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Céphalalgie

La tête est généralement fatiguée, sans que les , malades puissent se rendre un* coni23te bien précis ‘ de ce qu’ils éprouvent. Une vague sensation d’étonnement, de vide intérieur et d’incertitude de direction s’observe assez fréquemment. Quelques malades y éprouvent de la lourdeur et se plaignent

SYMPTOMES

rie céphalalgie, surtout s’ils ont voulu penser à quel- (|ue chose, lire quelques lignes d’écriture ou suivre une conversation. La moindre fatigue détermine des bouffées de chaleur avec coloration rouge intermittente du visage et accélération du pouls ; il y en a qui ont de temps à autre la sensation d’une boule de feu dans le crâne. Quelques-uns y ressentent des battements profonds, isochrones aux contractions du cœur. Ce sont des palpitations nerveuses ayant pour siège les artères cérébrales superficielles ou profondes. D’autres se plaignent d’étourdissement, de vertiges, et la sensation est si forte qu’en réalité ils ne peuvent marcher, sans tomber, ni voir tout remuer autour d’eux. J’en ai même connu (obs. ix et x) qui ne pouvaient soulever la tête de l’oreiller, sans perdre complètement connaissance.

§ 4. Uouleuri» générales ou partielles.

La sensibilité générale des membres ou des organes intérieurs quelquefois intacte est foi*t souvent troublée. Il en résulte des douleurs vagues, profondes, circonscrites ou généralisées, obtuses, quelquefois lancinantes, plus ou moins vives. Chez les uns (obs. ix), ce sont des douleurs névralgiques sur le trajet des nerfs de la tête, dé la poitrine ou des membres, douleurs spontanées ou provoquées par la pression; chez d’autres, au contraire, ce sont des

DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

fourmillements partiels, des déchirements, des picotements ou une cuisson intérieure, dont rien ne saurait donner l’idée, mais qui est très-pénible. Chez les femmes, les douleurs se fixent très-souveni sur Futérus ou ses annexes, et se traduisent par des élancements internes, des pesanteurs aux lombes, des tiraillements dans les aines et dans les membres inférieurs.

§ 5. Calorification.

Les malades sont d’une extrême sensibilité au froid. 11 y a chez eux une répartition fort inégale (lu calorique, et, tantôt,frissonnants, refroidis sur quelques points du corps, tels que les pieds, les genoux, les mamelles, ou, au contraire, affectés par une chaleur vive et appréciable à la main , ils souffrent considérablement de cette disposition morbide.

Ce n’est d’ailleurs pas une illusion de leur part, comme on pourrait le croire, et ainsi qu’on l’a soutenu dans ces dernières années, à propos des frissons de la fièvre intermittente. Le thermomètre accuse un abaissement de température locale, en rapport avec les sensations de la main appliquée sur la peau des malades. J’ai vu, au genou, la température descendre à 28 et 29 degrés centigrades, il en est quelquefois de même aux pieds. 11 serait curieux de faire la même expérience, chez ceux qui

se plaignent d’un accroissemeni de chaleur, pour savoir si le thermomètre monte de (|uelques fractions du degré, mais la pensée ne m’en est pas venue en temps opportun, et je regrette de n’avoir pas de chiffres pour éclairer cette question intéressante.

Les modifications, que peut subir la seiisil)ilité spéciale de chacun des organes des sens, ne sont pas moins curieuses à étudier, surtout quand elles acquièrent un assez haut degré d’intensité pour troubler ou suspendre les fonctions sensoriales.

§ 6. Anesthésie et hyperesthésie eutunées.

Le sens du toucher est celui qui reçoit du nervosisme aigu et chronique l’atteinte la plus profonde. La faculté de sentir les objets extérieurs et l’aptitude à percevoir la douleur sont très-moditiées, mais cependant cette anesthésie et cette analgésie, dont la séparation aété si bien faite par M. Beau, sont beaucoup moins prononcées dans le nervosisme aigu que dans le nervosisme chronique. Ici, la sensil)ilité de la peau par l’appréciation des objets ou de la douleur est rarement diminuée : quelquefois obtuse sur un point, augmentée sur un autre, elle peut être alternativement sur les memes parties, plus faible ou plus forte que dans l’état normal, et cela sans qu’il soit possible d’en découvrir la raison. Son trouble le plus ordinaire est une exaltation et une perversion considérable; on en verra la preuve dans

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l’observation de cette dame que j’ai vue en consultation avec mon collègue M. Vigla (obs. xii). Les malades se plaignent très-vivement de la moindre pression, du frottement et du contact le plus léger. Quelques-uns poussent des cris continuels, et on ne peut les toucher, sur un ou plusieurs points du corps, tantôt sur le bras, tantôt sur le visage, tantôt sur le ventre et ailleurs, sans provoquer les douleurs les plus vives. De pareilles souffrances, sans lésion somatique, sont vraiment incompréhensibles.

Ailleurs, outre l’exaltation, il y a perversion de la sensibilité. Le contact de certains objets fort usuels devient l’occasion d’une vive souffrance, ainsi le velours’ la soie, la gaze, le papier, etc., provoquent un malaise, et un agacement douloureux, que ne produisent pas d’autres objets.

§ 7. Troubles de la Tision.

La vmm ordinairement nette est quelquefois troublée par les apparences d’un brouillard plus ou moins épais, situé en permanence devant les yeux, ou produit par la contemplation fixe des objets du voisinage. Les paupières sont lourdes, appesanties , et douloureuses. Toute lecture est impossible, et la volonté de parcourir seulement quelques lignes est l’occasion de douleurs oculaires ou cérébrales plus i ou moins vives. Chez quelques malades (obs. ix), la ; lumière est difficile à supporter, et il leur faut un ap-

partement obscur, pour éviter l’action douloureuse des rayons solaires. Les uns voient courir des lueurs vagues ou de petites langues de feu da'ns l’espace, ou il leur semble que les objets sont doubles, tournent sur eux-mêmes, changent de forme en s’allongeant; les autres ne jugent plus de la distance, ils croient les objets très-proches ou fort éloignés, et quelques-uns enfin prenant un objet pour un autre, ou voyant devant eux ce qui n’existe pas en réalité, gesticulent en parlant à des êtres imaginaires enfantés par un trouble visuel. Ils sont le jouet d’illusions sensoriales et d’hallucinations dont ils savent la fausseté (obs. xi et xii). J’ai vu des malades s’effrayer outre mesure d’images fantastiques, ainsi créées de toute pièce par hallucination ou provoquées par la présence d’un chapeau, d’un livre, d’un vase ([uelconque, laissé sur un meuble, et transformé par l’illusion visuelle en être vivant, régulier ou difforme, suivant les individus. Ce sont des faits qui se présentent sous les formes les plus variées, sans que pour cela cliangenl leur nature et leur signification. En aucun cas, ils ne peuvent être considérés comme des symptômes de folie, et ce serait commettre l’erreur la plus déplorable que de leur donner cette signification.

§ 8. Troubles «le Pouïe.

X^oiiie devient très-fine. Les malades entendent

72 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

souvent des bruits réels dont personne autre n a conscience, et ils saisissent à des distances énormes des mots prononcés à voix basse; aussi fautil prendre garde à ce que l’on dit autour d’eux. Le moindre son dans l’air interrompt leur sommeil. Tout bruit les irrite et retentit douloureusement dans leur tête. Quelques-uns entendent des bruits imaginaires; des sifflements aigus, le bourdonnement d’un insecte, le son des cloches, le bruit des vents ou des grandes eaux retentissent dans leurs oreilles d’une façon continue ou intermittente, et c’est pour eux la cause d’une très-vive souffrance (obs. xi). D’autres éprouvent dans l’une ou l’autre oreille des battements, qui correspondent aux pulsations du pouls et qui ne sont évidemment qu’une sensation exagérée produite par l’impulsion de la systole artérielle locale.

§ 9. Troubles de l’odorat.

\I odorat peut être profondément affecté. Outre la susceptibilité dont il est le siège vis-à-vis de toutes les odeurs en général, qui sont insupportables et dont l’action reflexe sur le système nerveux produit la céphalalgie, la défaillance ou la syncope, il y a des odeurs qui, plus que d’autres, ont le fâcheux privilège d’exercer cette influence. Gela dépend des malades. Toutefois cette disposition

SYMPTOMES

NEUVOSISME AIGU,

est intiiiiment plus coiimiime dans le nervosisme chronique.

Quelques malades, enfin, se plaignent d’odeurs désagréables, dont ils souffrent vivement et que personne autre qu’eux ne peut sentir. Ce sont de véritables hallucinations passagères, et les odeurs de papier brûlé, de soufre, d’hydrogène sulfuré, de rose, de violettes, etc., sont celles dont il est le plus souvent question.

§ lO. Trouble^ «lu g’oût.

Le goût, généralement altéré dans le nervosisme aigu, n’est jamais aussi complètement modifié dans son exercice que dans le nervosisme chronique. L’inappétence est à peu près absolue, ce qui est en rapport avec l’existence d’un enduit épais, muqueux et blancbâtre sur la langue ; mais les boissons et les aliments conservent en partie leur saveur naturelle. Les malades ont de la répugnance pour les choses douces et sucrées, et préfèrent de beaucoup les boissons acides, comme dans le nervosisme chronique et dans la dyspepsie chlorotique.

§ 1 1. Troubles des voies dig^estives. Inappétence. Acidité buccale. Dyspepsie. Piieiimatoses. Aigreurs. Aomissemeuts. Constipation. Altération des sucs ;^astriques.

A ces modifications du goût se rattachent celles des fonctions digestives. L’inappétence, l’empâtement.

74 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

l’acidité et quelquefois l’amertume de la bouche éloignent toute idée d’alimentation; mais lorsque les malades, bien conseillés ou bien inspirés, veulent essayer de se nourrir, il arrive souvent que la mastication devenue laborieuse et pénible augmente leur répugnance; quelquefois même, comme je l’ai vu deux fois, par suite d’une sécheresse toute particulière de l’isthme' du gosier, la déglutition est extrêmement difficile (obs. x). Un premier bol alimentaire passe, le second hésite, mais il est quelquefois impossible d’avaler les suivants. A la sécheresse du pharynx se joint un certain degré d’œsophagisme qui vient compliquer l’état morbide antérieur auquel il faut attribuer la dysphagie. C’est dans un cas de ce genre, datant de sept jours chez une fille très-nerveuse, âgée de 23 ans, qu’Omboni a eu recours à l’application endermique de sulfate de quinine pour obtenir une guérison, que n’avaient pu amener un grand nombre de médicaments antispasmodiques (1). Chez quelques malades la déglutition provoque la toux ou des contractions antipéristaltiques de l’œsopbage suivies de vomissements.

