de l'épilepsie , qui ressorliront en quelque sorte d'elles-mêmes de la lecture attentive des faits que nous aurons cités.

V Faits dans lesquels les accès de délire sont directement en rapport avec les attaques épileptiques.

Les faits de ce genre existent en gi and nombre dans les annales de la science , nous ne pouvons nous y arrêter longtemps ici. Nous nous bornerons à renvoyer les lecteurs aux principaux recueils publiés dans divers pays sur la spécialité des maladies mentales, tels que les Annales médicopsychologiques en Fi-ance , le Journal de psychiatrie eu Allemagne, le Journal de médecine psychologique de Forbes- Wiuslov^ en Angleterre , The American journal of insanily en Amérique , les Annales d'hygiène et de médecine légale en France , le journal de Ilenke {Zeitschrift fiir die Staats arzneikunde) en Allemagne , etc. etc.

Nous y ajouterons les travaux spéciaux qui ont paru sur

l'épilepsie dans ses rapports avec l'aliénalion mentale, parmi lesquels nous mentionnerons particulièrement le Traité de l'épilepsie de M. Delasiauve (Paris, 1854), les Éludes cliniques de M. le D*" Morel (Nancy, 185-2-53), son Traité des maladies mentales (Paris, 1860); la thèse de M. Cavalier sur la fureur épiteptique (Montpellier, 1850), celle de M. Guillermin sur la manie épileptique (Paris, 1857), etc.

Nous ne pouvons, dans les limites étroites de ce travail, examiner avec détails les observations nombreuses de délire lié aux attaques d'épilepsie qui existent dans ces divers ouvrages, malgré l'intérêt très-réel qui s'attacherait à cette étude comparative ; nous devons nous contenter de choisir parmi ces faits quelques observations, qui nous semblent pouvoir servir de types pour chacune des catégories que nous avons admises.

Les accès de délire , sous la forme du grand mal ou du petit mal , sont incomparablement plus fréquents après les attaques d'épilepsie qn avant ces attaques. Esquirol a même

soutenu (article Epilepsie , Traité des maladies mentales ; Paris, 1838) que le délire était excessivement rare avant les accès d'épilepsie. D'autres auteurs au contraire pensent que ce fait, moins fréquent, il est vrai , que le délire succédant aux attaques, est loin cependant d'être rare. Parmi eux, nous citerons M. le D*" Cavalier, qui rapporte dans sa thèse plusieurs exemples de ce genre. Nous y ajouterons l'opinion de M. le 0'' Dagonet {Rapport sur l'asile de Stephansfeld, p. 17 ; 1853) et celle de M. Renaudin {Annales médico-psychologiques, 2^ série, t. Il, p. 478), qui expriment l'un et l'autre la pensée que , chez certains malades, l'accès épileptique , survenant à la suite d'un état maniaque, lui sert en quelque sorte de crise , et fait cesser tout à coup le délire.

Pour établir l'existence d'accès de délire avant les accè<i d'e'pilepsie, nous nous bornerons à rapporter ici les deux, observations très-courtes qui vont suivre.

OBSKnvATioN V^. — A. H , 60 ans , a été sujet à des allaqiies périodiques de manie depnis longues années. Les paroxysmes snrvieruient inlervailes d'environ six semaines, et durent dix ou douze jours. Ils commencent subitement; le malade s'agenouille , prie et chaule à très-haute voix, et bientôt il devient violent et dangereux. Dans l'un de ses accès, il se saisit malheureusement d'une femme qui lui donnait A manger, et il la Uia. Il a une voix puissante , est très-violent et très-bruyant Après un accès d'épilepsie auquel il est sujet, la violence commence à diminuer, ce (|ui est le contraire de la marche habituelle de la manie épileplique, l'accès aggravant ordinairement les symplômes maniaques. (Alexander iMorison. The physiognomy of mental diseases, p. 35 ; London , 1838.)

Obs. II. — P. J , 28 ans , d'une figure maladive cl hébétée , est

épileplique, et, au dire des témoins, dam les moments qui précèdent les accès, «il ne se connaît pas.» Il est accusé de s'être laissé aller plusieurs fois â des voies de fait envers son père. Une fois entre autres, irrité par quelques reproches que celui-ci lui adressait, il l'injuria grossièrement, et le frappa violemment avec un carreau qui lui était tombé sous la main. Un médecin, consulté

par le tribunal , a soutenu que J. P jouissait de toute l'intégrité

de ses facultés morales, (Gazette des tribunaux, 19 septembre 1Ô43 ; extrait des Annales médico-psychologiques , t. III, p. 98; 1844.)

Les observations cie trouble intellectuel survenant à la suite des attaques d'épilepsie, soit immédiatement après, soit seulement quelques heures ou même quelques jours après les accès convulsifs , sont très-nombreuses; il n'est pas d'asile d'aliénés qui n'en pi^ésente plusieurs exemples. Dans ces cas , l'accès d'épilepsie est presque toujours suivi d'une période

— alpins un muins pioioiigce d'hëbélude ou de loi'peiir. C'est ordinairement après cette période de torpeur (qui peut durer depuis un quart d'heure jusqu'à plusieurs heures, ou même plusieursjours)qu'éclaleraccèsde délire. Celui-cia une durée qui peut varier entre vingt-quatre heures et douze ou quinze jours au plus; mais le plus souvent , il ne se prolonge guère au delà de trois ou quatre jours. Pour donner une idée exacte des symptômes et de la marche habituelle des accès de délire consécutifs aux attaques d'épilepsie, nous allons l'apporter ici quatre observations, qui nous paraissent suffisantes pour faire connaître les principales variétés de marche et de durée que l'on peut observer dans les cas de ce genre.

Je trouve dans V American journal ofinsanily (t. II, p. 186; 1845-46) le fait suivant; il est exti'êmement curieux non-seulement comme type de fureur épileptique, mais à cause des circonstances exceptionnelles au milieu desquelles cet accès de délire s'est produit.

Obs. III. — François L , 20 ans, cordonnier, élait, depuis un

grand nombre d'années, sujet à des attaques d'épilepsie. Elles avaient commencé par suite d'une cliule sur la glace. Les accès, qui d'abord n'étaient suivis que d'une très-légère aberration de la raison, devinrent plus sérieux et furent accompagnés de manie furieuse.

II avait servi dans le 5^ régiment d'infanterie légère, de 1838 à 184t, et, lorsqu'il sortit du service, il reprit son commerce. Lorsqu'il avait desaltaijues pendant celte période, il saisissait son marteau, son couteau, ou tout autre instrument qu'il avait sous la main, et le brandissait d'une manière menaçante, de façon à s'attirer les railleries de ses camarades.

Lorsqu'il fut hors du service, it retourna chez lui, et se décida à se marier. La cérémonie avec sa fiancée fut fixée au 26 octobre 1841. Le 24, un mal de tète très-intense survint, et lui parut à lui-même un indice de l'imminence d'une attaque. Il appela un

médecin qui l'avail traité anciennement pour celle maladie, et lui demanda de le saigner, opération qui lui avait toujours procuré du soulafîemenl. Le médecin refusa, par le motif que ce remède ne devait pas être trop souvent employé. — Le 26, quelques heures avant le mariage, il fut saigné par un autre médecin, mais sans aucune diminution de la douleur. Pendant la cérémonie civile et

religieuse du mariage, L était abattu et taciturne; il ne dit

rien en dehors du simple oui. En quittant l'église , il fut saisi d'une douleur atroce de la tête ; elle fut tellement excessive que dans la maison de son beau-père, il fut obligé de se mettre au lit. La chambre dans laquelle il se trouvait était voisine de celle où l'on préparait le repas de noces. Là il fut saisi d'un accès d'épilepsie furieuse, el tandis que les personnes qui étaient avec lui couraient chercher des cordes pour l'attacher, il se précipita tout nu dans la salle à manger, avec une pelle dont il s'était emparé, poursuivit une femme qui s'enfuit, et la renversa par terre en lui frappant un coup sur la tête. Son beau-père s'interposa; mais, ainsi que les autres, il fut chassé. Le malade se mit alors par terre devant la porte, rongeant la pierre avec les dents ; enfin il se leva avec un couteau de cordonnier à la main; il ouvrit la porte de force, s'écrianl qu'il voulait les tuer. La première personne qu'il rencontra fut son beau-père, qu'il tua à l'instant. Celte attaque continua pendant trois jours. — Le 29, la raison revint; mais le malade pouvait seulement se rappeler le moment du mariage, et rien de ce qui suivit; il supposait qu'il avait dormi pendant tout ce temps. Il fut bientôt transporté dans l'asile de Clément, où il se

trouve encore. Dans ces circonstances, le tuteur de S s'adressa

à la cour pour obtenir la déclaration de nullité du mariage, par la raison que cet épileptique n'était pas complètement sain d'esprit au moment de la cérémonie, et par conséquent n'était pas apte à donner son consentement. La cour prononça la nullité du mariage. {Jmerican journal of insanity , t. II, p. 186; extrait de la Gazette des tribunaux , numéro du 7 janvier 1815.)

