SECTION PREMIÈRE. — NERVOSISME AIGU
Dans le nervosisme aigû, qui est très-rare, les malades sont pris de malaise, accompagné de faiblesse et d’amyosthénie, d’inappétence et de dégoût, quelquefois dé ptyalisme, de nausées et de vomissements aqueux, de constipation résistante et d’irritabilité générale avec fièvres, sans forces, brisés par la courbature musculaire générale, obligés de garder le lit ; quelques-uns ne peuvent soulever la tête de l’oreiller sans craindre une défaillance ou la syncope ; ils supportent difficilement les odeurs, le bruit, la lumière; leurs sens, devenus très-excitables, doués d’une sensiliilité maladive connue sous le nom d’bypérestliésie souffrent dans leur exercice ou donnent lieu h des illusions sensoriales nombreuses, surtout à une période avancée de la maladie. Alors la maigreur et l’altération des traits augmentent, la langue reste blanche, les vomissements continuent et la constipation persiste, ainsi que l’état fébrile caractérisé par l’accélération du pouls et la chaleur de la peau ; puis surviennent des accidents névralgiques et cérébraux très-graves ; des douleurs générales ou partielles dans la tête ou dans les membres, du délire d’abord passager, puis continu, l’affaiblissement des organes des sens, des hallucinations singulières, do l’assoupissement, du coma, des contractions, de:;
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convulsions, et enfin la mort après un ou deux mois de souffrances inouïes, sans que l’examen le plus scrupuleux ait permis de découvrir une altération matérielle appréciable des principaux organes.
Les quatre exemples' que j’ai observés dans ma clientèle, et que je rapporte ici , pourront donner une idée de l’enchaînement de ces symptômes.
Obs, IX. — Nervosisme aigu, — Fièvre, — Hyperesthésie générale. — Ptyalisme. — Marasme. — Guérison.
(« Une dame de 40 ans environ, mère de famille, femme d’un membre de l’Académie des sciences , était, à son retour d’âge, affaiblie pard’abondantes hémorrhagies utérines.
«Dans l’hiver de 1846, à la suite d’une faible bronchite, qui nécessita le repos et la diète, cette dame extrêmement impressionnable ne recouvra pas l’appétit, et continua d’avoir la fièvre. Une irritabiiJité extrême, des idées bizarres, la sensibilité très-vive des yeux à la lumière du jour, l’hypéresthésie des oreilles et de la peau sur les membres, des douleurs névralgiques de la tête avec de l’insomnie, des frayeurs nocturnes ; et un alanguissement musculaire considérable, causé par l’amyostbénie, furent observés.
« La malade maigrissait à vue d’œil, et ne pouvait plus rien prendre, car elle avait même le dégoût des boissons. — Elle était fatiguée par un ptyalisme abondant et mousseux. — Il n’y avait ni vomissement, ni évacuation alvine. La peau était chaude, et le pouls, petit, fréquent, battait 120 fois à la minute.
« Cet état de choses durait depuis un mois ; on était au mois de décembre, et bien que le bouillonne fût pas digéré, j’ordonnai une côtelette, après une immersion dans l’eau â 15° et une promenade forcée de dix minutes, dans la rue,
SYMPTOMES
par un affreux'temps de neige. Je prescrivis en môme temps une foible dose quotidienne de sous-carbonate de fer.
(( Cette médication réussit très-bien ; et chaque jour était signalé par une amélioration nouvelle dans l’accroissement des forces, de l’embonpoint et dans la diminution de l’excitabilité nerveuse.
« Néanmoins, il fallut quatre mois de traitement hydrothérapique, d’usage des ferrugineux, et enfin le séjour à
la campagne des Moulineaux, près Paris, pour rétablir «
complètement la malade. »
Obs. X. — Nervosisme aigu. — Fièvre. — Palpitations. —
Vomissements glaireux. — Ptyalisme. — Marasme. —
Guérison.
« A Mello, une jeune femme de 20 ans, habituellement bien portante, mariée depuis cinq mois, ayant régulièrement ses règles, devint peu à peu dyspeptique, puis ses forces disparurent ; elle eut de la fièvre , quelques vomissements et on lui fit garder le lit en la mettant à la diète. Un vomitif et quelques autres médicaments furent administrés sans résultat.
