SY.MET031ES
mari, officier de la garde royale, chassé de Paris parla révolution de 1830.
Esqiiirol (1) rapporte quedans lapremière révolution, quantité de femmes nobles, asservies par des affections nerveuses, n’ont eu qu’à tremliler pour leur tête, pour recouvrer l’énergie nécessaire à un prompt départ.
Je soigne une jeune dame, depuis longtemps nervosique, continuellement malade, amyostliénique et sans force au milieu de la fièvre , incapable de faire une petite course à pied sans courbature, et qui, dans les maladies de ses enfants, trouve l’énergie de les veiller seule, nuit et jour, pendant deux ou trois semaines, sans se mettre au lit. J’en ai vu quitter la chaise longue pour aller au bal, danser toute la nuit, dépenser une force musculaire incroyable , et revenir anéanties pour reprendre leur position horizontale, au milieu des doléances les plus vives.
Une autre, malade depuis vingt ans, obligée, depuis plusieurs années, par de cruelles douleurs dans le ventre et dans les jambes, de prendre tous les jours plusieurs pilules de morphine et de s’en appliquer sur la peau par la méthode endermique, a une telle passion pour le théâtre, que je l’ai vue trouver la force de sortir du lit pour s’y rendre, et là, oublier momentanément ses douleurs.
(1) Des maladies mentales. Paris, 1838.
DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
F. — Paralysies générales, hémiplégies, paraplégies, SIMULANT LES PARALYSIES PRODUITES PAR DES LÉSIONS ORGANIQUES. — G 11 6z quelques malades, la faiblesse des membres inférieurs est telle, qu’il en résulte une paraplégie véritable. On les considère quelquefois h tort comme atteints d’un commencement de maladie organique de la moelle, et on est souvent tenté de leur appliquer des cautères sur le dos. C’est ce qui ressort des trois observations suivantes :
Ors. XXII. — Nei^vosisme chronique. Paraplégie nerveuse.
Cautérisation pointillée du dos , avec le fer rouge.
Guérison immédiate. Vomissement et diarrhée cholériformes. — Albuminurie aiguë. — Guérison.
(( Vienne, Marie, J 3 ans, entrale 29 avril 1859, au n” 19 delà salle Sainte-Marguerite de l’hôpital Sainte-Eugénie, pour être confiée à mes soins.
((Cette tille, grande, bien développée, est pubère depuis un mois ; sa mère est morte de la poitrine ; son père est asthmatique.
((Cette enfant n’a jamais été sérieusement malade; mais elle est sujette à la diarrhée.
(( A l’âge de 8 ans, elle a eu des douleurs intercostales gauches, presque quotidiennes et très-fortes.
« L’année dernière, elle a eu une syncope sans mouvements convulsifs, causée par un phénomène semblable survenu sous scs yeux chez sa mère.
(( Cette année elle a eu une autre syncope, sans mouvements convulsifs, en voyant un phénomène semblable chez une de ses compagnes.
(( Il y a trois ans, sans causes appréciables, elle avait eu une sorte de contracture des genoux, qui tenait les membres inférieurs demi-fléchis, sans gonflement, ni rougeur.
ni fièvre. L’enfant mangeait bien et restait assise sur une ' chaise: ces aeeidents ont duré un mois.
(( Il y a trois mois qu’elle éprouve des accidents particuliers dans la coordination des mouvements volontaires i des membres inférieurs. Le matin, en se levant, elle n’a pu
i marcher et le mouvement est revenu cinq minules après,
I et depuis lors, chez elle ou dans la rue, pareil accident s’est i reproduit. Elle était obligée de s’arrêter; puis le mouvement j revenait. Il lui est arrivé quelquefois de vouloir s’arrêter et ’ d’être entraînée en avant par une force invincible, pendant cinq ou six pas; puis elle ne pouvait plus marcher.
« Ces phénomènes ne sontaccompagnés ni d’anesthésie, ni d’engourdissement, ni de contracture; et aujourd’hui la malade est dans l’état suivant :
« La taille est grande, l’embonpoint médiocre, le teint un peu coloré. Pas de palpitations, de souffle cardiaque ou artériel. Elle n’a pas d’attaques convulsives, de spasmes, de constrictions à la gorge. Pas d’envie de pleurer ; quelques engourdissements dans les jambes. L’enfant peut <i peine se tenir, mais ne saurait marcher. En la tenant par la main, elle avance de 4- à 5 centimètres par jour; la colonne vertébrale ne présente aucune altération ; il n’y a ni anesthésie ni hyperesthésie. Pas de convulsions, ni de contractures, pas d’hallucinations, ni d’illusions sensoriales. Bon appétit, pas de fièvre.
(( 6 mai. — Une cautérisation poinlillée parle fer rouge est faite dans le dos, l’enfant étant assise sur une chaise ; et à l’instant elle fait les plus grands eüorts pour remuer ses jambes et peut marcher. Quelques secondes après, elle se lève et se met à courir dans la salle, maintenue par deux aides et poursuivie par le fer rouge. L’opération terminée, des compresses d’eau froide sont mises sur le dos, sur les parties cautérisées, et l’enfant, abandonnée à elle-même, marche seule d’une extrémité de la salle à l’autre.
«7 mai. — L’enfant est restée levée jusqu’à cinqheures et
124 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
a pu marcher toute la journée. — Ce matin elle marche parfaitement bien; elle n’éprouve aucune gêne dans les jamhes, ni dans les mouvements.
« 25 mai. — Les ulcérations du dos se sont élargies et causent de vives douleurs ; le derme est profondément ulcéré, avec eschare grisâtre sur quelques points, et forme des ulcérations grisâtres de mauvaise apparence. Depuis hier, l’enfant a été prise de gastralgie et de coliques avec vomissement et diarrhée extrêmement abondante. L’enfant a pâli, et de temps à autre la peau se refroidit d’une façon notable (p. 112). — Thé. Lavement laudanisé, 6 gouttes matin et soir. Sel neutre de bismuth. Crème. Gérât opiacé.
(( 26 mai. — Les vomissements n’ont pas continué. Le refroidissement de la peau a cessé , et la couleur du visage et du teint est rosée. Pouls à 72. Il y a encore eu une dizaine de garde-robes, jaune pâle. — Bismuth. Crème. Cératopiacé.
(( 27 mai. — Pas de vomissements, un peu de diarrhée.
« 28 mai. — Une selle en diarrhée. Pas de vomissements. Langue jaunâtre, villeuse. Pas de fièvre.
« 30 mai. — Les vomissements et la diarrhée ont cessé. Une garde-robe un peu ferme. Bon sommeil. Pas de fièvre. Les plaies du dos sont en meilleur ^tat; elles ne se creusent plus et ne s’agrandissent pas, et la suppuration est de bonne nature. Pas de fièvre.
(( 31 mai. — Pas de garde-robe, pas de fièvre. Les plaies s’améliorent.
« 4 juin. — Il n’y a plus de vomissements. Une garderobe de temps à autre. Les plaies sont roses, suppurent moins et sont peu douloureuses. La paraplégie n’est pas revenue ; il y a de la bouffissure au visage, et les urines renferment un dépôt muqueux, mêlé de gravelle urique rouge et de tubes urinifères altérés. L’ébullition y fait coaguler une grande quantité d’albumine. Peau modérément chaude (p. 112).
(( 11 juin. — Pas de garde-robe, pas de fièvre.
(( 12 juin. — L’enfant est emmenée par ses parents. L’anasarque et l’albuminurie persistent. Les plaies sonten bon état, roses et recouvertes de bourgeons cbarnus de bonne qualité. Elles se rétrécissent et sont en voie de cicatrisation.
(( 4 août. — Après sept semaines d’absence, on ramène cette enfant, dont la paraplégie n’a pas reparu, mais qui . reste faible, pâle et le visage encore altéré par une légère bouffissure. Les urines sont peu abondantes, acides, très-faiblement albumineuses. L’appétit est bon, les digestions faci- , les et les selles régulières et naturelles. Il n’y a pas de fièvre.
« 24 août. — L’albumine a complètement disparu de l’urine, et l’enfant, qui a repris de la couleur et de l’embon- " point, est envoyée par moi à la campagne, pour un mois, dans notre asile de convalescence. »
Cette observation est extrêmement curieuse par le fait de la guérison immédiate de la paraplégie, par la cautérisation du dos avec le fer rouge. Le résultat a failli être compromis, et l’enfant a manqué de périr par suite d’accidents cholériformes consécutifs, et par cette suppuration desplaies du dos qui a été suivie d’anasarque albuminurique. Notre malade heureusement a triomphé de tous ces graves . accidents étrangers à sa maladie principale, et l’on 1 a pu voir une paraplégie cédant immédiatement à i la cautérisation poinüllée par le fer rouge.
L’albuminurie consécutive , coïncidant avec des j plaies donnant lieu à une grande suppuration , et I cessant peu après leur cicatrisation, m’a paru être i de celles qu’on pourrait considérer comme le résultat de l’infection purulente chronique, analogue à
12() DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
celle que j’ai fait connaître clans certaines diplithérites (1) et à celle de l’infection purulente aiguë.