J'extrais, en l'abrégeant considérablement, du journal de Henke [Zeitschrift fur die Staats arzneikunde , t. IV , p. 182 ; 1 827) , le fait suivant de meurtre commis par un cpilep-

tique, dans un accès de délire survenu trois jours après plusieurs attaques d'épilepsie :

Obs. IV. — Joachim H 29 ans , a élé épileplique dès l'âge de

6 ans. Depuis l'âge de la puberté, la maladie s'esl aggravée, et dernièrement elle survenait une fois toutes les trois semaines. Il restait longtemps sans se relever des suites de ses attaques. Il était atteint de douleurs de tête et de vertiges, et manifestait une grande aversion pour la nourriture , sans être toutefois ni furieux ni aliéné. Dans le mois de juillet 1826, il eut une attaque; dans le cours des trois jours suivants, il en eut plusieurs autres, paraissant dans l'intervalle tout à fait sans conscience, et refusant toule nourriture. Le troisième jour, il se leva de son lit , descendit dans la cour, où il rencontra le fils de son frère, âgé de 10 ans, et la fille d'un de ses parents, à laquelle il était attaché, âgée de 11 ans. Le petit garçon lui demanda s'il ne désirait pas manger. Le malade ne répondit pas , mais le frappa ; les enfants s'enfuirent; il les poursuivil, s'empara de la jeune fille, la renversa, et, prenant une liachelle qui se trouvait par terre, il lui fractura le crâne en plusieurs endroits, lorsque les voisins accoururent , et , après une résistance considérable, parvinrent à le dominer.

Il resta tranquille jusqu'au moment où l'on se prépara à le conduire chez le magistrat. Alors il se laissa aller à des expressions de haine violente envers ses concitoyens de la ville. En prison, il resta pendant deux jours dans un état d'absence de conscience, ne prit aucune nourriture, et eut un accès d'épilepsie. Le troisième jour, la raison revint; il exprima quelque intérêt pour ses amis, se plaignit amèrement de ses souffrances; mais n'avait aucun souvenir de ce qui était arrivé. (Extrait de Jahn , in Henke's Zeischrift , l. IV, p. 282; 1827.)

J'emprunte à la thèse de M. le D"" Cavalier (page 43) i'observation suivante, comme exemple très-caractérisé de fureur épileptique de longue durée , succédant , après un court intervalle , à des accès répétés d'épilepsie :

0ns. V. — A élait un ancien militaire, d'un lempéranienl

sanguin , bien conslilué , mais affaibli par une maladie asliimalique qui le tourmenlait fort, surtout vers la fin de sa vie.

L'épilepsie dont ce malade était atteint était fort ancienne; il n'était pas sujet aux vertiges.

Sans symptômes précurseurs, ce malade tombait brusquement en arrière, et se blessait souvent à la tête; le reste de l'attaque ne présentait rien de particulier. Les accès d'épilepsie étaient forts et fréquents ; il ne s'est jamais écoulé un temps bien long sans attaque. Quand elles étaient isolées, elles se trouvaient ordinairement suivies d'une torpeur assez courte. Au bout d'un quart d'heure, A se remettait au travail , n'ayant conservé qu'un souvenir trèsconfus de l'accident qui lui était arrivé.

Mais les attaques n'étaient pas toujours isolées ; de temps en temps, elles se répétaient cinq ou six fois dans la même journée, quelquefois même bien plus. Ces attaques étaient suivies assez souvent d'un accès de fureur qui se développait presque immédiatement après l'engourdissement qui suivait les convulsions épileptiques. Un

quart d'heure ou une demi-heure environ après l'attaque, A

s'irritait brusquement, et frappait tout à coup, sans alléguer de prétexte, ceux qui étaient autour de lui. Il donnait alors des coups de poing, des coups de pied, et môme des coups avec la tète ; il mordait fréquemment et cherchait toujours à faire beaucoup de mal. Il jurait, frappait des pieds , hurlait, vociférait, et se roulait par terre en déchirant ses vêtements. Il n'a jamais cherché à se suicider. Aucune remontrance, aucune menace , n'avaient alors de l'influence sur lui; il semblait ne pas entendre; il ne paraissait avoir alors aucune hallucination. On était obligé de le contenir, et quelquefois même de le renfermer dans une cellule. Cet accès durait quelquefois dix jours , et même quinze jours, sans rémission bien marquée. Il restait aussi furieux la nuit que le jour, il ne dormait pas et passait toute la nuit à crier. Il refusait souvent de manger, et crachait même au visage de ceux qui lui apportaient de la nourriture ; d'autres fois il mangeait avec voracité , en faisant des gestes et des grimaces qui ne paraissaient se rattacher à aucune idée. Pendant toute cette période, il était très-rouge, il avait la conjonctive fortement enflammée. La violente dyspnée par laquelle

il élait lourmenlé à la moindre fatigue disparaissait malgré la vivacité de ses mouvements. Les autres fonctions de la vie organique ne paraissaient nullement altérées; on ne remarquait qu'une légère constipation. On n'a observé aucun phénomène critique, au moment où le calme commençait à renaître. La tranquillité revenait Irès-promptement; la disparition de la fureur était presque aussi rapide que son invasion.

Une fois l'accès passé, il n'avait conservé aucun souvenir de ce qui lui était arrivé pendant sa fureur ; il élait étonné en entendant le récit de ses actes de violence.

Ces accès de fureur ont élé assez rares; ils survenaient particulièrement à la suite des attaques répétées dans un court espace de temps. II n'a guère eu cette fureur que de 1843 à 1846. Après cette époque, les accès ont perdu de leur intensité et de leur fréquence, tandis que la démence faisait des progrès. D'un autre côté, la dyspnée intermittente devenait plus grave, et elle finit môme par amener la mort, le 25 juin 1850; il était alors âgé d'environ 65 ans.

M. le D'" Billod, médecin dii ecteur de l'asile des aliénés de Sainte-Gemmes , près Angers, me communique l'observation suivante. Elle est relative à un malade qu'il a observé attentivement depuis cinq ans , et qui , depuis celle époque, a toujours présenté régulièrement des accès maniaques à la suite de ses accès d'épilepsie :

Obs.VI. — M. L , ancien notaire, âgé de 49 ans, d'un tempérament nervoso-sanguin , d'une haute stature et d'une vigoureuse constitution, entre A l'asile le 16 janvier 1856, pour y être traité d'une affection cérébrale qui paraît reconnaître pour cause des excès de toutes sortes, mais particulièrement vénériens.

Rien que les renseignements qui nous ont été fournis au moment de l'admission n'aient pas fait mention d'épilepsie , les intermissions signalées dans les manifestations du délire, de même que le degré d'exaltation etde fureur qui accompagnait ce même délire, et auquel succédaient un état de prostration morale extrême et une irritabilité

loulè spéciale du caractère, ne nous laissèrenl aucun doule sur la nature primitivement épileptique de l'affection.

A des intervalles qui varient entre un et trois mois, et dont le

terme moyen paraît 6tre de six semaines, M. L éprouve les

accidents ci-après, dont l'évolution depuis cinq ans nous a paru à peu près invariable.

Le premier phénomène est une coloration vive et comme érythémateusede la face; les yeux sont injectés, et le malade accuse une certaine pesanteur de tête, ordinairement sans céphalalgie.

Au bout de huit ou dix heures , éclate un accès d'épilepsie, avec perte complète de connaissance, convulsions cloniques, écume à la bouche, à la suite duquel le malade revient assez complélemenl à lui , en conservant toutefois pendant quelques heures un certain degré d'hébétude, bientôt suivi d'un état d'excitation progressive qui ne tarde pas à dégénérer en un accès de manie, remarquable par le degré d'exaltation et de fureur et par la mulliplicilé des hallucinations et illusions de l'ouïe , de la vue et de la sensibilité , qui l'accompagnent.

Le délire est général; mais, en prêtant l'oreille aux divagations du malade , on ne tarde pas à reconnaître une prédominance d'idées de persécution.

M. L parle le plus souvent de gens qui le poursuivent de leur

inimitié , en voulant à ses jours ou exerçant sur lui des mutilations de toutes sortes. Je l'ai entendu une fois se plaindre d'avoir les parties coupées, et une autre fois prétendre qu'on y avait introduit du fil de fer. Le délire s'alimente d'ailleurs de tous les souvenirs de sa vie passée; mais la confusion qui règne dans son esprit est telle, qu'il fait souvent intervenir dans des événements antérieurs à sa séquestration des personnes qu'il n'a connues que depuis, et qu'il soutient obstinément reconnaître.

Le malade croit voir dans de simples accidents de la matière sur les murs de sa cellule des caricatures politiques, dont il m'a présenté plusieurs fois l'explication dans de courts moments de rémission.

La durée d« cet accès de délire varie entre huit et douze jours. Lorsqu'il cesse, L.... redemande sa pipe, sollicite son retour au quartier des pensionnaires paisibles, et s'y montre dans un état de lucidité à peu près complète jusqu'à l'accès suivant. Je dis à

peu près complète, car il m'est démonlré que iW. L n'a conservé de ce qu'il a éprouvé qu'un souvenir confus.

Le caractère de M. L est ordinairement bienveillant et susceptible de traits d'une véritable délicatesse, mais extrêmement sensible et irritable; les facultés intellectuelles n'ont encore subi aucun affaiblissemenl.

Les faits qui précèdent suffiront comme exemples d'accès de délire survenant avant ou après les attaques épilepliques, et liés étroitement avec elles. Plusieurs auteurs mentionnent en outre quelques cas dans lesquels le délire se produit tout à la fois avant et après les accès convulsifs; MM. Cavalier et Guillermin en citent plusieurs exemples.