Une fois dans l’estomac, les aliments peuvent s’y dissoudre, comme dans l’état habituel, mais trèssouvent la digestion est lente, difficile, douloureuse, accompagnée de malaise, de pyrosis, de tension à

(I) Annali universali di medicina. 1829.

SYMPTOMES

l’épigastre, de pneumatose gastrique, avec ou sans éructation, d’aigreurs, de régurgitations acides plus ou moins abondantes et enfin deYomisseraents. Chez (juelques personnes, l’acidité de ces matières remontant de l’oesopliage au pharynx est tellement forte qu’elle détermine sur les dents un agacement très-désagréable, auquel il faut remédier par l’usage des pastilles de magnésie. C’est là sans doute ce qui a déterminé M. Cliomel à considérer le nervosisme aigu comme la forme la plus grave de la dyspepsie acide; et en effet, d’après lui les neuf dixièmes des malades seraient, par le fait même de cette maladie, condamnés à une mort certaine, pronostic trop grave et qui tient à ce que ces malades ont été traités d’une façon contraire aux indications réelles, par une diète et une médication trop énervantes (1). Les vomissements fréquents sont toujours une chose très-grave par l’épuisement qu’ils entraînent et l’inanition qui les suit. Placé sous la dépendance presque absolue de l’appauvrissement du sang, le nervosisme augmente avec lui, comme lui, et tout ce qui peut contribuer à l’accroître est nécessairement très-préjudiciable aux malades.

Le ventre, toujours très-aplati par suite de l’amaigrissement général (obs. xl, est le siège de coliques plus ou moins fréquentes, de nombreux borboryg-

(1) Des dyspepsies, Chomel, loc. Ht., p. 157.

• 7G DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

mes, de tumeurs mobiles formées par le déplacement des gaz dans l’intestin, de tumeurs fécales dans le cæcum ou dans l’S iliaque, ce qui est en rapport avec la constipation opiniâtre observée chez tous les malades. Cette constipation est un symptôme constant du nervosisme aigu, et dans le nervosisme chronique, au contraire, elle alterne presque toujours avec la diarrhée.

Les troubles dont les fonctions digestives sont le siège dans l’état nerveux, ont été de la part de M. Sandras (1) l’objet de quelques remarques trèscurieuses, mais qui ont besoin d’être vérifiées, car elles ne sont pas à l’abri de toute contestation. Cet auleur déclare : que des glaires alcalines remplissent la bouche, et vont saturer les acides de l’estomac au point d’arrêter la digestion : que ces li- (juides ordinairement alcalins peuvent être sécrétés acides ; qu’ils peuvent devenir « un véritable virus capable de propager dans certaines occasions le germe d'une maladie analogue. » Ce sont là des assertions qui attendent leur preuve. 11 n’en est pas tout à fait de même des observations du même auteur sur le trouble des sécrétions gastriques. Confirmées par l’expérience de tous, et par les nouvelles recherches deM. Corvisart sur la pepsine, ces remarques méritent de fixer l’attention. En effet, dans le nervosisme

(I) Maladies nerveuses^ t. I, p. 32

primitif ou secondaire, les liquides sécrétés par Testomac n’ont souvent pas l’acidité nécessaire à la digestion des matières azotées, et ailleurs au contraire cette acidité est assez fortement augmentée pour être nuisible. — Dans le premier cas, dit M. Sandras (1), les malades à jeun ou ayant mangé ne manquent guère de vomir, et les matières rejetées sont à peine acides tandis que dans le second cas, au contraire, le malade sent une grande acidité de la bouche, les dents sont agacées, et il y a quelquefois des régurgitations très-aiguës qui vont jusqu’à lui picoter les fosses nasales. Ces observations sont très-exactes. Elles trouvent leur vérification dans ce fait que l’on fait digérer les malades tantôt avec de la pepsine acide, ou un tilet de vinaigre ajouté aux aliments, tantôt, au contraire, par l’usage de la magnésie ou du bicarbonate de soude pendant le repas.

§ 12. Troubles de la respiration. Toux nerveuse.

La respiration n’est ([ue bien rarement troublée par le nervosisme aigu. Ordinairement régulière, ample et facile, rien n’altère l’intensité ni la mollesse habituelles du murmure vésiculaire normal; mais chez quelques malades il y a des élouffemenis passagers, sentiment de plénitude dans la poitriii(%

(1) Loc. rit., p. 35.

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barre à Tépigastre , névralgie intercostale et toux petite, sèche, plus ou moins fréquente, déterminée surtout par le mouvement dans le lit, la station assise ou verticale, l’impression produite par l’entrée d’une personne quelconque, la nécessité de parler (obs. x), etc., etc. Cette toux sans expectoration a, dans sa petitesse et dans sa fréquence, quelque chose de spécial qui rappelle très-bien le type de ce que les nosographes ont appelé toux nerveuse. Sa présence donne toujours de grandes inquiétudes, en i*aisoii de l’afPaiblissement, de la maigreur, et de l’état général des malades. On l’attribue quelquefois à tort au développement hypothétique de tubercules dans les poumons, et s’il y a quelque affaiblissement du son et du murmure vésiculaire dans un point de la poitrine, cette hypothèse prend les apparences de la réalité. J’ai donné des soins à une petite tille de onze ans, atteinte d'état nerveux aigu, et qui avait une toux petite, sèche, incessante, dès qu’elle sortait du lit, pour poser le pied par terre, ou seulement dès qu’elle était assise à son séant. Je fus consulté pour savoir si elle avait une maladie de poitrine. La maigreur de cette enfant, son état général, le peu de retentissement du^ choc des parois thoraciques au sommet, la faiblesse du murmure vésiculaire en ce point, pouvaient faire craindre le développement de tubercules pulmonaires; mais la petitesse de la toux, sa fréquence,

SYMPTOMES

NEaVOSISME AIGU.

sa sécheresse et sa disparition complète, le jour ou la nuit, dans le décubitus horizontal, éloignèrent de mon esprit toute idée de maladie de poitrine. En effet c’était une simple toux nerveuse, compliquant ce nervosisme aigu, dont la guérison eut lieu au bout de deux mois.

Dans quelques cas il y a, avec la fièvre, une si forte dyspnée qu’on pourrait croire à l’existence d’une phlegmasie thoracique, si l’auscultation et la percussion ne pouvaient fournir la preuve du contraire. C’est ce qui est arrivé chez une malade, dont l’histoire a été publiée par M. Beau (1).

Observation xv. — Nervosisme aigu^ fievre^ dyspnée violente.

M. Beau rapporte qu’il a vu à l’hôpital Gochin une jeune fille qui, à la suite d’une grande colère, présenta une violente dyspnée, accompagnée de fièvre, comme si elle avait été atteinte d’une phlegmasie thoracique. Il n’y avait aucun signe fourni par la percussion et par l’auscultation. Un bain fit rapidement disparaître ces accidents.

« J’ai observé également, ajoute M. Beau, des faits de nervosisme aigu qui simulaient extrêmement soit des encéphalites, soit des apoplexies (2). »

Réflexions, — Comment se fait-il que M. Beau, qui n’accepte pas le nervosisme aigu ou chronique et qui prétend, à l’exemple des anciens médecins, confondre l’hystérie et l’hypocondrie, de façon à réunir en une seule espèce toutes les névroses dites vapeurs, hystérie et hypocondrie, puisse

(1) Bulletin de l’Académie impériale de médecine ^ 1850, p. 582. Discussion sur le nervosisme.

(2) Loc, cit., p. 582.

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sérieusement prétendre classer des faits, simulant une phlegmasie pulmonaire, ou ailleurs des encéphalites et des apoplexies, dans ce qu’il appelle l’hystérie? Cela me paraît cliniquement impossible, et j’en appelle du bibliophile au praticien. L’érudit, trop passionné pour la tradition, parle comme Sydenham ; mais le praticien proteste, en faisant connaître des maladies aiguës de nature nerveuse, simulant, ici, la fièvre typhoïde; là, une inflammation pulmonaire; ailleurs, une encéphalite, une apoplexie, une maladie de la moelle, du cœur, etc. Évidemment des faits de ce genre, si distincts de l’hystérie et de l’hypocondrie, doivent être classés autrement qu’on ne l’a fait jusqu’ici ; et, puisqu’ils sont de nature nerveuse^ on les fait mieux connaître en les rangeant sous la dénomination d’état nerveux ou de nervosisme.

Les poumons peuvent-ils devenir malades dans le cours du nervosisme aigu ? Telle est la question soulevée par l’examen d’un certain nombre de malades. L’impossibilité de rattacher les troubles fonctionnels qu’ils éprouvent à une altération somatique déterminée doit nécessairement faire craindre une altération tuberculeuse latente des organes respiratoires, surtout s’il existe cette toux et cette oppression dont je viens de parler. Rien ne prouve qu’il y ait un rapport entre ces deux états morbides, et leur succession est le résultat de circonstances spéciales encore mal déterminées. Sans doute, chez les sujets vigoureusement constitués, l’altération si profonde de la nutrition, qui accompagne le nervosisme peut n’avoir pas d’influence sur les organes respiratoires; mais il me paraît impossible qu’il en

SYMPTOMES

soit de môme chez les êtres faibles, lympliaüques et issus de parents scrofuleux ou tuberculeux. La phthisie pulmonaire qui se développe dans la convalescence de quelques maladies aiguës, et notamment de la fièvre typhoïde, à la suite d’un allaitement prolongé, etc. , etc. , montrent tout ce que cette opinion a de réel et de vrai. Les mêmes doutes n’existent plus lorsqu’il s’agit de l’état nerveux chronique, et, comme je le dirai plus loin, la tuberculisation pulmonaire est souvent la conséquence ultime de cette névrose lorsqu’elle a résisté à tous les moyens de la thérapeutique. (Voir au nervosisme chronique.)

§ 13. Troubles tle la circulation. Palpitations. État du pouls. Fièifre iier\euse. ISruits du cœur, *les artères et des veines.