Obs. XXIII. — Nervosisme chronique^ suite de fievre intermittente. — Amaigrissement ; faiblesse générale ; fièvre lente continue; paraplégie ; chloro-anémie. — Guérison par le fer et par les tonicques. — (Communiquée par M. le docteur Huette.)
«M. le baron de G...., âgé de 45 ans, taille moyenne, constitution vigoureuse , système musculaire très-développé, faciès coloré, tempérament nerveux , remplissait les fonctions de sous-préfet dans une ville où de longues courses à la campagne, alternant avec le travail de cabinet, entretenaient un équilibre parfait dans la santé.
« Appelé à des fonctions plus importantes, les grands travaux administratifs, des recherches historiques, des écrits littéraires absorbèrent complètement la vie de M. de G...., et le confinèrent dans un cabinet bas, étroit, où l’air était difficilement renouvelé. Il fallut renoncer aux longues promenades qui étaient autrefois si salutaires, et ce changement brusque dans les habitudes hygiéniques de M. de G.... ne tarda pas à altérer profondément sa constitution vigoureuse.
(( Ce fut donc au milieu de ces circonstances, vers le commencement de l’année 1855, que M. de G... fut pris à'accès de fièvre tierce^ qu’on traita par le sulfate de quinine. Mais la fièvre se manifesta bientôt avec irrégularité ; le sulfate de quinine resta sans effet, et il s’établit une fièvre lente nerveuse continue, avec un dépérissement notable et rapide, tel qu’on l’observe au début des affections tuberculeuses.
((Le malade maigrissait à vue d’œil; une faiblesse, gé- (1) Bouchut, Nouvelle étude du croup. [Union médicale 1859.)
néralc s’empara de lui, et se lit principalemcnl sentir sur la moitié inférieure du corps.
(( On fit pendant plusieurs mois la médecine des symptômes. Le mal empirait chaque jour. Bientôt la faiblesse des membres inférieurs fut telle quils refusèrent complètement le service. Le malade, étendu sur une chaise longue, traitait lesafiairesdeson département avec une intelligence dontle mal physiquen’ajamaisalTaibli l’activité ni la sûreté.
«Cette paralysie du mouvement dans la moilié inférieure du tronc fit soupçonner rexislcncc d’une lésion de la moelle épinière. On dirigea donc dans ce sens un nouveau traitement qui fut sans résultat.
« Cet état grave dura plusieurs mois, pendant lesquels de rares moments d’amélioration se produisirent de loin en loin. Quand le malade voulait essayer ses forces, souvent les jambes fléchissaient subitement, et il s’affaissait tout à coup.
« Consulté par le malade, j’explorai tous les organes avec une minutieuse attention. Je ne trouvai rien qui pût rendre compte d’un tel état. La respiration était pure et sans troubles dans tonte l’étendue de la poitrine. Les battements du cœur étaient un peu mous, et il y avait un faible bruit de souffle dans les carotides. La chloro-anémie était la seule affection qu’on pût reconnaître dans cet état singulier. Le malade consulta plus tard M. Bretonneau, de Tours, qui confirma mon diagnostic et expliqua les divers accidents observés par des congestions partielles résultant de l’irrégularité de la circulation.
« Un traitement ferrugineux, le séjour sur les bords de la mer pendant deux mois, fut prescrit au malade.
« La convalescence ne tarda pas à s’établir; l’amélioration, d’abord assez lente, fut pleine d’oscillations; on combattit les accidents de paraplégie par des applications de ventouses sur le trajet de la colonne vertébrale, dans le but de diminuer la congestion des vaisseaux rachidiens.
128 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
Le sulfate de quinine fut administré à petites doses et d’une manièrecontinuetoutesles deux heures. Le malade se rendit au Pouligneu, et s’y installa dans une maison de pêcheurs.
(( Vers la fin de l’année 1856, M. de G.... était complètement rétabli, et depuis cette époque sa santé n’a subi aucune atteinte. »
Je partage entièrement l’opinion de M. le docteur Huette qui a soigné le malade dont on vient de lire l’observation. La faiblesse des membres inférieurs et l’abolition intermittente du mouvement dans ces parties; l’état chlorotique, la fièvre lente, continue, ramaigrissement et le marasme guéris parle repos, les bains de mer, et l’usage des ferrugineux établissent la nature nerveuse des accidents morbides. — C’était un nervosisme chronique accompagné de paraplégie nerveuse.
Obs. XXIV. — Nervosisme aigu passé à Vétat chronique. —
Fièvre ; marasme ; paraplégie ineomplète ; hyperesthésie ;
vomissements. — Guérison.
«Un jeune médecin vétérinaire, de Paris, M. W..., grande fort, robuste, toujours très-bien portant, pesait 210 livres; mais il craignait de prendre encore plus d’embonpoint , et il voulut essayer de se faire maigrir.
« Il se couchait fort tard, et allait tous les soirs dans le monde pour se lever à quatre heures du matin et monter à cheval pendant plusieurs heures. Ses forces diminuèrent bientôt avec son poids. Il pouvait à peine marcher, l’exercice le fatiguait beaucoup, et les membres inférieurs, difficiles à mouvoir, étaient le siège d’une hyperesthésie cutanée très-douloureuse. Le pouls était d’une fréquence extrême. Il ne pouvait monter sans essoufflement ni palpi-
talions pénibles. Il toussait dans les grands mouvements, et sa pâleur, chaque jour plus grande, lui donnait les plus vives inquiétudes. Son teint était jaune terreux, mais l’appétit resta naturel, et il n’eut d’abord aucune autre souffrance organique. M. Debrou , chirurgien d’Orléans, considère la maladie comme un commencement de paraplégie par maladie de la moelle, et il conseille des applications de cautères et des ventouses.
« M. W. vint alors à Paris, où il fut pris de vomissements qui durèrent plusieurs jours, et ne cédèrent qu’à l’application de la glace. ‘Son état de marasme s’aggravait chaque jour, et sans aucun autre trouble nerveux que la faiblesse des membres inférieurs, leur hypéresthésie, les vomissements et des palpitations de plus en plus violentes; il se décida à consulter M. Bouillaud qui, le considérant comme atteint de chloro-anémie, lui conseilla les bains de mer à Boulogne et l’usage de la source ferrugineuse située près de cette ville.
(( Docile à cette ordonnance, M. W.... est aujourd’hui parfaitement guéri. »
Piien n’est varié comme cette manifestation du nervosisme chronique. Chez quelques malades, ce sont des paralysies musculaires générales ou partielles , appelées spasmodiques par les uns, F. Hoffmann (1), hystériques par Sydenham (2) et ceux qui donnent cette qualification vicieuse à tous les accidents nerveux observés chez la femme.
M. Landry a publié un fait de ce genre extrêmement curieux.
Obs. XXV. — Nervosisme chronique^ suite iV aménorrhée . —
(1) De nervorum résolut., cap. i, t. I!.
(2) De l’affection hystérique, § o58.
COUCHUT.
DE l’État nerveux ou nervosisme.
Convulsions. -^Paralysie des quatre membres ; gastralgie, constipation, vomissements ney'veux ; palpitations, chlorose. — Traitement tonique et ferrugineux. — Guérison (1).
O X...., sous-maîtresse (Tinstitution, âgée de 22 ans, entre, le 25 juillet 1851, dans le service de M. Sandras, Tempérament d’apparence lymphatique, modifié par une grande susceptibilité nerveuse.
« X élevée à la campagne jusqu’à l’âge de 16 ans,
s’était bien portée jusqu’à cette époque. Alors s’établit la menstruation. Elle fut d’abord régulière, mais, au bout de quelques mois, un refroidissement la supprima. Dès lors la santé s’altéra, l’appétit se perdit, des quintes de toux très-pénibles la fatiguèrent pendant six mois. En désespoir de cause, on lui pratiqua une saignée. Pendant l’écoulement du sang, elle eut une violente attaque de nerfs qui dura quatre heures. Ce fut le début d’une succession de désordres nerveux qui n’ont presque jamais cessé jusqu’à ce jour, malgré le retour de la menstruation; perte de l’appétit, gastralgie, constipation, palpitations, règles irrégulières, peu abondantes , sang aqueux et décoloré , vertiges, bourdonnements d’oreilles, grande faiblesse générale , toux quinteuse , attaques convulsives très-fréquentes, état nerveux extrême, etc. Ces divers symptômes se sont successivement amendés, puis aggravés à plusieurs reprises, et parfois compliqués d’autres phénomènes.
a En 1848, les convulsions s’accompagnèrent d’accès de délire avec chant, revenant presque chaque jour. Elle fut traitée à la Charité par de fréquentes émissions sanguines; aucun accident ne diminua, et il ne tarda pas à se développer uneparalysiequienvahitgraduellementles quatre membres, puis la langue, malgré l’application réitérée de ventouses scarifiées en grand nombre le long de la colonne vertébrale.