Nous nous bornerons à rapporter ici une observation trèscurieuse sous ce rapport, qui nous a été fournie également par M. le D*" Billod, et dans laquelle les accès d'épilepsie sont toujours précédés d'un état mélancolique et suivis d'un état maniaque.

Voici celte observation :

Obs. VII. — M. G , ecclésiastique, âgé de 54 ans, d'un tempérament nervoso-sanguin , d'une constitution ordinaire, épileptique depuis |)rès de vingt ans, entré à l'asile le 10 novembre 1855, offre l'exemple remarquable d'un état de folie en quelque sorte circulaire, consécutif à l'épilepsie.

iW. G , dont on ne sait à quelle cause attribuer l'affection (les

circonstances de masturbation , d'excès de toute sorte, d'iiérédilé,' de frayeur et de chagrin, élanl écartées de source certaine),

M. G , dis-je, présente en moyenne, par mois, une période de

deux ou trois accès épileptiques complets. Chacune de ces périodes est précédée, huit ou dix jours A l'avance, d'un délire mélancolique, avec conceptions délirantes de persécution et hallucinations de l'ouïe; elles portent le malade à se plaindre incessamment du bruit qui se fait autour de lui et le trouble dans ses exercices do

I)iélé , et à récriminer coiiire le caractère outrageant pour la inorale et la religion des paroles qu'il croit entendre.

A la suite des accès épilepti(|ues, après une période de stupeur

et d'hébétude qui dure un ou deux jours, M. G entre dans une

phase de bien-être et de satisfaction indicible. 11 parle sans cesse de sa guérison , dont il tient à annoncer l'heureuse nouvelle à son évêque et à sa famille; il donne, pour preuve de la force morale qu'il vient de recouvrer, le fait de pouvoir, sans en être troublé, se livrer à ses exercices de piété au milieu de tout le bruit qui se fait autour de lui. Les hallucinations de l'ouïe persistent dans cette phase mentale; mais je me suis convaincu qu'elles se traduisent plutôt par un bruit confus que par des sons articulés, et qu'elles ne laissent distinguer, en tout cas» au malade aucune parole dont il ait à se plaindre.

Cette phase de bien-être dure habituellement de douze à quinze jours; elle fait place ensuite à la phase contraire, qui précède la période d'accès épilepliques , à laquelle elle succède à son tour.

Les facultés intellectuelles n'ont pas encore subi , chez M. G ,

un affaiblissnment proportionné k la durée de l'affection épileplique, mais le caractère devient de plus en plus susceptible et irritable.

2° Faits dans lesquels les accès de délire ont lieu dans l'intervalle des accès convulsifs , chez des individus reconnus comme épilepliques.

Les exemples de délire survenant dans les intervalles et à une certaine distance des accès e'pileptiques sont beaucoup plus rares que ceux qui succèdent plus ou moins directement aux attaques. Certains auteurs sont même disposés à les considérer comme tout à fait exceptionnels ; ils pensent que , dans la plupart des cas de ce genre , des vertiges ou des attaques nocturnes précèdent de peu de temps l'explosion du délire, lequel semble naître spontanément, mais est en réalité consécutif à des accès épilepliques restés

ignorés. Nous sommes Irès-euclin noiis-même à adopter celte manière de voir, dans un certain nombre de cas; néanmoins nous croyons à la production spontane'e du délire chez des épileptiques qui, depuis quelque temps déjà, sont exempts de petites ou de grandes attaques.

Nous ne pouvons citer ici un grand nombre de faits à Tappui de cette proposition ; nous nous contenterons d'en rapporter quelques-uns. Nous invoquerons d'abord le témoignage de M. le D*" Delasiauve , qui , dans son traité de l'épilepsie (page 152), s exprime ainsi , à l'occasion d'un accès maniaque se produisant à une grande distance des accès d'épilepsie :

«Tel est, dit-il , le cas de Br , l'un de nos malades,

sujet à un délire violent, pendant lequel il devient insolent, querelleur, porté aux injures, à la fureur, aux voies de fait. L'épilepsie ne sévit chez lui que tous les deux ou trois mois. On inclinerait d'autant plus volontiers à croire que l'excitation maniaque est en dehors de son action , et ne reconnaît d'autre principe qu'elle-même , qu'elle naît spontanément , sans être précédée de crise , et souvent même à une époque très-distante des premiers accès. »

Après cette citation , empruntée au livre d'un médecin aussi compétent en pareille matière que M. Delasiauve, il ne nous paraît pas nécessaire de chercher d'autres preuves pour établir que les accès de délire peuvent se produire , chez les épileptiques , en dehors de lactiou immédiate d'attaques convulsives , ayant précédé de quelques heures ou de quelques jours l'explosion du trouble mental. Pour compléter cette démonstration , nous nous bornerons à rapporter l'observation très-intéressante qui va suivre ; nous l'extrayons de Texcellente thèse de M. le D*" Cavalier sur la fureur épileptique. Mieux que toutes les réflexions auxquelles nous

pourrions nous livrer, celle observalion fera connaîlre la marche bizarre et irrégulière que peut affecter, pendant le cours de l'existence à\m épileptique, ralternalive des accès convulsifs et des accès maniaques.

Obs. VIII. — Pierre S...... sergent du génie, élail d'une forte

constitution, d'une (aille élevée, d'un tempérament sanguin. La régularité de sa conduite lui avait acquis l'amitié de ses camarades et l'estime de ses chefs. Enrôlé dans le génie en 1813, il fit aussitôt des campagnes pénibles. Plus tard , en 1823 , il fit la campagne d'Espagne , et en 1828 et 1829, celle de Morée. Il se trouvait A Lyon , en 1831 , lors des mouvements politiques qui troublèrent cette ville. Saisi par une troupe d'ouvriers qui voulaient le jeter dans le Rhône, il éprouva une émotion si violente, qu'il lui survint une maladie dont on ne peut actuellement apprécier la nature. Il devint sujet, en outre, à des attaques d'épilepsie, légères

d'abord, et qui restèrent telles longtemps, puisque Pierre S put

demeurer au service jusqu'en 1843. Ces attaques étaient alors fort rares ; deux ans entiers se sont même écoulés une fois sans manifestation épileptique. Il ne fut soumis à aucun traitement. Admis à la retraite, il vint aussitôt habiter Montpellier.

Peu de temps après, en proie à un accès de fureur, Pierre S

se précipita dans la rue , et , sans doute sous l'influence de quelque liallucinalion ou de quelque illusion , il essaya de désarmer une sentinelle qui se trouvait sur son passage. On eut beaucoup de

peine à s'emparer de lui. Ramené dans son logement , Pierre S

devint assez promptement calme, et resta libre. II paraît qu'il eut plusieurs autres accès de délire moins violents, et qui ne donnèrent pas lieu à des scènes de tumulte.

Au mois de mai 1846, à la suite de quelque discussion irritante,

dit-on, Pierre S fut saisi d'un nouvel accès de fureur; s'armanl

d'un couteau , il fit à plusieurs personnes inoffensives des blessures si graves, qu'on les crut tout d'abord mortelles. Une vive terreur gagna les assistants; tout le monde fuyait. La force i)ublique parvint enfin à s'emparer de lui, et le conduisit dans les prisons du palais de justice. Une instruction fut commencée, mais les poursuites furent abandonnées , lorsqu'on eut constaté que ces actes de

violence avaient élé la conséquence d'un accès d'aliénalion menlale. Par ordre de l'aulorilé administrative, il fut conduit dans l'asile public des aliénés de Montpellier. Lors de son entrée dans

l'asile, le 12 juin 1846, Pierre S jouissait d'une bonne santé ;

il ne présentait aucun signe d'aliénation mentale. Il était seulement susceptible, irritable, et s'exagérait quelquefois l'importance de ce qui pouvait lui être désagréable; il avait, en un mot, ce qu'on pourrait appeler le caractère d'un épileplique. Ainsi il lui est arrivé de se précipiter, |)lein de colère, sur un malheureux aliéné qui avait paré sa boutonnière d'un ruban rouge; il prétendait que lui seul dans la maison avait le droit de porter la décoration. Malgré celte irritabilité, il était fort soumis et très-respectueux à l'égard des chefs de l'établissement. Ce malade n'aidait que de loin en loin des accès dépilepsie.

Au moment de son admission dans l'asile, Pierre S vivait

avec une femme dont il avait un enfant; il désira le légitimer par un mariage. Le médecin en chef, M. Rech, fit un certificat dans lequel il constatait que l'aliénation menlale n'était pas continue, que pendant les intermissions, assez longues d'ailleurs, la raison était entière, et l'autorité civile procéda au mariage.

Dans le courant de novembre 1847, Pierre S eut de fréquentes

attaques d'épilepsie; elles étaient annoncées , quelques jours à l'avance, par des étincelles que ce malade croyait voir ; elles n'étaient point d'ailleurs suivies de délire ni d'agitation. Cet étal persista , sans variation notable, jusqu'au mois de mars 1848.