La circulation ressent à sa manière les atteintes du nervosisme aigu, et c’est dans ces organes que se traduisent d’abord les effets inaperçus de cette disposition morbide. En effet, la fréquence exagérée des battements du cœur et du pouls signale le début des accidents et dure autant qu’eux. L’inlluence du travail littéraire et scientifique, des importantes préoccupations commerciales, de l’excitement des passions, des chagrins prolongés, des émotions vives, de la convalescence, de l’épuisement, de la chloro-anémie, etc., etc., sur l’accélération du pouls montre en quelque sorte le point de

BOUCHÜT.

82 DE l’état nerveux ou NERVOSISME.

départ et le premier degré du mal. Le phénomène d’abord fugitif et passager devient permanent, se lie à différents autres troubles fonctionnels et con-

stitue le nervosisme aigu. Que de fois n’ai-je pas vu déjà, au déclin de certaines fièvres typhoïdes, chez des enfants qu’on n’alimentait pas assez vite au moment de leur convalescence, un peu de délire apparaître le soir, et le pouls descendu au-dessous du chiffre normal, reprendre tout à coup de la fréquence et de l’irrégularité, sans complication appréciable ! C’était le commencement d’un état nerveux aigu, très-grave, si, redoublant de sévérité dans le régime, on supprimait toute alimentation ; et au contraire, ce n’était rien, si, ne voyant dans ce délire et dans cette accélération que des phénomènes nerveux d’inanition, on se hâtait d’y remédier par des jus de viande et des aliments chaque jour un peu plus substantiels et donnés avec précaution.

Plusieurs fois , chez des enfants convalescents que je n’osais alimenter, crainte de rechute, j’ai vu ce délire, cette fréquence du pouls disparaître en vingt-quatre heures par un peu de nourriture, et il est peu de médecins qui n’aient observé un ou plusieurs faits analogues.

Dans le nervosisme aigu la circulation est donc toujours plus rapide que dans l’état normal. Le pouls s’élève à 100, 120 et 150 pulsations par mi-

mite, et il varie dans les moindres mouvements d’une manière extraordinaire. Quelquefois assez peu fréquent dans le décubitus horizontal ou assis, il s’accélère d’une façon surprenante dans la station verticale, dans la marche, et sous l’influence du moindre exercice. Dans ce cas, je l’ai vu aller jusqu’à 120 et 140.

La fatigue, les émotions, les contrariétés, l’aliinentation l’accélèrent au même degré. Il peut offrir des redoublements quotidiens réguliers ou irréguliers. Tant mieux pour les malades si l’exacerbation est régulièrement périodique, car leurs chances de guérison sont plus grandes que dans les conditions opposées. Le sulfate de quinine et les préparations de quinquina peuvent alors rendre de véritables services.

Outre la fréquence, le pouls est souvent modifié dans son rhythme et dans sa force. Égal, mou, dépressible, régulier chez les uns, inégal et irrégulier chez d’autres, ses pulsations sont ordinairement très-rapides et très-petites, surtout chez les personnes dont l’état chloro-anémique est fortement prononcé.

Il est impossible de ne pas être frappé de cette fréquence du pouls, l’un des éléments de la fièvre, dans le nervosisme primitif aigu et chronique. Estce de la fièvre? n’est-ce qu’un trouble nerveux du cœur, une sorte de palpitation latente? La question

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est grave et elle se rattache à un problème pathologique rempli de passions et de tempêtes sur lequel il faut revenir : je veux parler des maladies essentielles^ dont le siège est inconnu et qui existent sans altération somatique appréciable.

Cette fréquence du pouls dans le nervosisme primitif s’accompagne, ainsi queje l’ai dit, d’une légère augmentation de chaleur appréciable au thermomètre, de malaises, quelquefois d’inappétence, de soif, d’état villeux ou empâté de la langue; par conséquent, c’est l’état fébrile avec ses principaux caractères, véritable fièvre primitive et indépendante de toute lésion matérielle. Fièvre du jeu et de l’amour, fièvre du travail et de Fambition, fièvre de chagrin ou fièvre de fatigue, fièvres morales, dévorantes et permanentes comme leur cause, elles conduisent au nervosisme cet état morbide auquel R. Whytta déjà donné le nom marasme nerveux. C’est \d, fièvre nerveuse admise et rejetée tour à tour aux différentes époques de l’art et qui me paraît devoir être réintégrée dans la nosologie.

Accidentelle et passagère quelques personnes, elle disparaît en quelques heures ou en quelques jours, sans laisser de traces de son passage, après quelques malaises, un peu d’inappétence et de soif, de la courbature, des sueurs et une copieuse émission d’urine, tandis que chez d’autres elle permanente et chronique. Alors elle varie beaucoup

d’intensité. Erratique, rémittente ou intermittente, le moindre mouvement du corps, la fatigue, les écarts de régime et qiielijiiefois même le repas, les émotions de toute espèce lui impriment un surcroît d’activité. Parfaitement caractérisée par les symptômes ordinaires de Fétat fébrile, elle a pour effet l’inanition, l’amaigrissement avec altération profonde des traits, la coloration jaune terreuse du visage et les troubles du nervosisme chronique. La lièvre est alors le symptôme de la diathèse nerveuse arrivée à son plus haut degré d’intensité et méritant bien la dénomination de marasme nerveux, qui lui a été imposée par R. Whytt.

Dans quelques cas, la fièvre s’accompagne d’une grande prostration, avec forte courbature, inappétence et stupeur comparable à celle de la fièvre typhoïde. M. Beau, tout en repoussant l’admission du nervosisme, qu’il réunit à l’hystérie et à l’hypocondrie pour en faire une seule espèce morbide, a observé plusieurs faits de ce genre, et il les distingue sous le nom un peu extraordinaire de fausse dothinentèrie .

Observation xvi. — Nervosisîne aigu à forme typhoïde .

« Une jeune fille, employée à la cuisine de rHôtel-Dieu (Annexe) et douée d’un tempérament nerveux très-prononcé eut une très-vive contrariété, et tomba tout à coup dans un état de faiblesse et de stupeur qui simulait assez

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bien une fièvre typhoïde. Cinq ou six jours après, elle était guérie et reprenait son service (1). »

C’est àM. Beau, qui conteste la réalité de l’espèce morbide appelée par moi nei'vosisme aigu^ que l’on doit cette observation, rapportée à la tribune académique, et il l’annonce en disant que tout le monde en a vu de semblables.

(( M. Bouchut, dit-il, expose quelques faits de son nervosisme aigu. Je pense que tout le monde en a vu de semblables; j’en ai observé moi-môme quelques cas que je vous demande la permission de rapporter. »

Je me félicite d'ôtre en communauté d’observation avec un éminent confrère, dont j’apprécie plus que personne le talent d’observateur; mais je ne comprends pas qu’ayant pénétré la nature nerveuse de ce cas difficile, M. Beau en arrive à conclure quele nervosisme n’existe pas, ce qui l’oblige à considérer son observation comme un exemple d’hystérie. Évidemment, M. Beau est trop préoccupé de la restauration des idées de Sydenham, et son observation devrait, au contraire, le conduire à les condamner. Il est évident que l’hystérie et l’hypocondrie n’ont aucune part dans les accidents de la cuisinière de l’Hôtel-Dieu , et que l’état nerveux fébrile, occasionné chez elle par une vive contrariété, caractérise une névrose toute spéciale à laquelle on pourra donner le nom qu’on voudra, excepté celui d’hystérie et d’hypocondrie.

Ce fait n’est pas le seul qui se soit présenté à l’observation de M. Beau, car, après ce premier récit, il ajoute : (( Depuis cette époque, j’ai observé plusieurs faits semblables survenant après les grandes commotions morales ou les grandes fatigues physiques, soit chez les femmes, soit chez les hommes. J’appelle cette forme nerveuse fausse dothinentérie (2). » M. Beau aurait dû, pour être con-

{{) Bulletin de l’Académie impériale de médecine.Tome XXIV, 1858-1859, p. 581.

(1) Loc, cit,, p. 582.

SYMPTOMES

séquent avec liii-mômc, l’appeler hystérie aiguë h forme typhoïde. Qualification pour qualification, il me semble que celle de nervosisme aigu est préférable, d’abord parce qu’elle indique la nature nerveuse des phénomènes morbides, ensuite parce qu’elle ouvre la voie qui permettra de mieux reconnaître, à l’avenir, la nature de désordres trop souvent confondus avec des maladies organiques.

Les palpitations sont pins rares et Iteaiicoup moins fortes clans le nervosisme aign cjne clans le nervosisme chronic|iie. J’ai soigné une petite fille de 1 1 ans qui se plaignait beaucoup de leur présence, mais en général si l’impulsion cardiaque est pénible, le phénomène est intermittent et ne se reproduit que clans le passage du lit à la station verticale ou assise, clans les mouvements et au moment des impressions morales, cjnelle que soit leur nature. Chez c|uelques jeunes femmes, les palpitations ne sont pas babitu elles, et elles sont pi*ovoquées par l’examen qu’on fait de leur poitrine.

Les bruits du cœur sont clairs, superficiels, métalliques, sans bruit anormal bien nettement caractérisé. Plusieurs fois j’ai cru entendre à la base des ventricules du cœur et en dedans du mamelon, au niveau de l’origine de l’aorte et sur son trajet, un faible bruit de souffle, doux, intermittent, coïncidant avec le premier bruit ; mais c’était une faible prolongation du premier temps plutôt qu’un véritable souffle.

L'aorte n’offre rien de particulier ; mais, au ni-

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veau des carotides et des jugulaires , on entend quelquefois un souffle que l’on rapporte presque toujours à \ anémie. — Ce bruit, variable dans son intensité, n’existe pas chez tous les malades. Il est intermittent, un peu augmenté par les secousses du corps, qui accélèrent la circulation, et il se passe, d’après Ward, Hope, Aran, Monneret, Chauveau, dans les veines. Pour ce dernier physiologiste , il résulte non de l’anémie, mais des vibrations de la veine fluide qui rentre au cœur par les jugulaires, et celui qu’on observe dans les carotides, résultat mécanique de la pression du vaisseau par le stéthoscope, est produit, par l’observateur. Quant aux bruits musicaux et à double courant, ils sont très-rares dans le nervosisme aigu, sans que pour cela l’anémie des personnes puisse être contestée. Leur cause physique est la même.

Comment se peut-il faire que des malades soumis depuis longtempsà la diète et à un régime peu substantiel n’aient pas de bruit de souffle carotidien ni jugulaire, bien qu’ils soient anémiques, à en juger par leur teint et par leur faiblesse musculaire? D’où cela vient-il? D’abord, de ce que l’anémie n’est pas cause des bruits de souffle vasculaires, ensuite de ce que l’altération du sang porte sur la masse du liquide qui est moindre; enfin, de l’absence des vibrations de la veine fluide jugulaire lorsque la circulation est affaiblie et ralentie dans son effort.