« Ces accidents se dissipèrent sous l’influence d’un trai-
(1) LandrYj Recherches sur les maladies nerveuses, p. 32.
tement ferrugineux, de la strychnine et d’une bonne nourriture.
« Plus tard, ce fut une aphonie complète... Les antispasmodiques, de violentes révulsions, les ferrugineux et les toniques ont été mis en usage contre ces divers symptômes, et presque toujours avec succès, mais d’une manière fort irrégulière. Enfin, en juillet 1851, tous ces désordres prenant une nouvelle intensité, X.... se décida à entrer à l’hôpital. (Les détails qui précédent m’ont été fournis dans une lettre très-circonstanciée par feu M. le docteur Beaudin, qui longtemps a soigné la malade.)
(( A l’hôpital, on constate tous les signes de la chlorose la plus intense, avec dyspepsie, vomissements nerveux, gastralgie, un état nerveux très-marqué et très-caractérisé, surtout par de la mélancolie et une grande tendance aux larmes. Dans les premiers jours, on observe des attaques hystériques pendant les périodes menstruelles; tous les phénomènes s’aggravent, et il vient s’y joindre une céphalalgie continue, intense, puis une aphonie manifestement nerveuse, et un affaiblissement voisin de la paralysie.
« Traitement. — 4 pilules de Vallet; 2 grammes de magnésie calcinée après chaque repas; nourriture spéciale (viandes rôties).
« Cette médication, continuée avec régularité, a amené une amélioration lente, mais de plus en plus sensible. Les digestions sont devenues meilleures, les vomissements ont cessé; la malade a repris un peu de force et d’embonpoint, puis les attaques convulsives et l’état nerveux ont graduellement disparu, et le caractère a repris de la gaieté. Enfin, le 4 octobre, sa santé étant satisfaisante, X... a quitté l’hôpital, promettant de continuer son traitement.
c( 1854. — J’ai eu plusieurs fois des nouvelles de cette malade, et je l’ai revue plus de dix-huit mois après sa sortie de l’hôpital ; elle avait continué assez longtemps l’usage
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des ferrugineux, ses conditions hygiéniques étaient convenables; la guérison était maintenue. »
En voici un autre exemple observé par Valleix. La cause du nervosisme, de la paralysie, de ses intermittences, lui donne un intérêt tout particulier.
Obs. XXVI. — Nervosisme chronique, suite de fièvre continue. Aliénation consécutive ; céphalalgie, affaiblissement de la vision; convulsions générales sans perte de connaissance. — Etourdissements ; nausées, engourdissement des membres et embarras de la langue; guérison partielle ; paraplégie po'sistante avec anesthésie ; — syncopes sans convulsions. — Guérison par V opium et par les bains sulfureux (1).
«Le 30 janvier 1849, est entrée à l’hôpital Sainte- Marguerite la nommée Juliette Marietta, âgée de 19 ans, coloriste, mariée. Cette jeune femme, native du Piémont, est d’une bonne constitution. Elle est en France depuis deux ans. Peu de temps après son arrivée en France , elle fut prise d’une maladie fébrile avec délire ; elle entra dans le service de M. Magendie, où on lui fit des applications de glace sur la tête. La fièvre et le délire cessèrent. Immédiatement après, elle vil tomber ses cheveux, ses dents devinrent noirâtres^ et pendant six semaines environ, après la disparition des symptômes aigus, elle resta atteinte de folie.
« Lepuis lors elle a éprouvé, par intervalles, des douleurs lancinantes dans la tête, des congestions vers la face et des étourdissements ; elle a remarqué aussi que sa vue avait subi un affaiblissement progressif, mais qui paraît plutôt porter sur l’étendue que sur la netteté.
«Depuis la révolution de février, elle a eu des attaques qu’elle décrit comme il suit : après plusieurs heures de
(1) Valleix, Gazette des hôpitaux. 1849.
NERVOSISME CIIRONIOUE. SYMPTOMES. 133
malaise, de congestion sanguine vers la tête, elle tombait comme une masse inerte; ses yeux se renversaient sous les paupières, les membres se tordaient, les poignets se fléchissaient convulsivement, et se renversaient sur le bord cubital de Tavant-bras. Pendant trois quarts d’heure ou une heure environ que durait cet état, elle conservait la parfaite connaissance de tout ce qui se passait en elle et autour d’elle ; elle entendait et comprenait ce que disaient les personnes présentes, mais elle était incapable de répondre. Si elle essayait de le faire, ses efforts aboutissaient à un bégaiement inintelligible. Pendant ses attaques, ou vers leur déclin, elle éclatait de rire, ou, ce qui arrivait le plus souvent, elle pleurait. L’accès passé, il lui restait de la céphalalgie, un sentiment de brisement général qui se dissipaient au bout de deux jours.
«Depuis le mois de février, elle a eu huit ou dix attaques; elles ne reviennent pas à des intervalles réguliers; elle en a eu trois pendant le seul mois de juillet 1848 ; la dernière a eu lieu le 3 janvier 1849.
c( Il y a trois mois, les règles se sont supprimées sans cause connue; la malade croit avoir remarqué que, depuis deux mois, elle a eu des congestions et des étourdissements plus fréquents. Le 21 janvier, après avoir éprouvé toute la journée du malaise, des nausées, de la céphalalgie, elle sentit tout à coup, vers neuf heures du soir, les membres supérieurs et inférieurs engourdis et sa langue s’embarrasser; et, au bout de quelques instants, elle ne put remuer ni bras ni jambes. L’articulation des sons était devenue impossible. On la mit dans un bain, on lui frictionna les membres avec un onguent dont elle ne peut indiquer la nature.
« Trois jours après, le 24 janvier, le mouvement et la sensibilité reviennent dans les membres supérieurs, et la parole devient libre ; mais les membres inférieurs sont restés complètement paralysés du mouvement, et de plus la
134 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
Sensibilité, qui y avait persisté jusqu’à un certain point, a tout à fait disparu. Les muscles sont flasques, et l’on peut enfoncer profondément des épingles sur tous les points des deux jambes et des cuisses, jusque vers le milieu de leur hauteur, sans que la malade en ait la conscience. Plus haut, la sensibilité reparaît, mais reste obtuse. Les piqûres, dans les parties supérieures de la cuisse, provoquent une sensation de fourmillement sur le tronc ; la sensibilité est intacte. On ne trouve aucun point douloureux circonscrit. Les pupilles sont dilatées et immobiles.
« Le 1®" février, tisane de petite centaurée; une pilule d’extrait d’opium, 0,05; potion éthérée; frictions sur les jambes avec le baume opodeldoch; bain ; un 5® de portion d’aliments.
(( Le % la malade n’a pu supporter le bain qu’environ vingt minutes ; elle est tombée en syncope et a été atteinte d’une céphalalgie qui dure encore; elle se plaint de n’avoir pas dormi de la nuit.
(( Le 3, la céphalalgie persiste; mais il y a amélioration, en ce que la sensibilité a un peu reparu au genou et à la partie inférieure des cuisses. (Extrait d’opium, 0,15 en trois pilules ; bain sulfureux.)
(( Le 5, les règles viennent de reparaître ; la malade ressent de vives douleurs abdominales. (Opium, 0,15 en trois pilules; cataplasmes sur le ventre; lavement laudanisé et camphré.)
«Le 6, hier il y a eu des attaques avec perte de connaissance ; pas de convulsions. Chaque attaque dure une heure et demie. (Opium, 0,20 en quatre pilules ; des sinapismes seront promenés sur les membres inférieurs.)
« Le 7, la malade peut soulever un peu le genou en fléchissant la jambe sur la cuisse ; mais elle ne peut ensuite les étendre d’elle-même. Les règles continuent. Bien qu’il y ait eu une suspension de vingt-quatre heures, la sensibilité reparaît sur toute la longueur des membres.
« Le 8, la malade est parvenue à se tenir un peu sur les jambes, et môme à marcher. Il ôst vrai qu’elle tremble beaucoup et n’est pas très-solide ; la céphalalgie persiste. (Bains sulfureux.)
(( Le 12, la malade est en pleine convalescence ; elle commence à marcher avec facilité et demande à quitter l’hôpital.»
On voit dans ce cas l’exemple d’une maladie nerveuse générale, occasionnéepar une fièvre continue, probablement une fièvre typhoïde et suivie de convulsions, sans perte de connaissance, de paralysie, d’anesthésie, de syncopes, etc. Il ne pourra venir à l’idée de personne de confondre un pareil état morbide avec fhystérie.
La maladie apparaît par une aliénation d’un mois succédant à l’état fébrile de l’affection primitive. Viennent ensuite de violentes douleurs de tête avec affaiblissement de la vue, puis des convulsions de la tête et des membres, sans perte de la connaissance, répétées huit à dix fois en dix mois. Alors les règles se suppriment et apparaissent de la céphalalgie, des nausées, de l’engourdissement dans les quatre membres, avec embarras complet de la parole pendant trois jours. Tout à coup le mouvement et la sensibilité reviennent dans les membres supérieurs , la parole reprend son service, mais il se fait une paraplégie complète avec anesthésie tégumentaire. — Quinze jours sous l’influence de l’opium et des bains sulfureux, ces phénomènes avaient disparu, et la malade pouvait sortir de l’hôpital.
DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
Obs. XXVII. — Dyspepsie. — Névrose choréi forme. — Paralysie incomplète des membres inférieurs. — État général grave. — Inefficacité des moyens prescrits. — Traitement hydrothérapique. — Guérison rapide (I).
« Mademoiselle Amélie, fille de M. le docteur J...., est âgée de 11 ans et demi; tempérament lymphatico-nerveux, bonne constitution. — Son enfance s’est passée sans maladies sérieuses et sans troubles marqués du côté du système nerveux. Elle n’a jamais été sujette aux convulsions, accidents si fréquents pendant cette période de la vie ; elle n’a reçu du reste de ses parents aucune prédisposition aux affections nerveuses.
« Sauf quelques embarras gastriques, une fièvre muqueuse üe courte durée, une rougeole bénigne et quelques éruptions cutanées insignifiantes, elle s’est toujours bien portée jusqu’au début de sa maladie actuelle, montrant beaucoup de gaieté et d’enjouement dans le caractère, de vivacité dans les allures, de pétulance dans les mouvements. Mais elle était difficile sur la nourriture, ayant généralement peu d’appétit, surtout l’été ; témoignant une extrême répugnance pour la viande et ne mangeant , à vrai dire, dans toute la journée, que quelques gâteaux et autres pâtisseries qu’elle obtenait de la complaisance maternelle, faible compensation au défaut d’une alimentation substantielle qui lui eût été d’autant plus nécessaire alors, qu’il lui fallait subvenirâ la fois et à la réparationdes pertes quotidiennes etàundéveloppement organique très-rapide !
« Ce supplément insuffisant lui manqua, lorsqu’en 1836 ses parents l’éloignèrent d’eux pour la faire entrer au couvent. Le régime de l’établissement n’étant pas à son gré, l’alimentation de l’enfant fut réduite à une tasse de lait le matin et à quelques confitures. Du dîner et du souper, elle ne louchait qu’au dessert.
(!) L. Fleury, le Progrès, 18o8, p. 566.
KiüRVOSISME CHRONIQUE, SYMPTOMES. 137
(( Bientôt la jeune Amélie commença à se plaindre de douleurs d’estomac et de lassitude dans les jambes. Elle est devenue plus pâle et plus maigre, elle a perdu son enjouement, sa gaieté, sa vivacité, sa pétulance ; on ne la voit plus jouer et courir, comme autrefois, avec ses compagnes. Pendant les récréations elle reste seule, assise dans un coin du jardin, regardant avec indifférence les jeux et les ébats des autres pensionnaires.
«Au mois de mai 1857, l’enfant éprouve au genou gauche une douleur vive qui la gène et la fait boiter en marchant. Cette douleur disparaît, au bout de quelques jours, avec la claudication, pour se reproduire. Il se fait ainsi plusieurs alternatives d’apparition et de disparition de ces phénomènes , à de courts intervalles. Quelquefois la douleur occupe le genou droil, mais elle paraît avoir plus spécialement élu domicile à gauche.
« En recherchant attentivement d’où'^pouvaient provenir cette douleur et cette claudication, M. le docteur J..., père de la jeune fille, ne voyant dans les genoux et les jambes aucun signe qui puisse faire rapporter ces phénomènes à quelque lésion articulaire ou musculaire, s’avise de porter plus haut son examen et trouve, non sans surprise , une saillie de la hanche gauche qui paraît plus élevée que la droite. Autour de cette articulation, du reste , on ne reconnaît ni engorgement ni douleur. Tout se borne à une saillie plus considérable du grand trochanter de ce côté. A aucune époque, l’enfant ne se souvient d’avoir éprouvé, en ce point, quelque souffrance. La mensuration ne donne aucune différence dans la longueur comparative des deux membres inférieurs.
a Le 25 juin 1857, la jeune malade est soumise à l’examen de M. le professeur Nélaton. L’habile praticien imprime au membre inférieur gauche divers mouvements dont le centre est dans l’articulation coxo-fémorale, sans déterminer dans cette partie aucune sensibilité anormale.
Après une exploration attentive du bassin et des membres inférieurs, le savant chirurgien ne se prononce pas d’une manière très-affirmative; il soupçonne seulement une affection de l’articulation sacro-iliaque gaucbe qui expliquerait la déviation de la banche de ce côté.
« Prescription : un vésicatoire volant sur la partie, et de rhuile de foie de morue à l’intérieur.
«Le vésicatoire ne produit aucun résultat, etPenfantindocile refuse, au bout de quelques jours, de continuer à prendre l’huile de foie de morue.
« M. Bouvier est consulté une première fois, le 6 juillet, et une seconde fois, le 30 du môme mois. L’honorable orthopédiste rédige les consultations suivantes :
«Mademoiselle Amélie J..., 11 ans et demi, fille de M. le docteur J..., d’une bonne constitution.
« Légère attitude oblique faisant ressortir la banche gauche, s’effaçant à peu près dans le décubitus. Mouvement étendu de la hanche sans douleur, si ce n’est dans la rotation extrême où elle se fait sentir au genou. Habitude d’incliner un peu le bassin. Claudication et lassitude avec douleur au genou ou au côté gauche, après la marche. Éruption d’ecthyma et furoncle à la fesse gauche à la suite d’un large vésicatoire.
« Je conseille :
« 1° Le repos horizontal les trois quarts du jour, et le repos dans l’attitude assise une partie du temps restant ;
« 2° Peu de marche et seulement pour prendre un peu l’air ;
3® Des bains froids tous les deux jours, et après la guérison des furoncles des applications froides avec frictions au linge mouillé, et des immersions dans l’eau froide, suivies de réchauffement et de sueur, s’il se peut ;
« 4® Quelques toniques ferrugineux à l’intérieur et un bon régime alimentaire; tenir le ventre libre. »
Docteur Bouvier.
(( 30 juillet 1857. L’apparence de l’affection a tout à fait changé. Les deux membres inférieurs sont affaiblis et la marche est embarrassée; certains mouvements sont même impossibles. Sensibilité intacte. Peu de douleurs, si ce n’est par la distension des ligaments dans des mouvements trop étendus.
(( Épine dorsale bien conformée; pas de point douloureux.
({ On laissera l’enfant beaucoup moins couchée; on la laissera marcher selon son désir.
(( Le traitement doit consister en excitants portés sur tout le système et surtout sur la moelle épinière.
« Après le rhume on s’occupera des bains qu’on donnera sulfureux d’abord. Les eaux minérales d’Enghien, par exemple, ou des Pyrénées, etc., seront très-convenables. )) Docteur Bouvier.
«Dans l’intervalle des deux consultations de M. Bouvier, M. Velpeau avait vu la jeune fdle; il avait rejeté l’idée d’une coxalgie, mais son diagnostic flottait entre une affection de nature rhumatismale et une névrose développée sous l’influence de l’âge.
«L’on s’en tient aux prescriptions de M. Bouvier. Pendant la première quinzaine d’août le traitement, soit interne, soit externe, conseillé par cet honorable praticien, est mis en usage sans aucune espèce de succès.
«L’enfant est alors conduite àEnghien. Là, le médecin inspecteur, M. Bouland, ayant constaté de la sensibilité au sacrum, fait appliquer, 'à cet endroit, un vésicatoire sans s’expliquer, du reste, sur la nature de la maladie, et renvoyant à un autre temps l’emploi des bains sulfureux. Les toniques sont continués. Le vésicatoire ne produit aucune espèce de résultat, mais au bout de huit jours, soit influence du changement d’air, soit influence du traitement tonique, soit influence simultanée des deux ordres de causes, l’appétit et les digestions s’améliorent; les forces
DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
augmentent et la marche devient un peu plus facile. Toutefois, par une singularité inexplicable, elle semble devenir, en même temps, plus irrégulière. L’enfant ne dirige pas ses jambes comme elle veut, elle tourne souvent le pied droit en dedans; elle est maladroite et sa maladresse lui vaut des chutes fréquentes qu’elle ne peut s’expliquer.
(( Le 2*4 août, consultation à laquelle prennent part MM. Michon, Bouland et de Saint-Jean.
(( Diagnostic : Név?^ose choréiforme de nature hystérique.
« Prescription : Continuer les toniques et les antispasmodiques. Traitement hydrothérapique ou bains de mer.
«Le 5 septembre 1857, mademoiselle Amélie J... arrivait et s’installait à Bellevue, où M. Fleury constatait l’état suivant.
a État actuel. La jeune malade ne marche qu’avec peine, appuyée au bras de sa mère; elle ne peut, si elle n’est soutenue, faire quelques pas sans se laisser tomber. On est obligé de la porter pour lui faire franchir les quelques marches qu’il faut monter pour pénétrer dans l’intérieur de l’établissement. Elle boite en marchant, et accuse des douleurs dansles genoux, les jambes, les reins. Elle éprouve un sentiment spontané de lassitude et de courbature générales.