(( Cet état de choses durait depuis cinq semaines ; et il en était résulté un amaigrissement considérable , et elle ne pouvait se tenir à cause de l’amyosthénie. Toutefois, quand je la vis avec le docteur Millo, la malade avait bon visage, son teint de blonde légèrement pâlie était pur, et ses yeux bleus annonçaient la santé. J’en conçus bon augure et commençai l’examen des principaux organes.
c( Tout appétit avait disparu ; la langue était épaisse, blanche, fade ; les vomissements étaient fréquents et les boissons passaient avec difficulté. Constipation absolue.
« Le ventre aplati , indolent , ne renfermait aucune tumeur.
(( La poitrine était en bon état, ainsi que le cœur, et il n’y avait aucun bruit anormal dans les vaisseaux du cou.
s 6 DE l’État nerveux ou nervosisme.
— La malade se plaignait de palpitations fréquentes. Son pouls dépressible, régulier, rapide, battait de iOO à 112 fois par minute....
« La malade souffrait de la tète et son sommeil était fréquemment interrompu par des cauchemars. Elle ne pouvait lever la tête de l’oreiller, ni se mettre sur son séant, sans avoir des 'vertiges , sans être étourdie, ni prête à se trouver mal. La plus grande souffrance était un ptyalisme continuel, et à chaque instant elle crachait de la salive mousseuse, blanche.
(( Ne trouvant aucune altération des viscères , et ne voyant là qu’un nervosisme aigu, caractérisé par la fièvre, le ptyalisme, la faiblesse, l’inappétence, le vomissement et l’insomnie sans modification appréciable des solides ou des liquides ; pensant d’ailleurs qu’une longue inanition était pour quelque chose dans la production des accidents , je fis donner des côtelettes, de l’eau rougie, des irrigations d’eau froide sur le corps, et du sulfate de quinine à petite dose.
« Trois jours après, la jeune femme se promenait dans son jardin, et deux mois après elle venait me rendre visite à Paris. »
Obs. XI. — Nervosisme aigu. — Dyspepsie. — Gastralgie. — Névralgies temporales: — Vertiges. — Surexcitabilité nerveuse. — Etat fébrile simulant une affection typhoïde. — Hallucinations de Vouie et de la vision. — Toux ner^ veuse. — Affusions froides. — Médication tonique. — Guérison.
« Mademoiselle R...., caissière d’une grande maison de commerce à Paris, vivait très-sédentaire dans cet établissement, et, depuis plusieurs mois, elle souffrait de contrariétés quotidiennes incessantes, contre lesquelles il ne fallait rien dire.
« Douée d’une excellente constitution et d’une bonne
santé habituelle, elle n’avait jamais été malade, et n’avait jamais eu de maladie nerveuse ou d’attaques convulsives. (C’était en 1850.) — Sous l’intlueuce des causes dont je viens de parler, les digestions se troublèrent, et avec une constipation opiniâtre, il y eut de la gastralgie , des envies de pleurer, des vertiges, des bluettes et une incapacité presque complète de tenir sa comptabilité commerciale. Les règles diminuèrent d’abondance et le sang devint très-pâle. Les nuits se passaient sans sommeil dans un état d’agitation considérable , au milieu de rêves pénibles ; des douleurs de tète apparurent , l’appélit cessa complètement, et avec une fièvre continue il fallut garder le lit. •
(( L’examen du ventre, du cœur et des poumons ne me révéla rien d’organique ; il n’y avait pas de souffle vascuculaire artériel, et les troubles fonctionnels de la tète, de l’estomac et de la circulation furent tout ce que je pus constater.
« Incertain du diagnostic, j’observais la malade, et après avpir donné un ou deux purgatifs j’attendis. — Les phénomènes morbides ne firent que s’aggraver.
« Au lit elle ne voulait rien prendre que des boissons ; dévorée par la fièvre, abattue, amyosthénique et souffrant de la tête, elle avait la langue blanche et était sans appétit; son ventre était douloureux comme le reste du corps; et elle avait, tout éveillée, des hallucinations qui lui montraient les voisins pénétrant et parlant dans la chambre, ce qui l’épouvantait fort. Elle fut prise d’une toux sèche, fréquente, sans expectoration, et la poitrine n’offrait aucune altération du murmure vésiculaire.
« Cette situation se prolongeait sans amélioration depuis trois semaines et elle aurait pu durer plus longtemps. Ne trouvant pas la raison suffisante de cet état fébrile continu, avec inappétence, et voyant cette exaltation nerveuse assez forte, avec hallucinations continuelles et toux
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laryngée spasmodique, la pensée me vint qu’il fallait obliger la malade à se lever, à manger et à se promener dans la chambre.