En effet, dans l’inanition, les artères et les veines reviennent sur elles-mêmes et se rétrécissent, ce qui implique une diminution de capacité générale dans le système vasculaire, et, partant, une moindre quantité de liquide en circulation et une diminution notable de sa vitesse. C’est une variété d'anémie qui n’a point d’autre symptôme que l’état nerveux aigu ou chronique, joint à l’ensemlile des signes extérieurs fournis par le malade.

Quand au contraire, au lieu de cette anémie caractérisée par la diminution de la masse totale du sang dont les éléments constitutifs restent proportionnellement les mêmes, il y a, ce qui arrive chez quelques personnes, diminution absolue ou relative d’un de ses éléments, soit des glolmles, soit de l’albumine avec une forte impulsion cardiaque, les symptômes sont différents, et les veines du cou présentent les bruits de souffle simple ou à double courant et musicaux produits par les vibrations de la vehie fluide rentrant au cœur. 11 en est de même lorsqu’il y a augmentation absolue de la proportion d’eau dans le sang, hydrohémie ^ ou pléthore séreuse; et, dans ce cas, les bruits de souffle vasculaires sont, comme plus haut, le résultat des vibrations de la colonne sanguine contre les parois d’un vaisseau de plus en plus large ou contre un obstacle intérieur, une valvule, par exemple.

11 ne faut donc pas se fier d’une manière abso-

90 DE l’état nerveux ou nervosisme.

lue h la présence ou h l’absence d’un bruit de souffle vasculaire dans le nervosisme aigu, pour établir ou rejeter Texistence d’une altération chlorotique du sang. Ce symptôme n’a rien de pathognomonique. On sait que d’une part ces bruits existent manifestement chez des sujets sains, ce que je démontrerai plus loin à propos du nervosisme chronique, et de l’autre, qu’il peut faire défaut dans certains cas, où le sang est manifestement appauvri. U anémie par diminution de la masse totale du sang existe souvent avec le nervosisme, dont elle est la cause la plus ordinaire, et il est très-important de ne pas la méconnaître. Elle a surtout pour caractères la décoloration de la peau, la faiblesse musculaire et la rétraction considérable des artères et des veines superficielles.

§ 14;. Troubles des sécrétions. Ptyalisme. Siueurs.

Urines.

Des troubles fonctionnels sécrétoires^ signalés par Sydenham, par J. P. Frank, se montrent assez souvent dans le cours du nervosisme aigu.

« Il est assez ordinaire aux femmes hystériques « de cracher pendant plusieuis semaines une matière « séreuse, ni plus ni moins que si elle avait été (( frottée d’onguent mercuriel. » Ce sont des troubles qui appartiennent surtout à l’état aigu. Deux

(I ) Sydenham, § 774.

fois j’ai vu un ptyalisme considérable dii à l’iiypersécrétion de la muqueuse buccale et des glandes salivaires (obs. ix et x). C’était un cracbotement continuel de liquide incolore et mousseux, comme cela s’observe quelquefois chez la femme enceinte. — Son abondance est quelquefois si grande que les malades sont obligés d’avoir constamment près d’elles un vase ou un mouchoir pour recevoir le produit de leur sputation

La sueur est assez abondante pour être désagréable, et quelques malades ne peuvent faire un mouvement dans leur lit, parler trop longtemps ou éprouver une impression quelconque, sans avoir la peau couverte de moiteur ou de sueur. Dans ces cas la sécrétion sudorale a lieu de préférence dans la paume des mains et sur le visage.

La sécrétion urinaire ne présente pas de modifications bien notables dans le nervosisme aigu. Les urines sont tantôt rares et tan tôt abondantes, pâles et peu colorées, quelquefois claires et limpides comme de l’eau, et elles ressemblent assez, sauf l’abondance, à celles qui sont excrétées dans le cours du nervosisme chronique.

SECT. II. — NERVOSISME CHRONIQUE

I 1. Vableau g^énéral.

Le nervosisme chronique, iiifiniment plus commun que le nervosisme aigu, se retrouve, à cha-

DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

que pas, dans la pratique civile, et il est peu de femmes du monde qui n’en présentent quelques symptômes, sans être pour cela complètement malades. 11 offre des degrés infinis comme toutes les diathèses, et de même qu’on peutavoirun ou plusieurs symptômes de scrofulisme, de lymphatisme, de podagrisme, etc., etc., sans avoir la scrofule, ni la goutte à l’état de maladie bien caractérisée, on observe chez un grand nombre de personnes des troubles nerveux habituels qui annoncent la diathèse sans spécifier encore l’état nerveux chronique qui pourra se développer un peu plus tard avec une grande intensité. Rien n’est aussi commun que ce premier degré de la maladie, véritable exagération du tempérament nerveux ; mais lorsque cette disposition préalable s’aggrave sous rinfluence des causes morales ou physiques dont j’ai parlé, les phénomènes nerveux se multiplient, deviennent plus violents et se généralisent, les troubles fonctionnels, d’abord faciles à dominer en raison de leurpeu d’importance, deviennent intolérables, et toutel’organisation ébranlée devient le théâtre d’accidents nombreux et variés, souvent très-graves.

Les manifestations de la diathèse se multiplient à l’infini, et les fonctions de la sensibilité générale ou spéciale, de l’intelligence, du mouvement, de la respiration, de la circulation, de la digestion, des sécrétions isolément ou simultanément troublées

donnent lieu à un grand nombre de symptômes très-caractéristiques de la nature du mal.

Né sous rinlluence de causes semblables h celles qui engendrent le nervosisme aigu (voir page 18 et suivantes), mais d’une action progressive plus lente dans ses effets, le nervosisme clironifjue se traduit par l’excitabilité, l’ataxie, et l’astbésie du système nerveux dans un ou plusieurs des principaux appareils organiques. Primitif ei d’abord distinct de toute complication viscérale matérielle, ou secondaire^ c’est-à-dire provoqué par une maladie aiguë ou chronique, par une nosorganie tuberculeuse, épithéliale ou cancéreuse, les symptômes sont à peu de chose près les mêmes, sauf la présence de quelques phénomènes intimement liés à l’état morbide antérieur. Quant à ceux du nervosisme en lui-même, ils ne diffèrent que par leur mobilité, leur permanence, leur intensité ou la forme spéciale de leur association réciproque.

Les malades arrivent par degrés à un état de souffrance très-vive caractérisée par de l’agacement, une grande irritabilité d’humeur et de caractère; la perversion des sentiments instinctifs, l’exaltation du cœur, de l’intelligence et du langage, la tristesse, la mélancolie ou au contraire une gaieté folle presque déraisonnable.

Ils dorment mal, et leur sommeil est agité par des rêves pénibles. Leur faiblesse musculaire est exces-

94 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

sive; cependant le danger, le plaisir ou le dévouement leur donnent l’occasion de déployer une activité musculaire incroyable.

Ils se plaignent de malaises, d’horripilations fréquentes, de froid ou de chaud superficiel, de douleurs vagues, circonscrites ougénérales, quelquefois de migraines et de névralgies superficielles ou profondes extrêmement pénibles. Leur tête est lourde, incertaine, se fatigue au moindre exercice intellectuel. 11 y a des étourdissements, des vertiges, des défaillances, des syncopes, et les organes du toucher, de la vue, de l’ouïe, du goût et de l’odorat présentent de nombreux troubles fonctionnels pouvant varier de l’excitation à la paralysie.

Les fonctions digestives sont languissantes ou fortement dérangées dans leur exercice par la gastralgie, les flatuosités, les vomissements, la constipation et plus rarement la diarrhée.

Les poumons fonctionnent mal et quelquefois s’altèrent dans leur structure. Il y a de la toux, des spasmes, des étouffements qui préludent à l’apparition d’une nosorganie. Le cœur et les artères battent avec plus de fréquence que dans l’état normal, et donnent lieu à des palpitations incommodes. Enfin le sang d’abord amoindri dans sa masse s’altère dans ses éléments, et il en résulte un état de chloroanémie de plus en plus prononcé qui aggrave chaque jour la situation des malades, donne plus d’in-

tensitéaux troubles nerveux, et favorise l’apparition (rune nosorganie viscérale ou les progrès plus rapides de celle qui existait antérieurement. Les malades maigrissent d’une manière effrayante, et ne mangeant pas, leur existence est un problème pour ceux qui les voient. Ils tombent dans cet état de cachexie ou de marasme que R. Wliytt avait appelé le marasme nerveux , et l’hypocondrie la plus noire vient souvent compliquer la situation. On se demande comment ils peuvent lutter contre de pareilles souffrances, et cependant leur vie devenue un martyre se prolonge des mois ou des années, sans offrir de réels instants de calme et de repos. Quelques-uns guérissent lorsqu’ils sont traités d’une manière convenable, mais la plupart succombent à l’épuisement nerveux de la douleur ou à des maladies chroniques secondaires. Tels sont d’une manière succincte et en peu de mots les symptômes du nervosisme chronique primitif ou secondaire. Leur ensemble n’existe pas chez tous les malades h tous les instants de la maladie depuis son commencement jusqu’à sa fin. Le nervosisme est une maladie générale qui se révèle peu à peu comme toutes les diathèses, et les troubles nerveux, qui le caractérisent, marchent parallèlement avec les troubles dynamiques profonds de l’organisme. D’abord limités à quelques appareils, variables dans leur intensité comme dans leur nombre, ils se multiplient, se

96 DE l’état nerveux ou NERVOSISME.

généralisent comme le principe de mal qui est partout, et bientôt il n’est plus une partie du corps qui ne présente par ses troubles fonctionnels la maladie générale chronique du système nerveux.

Un rapide coup d’œil sur l’ensemble du tableau que je viens de présenter suffît pour l’appréciation des manifestations du nervosisme chronique ; mais il ne permet pas d’arriver à la connaissance des détails qui se rattachent à chacune d’elles.

L’étude approfondie des troubles fonctionnels de chaque appareil organique peut seuley conduire.

§ 2. fSjjiiiptômes fournis par le système nerreux

cérébro-spinal.