« L’inspection des membres inférieurs n’y fait rien découvrir d’anormal. Le jeu des articulations ne laisse rien à désirer, et le développement musculaire est en rapport avec l’amaigrissement général.
«La colonne vertébrale et la région pelvienne présentent une bonne conformation. Le développement du bassin est parfaitement en rapport avec l’âge et la taille de la jeune malade. Seulement on remarque, à la hanche gauche, une saillie comparativement exagérée du grand trochanter, sans aucune espèce de tuméfaction articulaire, ni d’hypertrophie du tissu osseux.
« On peut imprimer à l’articulation coxo-fémorale tous les mouvements dont elle est susceptible, de flexion, d’ex-
tension, d’adduction, d’abduclion, de rotation, de circumduction, sans éprouver de difticultés et sans déterminer de douleur. La mensuration ne fait constater aucune différence dans la longueur des deux membres.
«La pression n’éveille pas de douleur, soit le long de la colonne rachidienne, soit au niveau des diverses articulations du bassin, soit dans toute l’étendue des membres inférieurs. La sensibilité normale est, du reste, parfaitement conservée dans toutes ces parties. Mais l’énergie musculaire est notablement affaiblie : si Ton recommande à mademoiselle J... de se tenir debout, on voit bientôt ses jambes fléchir et la malade s’affaisserait sur elle-même, si l’on ne se hâtait de la soutenir. Nous avons déjà dit ce qu’était la marche.
a Amélie est pâle et maigre; elle a la peau sèche et le teint jaunâtre. Le pouls est mou et petit, dépressible. Les battements du cœur sont énergiques et les hruits éclatants; pas de bruit de souffle. Il en est de même des battements et des bruits artériels. La malade éprouve des palpitations. L’appétit est nul ; Amélie conserve une répugnance invincible pour la viande ; ni les prières ni les menaces ne peuvent la déterminer à en manger.
«La physionomie et l’attitude expriment une nonchalance et une apathie profondes. Pas de vivacité dans les mouvements, la parole est lente et le regard sans éclat.
«Le jour même de l’arrivée, le traitement hydrothérapique est commencé ; douches générales en pluie et en jet, malin et soir: on continue le vin de quinquina et les ferrugineux dont la malade fait depuis longtemps usage.
«Au bout de quelques jours, à la grande surprise de toutes les personnes qui l’ont vue à son arrivée, Amélie déclare, tout à coup, qu’elle se sent capable de ma'rcher; elle marche, en effet, d’un pas ferme et se rend à la salle des douches sans soutien. Scs parents, qui craignaient qu’elle ne restât infirme toute sa vie, en pleurent de joie.
et L’amélioration ne cesse de faire des progrès, et vers la fm du mois de septembre, Amélie, ayant repris sa gaieté et la vivacité de ses allures, va, vient, se promène, court toute la journée dans les corridors, dans le jardin de l’établissement, se livre aux divers exercices de la gymnastique Piebery pour lesquels elle est passionnée, et que M. Fleury a recommandés comme un adjuvant et un complément très-utile du traitement hydrothérapique.
« Cependant les maux d’estomac, les douleurs et les lassitudes dans les reins et les membres se faisant encore sentir de temps en temps, et l’appétit tardant à renaître, M. Fleury soumet la jeune malade à des sudations dans une étuve sèche, suivies de douches.
«L’effet de cette modification du traitement hydrothérapique est aussi heureux que rapide. Dès les premières sudations, l’appétit commence à se faire sentir, et Amélie, qui jusqu’alors n’avait témoigné qu’un insurmontable dégoût pour la viande, demande elle-même à en manger.
« Dès lors la guérison marche à grands pas ; le teint s’éclaircit et se colore, l’embonpoint commence à naître et fait chaque jour des progrès. Les crampes d’estomac, les douleurs et les lassitudes dans les membres ont complètement disparu, et cette enfant, naguère nonchalante, paresseuse, taciturne, morose, s’est transformée en un véritable lutin dont il faut réprimer la vivacité et la pétulance.
(cBref, le 5 décembre 1857, c’est-à-dire trois mois après son arrivée, Amélie quitte l’établissement dans un état de santé qui ne laisse rien à désirer et qui ne s’est pas démenti (15 avril 1858). »
« Cette observation est remarquable surtout au point de vue des difficultés que présentait le diagnostic; difficultés telles, qu’elles ont laissé les praticiens les plus éminents incertains, et flottants entre une lésion articulaire, une affection de la
moelle épinière et une chloro-anémie accompagnée de phénomènes hystériques et de paralysie. Cette dernière manière de voir avait été adoptée par M. Fleury, et le traitement hydrothérapique, faisant ici l’office de pierre de touche, est venu la justifier par une prompte guérison. »
Sauf le mot àhystérie^ mal appliqué à cette jeune fille de \ 1 ans, qui n’a offert aucun des phénomènes ordinaires de cette névrose, la manière dont M. Fleury a jugé ce fait est la seule convenable.
11 y a d’autres malades dont la paralysie est à peine prononcée, qui marchent mal et ne peuvent aller en avant sans appuyer à droite ou à gauche jusque sur la muraille, de manière à offrir ce qu’on appelle le défaut de coordination des mouvements volontaires. En voici la preuve.
Obs. XXVIII. — Nervosisme chronique, dyspepsie, hyperesthésie cutanée, amyosthénie ; défaut de coordination dans les mouvements volontaires. Ferrugineux, toniques ;guérison{\).
H. A..., Arménien, domicilié à Constantinople, habite, depuis une dizaine d’années, Paris, où il a fait ses études ; âgéde,29 ans, d’une bonne constitution, d’un tempérament nervoso-sanguiii.
a Antécédents. — Né de parents sains; le^père a vécu dans un âge avancé; il est mort d’apoplexie cérébrale ; il était affecté d’un emphysème pulmonaire léger. La mère a vécu aussi pendant longtemps ; on ignore la cause de sa mort. c(A... a toujours joui d’une bonne santé; vacciné deux
(I) Arzoüman, thèse ii®52, tS58.
144 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
fois : d’abord dans l’enfance et plus tard vers 12 ans; non variolé; il a en la rougeole; il a eu quelques accidents de pléthore sanguine, affection pour laquelle il a été saigné plusieurs fois. Vers le mois d’août 1849, M. le professeur Piorry l’a traité d’une affection qu’il désignait sous le nom d’hémito-névrite.
A... a eu de nombreux chagrins, de grandes préoccupations d’esprit; il a travaillé longtemps dans les amphithéâtres de dissections, même pendant les chaleurs de l’été. Il a habité quelque temps une chambre dont les conditions hygiéniques n’étaient pas très-bonnes; il a eu aussi pendant quelque temps une alimentation insuffisante.
«Vers le milieu de l’année 1855, et malgré les premières atteintes de son mal, A... n’a pas cessé d’être soumis à l’influence de toutes ces causes débilitantes. Bien plus, la nécessité de passer un examen lui imposa un surcroît de labeur, ce qui contribua puissamment à faire progresser l’affection qu’il avait déjà. C’est à ce moment qu’il fut saigné une fois assez abondamment et qu’il prit à différentes reprises quelques purgatifs salins.
(L A partir de ce moment, le mal n’a pas cessé défaire de nouveaux progrès, et voici dans quel état se trouve A..., au moment où il commence son traitement :
« État Pâleur générale sur tout le corps, et sur-
tout sur la face; teint jaunâtre, traits tirés, amaigrissement général et considérable, habitude extérieure de souffrance.
a Digestion. — Anorexie presque complète ; dégoût particulier pour tous les aliments azotés : viandes, graisses, etc. ; préférence marquée au contraire pour les féculents et les acides ; pas d'enduit blanchâtre sur la langue; la salive est aussi abondante, plus abondante môme que dans l’état normal; la déglutition se fait bien, la digestion stomacale présente quelques dérangements; pesanteur à l’épigastre,
NERVOSISME CHRONIQUE. SYMPTOMES. 1 iîi
douleur dans ce point, môme à la pression la plus légère; sensation de gonllemenl, de tension après le repas, dans la région de l’épigastre; éructations légères, pas de nausées, pas de vomissements ni d’envie de vomir; les aliments séjournent longtemps dans l’estomac ; il existe aussi quelques dérangements du côté de l’acte intestinal ; borbo rygmes, tension et léger ballonnement du ventre, quelques coliques venteuses, surtout des garde-robes liquides et assez abondantes; pas d’hémorrhoïdes.