Des ferrugineux, mêlés au quinquina, et des affusions froides suivies d’un léger repas furent mis en usage. — Je forçai la malade à boire du vin, à prendre quelques petits morceaux de côtelette grillés et je la fis sortir du lit et de la chambre. — Les forces revinrent assez vite, et comme l’embonpoint n’avait pas beaucoup diminué, le rétablissement fut assez rapide. — La toux spasmodique et les hallucinations disparurent, l’appétit revint avec la cessation de la fièvre, et cette demoiselle put reprendre ses occupations. Elle conserva cependant, petidant plusieurs années, sa disposition à la névralgie temporale, les'vertiges, et une grande susceptibilité nerveuse qu’elle combattit courageusement par des affusions froides quotidiennes et du quinquina.
— Il lui fallut sept années de soins pour guérir complètement de tous ces troubles fonctionnels.
Obs. XII. — Nervosisme aigu, — Hyperesthésie cutanée, —
Hallucinations, — Trouble des facultés mentales. — Intermittence. — Guérison.
Madame X..., dont la mère est morte phthisique, a été fortement chlorotique avant son mariage. — Elle a eu pendant le cours de la dernière grossesse des douleurs névralgiques très-vives de la paroi abdominale, pour lesquelles on lui a mis des sangsues. Son enfant a eu des convulsions peu après sa naissance.
Prise de malaises, de courbature, de fièvre avec forte angine et douleur cervicale très-prononcée, son médecin, M. le.docteui^Vigla, lui fitappliquerdes sangsues et au bout de quelques jours lui donna un purgatif. (C’était en 1857.)
— Elle fut bientôt prise de subdélirium intermittent, avec hallucinations passagères et notable affaiblissement de l’intelligence. — Ses réponses étaient incohérentes et bizarres ;
SYMPTOMES. — NERVOSISME AIGU. r>9
ses sens étaient très-excitables, le bruit et la lumière lui étaient fort désagréables, et il y avait une hypéresthésie très-prononcée de la peau.
Langue blanche, soif frécpiente, inappétence, pas de vomissements ni de diarrhée ; urines claires, pas de toux, aucun trouble des fonctions respiratoires. — La peau était très-chaude et le pouls très-fréquent avec paroxysmes vers le soir.
M. Vigla me pria un jour de la voir avec lui, et après l’examen que nous limes, nous nous demandâmes si nous avions affaire à une affection cérébrale commençante ou à un état nerveux aigu. La rémittence du pouls, les paroxysmes du soir, et les accès quotidiens intermittents de délire, l’hypéresthésie cutanée nous firent croire à un état nerveux aigu, pour lequel il convenait d’administrer le sulfate de quinine.
Ce traitement réussit à merveille, et en quelques jours tous les accidents disparurent sans laisser de traces. — La santé a été parfaite depuis cet instant et il ne s’est jamais reproduit aucun trouble de l’intelligence et des organes des sens.
Voici maintenant le résumé de deux faits analogues publiés par M. Amédée Latour (1) :
Obs. XIII. — Nervosisme aigu, — Marasme nerveux.
Une jeune fille de iOans, enfant unique et très-gâtée par ses parents, voit que sa mère vient de lui donner un petit frère. Elle perd aussitôt sa gaieté, sa vivacité, l’appétit, le sommeil. Robuste et bien portante jusque-là, elle pâlit et maigrit. Bientôt la fièvre s’allume, continue, mais avec exacerbation le soir. Cette fièvre dure un mois et réduit l’enfant à un état de consomption hectique. Aucun des
(t) Uîiion médicale, janvier 1859.
60 DE l’État nerveux ou nervosisme.
symptômes de la fièvre typhoïde : ni délire, ni taches lenticulaires, ni gargouillement, ni météorisme, rien que la fièvre. — Le petit frère meurt; la fièvre s’éteint presque subitement; la petite fille reprend rapidement ses forces et revient à son état de santé parfaite.
Obs. XIV. — Nervosisme aigu. — Marasme nerveux. —
Mort.