Les troubles du système nerveux cérébral sont aussi nombreux que variés dans la forme, et n’existent pas tous chez un même malade. Il n’y en a qu’un certain nombre à la fois, deux, trois, cinq au plus, sans qu’il soit possible de donner les raisons de cette différence. C’est une remarque importante et qui s’applique à tous les phénomènes du nervosisme chronique localisé dans quelque appareil fonctionnel que ce soit. Cela dit, voyons quels sont les troubles dont le système nerveux cérébral

peut être le siège.

A. — Agacement , excitabilité nerveuse. — L’agacement et une extrême irritabilité traduites par le changement d’humeur et une disposition

morale nouvelle s’observent chez tons les malades. Seulement , ces phénomènes sont d’une mobilité excessive , et ils disparaissent un moment sous l’influence d’une diversion imprévue pour revenir et disparaître encore.

Les uns sont mécontents de ce qui les environne; ils se plaignent de tout ; ils s’attristent ; ils boudent contre leur souffrance et ils voient tout en noir ; les autres plus violents s’emportent au moindre prétexte, et le bruit, la contradiction ou la contrariété déterminent chez eux de véritables accès de colère. On ne sait comment les satisfaire, car tout leur devient une occasion de manifester l’irritabilité de leur caractère, et ceux qui, par religion ou par force d’âme , ne peuvent maîtriser cette impulsion intérieure deviennent les gens les plus désagréables qu’il soit possible de rencontrer.

Cette fâcheuse disposition de l’esprit se manifeste également par une grande sensibilité morale, par un extrême besoin d’affection et par une exali tation particulière du langage, j Quelques malades pleurent sans motif, parce I qu’on les regarde ou lorsqu’on leur adresse la parole, comme l’individu dont parle Sydenham (1);

I une visite même indifférente les attendrit, et leurs I larmes coulent en abondance à l’occasion de folles 1 idées qui leur traversent le cerveau. J’ai connu une ’ (I) Loc. cit., § 756.

BOUCHUT.

DE l/ÉTAT NERVEUX OU NERVOSISME.

jeune daine, mère de deux beaux enfants très-bien portants, et qui ne pouvait les regarder sans fondre en larmes, h l’idée qu’ils devaient mourir, et que Dieu pourrait prématurément les lui reprendre.

La même personne m’a raconté que dans l’église où elle allait à la messe, un tableau de l’Adoration des Mages la faisait également pleurer malgré elle, et cela parce que la nudité de l’Enfant Jésus lui faisait penser aux souffrances de la Passion. Cette p'ersonne, très-exaltée d’ailleurs, dyspeptique et accablée de névralgie, a été longtemps soignée à l’établissement hydrothérapique d’issy.

Il en est qui , malgré cette irritabilité intérieure douloureuse , conservent leur intelligence , leur bonté d’âme et une chaleur de sentiment exagérée qui se traduit par des idées bizarres d’attachement, quelquefois de répulsion non motivée.

B. — Exagérations de lanGxVGe. — Le langage

est en rapport avec ces dispositions différentes. Tantôt convenable, calme ou résigné, tantôt rapide, incohérent et brusijue, chargé d’épithètes et d’images sombres et mélancoliques , on voit que ces malades n’éprouvent rien à demi; elles parlent toujours au superlatif ; elles sont très-aimantes, trèsmalheureuses , très-malades ; leur souffrance n’est comparable à aucune autre ; ce qu’elles ressentent est ce qu’il y a de pire au monde, et si l’hypocondrie vient compliquer la situation, elles s’ima-

giiieiît avoir dans chaque région du corps, comme cela arrive quelquefois, à cause de la mobilité des douleurs ambulantes qui s’y montrent, une altération toujours très-grave, probablement mortelle. L’idée de la mort les poursuit alors comme un caucbemar, et je soigne une dame qui, sans avoir autre chose qu’un nervosisme chronique compliqué d’hypocondrie , m’a consulté une fois pour une maladie de l’utérus, plus tard pour une affection du foie et successivement ainsi, à de longs intervalles, pour des maladies de l’estomac, des reins , du cœur, de la mamelle , du cerveau , de la

moelle épinière, des articulations, etc., à l’occasion

de douleurs névralgiques mobiles parcourant ces différents organes. On ne saurait croire combien cette disposition morbide est fréquente, et combien il importe de l’étudier pour en faire une appréciation très-exacte.

C. — Désordres de l’intelligence, délire, illusions SENSORIALES. HALLUCINATIONS ET ALIÉNATION MENTALE. — Du changement d’iiumeur et de caractère, des désordres de rintelligence et de son exaltation à l’aliénation mentale il n’y a qu’un pas; la transition est sensible, et quelques nervosiques, devenus hypocondriaques, nosomanes, ayant perdu la raison, arrivent au suicide. Il en est qui perdent la mémoire et le jugement; d’autres, au moment de s’endormir et dans l’état de veille,

100 DE L'ÉïAT nerveux OU NERVOSISME.

deviennent le jouet d’illusions sensoriales et d’hallucinations dont ils connaissent la fausseté (1). — Quelques malades enfin , sont conduits par leur état nerveux jusqu’à l’aliénation. Pomme , Tissot , Pinel, Esquirol , Barras ont rapporté plusieurs exemples de ces hallucinations , mais un des plus curieux est assurément celui du docteur Gérard, qui est publié dans le Traité des maladies nerveuses de Pomme.

Observation xvii. — Toux nerveuse, contracture, convulsions,

délire et hallucinations considérées comme une possession

démoniaque, pjar M. Gérard, médecin à C arranges.

« Françoise Thibaut, fille âgée de douze ans, née de parents pauvres, de la paroisse de Lignière-la-Doucelle, au diocèse du Mans, d’un tempérament sanguin, d’une complexion assez robuste, pieuse, sage, docile à la voix de son père et de sa mère à contribuer de son mieux, par le travail de ses doigts, au besoin d’une nombreuse famille, éprouva

(1) On sait que l’illustre Pascal voyait sans cesse à ses côtés un précipice, et que, pour n’en être pas troublé dans ses méditations, il était obligé de dérober cette image à ses regards en interposant un corps opaque entre ses yeux et la place qu’elle occupait par rapport à lui. 11 se guérissait en raisonnant et en disant : « Puisque je cache le précipice, je ne dois plus le voir. » Ce n’est certainement pas là un acte d’insensé, et quoi que puissent prétendre les systématiques, qui font de l’hallucination un symptôme de la folie, Pascal n’était pas plus un fou que Socrate. J’ai connu une dame, la femme d’un confrère, bien portante, qui, dans un sentiment de jalousie contre son mari, le vit double pendant trois jours et trois nuits; une des images, la vraie, auprès d’elle ; une seconde image, fausse, près de la porte entre-Lâ liée, lui adressant des reproches, qu’elle croyait entendre, alors qu’on no lui disait rien.

le 8 décembre 1760 un point de côté sans fièvre, auquel succéda le même jour un mal de gorge, avec difficuUé d’avaler et les liquides et les solides. Une saignée au bras fut faite le lendemain de l’attaque, et mit aussitôt fin à ces premiers accidents de la maladie. On la crut guérie, mais ce ne fut qu’un calme trompeur qui fut le prélude des différentes révolutions de la maladie. Trois jours après la saignée, o‘n fut tout étonné de voir cette fille prise tout à coup d’un hoquet qui imitait si parfaitement le jappement d’un chien qu’on s’y serait mépris sans la voir (1). Dans cet état, elle ne se plaignait de rien autre chose que d’une grande faiblesse dans les jambes, qui l’obligeait à garder le lit : l’appétit se soutenait, les fonctions du corps se faisaient comme à l’ordinaire. Quand on lui demandait pourquoi elle contrefaisait le chien, ce qui lui arrivait quantité de fois le jour, elle répondait qu’elle ne s’en apercevait point. Cet état dura huit jours : le naturel prit ensuite le dessus; mais on jugea bien qu’il ne serait pas de durée par la faiblesse des jambes qui persévérait. Aussi vit-on l’hydre renaître au bout de dix jours, et la malade imiter l’aboiement d’un chien pendant huit autres jours.

. (( Jusqu’ici, le père et la mère de cette fille avaient été fort discrets sur son état ; il n’y avait eu qu’un des maires de la paroisse et quelques autres personnes charitables à en avoir connaissance ; mais ils furent forcés de rompre le silence. Le 8 janvier dernier, cette infortunée fille futaltaquée, le matin à son réveil, de cette espèce de convulsion nommée par les Grecs otucOotovoç. La contraction de tous les muscles extenseurs de la tête, du col, des épaules et du dos lui faisaient faire le saut de carpe, le corps renversé en arrière. L’accès fut d’un quart d’heure et fixa la durée des suivants. La nuit comme le jour, la malade en éprou-

(1) Une observation à peu près semblable est rapportée par M. Raulin, dans son Traité des affections vaporeuses du sexe, p. 125, seconde édition.

102 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

vait des retours qui laissaient à peine une demi-heure d’intervalle entre eux. Ils étaient annoncés par deux ou trois bâillements accompagnés d’une extrême difficulté de parler, sans souffrances et suivis de douleurs de tête et de mal à l’estomac. Dans l’état le plus violent, la malade voyait et entendait tout, et en conservait même le souvenir. Dans quelques-uns des accès, elle s’était imaginé voii* des spectres à figure d’hommes mal intentionnés , prêts à se jeter sur elle, ce qui l’obligeait, disait-elle, à vouloir s’élancer hors du lit , pour se soustraire à leur malignité. Presque tous ceux qui l’ont sue en cet état n’ont eu qiPune voix : C’est une fille ensorcelée, disait-on hautement ; il n’y a que le démon qui puisse l’agiter ainsi. Tel était le langage de la plupart des spectateurs, mais on ne s’en tint pas là; on prit conseil. Un prêtre fut consulté sur cet événement par un prêtre, son ami, qui sait joindre à la qualité de chanoine le talent supérieur de briller dans l’art de la chaire. L’exposé du consultant ne fut pas plutôt achevé, qu’il prononça qu’il y avait obsession et possession , que l’illusion est à craindre, quand le préjugé nous domine. Je fus consulté à mon tour : je vis pour la première fois cette prétendue favorite de Circé, le 19 janvier. Elle m’avait été recommandée parM. le bailli du lieu, qui n’est pas moins le père des pauvres que le protecteur des lois. J’appris, à mon arrivée chez la malade, que l’orage venait de se dissiper et que le calme succédait à la tempête. Je profitai de cet heureux moment pour faire mon examen. Je n’eus de temps que ce qu’il en fallut. Je vis ensuite la malade dans l’état violent rapporté ci-dessus. Hors de l’accès, elle avait le pouls petit et vif, sans être irrégulier ni égal ; dans l’accès, il était fréquent et très-peu sensible; hors de l’accès comme dans l’accès, on aurait jugé la malade dans l’état de santé, à la seule inspection de son visage ; le mal n’en altérait ni les grâces des traits, ni celles du coloris.