Les attaques devinrent plus fréquentes à partir de celte époque; elles se reproduisaient surtout la nuit. Un affaiblissement intellectuel en était la conséquence ; il durait une demi-heure , trois quarts d'heure, quelquefois plus longtemps. Alors Pierre S ne comprenait rien à ce qui l'environnait; il s'agitait sans motifs, et quand il avait repris l'usage de ses sens, il ne pouvait rendre compte de ce qui s'était passé. Il jouissait habituellement de toute sa raison , et se serait soumis avec résignation à son isolement, si sa femme n'était point venue l'exciter fréquemment, en le pressant de réclamer sa sortie. Les refus qu'il éprouvait l'irritaient et troublaient parfois sa raison; il ne se porta néanmoins à aucun acte de violence.

L'autorité administrative accordait fréquemment à cet aliéné

l'aulorisalion d'aller voir sa femme en ville, sons la surveillance d'un infirmier. Il profila d'une de ces permissions pour se rendre auprès du commissaire du gouvernement , afin de réclamer sa liberté; son animation fut extrême, malgré la présence de sa femme et d'un infirmier.

Les attaques furent encore plus frérpjentes et plus graves dans le mois de septembre 1848. Il se passait peu de nuits que Pierre

S ne fût plongé dans quelque accès , souvent assez bruyani

pour réveiller les malades qui couchaient dans le même dortoir. H poussait alors des cris lugubres qui causaient une pénible impression à ceux qui les ( nlendaienl. A ces cris succédait d'ordinaire un râle des plus sonores, après lequel Pierre S tombait

dans celte sorle de torpeur qui est la suite ordinaire des attaques de celte nature. Le lendemain , ce malade ne se souvenait de rien ; il se plaignait seulement d'un brisement loul particulier qu'il ne pouvait expliquer. // a(^ait quelquefois, mais bien plus rarement, des attaques pendant le jour. Quelques-unes se bornaient à un simple vertige; d'autres consistaient en une perte de connaissance avec chute, mais sans convulsions notables. Le délire survenait d'oi dinaire dans ce dernier cas, et persistait une demi-heure, une heure. Pierre S..... était alors obstiné, refusait d'obéir, ou môme ne comprenait pas, s'agitait sans molifs, prononçait des paroles qui n'avaient pas de sens, mais n'était point offensif. Enfin, mais plus rarement, de violentes attaques se manifestaient avec fortes convulsions, délire très-intense. La plupart de ces attaques n'étaient suivies immédiatement d'aucune action, de la part du malade ; mais quelquefois, à la suite d'attaques d'épilepsie ()araissant avortées, c'est-à-dire ayant une expression symplomatique moins marquée, la modification psychique était bien plus profonde ; il se livrait alors à des actes plus graves pour lui et pour les assistants. Ainsi on a vu cet épile[)lique se servir d'un couleau qu'il avait à l'insu des gardiens, le manier, et chercher à faire des boutonnières à son pantalon. A la suite de quelque autre attaque , il voulait renverser la table du réfectoire, et l'on eut quelque peine à l'en empêcher. Le délire était encore, à celte époque, rare et surtout de courte durée. Dans l'intervalle des accès, d'ailleurs, la raison était entière, le calme complet, la soumission parfaite. L'aulorilé administrative n'accorda plus qu'une permission desortie tous les «luinze jours.

Cel élal se prolongea jusqu'au mois de mars 1819, sans aggravalion bien notable. Pierre S devint alors plus morne, plus irritable; on remarqua qu'il recherchait la solitude. Il paraît que les chagrins de famille n'étaient pas étrangers à cette modification mentale. Néanmoins, chose digne de remarque, les attaques étaient alors plus rares et moins graves ; l'affection épileptique semblait en quelque sorte ramasser ses forces pour se manifester avec plus d'intensité.

Le 21 avril, Pierre S eut deux attaques dans la journée, et

trois la nuit suivante. Le lendemain malin, il délirait, mais il était inoffensif et ne se plaignait même de personne. Le soir, le délire augmenta et fut accompagné d'irritation. La journée et la nuit se passèrent ainsi dans l'agitation, sans nouvelle attaque.

Le 22 était le jour fixé pour la sortie de quinzaine; le médecin jugea prudent de retenir ce malade. L'agitation s'accrut, et, contre

toutes ses habitudes de soumission et de respect, Pierre S alla

jusqu'à menacer de frapper et même de tuer le médecin alors absent. Ces menaces durèrent longtemps; elles ne changèrent que d'objet, et furent proférées tantôt contre les sœurs , tantôt contre les infirmiers. L'exaspération était extrême; elle revêlait par moments tous les caractères de la fureur; les hallucinations se succédaient rapidement; le plus souvent, les assistants ne pouvaient assigner aucun motif, même futile, à ces emportements.

La nuit du 22 au 23 fui assez tranquille , et le lendemain , à la visite, le médecin trouva Pierre S calme et respectueux. Il ordonna 12 sangsues à l'anus. Pierre S sembla accepter celle prescription avec plaisir; mais, l'agitation et le délire étant revenus, ce malade refusa les sangsues , malgré toutes les injonctions. Cependant, vers le soir, il parut se décider, et les sangsues furent appliquées ; mais à peine avaient-elles pris, qu'il les arracha toutes avec la main. Cette exaltation dura jusqu'au 27 avril, mais en diminuant de violence, au point que de la fureur elle se réduisit successivement à une simple irritabilité. On remarqua que l'exaspération était généralement plus intense le soir que le matin. On n'observa pas de nouvelles attaques d'êpilepsie pendant tout le septénaire de l'accès.

H n'y eut pas d'accès notables de délire jusqu'au mois de mars 1850; on remarqua seulement, de temps en temps, un peu plusd'ir-

rilabililé. Quant aux allaques d'é|)ilepsie, e.lles eurent à peu près le même degré d'intensité et de fréquence. Dans la première quinzaine de mars 1850, les allaques d'épilepsie devinrent bien plus

rares. Trois ou quatre jours avant le 21 mars, Pierre S eut

quatre ou cinq attaques d'épilepsie assez forles. Il devint alors sombre par moments; néanmoins il n'y eut pas de délire manifeste, et à part cette légère surexcitation, rien ne pouvait faire présager un nouvel et plus terrible accès.

Pierre S .... ne paraît pas avoir eu d'attaques épileptiques dans la nuit et dans la matinée du 21, cependant l'irrilabililé était notable. Dans l'après-midi, Pierre S , ayant été heurté involon-

lairement par un aliéné aveugle, lieutenant en retraite, s'emporla violemment, et finit même par lui donner, sans autre motif, deux ou trois coups de poing. L'irritation alors ne tarda pas à se calmer,

pour faire place aux idées les plus noires. Pierre S se reprochait

vivement d'avoir frappé un de ses supérieurs : «Tu t'es déshonoré,

s'écriait-il , tu ne peux survivre à la honte. Pierre S ,tu as frappé

un officier!» Ces idées sombres l'ont vivement préoccupé toute l'après-midi. Un aliéné seulement fut témoin de cette scène et n'en rendit compte que plus tard.

Au moment où le dîner sonnait, à cinq heures du soir, Pierre

S eut une attaque près de son lit; un oreiller fut placé sous sa

léte, et il resta seul un instant pendant (lue l'on conduisait les aliénés au réfectoire. Quelques minutes après, un infirmier, étant

venu le prendre , le trouva grièvement blessé. Pierre S s'élait

frappé vers le milieu de l'abdomen avec un couteau de poche. Tout près de lui, par terre, se trouvaient quelques mètres d'intestin grêle complètement détachés.

Le malade mourui le lendemain.

L'auteur termine cette observation par le récit de l'état physique et moral du malade jusqu'à sa mort, et par le compte rendu de l'autopsie. Nous supprimons ces détails , qui n'ont pas de relation dii-ecte avec notre sujet.

3*^ Faits dans lesquels les accès de délire se produisent chez des individus dont l'épilepsie est méconnue, ou n existe reellemerii pas au moment où, l'on observe ces malades.

Les faits de celte catégorie constituent l'objet principal de notre travail ; ils me'ritent de nous arrêter plus longtemps que ceux des deux catégories précédentes. Ils sont beaucoup plus fréquents qu'on ne l'imagine généralement, et dignes , au plus haut degré , de fixer l'attention du praticien et du médecin légiste.

Voici comment s'exprime , à l'occasion de l'un de ces faits, M. le D"" Delasiauve, dans son traité de l'épilepsie :

Obs. IX. — Le nommé H , séquestré une première fois à Bi-

célre comme alleint d'aliénalion mentale, y fut réintégré pour la môme cause, après avoir assassiné sa femme. L'avocat s'élail appuyé, aux débals, pour obtenir l'acquittement du meurtrier, sur des altérations passagères de Tintelligence, et ce moyen de défense avait prévalu devant la cour. L'épilepsie n'avait pas été soupçonnée. Ge fut seulement dans l'asile , où , sauf quelques agitations fugitives, H se montra jusqu'à sa mort, survenue longtemps après,

d'une parfaite lucidité, que par certaines circonstances, auxquelles se joignit la déclaration d'un parent, révélant des crises nerveuses antérieures, on fut conduit à rattacher ses égarements momentanés, et partant ses actes répréhensibles , à des accès épileptiques nocturnes.

Convaincu que la perpétration criminelle résultait d'un trouble mental, la justice avait agi prudemment en substituant la séquestration administrative â une condamnation capitale. L'existence des attaques, si elle avait été connue , aurait rassuré plus complètement les magistrats sur l'équité de leur arrêt. (Delasiauve, Traité de l'épilepsie, p. 486.)