Une jeune femme de 25 ans, saine et bien portante, se marie à un homme de l’art qui, par sa profession, reçoit tous les jours dans son cabinet un assez grand nombre de dames. La jalousie, une jalousie implacable, s’empare de son esprit. Elle en perd le boire et le manger. Elle s’affiiiblit, s’alite, une petite fièvre survient; six semaines après, moins de trois mois à dater du début de l’aflection morale, elle meurt hectique. — Autopsie : Rien, rien, rien, malgré l’examen le plus minutieux de tous les appareils.
Ces deux derniers faits, malgré l’absence des détails qui pourraient leur donner plus d’autorité aux yeux de quelques personnes, n’en ont pas moins une grande importance. — Ils montrent deux exemples de fièvre hectique et de marasme sans lésion organique ; dans l’un, la maladie fut presque subitement guérie par la satisfaction d’une âme jalouse dévorée par cette passion, et, dans l’autre, la mort eut lieu sans que la nécropsie ait pu donner l’explication de cette fin prématurée.
A l’exception de symptômes graves , pouvant faire craindre pour la mort, les quatre personnes dont on vient de lire l’histoire, (obs. fx, x, xi et xii)
et qui ont guéri, ont présenté la plupart des symptômes du nervosisme aigu. — Le tableau de leur maladie est entièrement conforme à celui qui a été tracé à un point de vue différent par M. Cliomel, qui a considéré à tort des cas de ce genre comme ‘ des exemples de dyspepsie.
L’identité de la description est complète. Évidemment l’auteur que je viens de citer a observé ' un grand nombre de faits d’état nerveux aigu ou de nervosisme aigu qu’il a rapprochés de la dyspepsie acide ^ faute de pouvoir mieux faire; car c’est, ditil, (( une maladie n ayant été décrite nulle part, n ayant pas même de nom sous lequel on l’ait désignée (1). » 11 en a observé dix-huit cas après le choléra de 1852, seize ont été suivis de mort ; et depuis lors il n’est pas d’année où il n’ait eu l’occasion d’en voir de nouveaux exemples, surtout dans le cours de la grossesse. « Et là elle s’est montrée avec plus de gravité encore, s il est possible, que dans les autres conditions (2) . »
Dans son embarras de lui trouver un nom, M. Ghomel lui a donné place au milieu des formes de la dyspepsie, en autorisant ainsi pour La venir une fâcheuse confusion (3). En elfet, de deux
(1) Ghomel, loc. dt., p. 154.
(2) Ghomel, loc. cit., p. 146.
I (3) Art. V. Descriplion d’une maladie qui semble être la forme de
la dyspepsie acide, par sa fréquence et son extrême gravité, p. 144.
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choses l’une : ou la description est celle d’une forme grave de la dyspepsie acide , et il importe de la conserver à cette place; ou elle se rattache au contraire à une maladie entièrement différente, le nervosisme par exemple, et il faut s’en servir à ce nouveau point de vue, en l’introduisant dans l’historique de l’espèce morbide nouvelle. Or il est évident, d’après le texte même de l’auteur, qu’il ne croit pas fermement à une nouvelle forme de la dyspepsie acide, et sa pensée est plutôt celle de décrire une maladie « sans nom » n’ayant encore été décrite nulle part.
Je suis de son avis, et ce que M. Ghomel a décrit se rapporte entièrement à ce que j'ai observé sous le nom de nervosisme aigu.
Voici sa description :
(( La maladie débutait en général avec quel- (( que lenteur, à la manière d’un embarras des (( premières voies, par la diminution, puis la perte (( de l’appétit, et quelquefois par le dégoût des « boissons, une accélération médiocre^ cF abord jmssa- « gère, du pouls, des nausées et une acidité de plus « en plus prononcée de la salive et de l’haleine. (( Une faiblesse croissante obligeait , en quel- « ques jours, à garder le lit, avec un grand ma- (( laise dans lequel les troubles digestifs tenaient (( la première place; l’inappétence devenait com- « plète; la langue se couvrait d’un enduit blanc ;
« aux nausées succédaient les vomituritions et « les vomissements de mucosités acides, puis de « bile jaunâtre. L’acidité de l’haleine devenait (( de plus en plus prononcée, l’air de la chambre (( du malade en était comme imprégné : dans (( quelques cas même, cette odeur pénétrait dans « une partie de l’appartement. Aux vomissements (( de matières jaunâtres succédaient les vomisse- (( ments, quelquefois très-prononcés, de bile verte. (( La faiblesse, la fréquence du pouls, l’altération « des traits, la maigreur faisaient des progrès (( journaliers et rapides ; le ventre était plat, in- « dolent, moins sonore le plus souvent que dans « l’état normal. La constipation était l’état le « plus habituel; les selles n’avaient lieu qu’au (( moyen de lavements et de purgatifs ; ces der- « niers étaient fréquemment rejetés par le vo- « missement.