(( Urine. — L’urine est trouble et laisse déposer des matières rougeâtres au fond du vase, sa couleur est jaune clair, quelquefois rougeâtre; sa quantité n’est pas modifiée, elle mousse pendant la miction, mais l’état mousseux disparaît très-rapidement; elle offre une réaction légèrement acide, mais elle ne contient pas de sucre ni d’albumine.
a Respiration. — Elle est unpeugônéc; il existe quelques signes de bronchite chronique à gauche, cl un état emphysémateux très-léger à droite et au sommet du poumon.
eCUculation. — Le pouls varie entre 80 et 90, mais c’est là l’état normal du malade; bruit de souffle très-fort dans les carotides, c’est un véritable bruit de diable et, si l’on appuie légèrement le doigt sur la région carotidienne, on sent un frémissement vibratoire très-prononcé. Transpiration cutanée abondante , principalement aux pieds et aux mains.
eSens. — La vue est un peu affaiblie; larétine donne des sensations de bluettes, de scintillement; le malade croit voir des clartés, des flammes qui lui passent devant les yeux; il n’y a aucune altération physique appréciable dans les deux yeux.
«Le toucher est devenu d’une délicatesse extrême; la surface cutanée est hyperesthésiée; l’ouïe est plus fine, les sons aigus sont très-désagréables et affectent péniblement le moral ; le goût est exquis, l’appareil de l’odorat
BOUCHUT.
14G DE- l’état INERYEÜX ou NERVOSISME.
présente les mômes caractères d’exaltation, la fonction de la génération est moins énergique que par le passé.
((Locomotion. — Cêtte fonction présente des troubles considérables, la faiblesse des membres inférieurs est telle qu’une marche de quelques minutes amène une grande fatigue. Si le malade veut essayer de se mouvoir, ses membres inférieurs sont le siège d’un tremblement général qu’il ne peut maîtriser; s’il veut écrire, la plume s’échappe brusquement de ses doigts, et, malgré tous les efforts de sa volonté, il ne peut achever une correspondance; ce tremblement occupe à la fois les membres inférieurs et les membres supérieurs ; il est perpétuel, continu, et le malade le compare à une sorte de vibration analogue à celle qu’on éprouve quand on serre un diapason entre les dents et qu’on le fait vibrer pour en tirer des notes. '
(( Phénomène important à signaler : il y a des heures dans la journée où les muscles semblent soustraits à l’influence de la volonté; ainsi, que le malade veuille alors exécuter un mouvement de progression en avant, au lieu d’avancer il recule, et cela malgré tous ses efforts; il lui semble qu’une force invisible le pousse en arrière.
(( Celte agitation continuelle de tous les membres a pour effet de porter les doigts dans mille directions variées et irrégulières.
«Du reste, il n’y a pas de trouble du côté de l’intelligence et du côté des facultés morales et affectives; il faut dire cependant qu’il y a dans le caractère un fond de tristesse et d’abattement.
«Le malade s’est fait examiner par plusieurs de ses maîtres et par d’autres médecins qui ne sont pas attachés à des services hospitaliers. 'Malgré l’accord unanime qui existait quant au fond du traitement, le malade n’a pas; voulu se soumettre au principal du traitement, qui était le fer ; le motif de cette détermination était une bronchite, et il croyait que pouvant être tuberculeux, le fer, qui est con-
Ire-indiqué dans ces circonstances, lui serait éminemment nuisible.
«Il a essayé tour à tour l’huile de foie de morue (peu de temps), le lait de chèvre, le sirop de gentiane, l’extrait mou de quinquina, l’iodiire de potassium, des vins généreux, une alimentation excellente, des précautions hygiéniques, et enfin le voyage dans son pays. Par tous ces i moyens, il a bien obtenu quelques soulagements et un peu d’amélioration dans les symptômes généraux, mais les ’ troubles nerveux du côté de la locomotion n’en persistèrent pas moins.
« Vers la fin de son séjour à Constantinople, où il était * retourné. A... se décida à suivre le traitement ferrugineux, et, au bout de quelques jours, il avait à s’en louer beaucoup. I «Il quitte Constantinople, et revient en France sans être guéri. Sous l’influence du changement de climat et du traitement régulièrement suivi, l’état s’améliore de jour en jour, et tous les accidents nerveux se dissipent comme par enchantement.
« Mais bientôt les mêmes accidents reviennent avec une rapidité surprenante, soit sous l’influence de légères indispositions, qui forcent à cesser brusquement, pendant plusieurs jours, tout traitement tonique analeptique, soit sous l’influence d’un traitement excessif.
« Reprenant plus tard l’usage du fer et des toniques. A... vit son mal se guérir; à cinq ou six reprises différentes, mômes rechutes, même guérison, sous l’influence du I même traitement et des mêmes causes.
« En ce moment, on n’observe plus aucun trouble nerveux dans l’appareil de la locomotion, et l’état de ce malade se trouve sensiblement amélioré ; il reste cependant une santé un peu délicate. »
Cette observation fort curieuse n’est pas la seule où se trouve ce défaut de coordination des inoiive-
DE l’état ISERYELIX OU XERVOSISME.
ments volontaires. L'observation xxii, qui se trouve dans le chapitre des paraplégies nerveuses simulant les maladies de la moelle, en présente déjà un exemple ; dans ce cas, l’enfant paraplégique et guéri à la minute par la cautérisation au fer rouge avait quelquefois des mouvements irrésislibles d’impul-. sion en avant, contre lesquels sa volonté était a!)solument impuissante.
On voit d’autres malades qui marchent mal et ne peuvent aller en avant sans appuyer à droite ou à gauche jusque sur la muraille. J’ai longtemps soigné un monsieur qui m’a présenté ce singulier phénomène.
G. — Convulsions. — Contracture. — OueL ques malades ont des convulsions toniques , telles que la contracture passagère des doigts, ainsi que je l’ai vu sur une jeune dame à laquelle j’ai longtemps donné des soins, et la contracture de la mâchoire, comme on en verra la preuve sur la malade dont j’emprunte l’ohservation à M. Fleury. Dans ce dernier cas, la contracture était associée à un grand nombre d’autres accidents nerveux.
Obs. XXIX. — Ne^^vosisme chronique. — Névralgie de la cinquième paire. — Contracture de la mâchoire. Dyspepsie. Hallucinations. — Marasme. — Guéîdson par rhydrofj^érapie (1).
(( Madame la marquise de B... est âgée de 55 ans, (l) L. Fleury, Traité cV hydrothérapie, p. 304.
d’une constitution grôle , d’un tempérament nerveux En 1840, elle ressentit des douleurs très-vives, lancinantes, dans le côté droit de la face et dans les dents correspondantes ; il lui semble que deux des molaires inférieures sont plus grandes que les autres, et elle les fait arracher dans l’espoir de voir cesser ses ‘douleurs; mais elle n’éprouve de cette opération aucun soulagement. Bientôt les douleurs envahissent la moitié droite de la langue, du voile du palais, des lèvres et du menton, la phonation, la mastication, deviennent très-douloureuses, très-difficiles et presque impossibles.
(( Pendant huit ans, la névralgie tend sans cesse à s’aggraver; elle disparaît quelquefois, spontanément ou sous l’influence d’une certaine médication ; mais, au bout de quelques semaines au plus, elle se reproduit avec une intensité nouvelle. La malade reçoit les soins de MM. les professeurs Andral et Marjolin, qui épuisent sur elle tout l’arsenal thérapeutique. Les pilules de Méglin, le valérianate de zinc, l’iodure et le cyanure de potassium, le sulfate de quinine à haute dose, les préparations martiales, les eaux minérales des Pyrénées, d’Ems, deWiesbaden, l’acupuncture, les ventouses sèches placées au nombre de 12 à 60 sur la colonne vertébrale et sur les membres, une foule d’autres modificateurs, restent complètement inefficaces, ou n’amènent qu’un soulagement de courte durée. En désespoir de cause, la malade s’adresse à l’homœopathie et au somnambulisme; mais après plusieurs mois d’essais infructueux, elle vient se replacer entre les mains de Marjolin, qui, après de nouvelles tentatives également stériles et voyant les accidents acquérir une gravité très-inquiétante, conseilla à la marquise de B... d’essayer de l’hydrothérapie et de s’adresser à moi. Madame de B... vient à Bellevue, le 29 mai 1848.
i^Étot actuel. — Des douleurs continues très-vives se font sentir dans toutes les branches de la cinquième paire, et
occupeiil, du côté droit, la tempe, le front, l’orbite, le sourcil, les paupières, la joue, les lèvres, le menton; souvent elles envahissent le cou, le voile du palais et la luette, qui présente un volume considérable et produit souvent de la gêne et même des nausées, en venant se mettre en contact avec la base de la langue. Les accès sont très-violents, durent plusieurs heures et se reproduisent trois ou quatre fois par jour et même plus souvent. Les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure sont contracturés, de telle sorte que les dents sont serrées les unes contre les autres. Il est impossible à la malade de les écarter, et il en résulte que la préhension des aliments et même l’introduction des liquides est complètement impossible.
(( La moindre tentative faite pour écarter les mâchoires provoque des douleurs atroces. Dans cet état de choses, madame de B... ne peut être alimentée qu’à l’aide de lavements de bouillon. La parole est gênée, douloureuse, saccadée, peu intelligible.