Celle obseï valion U ès-curieuse démonlre que l'existence de Tépilepsie, chez des individus considére's simplement comme alie'ne's, peut être méconnue pendant longtemps, même par des médecins très-habitués à cette maladie. Nous allons y joindre plusieurs observations analo^jues, recueillies par nous-même. Ce sont des exemples du genre de délire auquel nous avons donné le nom de petit mal intellectuel. Dans la plupart de ces cas , la maladie qui seule avait fixé l'attention était l'aliénation mentale. C'est seulement par l'examen des caractères spéciaux du délire que nous avons été conduit à soupçonner et à découvrir chez ces malades des vertiges ou de grandes attaques nocturnes. Nous nous bornerons , pour le moment , à relater ces observations , sans les faire suivre d'aucun commentaire , nous réservant d'y revenir plus tard , à l'occasion de la médecine légale.

Obs. X. — Le nommé V , 21 ans, a élé arrélé le 22 mars 1858,

â onze lieures du soir, dans Paris, et conduit à la préfecture de police, pour avoir donné, sans niolif appréciable el sans provocation, un coup de couteau à une fille publique qu'il avait rencontrée sur un trottoir. Interrogé le lendemain 23 mars, il nous a donné les renseignements suivants, que nous rapportons sous forme aphoristique, pour abréger cette observation.

V se rappelle d'une manière confuse ce qu'il a fait avant el

après l'acte violent sus-mentionné ; mais, au moment même où il a frappé cette femme, il avait, dit-il, la tête perdue. Il ne se rappelle qu'une chose, c'est que le couteau est entré en quelque sorte tout seul. En se sauvant après raccomplissemenl de l'acte, il n'avait pas l'idée de ce qu'il venait de faire; ce n'est qu'en arrivant sur la place des Victoires qu'il a commencé à se rendre compte d'une manière incomplète de l'action qu'il venait de commettre.

Voici les renseignements que nous avons oblenus de lui sur ses antécédents :

Ce malade ne sait pas s'il y a dans sa famille des personnes tombant du haut mal ou atteintes d'aliénalion mentale. Il a eu une

(ièvre ly|>lioïiJe il y a trois on qiialre ans. Il n'est pas sujet aux maux de téle. Il .éprouve très-fréquemment des étourdissemenls ; il est alors obligé de s'appuyer sur une table, ou sur le premier objel venu, pour ne. pas tomber. C'est comme un nuage, dil-il, qui lui passe devant les yeux. Un jour il parlait, et l'élourdissement lui a coupé la parole. Ces étourdissements surviennent chez lui deux ou trois fois par jour. Il lui esl arrivé souvent de voir comme de petites boules bleues devant les yeux ; autrefois c'était du rouge. Il lui prend quelquefois des tremblements involontaires qui durent environ un quart d'heure. (Les atlaques que le malade appelle des tremblements sont-elles de véritables attaques d'épilepsie ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer à l'aide du compte rendu fait par le malade lui-même.) Il dit éprouver de temps en temps une émotion subite au cœur.

V déclare lui-même qu'il n'a pas beaucoup de mémoire. Il y

a des moments surtout où la mémoire lui manque complètement. Le patron chez lequel il était employé lui donnait quelquefois des courses à faire, et en route, il oubliait l'objet de sa course. Quelquefois même il se surprend ne sachant plus faire son ouvrage habituel. Quand il lit, il lui arrive souvent d'être distrait et de ne plus savoir ce qu'il lit. Autrefois il aimait beaucoup la lecture; mais, depuis deux on trois mois, il ne peut plus lire. Il ne se rappelle pas si, dans certains moments, il lui arrive d'avoir des accès de folie et de déraisonner. Il prétend être somnambule pendant la nuit. Souvent, en travaillant, il surgit dans son esprit des idées tristes tout à coup. Il a eu fréquemment des idées de suicide; depuis deux ans et demi, il lui prend souvent l'idée de se jeter A l'eau, quand il passe sur les ponts. Ces envies de se luer surviennent tout à coup, dit-il, sans qu'il sache pourquoi. Dans ces moments-1;^, il veut mourir, sans se sentir triste ou malheureux. Son père est mort le 21 février dernier. Quatre jours avant la mort de son père, il avait cherché à s'empoisonner avec un narcotique. Il esl resté alors trois jours enfermé dans une chambre, sans en sortir. Il dit n'être pas colère habituellement et n'avoir jamais rien brisé. Il lui arrive très-souvent de quitter brusquement son atelier et de se promener sans but dans Paris ou dans les environs; il affirme cependant qu'il ne se perd jamais. Un jour il est parti tout à coup

de son atelier pour faire à pied le voyage d'Amiens; il est resié deux jours sans rentrer chez lui et sans manger.

Le jour où il a commis l'acte violent pour lequel il a élé arrêté, il s'était promené pendant toute la Journée dans la campagne, et n'avait rien mangé.

A la suite de cet interrogatoire, V fut envoyé à Bicêtreconime

épileptiijue aliéné. Il fut jugé irresponsable de l'acte non molivé et sans préméditation qu'il avait commis, au milieu d'un état de délire évident, lié à des verliges épileptiques fréquents, sans grandes attaques convulsives régulièrement constalées.

Oiîs. XI. — Le nommé M (Georges), âgé de 20 ans, a élé amené

A la préfecture de police pour acies de violence envers son père. A première vue, il paraît faible d'intelligence. 11 dit qu'il en veut à son père, parce que celui-ci l'appelle idiot, et que c'est la chose qu'il peut le moins supporter. En l'interrogeant plus attentivement, j'arrive à me convaincre qu'il est moins faible d'inlelligence qu'il ne le paraît, et qu'en réalité il est épileptique. Il avoue, en effet, qu'il a des élourdissemenls très-fréquents, qu'il est alors obligé de s'appuyer sur le premier objet venu pour ne pas tomber, et même qu'il tombe quelquefois. Il a de plus de fréquents moments de colère qui lui prennent tout à coup; ils s'accompagnent de Iremblements, et sont souvent suivis de pleurs : c'est une maladie, dit-il. Ces accès commencent par des visions; il voit son père, qui lui fait peur, et il lui donne des coups de pied pour le chasser. 11 voit des flammes, des cercueils, des morts, qui l'effrayent. Il est alors comme étourdi, comme un homme ivre. Il souffre horriblement de la léte, s'arrache les cheveux, et veut se frapper la tête contre les murailles; il est dans le désespoir, a des envies de se tuer, de se mettre sous les roues des voitures; une fois même, il a réalisé celte pensée, et, si la voiture eût marché, il eût été écrasé. Il a alors la léte comme perdue, dit-il, et ne se rappelle pas ensuite ce qu'il a dit ou fait pendant ses accès. Sa mémoire se perd, surtout dans certains- moments. Il est employé chez un avoué et a de fréquentes distractions; il se trompe souvent en copiant; il met un mol pour un autre, ei quelquefois ses propres idées à la place de celles qu'il devrait copier; tantôt il met des lettres en trop, lant(^t au contraire il oublie

et saule des mots; fréquemment ,'û ne peut ni lire ni écrire; il est alors absorbé, distrait et comme absent. Il lui arrive souvent de sortir de chez lui pendant le jour ou pendant la nuit; il éprouve le besoin de marcher sans but, et alors quelquefois il se perd. Une fois il s'est retrouvé ainsi au milieu de la plaine Saint-Denis; une autre fois, il a élé ramassé par la police.

En résumé, ce malade a de fréquentes absences; il éprouve des élourdissements, des perles de mémoire, des désespoirs subits avec envies de se détruire, un besoin de vagabondage sans but, enfin des accès décolère fréquents, instinctifs , accompagnés d'hallucinations, surtout de la vue, et d'actes de violence contre son père et sa mère. Tous ces faits suffisent , à nos yeux, pour établir chez lui l'existence d'un délire épileplique très-caraclérisé, lié à des verliges. Il prétend que pendant ses accès, il n'a jamais envie de faire du mal qu'à son père et à sa mère, et qu'il ne frapperait que pour se défendre; mais, comme sa mémoire est très-confuse, il peut bien ne pas se rappeler d'autres actes de violence auxquels il s'est peut-être livré, comme la plupart des épilepliques atteints de cette forme particulière de trouble mental à laquelle nous avons réservé le nom de petit mal intellectuel.

Obs. XII. — R , 2t ans, est épileptique, avec verliges fréquents

et grandes attaques environ deux fois par mois. Il a été plusieurs fois à Bicôlre et à l'asile de Niort. Il se rappelle peu de choses luimême relativement à ses accès; mais il sait qu'il est épileptique, qu'il a voulu se suicider, sans savoir pourquoi, et que souvent il se promène, pendant plusieurs jours, sans motif et sans savoir où il va. Les renseignements qui se trouvent dans son dossier constatent le vagabondage, les actes violents, l'action de briser, les tentatives fréquentes de suicide, et les accès de fureur de plusieurs jours , avec intervalles de calme et de raison assez complète, pour que plusieurs fois les commissaires de police et les médecins n'aient pas voulu constater l'aliénation.