(( Après quelques semaines d’accroissement « dans les symptômes, les vomissements se modé- « raient; mais \d. fréquence du pouls plus
« grande, sans que la chaleur s’élevât beaucoup,
(( ni constamment.
(( A cette période, des accidents cérébraux com- « mençaient â se montrer : c’étaient la céphalalgie, « Tagitation dans le sommeil, un délire d’abord « passager, puis habituel, l’obscurcissement de la vue, des hallucinations singulières, le ma-
64 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
(( lade croyant apercevoir dans sa chambre, au- « tour de son lit, des objets, des personnes, des « animaux qui n’y étaient pas. Enfin im assou- (( pissement de plus en plus fort, une sorte de « coma précédait et annonçait inévitablement la (( mort prochaine des malades, après une lutte de « trente à quarante jours. »
Cette description jointe à celle que j’ai donnée au début de ce chapitre, et aux quatre observations nouvelles qui s’y trouvent donnent l’idée la plus complète de la maladie que je veux décrire avec détails, et il ne me reste plus qu’à étudier isolément cliacun de ses principaux phénomènes. — 11 est inutile de faire ressortir les avantages de cette analyse. On en comprendra toute l’importance en songeant qu’il s’agit de désordres dont la cause matérielle est à peu près inconnue et qui sont autant d’actes sympathiques liés à un trouble primitif des forces générales du corps humain.
§ 1. Amyosthénie 5 irritabilité nerveuse.
La faiblesse et F alanguissement musculaire d’abord caractérisés par une certaine nonchalance de toute la personne, la flaccidité des membres inférieurs, qui supportent à peine le poids du corps, et un vague sentiment de gêne ou de pesanteur au sacrum suspendent la marche et obligent les malades à garder la situation assise ou horizontale
dans un lit, ce qui est toujours un grave inconvénient. En effet, le repos au lit dans l’état de faiblesse qui résulte de l’état nerveux aigu ou chronique, à moins qu’il ne soit rendu nécessaire, par l’impossibilité de la station verticale, ne réussit qu’à jeter le corps dans un allanguissement plus prononcé; et il aggrave toujours la situation des malades. En l’absence d’une lésion somatique, élément spécial qui oblige quelquefois au repos, le nervosisme simple doit être promené par les malades et combattu debout, dès que cela est possible.
Cette faiblesse est accompagnée de malaises plus ou moins prononcés et d’une grande susceptibilité morale. Le malade pleure et s’agite au moindre reproche, à la plus petite émotion ou contrariété ; il rougit et le pouls acquiert une fréquence excessive. Les adultes pleurent rarement, si ce n’est les femmes, et leur irritabilité se traduit par des exigences indiscrètes, par une mauvaise humeur que rien ne peut calmer (obs. ix), ou par des emportements de colère difficiles à contenir. Exigence, morosité, colère; ou, au contraire, résignation, abattement, douce tristesse et mélancolie profonde : telle sont les dispositions d’esprit du nervosisme aigu. Heureux les malades dont l’éducation, le savoirvivre et le courage contre la souffrance dominent ces dispositions morales maladives, de façon à ne pas se rendre importuns pour ceux qui les assislent.
BOUCHUT.
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§ 2. Iiisomiile.
Le sommeil léger, fugace, quelquefois nul, est souvent interrompu par le moindre bruit, ou par des spasmes, des illusions sensoriales (obs. xi, xii etxiii), des rêves, des cauchemars d’incubes et de succubes. C’est l’insomnie avec tous ses caractères habituels, et elle offre presque autant de variétés que de malades. Chez les uns des papillons noirs, qui voltigent devant les yeux au moment du sommeil, et ils prononcent des mots entrecoupés ou sans suite, comme dans le délire; chez d’autres, ce sont des spasmes du diaphragme et des muscles respiratoires qui les réveillent au milieu d’une profonde inspiration, ou bien c’est un sommeil interrompu par l’idée d’une chute au fond d’un précipice, ou dans l’eau, de la mort, sous le coup des assassins, ou sous l’étreinte d’êtres fantastiques, etc., etc. Ces phénomènes sont infiniment plus marqués dans le nervosisme chronique.