(( L’amaigrissement est extrême , la face profondément altérée. Depuis plusieurs années, il existe une constipation opiniâtre qui exige l’emploi quotidien d’un ou de plusieurs lavements. Le sommeil est presque entièrement perdu, les nuits sont troublées par des cauchemars, des terreurs, des hallucinations. La malade tourne à l’hypocondrie; elle se préoccupe sans cesse de son état, et se croit atteinte d’une affection organique, dont on lui cache l’existence; elle redoute un ramollissement cérébral ou une altération de la moelle épinière.
(( Le traitement est commencé le 31 mai. Deux ou trois séances par jour. Sudation en étuve sèche, douche froide générale en nappe ou en pluie.
« 8 juin. — Une amélioration considérable s’est manifestée dès les premières douches; les douleurs continues sont devenues moins vives; les accès sont moins violents, plus courts, plus rares. Les mâchoires peuvent être écartées de
plusieurs lignes, et la malade ingère les liquides avec facilité.
(( 20 juin. — Les douleurs continues ont entièrement disparu; les mâchoires sont parfaitement libres, et madame, de B... mange avec appétit. Elle n’éprouve plus, dans les vingt-quatre heures, qu’un ou deux accès très-courts et peu intenses. Les nuits sont tranquilles et la malade goûte un sommeil qu’elle ne connaissait plus depuis longtemps. La constipation a notablement diminué; les selles sont parfois spontanées.
(( 1®’’ juillet. — Lesaccidents névralgiques ont complètement disparu. Madame de B... n’éprouve plus la moindre douleur; l’état général est transformé; le teint, les forces, l’appétit, le sommeil ne laissent rien à désirer; la constipation n’existe plus. Marjolin, qui était loin d’espérer un succès aussi complet et aussi rapide, conseille à madame de B... de continuer le traitement pendant plusieurs mois.
(( 15 juillet. — Madame de B... est tellement satisfaite de son état qu’elle ne résiste pas au désir d’aller passer le restant de la belle saison à sa campagne, où l’appellent sa famille et ses habitudes.
((20 octobre. — La guérison ne s’est pas démentie un instant et (( c’est uniquement par reconnaissance pour les douches, dit madame de B..., que je viens encore me soumettre au traitement pendant un mois. »
((Les événements politiques ont engagé madame de B... à passer en Italie l’hiver de 1848-1849. Elle est revenue le printemps suivanL sans avoir éprouvé la plus légère douleur névralgique, et elle vient de passer l’été à la campagne, dans l’état de santé le plus satisfaisant.
(( Aujourd’hui, 15 janvier 1850, la guérison ne s’est pas démentie un seul instant. »
D’autres malades ont des convulsions cloniques^ ce
qui a été signalé pau Pomme, par Tissot, par Pinel, par Sandras, etc.
« Ces malades sont affectés de tics, de mouve- « ments convulsifs involontaires , dans quelques (( muscles isolés de la face ou des membres. Ils pré- (( sentent tous une petite ressemblance avec les (( choréiques, soit par les grimaces qu’ils font, soit (( par quelques bizarreries de leur pose, de leurs « allures, de leurs gestes, de leur prononciar- « tion (1). »
Ces convulsions ressemblent à celles de l’éclampsie ordinaire, et quelquefois à celles de l’épilepsie ; mais elles ne sont pas accompagnées de spasme œsophagien, de boule hystérique, ni de spasme cynique, et on n’y voit jamais les larmes abondantes qu’on ol)serve dans l’hystérie. Ce sont des mouvements convulsifs involontaires, partiels ou généralisés, plus ou moins violents, dont la durée est en général assez courte. Pour ceux qui ne regardent pas Tétât convulsif général comme un signe certain de l’hystérie, ces phénomènes auront une grande importance. Ils doivent servir au diagnostic de l’état nerveux, mais il importe d’en bien étudier la forme pour les rapporter à leur véritable cause et pour éviter Terreur commise par M. Briquet, qui attribue trop souvent à Thystérie les convulsions du
(I) Tome I, page 27.
SYMUTOMES.
premier âge. Cet auteur recommaiidabie soutient en effet que l’hystérie est très-commune dans l’enfance; il en rapporte 87 cas, et notamment quelques-uns chez de petits enfants de cinq à six ans, où il me paraît bien difficile de supposer l’existence de cette nervose.
Parmi les exemples de convulsions observées dans le cours du nervosisme, en voici un très-curieux rapporté par Pinel.
Obs. XXX. — Nervosisme chronique. — Convulsions partielles; gymnastique. — Guérison.
((Pinel fut consulté;, il y a quelques années, pour une jeune personne de 15 ans, qui était depuis longtemps tourmentée par un état spasmodique non moins curieux que le précédent. Elle était d’une faible constitution, d’un tempérament nerveux; née à huit mois, on n’était parvenu à l’élever qu’eà l’aide des soins les plus assidus. Elle n’avait éprouvé aucune maladie dans la première enfance. Vers la septième année, on s’aperçut qu’elle se livrait sans motif à divers mouvements spasmodiques irréguliers, tels que ceux de toucher sans cesse le peigne qui fixait ses cheveux, de se couvrir et découvrir brusquement la tête d’un chapeau, etc. ; à peu près à la même époque, elle éprouva quelques accès d’une affection nerveuse presque convulsive, que le médecin du lieu jugea avoir de l’analogie avec ce qu’on appelle l’éclampsie. Cette affection disparut d’elle-même, mais fut remplacée bientôt après, par des mouvements spasmodiques. La malade tirait sans cesse les cordons de sa robe, prenait et quittait à chaque instant son tablier, et chaque mouvement des mains était accompagné d’un reniflement très-remarquable, qui ne paraissait
154 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
pas déterminé par l’état des fosses nasales. Ces mouvements spasmodiques, qui s’exécutaient brusquement, par saccades, et contre lesquels les plus fortes distractions, les réprimandes et la présence des étrangers ne pouvaient rien, furent néanmoins tout à coup dissipés par l’impression vive et profonde que firent sur la malade les menaces sévères de sa mère. Ils ne reparurent que deux ans après, époque à laquelle l’état moral parut participer de la mobilité et de la versatilité de l’état physique : ainsi, cette demoiselle ne voulait point que son fichu fût disposé de telle ou telle manière, et le dérangeait à chaque instant; qu’un ruban de sa coiffure fût noué d’une certaine façon; elle ne voulait pas porter des bonnets dans le goût du jour, etc., etc.
(( Les mouvements spasmodiques ont, dans la suite, cessé et reparu à plusieurs reprises différentes, presque toujours momentanément suspendus par de fortes réprimandes et des indispositions accidentelles. Ceux qui revenaient le plus fréquemment et persistaient avec le plus d’opiniâtreté, étaient un mouvement de rotation de la tête, une agitation, un reniflement bruyant, l’action de déplacer le peigne, et celle de tirer des cordons ou des rubans. Tous ces mouvements s’exécutaient d’une manière brusque et convulsive; ils revenaient lors des punitions, qui avaient pour objet ces contractions spasmodiques. Cette jeune personne paraissait souvent pressée de s’y livrer par un besoin irrésistible, le plus communément par excès, et sous l’influence de la moindre contrariété, elle en avertissait même ceux qui se trouvaient présents.
0 La malade finit par devenir insensible : elle pleurait habituellement pour la plus légère contrariété, tandis que de sévères punitions ne lui faisaient pas verser une seule larme.
«Du reste, chez cette jeune personne, les perceptions se faisaient très-bien, le jugement paraissait sain, les idées
se succédaient rapidement, l’attention ne pouvait être longtemps soutenue sur le même objet; la mémoire était heureuse et fidèle. La malade avait beaucoup de naïveté dans ses actions et dans ses discours; elle aimait beaucoup les plaisirs et avait les goûts de son âge. Elle était d’ailleurs bien conformée, mais d’une taille élevée, très-irritable, très-irascible; ses règles commençaient à couler, et les seins avaient déjà un certain développement.
« On conseilla aux parents de rompre tout à coup les habitudes de la malade, en la transportant dans une maison de santé de Paris, où elle pourrait subir un traitement à la fois moral et hygiénique, qui consisterait principalement dans les exercices bien combinés et propres à favoriser le développement des forces musculaires (1). »
Dans quelques cas les convulsions sont assez violentes pour occasionner la mort, et dans le fait de Lorry les convulsions ont offert cette gravité insolite.
Obs. XXXI. — Nervosisme chronique. — Convulsions, marasme
nerveux. — Mort.
({ Une jeune femme d’une constitution délicate, avec menstruation laborieuse, est mariée à 15 ans, c’est-à-dire à une époque très-précoce. Bientôt après, elle éprouve un chagrin très-prolond par l’absence de son mari qui était militaire, et parla crainte de le perdre; elle recherche la solitude, s’abandonne à des idées tristes et mélancoliques; de là, une mobilité extrême dans les muscles, ce qui fut encore augmenté, au retour de son mari, par deux accouchements, avant que son corps n’eût atteint lui-même tout son développement. La fréquence des mouvements'
(1) Dictionnaire des sciences médicales, art. Spasme.
lo6
DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
convulsifs augmenta par degrés, au point que la chute d’une petite pierre d’une hauteur médiocre suffisait pour la faire tomber dans des convulsions violentes, des spasmes et des distorsions de la bouche. On prenait toute sorte de précautions pour éviter le moindre bruit auprès d’elle.