Obs. XIII. — G , 47 ans, est domestique à Saint-Nicolas. Par

moments il lui prend des besoins de marcher, de se sauver, sans savoir où il va : «Je vais n'importe où, dit-il ; je vais où la tète me

fait aller.)) Quelquefois cel étal dure une heure, d'aulres fois plus longtemps. 11 prétend n'avoir eu qu'une seule fols une attaque de nerfs, avec tremblement général ; mais il sent que sa mémoire est infidèle et qu'il oublie beaucoup de choses. Il a souvent la tête lourde et les jambes faibles ; très-fréquemment il se mord la langue pendant la nuit, et il laisse écouler involontairement ses urines en rêvant. Il éprouve quelquefois des envies de se faire du mal; mais ordinairement, dit-il, ces idées ne durent pas longtemps. Il prétend qu'habituellement il n'est pas colère; il y a quelque temps cependant, il était susceptible et disposé à l'irritation.

Il éprouve quelquefois des étourdissements ; mais ce qu'il ressent le plus souvent, ce sont des faiblesses dans les jambes. Il est habituellement d'un caractère gai; mais, quand sa léte est malade, dit-il, il devient triste. Il entend quelquefois des voix, comme si on lui parlait; il parle alors seul malgré lui sans savoir pourquoi. Il pleure également sans motifs : les larmes lui viennent tout à coup, dit-il, mais cela ne dure pas ; cet é(at de tristesse disparaît presque instantanément. «Je ne perds jamais complètement connaissance, dit-il , mais je me sens poussé^ malgré moi , à faire une chose ou une autre.» 11 prétend qu'il ne lui est jamais arrivé de frapper personne, et qu'il est doux de caractère. Sa vue est quelquefois brouillée.

Obs. XIV. — L (Henri-Gustave), 29 ans, né à Domfront (Orne),

est venu de lui-même se livrer entre les mains du commissaire de police, pour se soustraire aux persécutions dont il se croit l'objet : «// ne veut plus être la risée de tout le monde. Il entend des voix jour et nuit ; on lui reproche des crimes imaginaires. Il est si malheureux, dit-il , qu'il demande protection pour devenir plus libre. Il voit quelquefois des figures et des lumières rouges , il a des frayeurs , il éprouve par moments le désir de se jeter à l'eau ; d'autres fois il a besoin de frapper contre les murs ou par terre, pour épuiser sa colère. Il n'est pas méchant, dit-il; quelquefois seulement il est colère et disposé à frapper, mais il se retient.»

Il éprouve souvent des tremblements et des étourdissements; une fois même il est tombé. Il est donc bien évidemment épileptique. Tous ces phénomènes surviennent chez lui par accès : tantôt ii

parle, agit et travaille, comme tout le monde ; tantôt, au contraire^ il a de l'obtusion dans les idées, il oublie tout, ne peut plus se retrouver dans ce qu'il fait ; il erre çà et là, dans un élat de vagabondage, veut se tuer, et dit lui-même qu'il ne sait ce qu'il fait. Il entend alors des voix, il voit des lumières et des figures qui passent devant ses yeux. Il a en partie conscience du vague et de la confusion qui existent dans ses idées.

Les observations qui pre'cèdent suffiraient pour faire connaître les caractères particuliers du trouble mental auquel nous avons donné le nom de petit mal intellectuel des épileptiques. Elles permettent d'appre'cier l'importance de l'élude de cet état mental , pour faire découvrir chez ces individus des vertiges épileptiques ou de grandes attaques nocturnes , qui, sans cette connaissance, pourraient rester ignorés. Néanmoins , pour compléter la démonstration d'un fait aussi important pour la clinique et la médecine légale , nous ne pouvons nous empêcher de citer ici une dernière observation, plus curieuse encore que les précédentes , que nous avons eu l'occasion de recueillir , dans la prison du palais de justice à Rouen, avec M. le D'' Morel, de Saint-Yon. Cette observation est d'autant plus intéressante à rapporter que le jeune homme qui en fait l'objet , et qui présentait év^idemraent tous les symptômes physiques et moraux de l'épilepsie , avait été condamné à cinq ans de prison par la cour de Rouen, à la suite d'un acte violent commis sous l'influence de sa maladie, et commençait à subir sa peine dans la prison, au moment où nous l'avons interrogé (7 août 1857).

Obs. XV. — Le nommé S , âgé de 21 ans, a élé condamné à cinq

ans de prison par la cour de Rouen, pour avoir failli tuer un de ses camarades de fabrique d'un coup de pilon. Voici les détails que nous avons pu obtenir de lui-même sur ses antécédents et sur son élat actuel :

Ce malade est né en Alsace et appailienl à une fanjillc qui compte des aliénés, des apoplectiques et des épilepliques. 11 dit lui-môme que sa maladie lui vient du côté de sa mère, qui a élé longtemps malade comme lui, et qui en est morte ; plusieurs de ses frères et sœurs en sont moris également. Lui-même a toujours élé bizarre et original ; d'un caractère sombre et mélancoli(iue, il passait fréquemment d'une gaieté excessive à une prostration trèsgrande. Irritable au plus haut degré, il lui est arrivé fréquemment de frapper ses camarades, sans provocation aucune. Ses amis avaient eu tant à souffrir de l'inégalité de son caractère, que peu à peu ils s'étaient éloignés de lui. Lorsqu'on lui rappelait ces faits, il niait les avoir commis; ses souvenirs étaient si vagues et ses actes si instantanés, qu'il ne pouvait donner l'explicalion des actes étranges dont il était le premier à gémir. Employé dans une fabrique de Rouen , pour un talent particulier de coloriste, qu'il possédait à un haut degré, malgré le niveau peu élevé de son intelligence, il se défiait tellement de lui-même, qu'il avait rompu toute relation avec ses camarades, et se renfermait le plus souvent dans sa chambre, où il se livrait à des expériencee de chimie. Il rapporte qu'il éprouve, depuis son enfance, de fréquents étourdissemenls, qui lui passent devant les yeux comme un brouillard. Il sait si bien qu'il est sujet à des étourdissemenls qui l'obligent à se coucher pendant le jour pour ne par tomber, et qui le poussent malgré lui à casser et à frapper, qu'il en a prévenu le directeur de la fabrique avant d'y entrer; il lui a dit en outre qje quelquefois il ne se rappelait pas ce qu'il venait de faire ou d'écrire , et que plus lard il était obligé de déchirer et de refaire certaines pages de ses registres, qu'il avait mal écrites pendant qu'il était malade. Il sent si bien qu'il est exposé à perdre la mémoire dans certains moments, qu'il a pris depuis longtemps l'habitude de mettre par écrit les choses dont il désire conserver le souvenir, et que sans celle précaution il oublierait. Il accusedes maux de tête presque continuels ; par moments, ils sont extrêmement intenses, surtout au front, puis au sommet, et vont en diminuant à la partie postérieure. Ces maux de léte sont quelquefois si forts pendant la nuit, qu'il est obligé de se tenir presque assis dans son lit, ou même de ne pas se coucher. Il dort très-peu; il se réveille vingt minutes, ou une demi-heure environ, après s'être endormi, par suite de ses maux de lêle ou de

ce qu'il appelle des serrements de nerfs ; il sent alors ses bras qui se crispent et se conlractent , puis ses yeux se brouillenl. Il lui est arrivé souvent, en dormant, de se mordre, non pas la langue, mais l'intérieur des joues. Il se réveille fréquemment avec les pouces serrés dans le creux de la main, et la salive qui s'écoule le long de sa bouche.

Pendant le jour, au moins trois fois par semaine, il éprouve des élourdissements semblables. Jamais il n'est tombé, dit-il, parce que ces élourdissemenls ne surviennent pas tout à coup, et qu'il a le temps de se prémunir conire la chule. Il sent ses mains qui se crispent, ses yeux qui se brouillent, et il est obligé de s'appuyer sur un meuble, sur le lit, ou même de se coucher, parce qu'il ne pourrait pas se tenir debout. Ces phénomènes se produisent surtout dans la soirée, mais également pendant le jour. Néanmoins il dit n'être jamais lombé complélement, ne pas s'être blessé, et n'avoir jamais été rapporté chez lui sans connaissance.

Lorsque ces élourdissements se reproduisent plusieurs fois de suite, il se sent , malgré lui , porlé à frapper, à briser les objets ; it cherche à se contenir, mais quelquefois il ne peut s'en empêcher. Il lui est arrivé souvent de casser les objets doni il se sert pour ses couleurs. Quand il est dans cet état, il se méfie de lui-même ; il évite de parler A qui que ce soit, et s'éloigne volontairement, quand on s'approche de lui, parce qu'il sent que si on lui disait le moindre mot, il entrerait en discussion et frapperait celui qui lui répondrait. «Dans d'autres moments, dit-il, j'ai un caractère trèsdoux ; mais, dans ces moments-lâ, je fais des choses que je regrette bien après. C'est comme cette fois-ci, je ne sais pourquoi j'ai frappé mon camarade, que j'aimais bien ; j'en ai été bien peiné plus (ard, mais dans le moment je n'y pensais pas.»