« 11 ne restait plus qu’à désabuser les parents de cette

fille sur la cause de cette maladie et à les rassurer sur les suites, pour ensuite prescrire les remèdes qui me paraissaient indiqués. Il m’était bien moins facile de réussir dans mes premières vues que de remplir les secondes. J’eus beau leur dire et redire qu’il n’y avait rien d’extraordinaire dans cette maladie que l’idée qu’on y avait attachée, que le maléfice n’y entrait du tout pour rien,, et que, par l’usage des remèdes que j’allais prescrire, j’espérais que la malade guérirait. Je m’aperçus à merveille que mes raisons n’avaient pas le don de la persuasion, et que ceux ' à qui je parlais n’étaient pas susceptibles d’un examen suffisant pour détruire la prévention qui les induisait souvent en erreur. J’abandonnai cette première vue. Je proposai des remèdes : on me promit de les faire et de les appliquer comme je voudrais ; on m’a tenu parole; c’était ce que j’avais à désirer. Je lui donnai des antispasmodiques relâchants, soutenus d’une saignée au pied. Je les ai employés extérieurement et intérieurement; ils ont eu tout le succès qu’on pouvait en attendre. Les vapeurs convulsives, qui faisaient les vapeurs de la maladie, cessèrent le dernier jour de janvier, et la prétendue obsédée et possédée a repris son train de vie passé, avec cette ditférence néanmoins qu’elle n’est plus si docile à la voix de ses parents : ce vice du caractère est un effet de la maladie, oui s’effacera sans doute avec les impressions de la cause. Je ne dois pas omettre que cette fdle avait été mise sous l’invocation de saint Denis, devant l’image duquel on a fait dire la messe et fait faire des neuvaines, et que ceux qui croient au maléfice dans cette maladie en attribuent la guérison plutôt au pouvoir du saint qu’à l’efficacité des remèdes. Quoi qu’il en soit, je suis beaucoup moins jaloux de l’honneur de cette guérison que de la gloire, qu’on ne saurait me refuser, d’avoir coopéré avec le saint pour l’obtenir (1). )>

(f) Pomme, t. Il, p. 200. — Journal de médecine, 1761, p. 32.7.

104 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

Cette observation de Pomme ne saurait être rangée dans les cadres de l’hystérie et de l’hypocondrie. Ce fut un état nerveux aigu, provoqué par une saignée faite d’une façon inopportune , et dont les principaux phénomènes: toux convulsive, contracture, hallucination, délire, etc., fort graves, furent avec l’esprit du temps considérés comme l’exemple d’une possession démoniaque.

Les faits de M. Barras ne sont pas moins intéressants ; run se rapporte h un homme de trente ans devenu fou à la suite d’une gastralgie traitée pendant huit mois par les antiphlogistiques.

Le second a été observé chez une dame de quarante-quçitre ans, devenue folle après un an de traitement antiphlogistique et de régime lacté pour une prétendue gastrique chronique (1).

Le troisième est relatif à une dame de quarantetrois ans, sujette aux douleurs d’estomac avec spasmes de la poitrine, et à des suffocations momentanées, qui eut de nouveau des douleurs d’estomac par suite d’un violent chagrin causé par la mort de son père. On la mit à la diète après lui avoir prescrit trois applications de sangsues. Deux mois après, attaque de manie aiguë et volonté continuelle de manger. On cède à ce désir, et peu à peu l’intelligence revient, la gastralgie disparaît ainsi

(l) Barras, Traité des gastralgies, t. I, p. 66,

NEUVÜSÎSWE CHRONIQUE.

SYMET03IES.

que les étouffements. La malade guérit entièrement (1).

Voici encore un autre cas analogue oI)servé par le docteur Reber, de Mare\ille (Meurtlie), et dans lequel les troubles intellectuels paraissent avoir été le résultat d’un réel appauvrissement du sang par la chlorose (2).

Observation xviii. — Insomnie^ amyosthénie , hystéricism.e, érotomanie, hallucinations du toucher, de l’ouïe et de la vision. — Guérison par les préparations ferruyineuses et opiacées. (Recueillie par M. Kuhn.)

« Joséphine P..., âgée de vingt-cinq ans, non mariée, brodeuse, d’une constitution délicate et d’un tempérament lymphatico-nerveux , est originaire du département des Vosges. Elle n’a jamais été malade. Ses mœurs ont toujours été très-bonnes et ses habitudes régulières. Elle ne compte pas d’aliénés parmi les membres de sa famille; son éducation était nécessairement fort restreinte, comme l’est d’ordinaire celle des habitants de la campagne. On avait remarqué cependant une certaine délicatesse de sentiments au-dessus de sa condition.

« Il y a deux ans, il se manifeste chez elle tous les symptômes de la chlorose. Le sang menstruel perd de sa consistance, de sa quantité et de sa couleur. Les menstrues durent moins longtemps et ne tardent pas â disparaître complètement. La peau est pâle et sèche, les chairs sont flasques, la langue, les gencives, les lèvres sont décolorées. Les forces sont diminuées, le sommeil est suspendu. Sous l’iniluence de cet état chlorotique, on ne tarde pas â remarquer une certaine excitabilité nerveuse, des prélen-

(1) Observ. v, p. 64.

(2) Gazette des hôpitaux, 1850.

iO(i DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

tionsàla toilette et une coquetterie inaccoutumée. Elle se prévaut de ses avantages physiques, et en conçoit des espérances matrimoniales exagérées. Elle montre un grand désir de s’instruire.

(( Aussitôt qu’elle trouve un moment, elle se livre à la lecture de livres qui sont au-dessus de son intelligence. A cette disposition studieuse s’ajoute une piété exagérée. Bientôt il se développe chez elle de l’hystéricisme, et des idées érotiques se manifestent.

({ Sous cette influence, un soir, au moment où elle venait de se coucher, elle sent une main se glisser sous sa couverture, et entend en môme temps une voix qui lui dit de se laisser faire et d’ahandonner son esprit.

(( Quelque temps après, P éprouve un frisson

suivi d’une agitation extrême. Elle parle avec voluhilité et incohérence, se met à chanter et à faire des grimaces. A cet accès on oppose les saignées, les purgatifs et les hains prolongés, que l’on continue pendant six semaines à Plombières. La maladie ne faisant que s’aggraver sous l’influence de ce traitement, on résolut de placer la malade à Mareville, où elle fut admise le 9 février 1857.

« A notre premier examen, nous voyons tant de trouble dans les idées de cette malade qu’il est impossible de rien comprendre à ce qu’elle dit et de fixer un instant son attention. L’éther est prescrit à la dose de 1 gramme, et continué ainsi pendant quelques jours. Sous l’influence de cette médication, l’isolement et le régime, la malade ne tarde pas à se calmer. Mais, si ses actes sont devenus réguliers, ses idées continuent, au contraire, à nous offrir une incohérence extrême. La menstruation est toujours absente. Le fer réduit par l’hydrogène est ordonné.

((L’hallucination de l’ouïe ne s’est plus renouvelée, mais les hallucinations et les illusions de la vue se sont multipliées et établies en permanence. Pour elle, les caractères étaient écrits sur le mur; ils s’effaçaient et se succédaient

rapidement sans qu’elle pût y rattacher aucun sens, et aujourd’hui encore, au moment de se mettre au lit, ce phénomène se reproduit constamment. Ces mêmes phénomènes étaient entretenus par l’insomnie permanente qui datait de l’administration des bains prolongés.

(( Au mois de mars 1857, M"®P... est prise d’un nouvel accès d’agitation des plus intenses : le plus grand désordrerègne dans ses idées et dans ses actes. L’éther, à la dose de 1 gramme, est administré de nouveau et réussit comme la première fois. Le fer réduit est continué.

«Au mois d’avril, la malade s’occupe, et nous montre dans ses rapports des idées d’un bon caractère. L’amélioration va en progressant, la menstruation s’est rétablie régulièrement , et elle en éprouve un grand soulagement. Toutefois il reste encore l’état hallucinatoire entretenu par l’insomnie et produisant encore des conceptions délirantes auxquelles la malade s’abandonne, quoiqu’elle commence déjà à en apprécier la valeur. C’est surtout le matin et le soir qu’elle est le jouet de ces erreurs de perception, dont elle rend compte dans la journée, mais qu’elle n’est pas maîtresse de ne pas considérer comme des réalités quand elle est sous leur influence.

« Une dernière indication restait à remplir, et elle a été saisie avec empressement. Les opiacés , en ramenant le repos de la nuit, ont produit une notable amélioration.

« Le retour du repos, joint aux modifications avantageuses survenues dans la constitution , hâte la convalescence et fait entièrement disparaître toute trace d’hallucination et de délire. L’amélioration fait de jour en jour des progrès sensibles, et Joséphine peut quitter l’asile pour être rendue à sa famille. »

Réflexions. — Cette observation est intéressante et remarquable à plus d’un titre. C’est un cas de chlorose qui, par sa marche lente et progressive, s’est compliquée de troubles nerveux des plus variés et des plus graves. La vie

108 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

sédentaire a été évidemment la cause principale de cet appauvrissement du sang ; appauvrissement qui amena plus tard rhysléricisme et les accès d’agitation maniaque.

Plusieurs cas de suicide observés chez des individus atteints de nervosisme primitif ou secondaire sont rapportés dans les auteurs, et particulièrement par Pinel et par Esquirol; mais pour mon compte, je n’ai encore vu dans le nervosisme aigu ou chroniqne que des hallucinations passagères de la vision et de l’ouïe, des illusions sensoriales et une seule fois la démence.

(( Il semble, en général, dit Pinel, que le siège (( primitif de la manie soit dans l’estomac, et que (( (dest de ce centre que se propagent comme par « une espèce d’irritation les troubles de l’entenden ment. »

(( Tantôt, dit Esquirol, les extrémités du système (( nerveux, et les foyers de sensibilité placés dans (( les diverses régions, tantôt dans l’appareil digestif, « tantôt d’abord le foie et ses dépendances soient « dans le siège du mal. »

Puisque je viens de citer Pinel, je rapporterai en détail une de ses observations relatives à un médecin de Paris, depuis longtemps tourmenté par des accidents nerveux, semblables cà ceux que nous rapportons au nervosisme et qui a présenté de trèscurieux phénomènes de catalepsie extatique (1).