Quand il éprouve ces élourdissements coup sur co^p, sa mémoire s'affaiblit beaucoup; il veut prendre un objet, et, en allant le chercher, il oublie ce qu'il allait faire. Dans ces momenls-là, il lui arrive également d'écrire des choses qu'il ne se rappelle plus ensuite avoir écrites; quand il les relit plus tard, il les déchire, parce qu'il s'aperçoit que ce n'est pas bien fait. Il lui est ainsi fréquemment arrivé de déchirer plusieurs pages de ses registres. La mémoire est beaucoup plus affaiblie après les élourdissemenls que dans les intervalles ; il se rappelle plus tard des choses qu'il avait complète-

irnenl oiil)lié('S après les élourdissernents. C'est ainsi, par exemple, qu'on lui a fait voir un papier qu'il aurait écrit dix minutes après l'acte violent pour lequel il a été condamné ; or il se rappelle bien ôlre monté dans sa chambre après cet acte, et avoir pris son registre, mais il ne se rappelle pas du tout ce qu'il a écrit. Il dit n'avoir jamais éprouvé d'absences de plusieurs jours , mais avoir eu des momenis où on le considérait comme hébété. Il se promenait alors conslamment dans sa chambre; il avait un grand besoin de locomotion, ne pouvait ni travailler ni se fixer à rien; il ne se promenait pas au dehors ou dans la campagne, mais il ne pouvait rester en place.

Les détails de l'acte violent pour lequel ce jeune homme a été condamné sont intéressants à rapporter. En passant auprès de son camarade, qui était le seul ami qu'il eût conservé dans la fabrique, il s'arrêta devant lui, l'embrassa à plusieurs reprises avec effusion de larmes, puis revint s'asseoir à sa place. Il était connu comme très-excentrique, et personne n'y fit attention. Un instant après, il se leva de nouveau, passa encore derrière son ami, et, celte fois, lui asséna sur la lête un coup de pilon si violent , qu'on le crut mort sur le coup. Le malade lui-même, interrogé dans la prison sur les délails et les motifs de cet acte, nous répond qu'il en a en grande partie perdu le souvenir; cependant il sait qu'il a frappé son camarade sans préméditation : le pilon était toujours auprès de lui, il s'en est servi parce qu'il l'a trouvé sous sa main. Il se rappelle que son ami avait accusé, les jours précédents, les personnes de la fabrique d'avoir mis du jalap dans sa soupe, et d'avoir voulu l'empoisonner; celte accusation lui est revenue tout à coup à l'esprit en voyant cet individu devant lui , il a cru qu'il l'accusait lui-même de ce crime ; alors, cette idée lui ayant traversé l'esprit, il le frappa machinalement, par suite d'une impulsion instinctive à frapper, qu'il avait dans ce moment comme dans beaucoup d'autres, et qu'il a amèrement regrettée depuis.

Les observations précédentes terminent la série des faits destinés à prouver que l'épilepsie diurne ou nocturne peut être nniéconnue chez des malades présentant les caractères spéciaux du délire épileptique, et que la connaissance de ce

délire spécial peut devenir un auxiliaire précieux pour découvrir les symptômes physiques de la maladie qui passeraient inaperçus.

Pour compléter l'exposé des faits que nous voulions rapporter , il nous resterait maintenant à aborder le côté le plus délicat de notre sujet. Nous aurions à citer des exemples de transformation de l'épilepsie en délire , chez des malades qui ont été épileptiques , mais qui n'offrent plus les symptômes physiques de cette. maladie, au moment où on les observe. Celte question touche à l'un des problèmes les plus ardus de la pathologie générale , c'est-à-dire à la transformation possible des maladies les unes dans les autres ; elle nous amènerait à envisager, dans Tépilepsie , la convulsion et le délire comme deux symptômes ou comme deux manifestations diverses d'un même état morbide. Cette question de doctrine ne peut être traitée ici incidemment, à l'occasion de quelques observations particulières ; nous nous sommes , du reste , imposé à cet égard , dans ce travail, une extrême réserve. Nous n'avons voulu nous appuyer, pour décrire les caractères du délire épileptique , que sur des faits d'épilepsie certaine , et dans lesquels la relation entre le délire d'une part , les vertiges et les attaques convulsives d'autre part, ne pouvait être contestée par personne. Néanmoins, pour parcourir entièrement le cercle que nous nous sommes tracé, nous croyons devoir relater ici , sans réflexions , les trois observations suivantes, dont deux sont déjà consignées dans les annales de la science et dont la troisième nous est personnelle. Notre but est simplement d'attirer l'attention des observateurs sur ces faits singuliers , dans lesquels le délire paraît n'être qu'une transformation de l'épilepsie, qui a cessé de se produire depuis assez longtemps ; quelquefois même elle reparaît de

nouveau plus tard , el son retour coïncide alors avec la dis parilion du trouble mental.

Voici ces trois observations , bien dignes d'être méditées :

Obs. XVI. — Un paysan, né à Krumbach, en Souabe, el de parents qui ne jouissaient pas de la meilleure santé, âgé de 27 ans, célibataire, était sujet , depuis l'dge de 8 ans, à de fréquents accès d'épilepsie. Depuis deux ans, sa maladie a changé de caractère, sans qu'on puisse en alléguer de raison; au lieu d'accès d'épilepsie, cet homme se trouve, depuis cette époque , atlaqué'd'un penchant irrésistible pour le meurtre. Il sent l'approche de son accès plusieurs heures, quelquefois un jour avant l'invasion ; du moment où il a ce pressentiment, il demande avec instances qu'on le garrotte, qu'on le charge de chaînes, pour l'empêcher de commettre un crime. «Lorsque cela me prend, dit-il, il faut que je lue, que j'étrangle, ne fût-ce qu'un enfant.» Son père et sa mère, que du reste il chérit tendrement, seraient, dans ses accès, les premières victimes de son penchant au meurtre: «Ma mère, s'écrie-t-il d'une voix terrible, sauve-toi, ou il faut que je t'éîouffe!»

Avant l'accès, il se plaint d'être accablé par le sommeil, sans cependant pouvoir dormir; il se sent très-abattu, el éprouve de légers mouvements convulsifs dans les membres. Pendant les accès, il conserve le sentiment de sa propre existence. Il sait parfaitement qu'en commeltanl un meurtre, il se rendrait coupable d'un crime. Lorsqu'on l'a mis hors d'étal de nuire, il fait des contorsions et des grimaces effrayantes, tant(:^t chantant, tantôt parlant en vers. L'accès dure d'un à deux jours; l'accès fini, il s'écrie :« Déliez-moi; hélas! j'ai bien souffert, mais je m'en suis tiré heureusement, puisque je n'ai lué personue.» (Esquirol , Mémoire sur la monomanie homicide, p. 831; fait emprunté à Gall.)

Obs. XVII. — Le D"" Schupmann (dans le deuxième cahier de 1847 du Journal de ps/clUatrie) rapporte l'observation suivante d'une épileptique âgée de 30 ans, dont les accès étaient d'une remar- (piable intensité. Elle fut atteinle du choléra, (jui l'affaiblit beaucoup, mais qui se Urmlna cependant par la guérison. A peine réta-

blie, elle s'agila, montra beaucoup de mobililé, prétendit qu'elle sentait remuer quelque chose de vivant dans son ventre, et, se pénétrant de plus en plus de cette idée fixe, finit enfin par prétendre qu'elle était enceinte. La moindre contradiction à ce sujet produisait un accès de fureur tel, qu'il fallait l'assujettir sur un fauteuil. On tenta plusieurs épreuves pour la tirer d'erreur, on simula même un accouchement, et l'on eut alors l'occasion d'observer une excitation assez vive du côté des organes de la génération. Tout fut inutile; elle resta dans son erreur. Le sommeil l'avait quittée, l'agitation n'avait pas de trêve. On y opposa l'emploi de l'opium à haute dose, ainsi que du camphre et du niire, et l'on finit par obtenir graduellement un peu de repos ; mais l'idée fixe restait toujours. Elle n'a dispara que par le retour îles accès d'épilepsie , qui, pendant celte aliénation mentale passagère , n'avaient pas reparu, et étaient ainsi la cause de ce délire. (Extrait, par Renaudin , du Journal de psychiatrie, 2® cahier, 1847, dans les y^nnales médico - psychol.. 1" série, t. I, p. 301.)

Obs. XVIII. — Le nommé B , âgé de AZ ans , a été réformé autrefois du service militaire pour cause d'épilepsie. Il y a quelques jours (3 décembre 1860), il s'est présenté chez un commissaire de police pour lui demander protection contre lui-même. Il lui apprit que sa femme l'ayant quitté, il s'est trouvé pris d'un accès de désespoir involontaire, qu'il perd la lêle, qu'il ne sait plus ce qu'il fait, qu'il erre dans la campagne, qu'il éprouve le besoin irrésistible de tuer sa femme et qu'il la tuera!

Cet homme , âgé de 43 ans , est , dans le moment où je l'interroge (5 décembre 1860), dans un état mental satisfaisant; il n'a aucune hébétude, répond facilement à toutes les questions, et dit qu'il veut écrire à sa femme pour l'engager à revenir avec lui. Son état de délire a donc disparu.

Il dit qu'il a quelquefois des sueurs qui lui prennent subitement à la suite de la plus simple contrariété ; que de temps en temps il boit , mais qu'en dehors de cette circonstance il ne perd pas la téte. Il prétend qu'il ne lui arrive jamais de se promener sans but, et qu'il n'oublie pas non plus des périodes entières de son existence.