(1) Pinel et Bricheteau, Diction, des sc. mécL, art. Spasme.

Observation xix. — Nervosisme chronique. — Somnambulisme ^ névralgie inter costale, dyspepsie. — Vertiges, spasmes, catalepsie extatique ; palpitation ; faiblesse générale. — Guérison.

(( M. Fabré-Palaprat, médecin de Paris, aussi recommandable par ses talents que par sa philanthropie, est âgé de 46 ans; né sous un climat chaud, il a été dès sa jeunesse doué d’une imagination exaltée et d’un caractère méditatif, ne paraissait se complaire que dans la solitude, livré au travail et à la méditation. Il avait parfois des accès de somnambulisme, car il assure avoir composé, dans un de ses accès, une pièce de vers latins, dont il se reconnaissait incapable dans l’état de veille.

« A 18 ans il fut délivré de cette fâcheuse incommodité, par un réveil en sursaut, dans le temps même qu’il se livrait à une de ses excursions nocturnes. L’un de nous a été également somnambule dans sa jeunesse, et une pareille aventure l’a délivré de cette maladie.

(( A peu près dans le même temps, le malade fut atteint d’une fièvre intermittente quarte, qui dura une année entière et dont il fut guéri brusquement par un remède secret, qu’il suppose être de l’arséniate de potasse.

« A peine cette fièvre avait cessé, qu’il se manifesta une autre maladie périodique ; c’étaient de vives douleurs dans la poitrine, accompagnées d’anxiété, de mouvements spasmodiques, avec une teinte jaune de la peau, un dérangement dans les fonctions digestives, etc. Ces accidents survenaient à des intervalles éloignés, à la suite du travail et de la méditation; ils allaient toujours en croissant l’espace de 8 à 10 jours, puis décroissaient successivement. Pendant plusieurs années qu’il fut affecté de ces spasmes de la poitrine, M. Fabré consulta â Montpellier, où il étudiait la médecine, plusieurs médecins distingués (Fouquet, Pétiot, Dumas, etc.), qui le crurent menacé de phthisie, et lui prescrirent des moyens appropriés à cet état, etc.; il vint ensuite habiter Paris. L’état de sa santé

i 1 0 DE l’état nerveux ou nervosisme.

n’otfrait rien de remarquable dans les premiers temps de son séjour en cette \ille, si ce n’est des vomissements de sang qui étaient constamment causés par l’usage du beurre, effet singulier dans la production duquel cependant l’influence de l’imagination n’avait aucune part, puisque le malade ayant consenti un jour à dîner chez un ami, à condition qu’il ne mangerait rien au beurre (condition qui ne fut pas tenue), il vomit une grande quantité de sang à l’issue du dîner.

({ Vers 36 ans, la maladie prit un autre caractère. Les accès annonçaient, par une grande irascibilité, une humeur fâcheuse dont les meilleurs amis du malade ont quelquefois éprouvé les effets; puisqu’il survenait des vertiges, des spasmes dans tous les muscles soumis à la volonté qui l’obligeaient à se jeter dans un fauteuil ou sur un canapé ; souvent il poussait un cri aigu qui était suivi d’une roideur cataleptique de quelques secondes seulement; bientôt après succédait une sorte de vomissement extatique avec une sensation de volupté indicible que l’on peut comparer, suivant lui, aux jouissances de l’amour, mais qui est infiniment au-dessus. Les organes génitaux ne participaient d’ailleurs en rien à cet état d’exaltation, bien que le malade fût en général continent et vît rarement de femmes dans la crainte de se trouver mal, ce qui lui est arrivé quelquefois. Pendant la durée- de l’extase, qui est communément de cinq à six minutes, M. Fabré ne perdait pas connaissance, continuait de converser, mais ses discours avaient quelque chose de solennel, de romanesque et de poétique. L’extase dissipée, ou plutôt diminuée, l’accès se prolongeait jusqu’au huitième et dixième jour pendant que le malade ne prenait ni aliment ni boisson; il vaquait néanmoins à ses affaires, mais dans sa conversation, on apercevait facilement que son imagination avait une teinte romanesque et que sa manière d’être était puissamment modifiée par un état d’exaltation

et de contentement qui ne sont pas ordinaires dans la vie humaine. La durée du sommeil ne dépassait pas deux heures, et le reste de la nuit se passait dans une sorte de rêverie contemplative dont le vague berçait agréablement le malade.

{( Les accès de spasme extatique, tels que nous venons de les décrire, se sont d’abord manifestés tous les six mois ou environ, puis tous les quatre mois, enfin tous les vingthuit jours assez régulièrement; à mesure que ces accès se rapprochaient et devenaient en même temps plus courts, l’extase était accompagnée de jouissance plus ineffable; et cet état avait alors tant d’attraits pour le malade, qu’il s’y abandonnait involontairement malgré la conviction qu’il avait de pouvoir lutter avec avantage contre son développement. Un affaissement et une prostration trèsconsidérables des forces avec des sueurs abondantes, qui parfois avaient l’odeur de sperme, annonçaient, pour l’ordinaire, la fin de l’accès et un prompt retour àl’état naturel.

« Au mois de mars 1818, d’après les instances de sa famille et de ses amis justement effrayés de la fréquence toujours croissante des retours de cette affection spasmodique, M. Fabré essaya de la combattre au moyen de pilules narcotiques de Méglin, composées de valériane, d’oxyde de zinc et d’extrait de jusquiame, un grain de chaque, qu’il porta successivement jusqu^’à douze; l’effet en fut assez marqué, puisque l’accès dont le retour devait être prochain, fut retardé d’environ deux mois; mais comme si le mal n’eût été que comprimé pendant quelque temps, il parut avec plus de violence, et pour ainsi dire sous une autre forme, car, à compter de celte époque les accès ne furent que de courte durée et se montrèrent quatre jours de suite, les 13, 14, 15, 16 mai. Le 14, l’extase voluptueuse se reproduisit jusqu’à six fois, ce qui fit au malade l’effet d’une violente courbature; on remarqua pour la première fois qu’il perdait connaissance pendant

112 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

quelques secondes; on continua l’usage des pilules de Méglin que l’on porta jusqu’à dix-huit; à celte dose, la vue se trouva considérablement affaiblie, ainsi que la sécrétion urinaire.

(( Le 10 juin, on observa tous les avant-coureurs d’un accès qui cependant n’eut pas lieu. Le 8 août, à la suite d’une attaque légère, M. Fabré joignit aux pilules de Méglin un demi-gros de valériane en poudre, et ensuite un gros avec quantité égale de quinquina. Ces médicaments furent administrés ensemble pendant quelque temps, puis suspendus et repris; il ne se manifesta d’accès qu’en novembre, époque à laquelle on reprit l’usage de la valériane, de quinquina et des pilules de Méglin, suspendu depuis quelques jours, et on continua d’administrer ces médicaments le reste de l’année 1818.

(( Au commencement de l’année 1819, le malade éprouva un accès de spasme extatique à la suite d’une affection morale; il reprit alors l’usage de la valériane associée au quinquina qu’il porta jusqu’à trois gros. Toujours concurremment avec les pilules de Méglin, administrées d’une manière croissante et décroissante depuis une pilule jusqu’à dix-huit, et vice versa.

(( Pendant les huit mois qui suivirent, M. Fabré eut assez fréquemment des attaques, ou bien simplement observa chez lui quelques signes avant-coureurs qui n’avaient aucune suite. Il continua en général de faire usage des mêmes médicaments. L’objet du délire extatique, quand il survenait, était toujours le même, c’est-à-dire un sentiment indicible de bonheur et de ravissement auquel le malade s’abandonnait avec délice aux approches de l’accès, bien qu’il fût persuadé que sa santé dût en recevoir une mauvaise inüuence; disposition que l’on peut comparer à celle de ces individus faibles et irritables, très-enclins aux plaisirs de l’amour, qui savent bien que les jouissances les usent et les consument, mais ne les recherchent

SYMPTOMES. — NERVOSISME CHRONIQUE. il3

pas moins et s’y abandonnent avec une sorte d’instinct destructeur.

« A la fin de l’année 1819, la maladie ne se montra plus que faiblement et sous un aspect différent; l’état spasmodique, au lieu d’étre suivi d’extase voluptueuse, n’otfrait plus qu’un état plus ou moins prolongé d’anxiété et d’irascibilité avec de violentes palpitations, de l’oppression, et quelquefois une abondante hémorrhagie du nez. La maladie, que l’on ne cessa pas de combattre par intervalles avec les moyens indiqués plus haut, continua à se manifester sous cette forme nouvelle jusqu’au mois d’avril 1820; la durée totale de chaque accès était alors de douze heures au plus; et l’on ne pouvait méconnaître combien le temps, d’un côté, et de l’autre une médication active et savamment combinée avaient changé la nature du mal et affaibli ses effets.

« A la fin d’avril, l’affection se reproduisit sous la forme primitive avec extase et jouissance intuitive. Le 8 mai, pendant la nuit, M. Fabré éprouva un fort accès avec convulsion, roideur tétanique, perte de connaissance. Cet état dura quarante minutes et fut suivi d’extase voluptueuse, de courbature et d’accablement. Quelques autres accès qui survinrent ensuite , quoique beaucoup moins forts, firent craindre au malade que l’affection spasmodique ne reparût avec son intensité première, et l’engagèrent à recourir à l’usage des médicaments ci-dessus mentionnés qu’il avait abandonnés. La valériane et le quinquina, associés ensemble, furent administrés de nouveau jusqu’à la dose de 3 gros chacun, et les pilules de Méglin portées concurremment jusqu’à 49, d’où l’on allait en décroissant jusqu’à la dose la plus faible.

«Depuis cette époque, M. Fabré n’a, de temps à autre, que de l’oppression, de l’anxiété et quelques autres accidents qui composent ce qu’il appelle des soupçons d’attaque; il se porte en général beaucoup mieux que par le

BOUCHUT.

DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

passé, et supporte bien les fatigues qu’exigent les soins de sa profession (i). »

M. Sandras cite les observations d’une dame qui avait autour d’elle des têtes plus ou moins nombreuses, chaque fois que sou système nerveux était plus tourmenté que de coutume, et celle d'un homme parfaitement sain d’esprit, qui voyait une étoile le conduire chaque fois qu’il avait une détermination à prendre.

M. Landry a publié un fait analogue.

Obs. XX. — Nervosisyne chronique , névralgies , viscéralgies ,

spasmes^ convulsions, hallucinations, chlorose. — Médication tonique et ferrugineuse . — Guérison (2).

« Une fille de seize ans , extrêmement délicate, dont la mère était sujette à des attaques de nerfs, présentant tous les attributs d’un tempérament lymphatique et même scrofuleux, et toute sa vie sujette à des palpitations, à des douleurs névralgiques, entre dans le service de M. Sandras le 7 juin 1851, pour des accidents nerveux qu’elle avait déjà éprouvés plusieurs fois, quoique moins intenses et qui avaient été calmés, mais jamais entièrement guéris par un traitement ferrugineux et tonique toujours incomplet.

(( En mai 1851, tous les accidents prirent une nouvelle intensité : faiblesse, palpitations, étouffements, essoufflements, douleurs vagues, inappétence, constipation, règles irrégulières, leucorrhée, gastralgie, etc.

« A son entrée, outre les symptômes précédents, je con-

(^1) Pinel, Dictionnaire des sciences médicales , art. Spasme.

(2) Landry, Recherches sur les maladies nerveuses, p. 28.

statai ce qui suit: faiblesse extrême du système musculaire, mais aucun phénomène paralytique réel, parfois de petites convulsions passagères des muscles de la face et une sorte de frémissement librillaire de ceux des membres; fourmillements aux extrémités, douleurs vagues dans les parois thoraciques et dans la tète, hypéresttiésic, analgésie en d’autres points; aphonie, aflaiblissemcnt et fréquentes aberrations de la vue ; hallucinations, dont elle a conscience, et qui ne troublent pas l’intelligence; surdité fugitive, bourdonnement d’oreilles, vertiges, étourdissement ; jamais d’accès convulsifs ni de sensation de boule hystérique; pas de fièvre; hice et peau très-pàles, pouls petit, mou, dépressible ; bruits du cœur secs, rapides, petits ; le premier est quelquefois soufflé à la base; souffle intense dans les carotides ; sang des règles trèspâle, presque aqueux.

« Traitement : Quatre pilules de Vallet : magnésie calcinée, 2 grammes après chaque repas; 'affusion d’eau froide le long du rachis.

«30 août. — Le môme traitement a été continué. Les fonctions digestives se sont améliorées rapidement ; les forces générales se sont rétablies ; tous les phénomènes nerveux ont graduellement disparu.

« Aujourd’hui la santé est exoellente, et cette jeune fille a pris un embonpoint et un teint rosé qu’elle n’avait jamais eus. Le souffle des carotides est presque nul. Elle quitte l’hôpital. »

Dans quelques cas, les troubles nerveux se localisent clans l’appareil génital, et donnent lieu à une tristesse plus ou moins grande accompagnée de nymphomanie. L’observation suivante de M. Gillebert d’Hercourt en est la preuve.

DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

Obs. XXI. — Nymphomanie et lypémanie guéries par l’hydrothérapie (1).

c( En 1846 une famille de... me confia une jeune ülle de 19 ans environ qui était atteinte de lypémanie , accompagnée de fréquents accès de nymphomanie. Ainsi, elle se croyait maudite et prédestinée à l’enfer, parce qu’un jour, en comptant le linge de la maison, elle avait, disait-elle, souhaité la mort de son père. « Son compte, pensa-t-elle, eût été plus tôt fait, si le linge de son père ne s’y fût pas trouvé ! » Persuadée que Dieu ne lui pardonnerait pas une pensée aussi coupahle, elle tomba dans la lypémanie, et de temps en temps elle était prise, tout à coup, de fureurs utérines dont la violence était telle que perdant toute pudeur, elle adressait des provocations aux hommes. Alors son délire était extrême ; elle voulait tuer tout le monde, brûler la maison, etc., etc., etc.

«L’enveloppement dans des draps mouillés, les petits bains avec frictions sur tout le corps dans de l’eau à 18® centig., les lavements frais et les douches en poussière constituèrent le traitement hydriatique de la malade.

« Au mmment des accès de nymphomanie, on la conduisait à la douche, où elle était maintenue par deux filles vigoureuses: les premiers instants étaient terribles, elle poussait de véritables rugissements et méconnaissait tout le monde; puis insensiblement elle se calmait, la raison revenait, et avec elle les sentiments de pudeur habituels à une jeune fille bien élevée.

« Sous l’influence de ce traitement, les accès de nymphomanie devinrent de plus en plus rares; la lypémanie se dissipa également, et la malade sortit parfaitement guérie après six semaines de séjour dans l’établissement. Depuis, cette jeune fille s’est mariée; elle est deve-

(1) Gillebert d’Hercourt, Mémoire lu à V Acad, de Médecine.

nue mère, et sa santé comme son intelligence n’ont pas éprouvé de nouveaux accidents. »

Dans ce fait, il s’agit moins d’une névrose générale et multiple, dépendante du nervosisme chronique, que d’une névrose mentale plus simple, à forme bien déterminée, guérie par l’hydrothérapie. L’observation est fort curieuse et mérite d’être lue ; elle montre tout le parti que la médecine peut tirer de ce moyen thérapeutique, mais ce sont là des faits rares, car, sauf les troubles partiels dont je viens de parler, l’intelligence se conserve à peu près intacte jusqu’à latin du nervosisme chronique.

Ce que je viens de dire du délire, des hallucinations, des illusions sensoriales et des autres troubles momentanés de l’intelligence signalés dans Tétât nerveux chronique par Tissot, Esquirol, Landry, Sandras, et dans plusieurs de mes observations, mérite de fixer un instant l’attention. En présence de la doctrine professée par un certain nombre d’aliénistes, par MM. Lélut, Moreau, etc., et dans laquelle les hallucinations et les illusions sensoriales sont cou sidérées comme un symptôme constant de la folie, il importe de faire ici des réserves. Sans nier que l’hallucination ne puisse être un des symptômes de l’aliénation, il faut savoir que ce phénomène n’a rien de pathognomonique , pas plus que le délire ou la paralysie, et qu’on peut avoir le délire ou des hallucinations, sans être considéré comme un

aliéné. Les faits de ce genre sont même assez communs, et on peut les produire à volonté par un régime exténuant. C’est à ce titre qii’on les observe dans \ç^7iervosisme . Délire, hallucinations, paralysie, etc., sont des symptômes d’anémie aussi bien que d’aliénation, et ces faits doivent être complètement séparés les uns d’avec les autres. Déclarer Socrate, Pascal et Newton atteints de folie, à cause des hallucinations dont ils ont souffert (1), soutenir que le génie de l’homme est une névrose, et <( que tous les hommes de génie sont des fous à différeîits degrés (2)» , c’esl s’exposera rencontrer bien des contradicteurs. Ce niveau rélrospectif passé sur les intelligences qui ont éclairé la science et l’humanité dans sa marche, abaissant le génie au niveau de l’insensé, ne voyant la santé de l’esprit que dans l’intelligence ordinaire, a quelque chose qui étonne profondément.

Ainsi formulée, cette proposition révolte le sentiment de respect et d’admiration qu’on doit àla gloire de ceux qui ont illustré leur pays, et, chose assez fâcheuse à dire, elle repose sur une erreur d’analyse qu'une observation attentive aurait pu faire éviter.

En effet, le travail et la méditation soutenue ont sur l’estomac d’abord, et sur la nutrition, rintluence la plus désastreuse. Une dyspepsie plus ou moins

(1) L ÉLUT, Bu démon de Socrate, in-8, nouv. Paris, 1856,

(2) Moreau, Psychologie morbide, in-8, Paris, 1850.

prononcée existe chez tons les liommes qui vivent sédentaires dans leur cabinet d’étude, et qui 'pâlissent sur leurs livres. Des gastralgies, de la constipation, des névralgies, des palpitations et d’autres troubles fonctionnels se produisent. Leur organisation s’affaiblit, et ils tombent dans l’état nerveux. Ce sont des nervosiques , qui, à ce titre, peuvent avoir des ‘troubles variés des organes des sens, sans que leur intelligence perde de sa sûreté, de sa lucidité, ni de son élévation. Malades d’épuisement, ils peuvent rester tels, jnsqn’à la fin de leurs jours, ou au contraire, arriver à perdre la raison comme le premier sot venu qui, par exemple, aurait l’ambition des grandeurs. Le génie n’exempte pas de la folie, et, en admettant même qu’il y prédispose, ce n’est pas sur la présence d’une hallucination qu’il faut déclarer sa déchéance intellectuelle. Les hallucinations et les illusions sensoriales existent chez beaucoup de personnes qui ne prétendent pas au génie, chez un grand nombre de femmes malades, et chez tous les sujets épuisés par le travail, les passions ou la maladie, et là les hallucinations ne sont point de la folie. Elles ne sont qu’un des nombreux symptômes du nervosisme.

D. — Insomnie. — Le sommeil est mauvais, fatigant plutôt que réparateur, aisément interrompu par des malaises intérieurs, par de faibles bruits, ou par des rêves, ou par d’affreux cauchemars. C’est à ce

DE l’état nerveux OU NERVOSISME.

point que des malades redoutent la fm du jour et l’instaiit de se mettre au lit. J’ai soigné une dame dont le nervosisme chronique s'était compliqué d'hypocondrie, et chez laquelle les nuits étaient si mauvaises et tellement troublées par la crainte d’une mort subite, qu’elle avait pris le parti de faire coucher une femme de chambre à côté d’elle. — Les ferrugineux et le quinquina l’ont guérie.

E. — Amyosthénie. — Les forces musculaires sont singulièrement amoindries, et jusqu’au moment ultime où les malades sont définitivement obligés de garder le lit en raison des progrès de la diathèse, rabattement et la nonchalance sont le propre de l’état nerveux chronique. C’est ce qui caractérise V amyosthénie . Elle est facilement appréciée au dynamomètre, et elle disparaît à mesure que se consolide la guérison. La marche est pénible, difficile ou complètement impossible par suite delà faiblesse des jambes et de la pesanteur lombaire. Tout elFort, toute fatigue amènent la courbature et un redoublement de fièvre. Cependant , stimulés par un danger personnel , par le dévouement au prochain, par l’attrait du plaisir, les malades oublient leur propre faiblesse et montrent une force et une énergie dont on n’aurait pu les croire capables. M. Sandras rapporte qu’une dame nervosique incapable de se promener une heure sans fatigue, a pu suivre, et à pied, pendant plusieurs heures, son

^’EnVOSISME CUHONIQEE.

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