Il affirme que l'idée de (uer sa femme lui a pris tout à coup. Il dit n'éprouver jamais d'étourdissemenis et n'avoir pas eu d'attaques

d'épilepsie depuis qu'il a qiiillé le réfîimenl (à l'âge de 22 ans, el il en a mainlenanl43). Les étourdissemeiils ont eu lieu, dit-il, une fois ou deux dans la première année de son mariage, en 1841; mais, depuis celle époque, il dit ne plus en avoir éprouvé. La moindre chose le contrarie. Il a des nerfs, dit-il ; il lui est arrivé de frapper dans des disputes, mais il prétend qu'il ne casse pas et qu'il n'a pas de colères violentes.

Ces renseignements négatifs donnés par le malade lui-même n'ont pas une grande valeur, ils auraient besoin d'être confirmés par le témoignage de personnnes ayant vécu avec lui ; on ne doit donc les accepter qu'avec réserve.

Mais cette observation, toute incomplète qu'elle est sous certains rapports (surtout au point de vue de la cessation de l'épilepsie pendant vingt et un ans), est néanmoins Irès-curieuse comme exemple d'une tendance instinctive à l'homicide , se développant sous forme d'accès, chez un individu qui a eu des attaques d'épilepsie vingt ans auparavant. Reste à savoir s'il n'aurait pas encore actuellement des attaques nocturnes qui passeraient inaperçues!

Après les détails contenus dans les observations que nous avons rapportées , il nous sera possible maintenant de résumer rapidement les principales variétés de marche du délire épileptique, dans ses rapports avec les vertiges et les attaques convulsives.

L'épilepsie présente dans sa marche de grandes irrégu* larités , soit chez le même malade , soit chez des malades différents. 11 est des épileptiques qui n'ont qu'un petit nombre d'accès pendant toute la durée de leur existence ; il en est d'autres qui éprouvent des attaques beaucoup plus fréquentes, par exemple tous les mois, tous les quinze jours, une ou plusieurs fois par semaine , et même tous les jours ou plusieurs fois par jour. Chez certains malades , on n'observe que de grandes attaques convulsives , qui ont lieu alternativement le jour et la nuit; chez d'autres, ces attaques convulsives ne se produisent que pendant la nuit. Souvent alors

elles ne se manifestent que par la morsure de la langue ou des lèvres , l'émission involontaire des urines , un ronflement particulier qui a lieu pendant le sommeil ; des mouvements convulsifs partiels, plus ou moins intenses , qui ne sont remarqués que quand on les recherche ; l'écume à la bouche observée au moment du réveil ; enfin les petites ecchymoses très-nombreuses sous la peau du cou ou du front , symptôme sur lequel M. Trousseau a tout récemment encore attiré l'attention des observateurs. D'autres épileptiques enfin ne présentent , comme manifestation de leur maladie , que des vertiges, ou de simples absences; tantôt ces symptômes existent seuls pendant plusieurs années, tantôt, au contraire, ils coïncident ou alternent avec de grandes attaques convulsives. Ces diverses manifestations de l'épilepsie tantôt se reproduisent avec une certaine périodicité , à intervalles à peu près égaux , tantôt surviennent à intervalles très-rapprochés , et comme par séries , puis cessent pendant un certain temps de se produire , et se suspendent même pendant longtemps chez quelques malades.

Les mêmes variétés que Ton constate dans le mode de succession des phénomènes physiques de l'épilepsie , on les observe dans la production des troubles intellectuels, et dans leurs rapports avec les vertiges ou les grandes attaques. Il est un certain nombre d'épileptiques qui, malgré l'intensité et la fréquente répétition de leurs accès , conservent néanmoins, pendant toute leur vie , l'intégrité de leurs facultés intellectuelles, et ne présentent que de légères perturbations de l'intelligence et du caractère, auxquelles on ne peut donner le nom de folie. Il est d'autres malades qui, à la suite d'accès épileptiques fréquents et renouvelés pendant de longues années , arrivent peu à peu à un état continu de ^Jémence et même d'idiotisme , interrompu de temps en temps

seulement par des périodes d'agitation de courte durée. Chez d'autres épilepliques enfin, la raison est généralement intacte, et l'on n'observe, pendant tout le coui's de leur vie, qu'un petit nombre d'accès de délire, ou même qu'un seul accès, ainsi qu'il en existe quelques exemples bien avérés dans les annales de la science.

Néanmoins, dans la grande majorité des cas d'épiiepsie déjà ancienne , les accès de délire surviennent assez fréquemment, soit en liaison directe avec les attaques, soit dans leurs intervalles ; mais il existe , sous ce rapport , de grandes différences , quant au degré de fréquence , chez le même malade ou chez des malades différents. Ainsi tantôt les>ertiges ou les accès convulsifs ont lieu plus souvent que les accès de délire , c'est là évidemment le cas le plus fréquent ;Hantôt , au (îbntraire , ce sont les accès de délire qui se produisent le plus fréquemment et qui attirent seuls l'attention des médecins et des magistrats ; tantôt enfin , et c'est là le cas le plus rare , tous les accès convulsifs sans exception sont suivis d'accès de délire.

On voit, d'après ce résumé rapide , qu'il existe de grandes irrégularités dans le mode de production des troubles intellectuels chez les épilepliques. 11 est dès lors impossible de déterminer, d'une manière absolue , la marche du délire épileptique , dans ses rapports avec les accidents physiques de l'épilepsie. Cependant, tout en admettant de nombreuses diversités individuelles, nous croyons pouvoir résumer, d'une manière générale , la marche la plus habituelle du délire dans ses relations avec les attaques épilepliques , par les propositions suivantes :

1^ Les accès épilepliques fréquents et longtemps renouvelés amènent ordinairement l'affaiblissement progressif des facultés intelléctuelles, et conduisent peu à peu les ma-

iailes qui cii sont alteiats à uu état de démence et d'idiotisme. Néanmoins, lorsque les attaques se suspendent pendant un temps assez long, l'intelligence peut reprendre momentanément une partie de son activité ; de plus , il est quelques cas exceptionnels dans lesquels l'intelligence conserve toute son intégrité , malgré la répétition fréquente et prolongée des accès épileptiques.

2** Les absences et les vertiges , ainsi que l'a dit Esquirol , entraînent plus rapidement et plus sûrement l'affaiblissement intellectuel que les grandes attaques convulsives , même fréquemment renouvelées,

3° Les accès de délire auxquels nous avons donné le nom de petit mal intellectuel sont liés le plus habituellement aux vertiges ou aux attaques nocturnes ; les accès de grand mal, au contraire, sont presque toujours en rapport avec les grandes attaques convulsives.

4° Les deux formes du délire épileptique se produisent de préférence à la période moyenne de l'épilepsie , c'est-àdire alors que cette maladie existe déjà depuis quelques années ; la première période est presque toujours exempte de délire , et la dernière est habituellement accompagnée de démence , et dépourvue de pertubations plus actives de l'intelligence.

6** Les accès de délire surviennent beaucoup plus souvent avant et surtout après les attaques épileptiques que dans leurs intervalles , et à une grande distance des vertiges ou des accès convulsifs.

6° Les conditions qui , dans la mai'che de l'épilepsie , favorisent le plus la production du délire , sont les suivantes : Lorsque l'épilepsie est restée longtemps suspendue , elle fait souvent explosion avec une nouvelle intensité , en même

temps sons la forme convulsive et sous la forme délirante. Lorsque les accès ëpileptiques se reproduisent à intervalles très-rapprochés , par séries , et comme coup sur coup , on voit fréquemment, dans ces circonstances , apparaître le délire ; cela a lieu surtout lorsque ces attaques successives sont en quelque sorte avortées , ne se manifestent que d'une manière incomplète, et que le mal ne sort pas, pour nous servir d'une expression souvent employée par les malades euxmêmes ou par ceux qui les entourent. Ainsi se trouvent conciliées, selon nous, les deux opinions en apparence opposées, exprimées à cet égard par plusieurs auteurs qui se sont spécialement occupés de cette question.

M. Delasiauve, par exemple (p. 151), pense «que les symptômes maniaques ont d'autant plus de chances de se produire , que les accès ëpileptiques sont plus rapprochés , plus multipliés , plus intenses , et qu'ils reconnaissent une origine plus ancienne. »

M. Morel, au contraire {Études cliniques , t. II , p. 319), s'exprime ainsi : « J'ai l'emarqué que les accès ëpileptiques étaient compliqués d'une exaltation d'autant plus grande , que ces accès étaient plus éloignés et que l'individu jouissait, dans les intervalles , d'une raison plus parfaite. » A la page suivante. M, Morel déclare adopter également l'opinion de M. le D*" Cavalier, relativement à l'influence plus grande des accès avortés d'ëpilepsie pour la production du délire.

Ces opinions, qui paraissent contradictoires, nous semblent pouvoir se résumer dans la proposition suivante :

Le délire se produit surtout à la suite d'attaques ëpileptiques répétées à intervalles rapprochés, après une longue suspension de la maladie.

Telles sont les considéi^ations générales que nous avons

cru devoir présenter sur la marche du délire épileplique. Pour terminer notre travail , il nous reste maintenant à faire ressortir les conséquences que peut avoir l'étude de ce délire spécial et de ses variétés de marche pour la pathologie mentale et la médecine légale des aliénés.

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