(( L’intensité des spasmes s’accrut au point que la moindre nourriture excitait des convulsions dans tous les muscles de l’abdomen. Une consomption et un dépérissement rapide mirent fin à cette malheureuse existence (1). »
Malgré rinsiiffisance des détails, cette observation est curieuse, sous ce rapport que n ayant j)oint les caractères de F hypocondrie ni de F hystérie, elle montre un état nerveux' avec mouvements spasmodiques et convulsifs faciles à provoquer, suivi de cachexie mortelle.
§ 3. Troubles «le la sensibilité. iVéTralg^ies g^énérales. Picotements. Élancements, diatouillements. Brûlure, etc,
La sensibilité physicque est profondément troublée dans le nervosisme chronique. De tous les symptômes propres à cette disposition morbide, la douleur est le plus constant. Elle est fixe ou erratique. La mobilité est son caractère principal, car elle ne fait jamais défaut ; et elle ne varie que par le siège et l’intensité.
Tantôt bornée à des malaises indescriptibles, à un vague sentiment de langueur précordiale, épi-
(I) Lorry, Mélancolie nerveuse.
NERVOSISME CHRONIQUE. SYMPTOMES. 1 o7
gastrique ou lombaire, h une faiblesse cérébrale pénible, elle est plus ordinairement caractérisée par des douleurs vives sur un point du corps, soit dans les membres, soit à l’intérieur du tronc, soit dans la tête ou sur plusieurs de ces parties à la fois. Ici ce sont des picotements, des fourmillements, de la cuisson et une chaleur profondes, des élancements continus ou intermittents, ailleurs des douleurs aiguës véritablement névralgiques, situées sur le trajet des nerfs et au niveau des filets cutanés superficiels, douleurs passagères ou continues, spontanées ou provoquées par le contact, les mouvements ou les changements de l’atmosphère, faibles chez les uns, inaltérables au contraire chez les autres.
Dans un cas observé par M. Gillebert d’IIercourt, c’était avec une infinité d’autres troubles fonctionnels, un chatouillement très-vif de tout le corps et de l’anus avec fréquentes envies d’aller à la selle.
Obs. XXXII. — Nervosisme chronique, suite cV impression morale, spasmes variés, palpitations, convulsions partielles, anesthésie incomplète, névralgies, chatouillement général. — Hallucinations de ro7'eille et des yeux. — Hydrothérapie par il/. Gillehert-d’ Hercomd . — Guérison (l).
« Mademoiselle S..., âgée de 29 ans, blonde, d’une constitulion nerveuse, d’une imagination très-vive, et
(1) Mémoire sur la surexcitabilité nerveuse, lu à rAcadémie im- Iiériale de médecine.
4 58 DE l’état KERVEUX ou NERVOSISME.
n’ayant eu aucune maladie antérieure à celle qui fait le sujet de cette observation, fut réglée à 15 ans, et n’éprouva aucun dérangement dans sa menstruation jusqu’au 29 juin 1847, époque du décès de sa mère. Alors un profond chagrin s’empara d’elle, et ses règles revinrent tous les quinze jours en abondance; l’écoulement durait de cinq à six jours. Au reste, je vais transcrire une note qui me fut remise par la malade, et dans laquelle celle-ci raconte très-exactement la succession des accidents qu’elle a éprouvés. Je ferai seulement remarquer que la crainte dont parle la malade, et qui fut suscitée par la mort d’un de ses concitoyens, arrivée dans les mêmes circonstances, vint la saisir, alors que déjà la tristesse et l’abondance des règles avaient altéré sa constitution et exalté sa sensibilité.
(( Ma maladie a commencé par une préoccupation, ou plutôt par une frayeur (celle d’être atteinte du tétanos, à la suite d’une piqûre qu’elle s’était faite au doigt, le 20 mai 1848].
« L’image de ma mère, dont la perte m’a été si douloureuse, vint plus souvent encore m’attrister, je ne savais ce qui se passait en moi; il me semblait qu’un mauvais génie s’attachait à mes pas. Je pleurai beaucoup, et cela me soulagea un peu. Le lendemain, l’inquiétude se fît sentir de nouveau, et je fus tourmentée, comme la veille, par la crainte du tétanos.
(( De fortes palpitations de cœur me firent beaucoup souffrir; mon gosier se serra tellement que cela m’empêcba parfois d’avaler ma salive et de respirer; la terreur s’empara de moi aussitôt; je sentais comme une gerbe qui me montait au cerveau. Cette gerbe partait, tantôt du cœur, tantôt du bas-ventre; et, la nuit, je fus dans une si grande agitation qu’on fut obligé d’appeler le médecin.
(( Une crise nerveuse se déclara : mon œil droit se renversa, et il me semblait que ma bouche se contractait;
j’eus aussi les bras et la jambe droite endormis assez longtemps. La crise était si violente que je ne pouvais fermer les yeux; et lorsque je voulais le faire, je divaguais intérieurement. Je fus deux jours dans cet état, je ne me levai que le troisième. Un cbatouillement insupportable se fit sentir dans tout mon corps, mais particulièrement dans le fondement, ce qui m’occasionnait de fortes envies d’aller. Le toucher pour moi n’était plus le même, la vue me semblait plus faible; j’eus, depuis ce moment, de petits points noirs devant les yeux, ce qui me fatiguait beaucoup.
« Ma maladie a varié plusieurs fois : je croyais quelquefois que je ne pouvais plus marcher; on aurait dit que j’étais arrêtée par quelque chose; parfois aussi, une suffocation survenait, qui me faisait croire que j’allais me jeter, soit après un meuble, soit même par la fenêtre. Par exemple, si je regardais un livre, une chaise (je dis cela, comme je dirais autre chose), j’avais peur ; mais ce n’était pas une crainte naturelle; car il faut que l’imagination soit bien malade pour ressentir de semblables effets.
« J’ai aussi éprouvé comme une douleur de névralgie, c’est-à-dire que je ne souffrais pas; mais cela me faisait l’effet d’un mal qu’on ne peut supporter plus longtemps, üe là m’est venu le dégoût de la vie, le découragement s’est emparé de moi, les angoisses ou plutôt un désespoir intérieur est venu se joindre à cela.
(( Ma position me semblait ressembler à un cauchemar duquel je ne pouvais sortir. Dès le commencement de cette maladie, il me semblait que j’étais doublée ou dédoublée, je ne puis pas très-bien expliquer cela. Je sentais une chaleur sur les bras, mais habituellement sur le front, ce qui me faisait croire à une congestion cérébrale.
« Depuis quelque temps, la terre semble marcher sous mes pas; il y a deux jours que je ne puis m’expliquer à moi-même ce que j’éprouve ; mais tout ce que je puis dire, c’est que je ne suis plus ce que j’étais autrefois. J’entends
îGO DE l’État nerveux ou nervosisme.
aussi parfois du bruit dans ma tête, et je vois comme des points lumineux. »
« Réflexions. — La fréquence des crises et la persistance des troubles de la sensibilité avaient poussé le dégoût de la vie beaucoup plus loin qu’il n’est dit dans la note; la pensée de suicide se présentait souvent à l’esprit de la malade ; aussi s’appliquait-elle beaucoup à ne pas rester seule, afin de ne pas céder à cette tendance. La constitution de mademoiselle S..., comme on le pense bien, était profondément altérée; elle avait des appétits bizarres, des digestions mauvaises, et un affaiblissement général. Elle marchait péniblement; le sommeil était agité et rare; les carotides laissaient entendre un bruit de souffle; l’impressionnabilité était extrême. Cependant, malgré ses terreurs et sa profonde tristesse, mademoiselle S... se laissait aller quelquefois à la gaieté; alors elle la laissait éclater vivement, et sans qu’elle pût en modérer les éclats : toutefois, ceci était de courte durée; elle retombait bientôt dans sa tristesse habituelle.
(( En se reportant au début de sa maladie, on constate que la maladie ne s’est déclarée qu’une année environ après le décès de la mère de mademoiselle S..., et que, durant tout ce temps, cette demoiselle fut plongée dans une grande tristesse, et qu’elle eut régulièrement deux fois par mois des règles abondantes. Il en est résulté à la fois une grande dépression des forces, et une grande exaltation du système nerveux. D’ailleurs la faiblesse de la malade, son teint décoloré, et le souffle carotidien, étaient des indices caractéristiques de la nature de l’altération éprouvée par le sang. C’est donc avec raison que j’ai fait dépendre cette névrose de la surexcitabilité nerveuse hypohémique. Dans cette pensée, je devais donc chercher : 1° à étudier la surexcitabilité nerveuse; 2“ à reconstituer le sang, et à modérer le flux menstruel. C’est dans ce but que je soumis la malade au traitement ci-après :
Matin : Enveloppement clans le drap humide, durant une heure environ, jusqu’au retour bien constaté de la chaleur; immersion dans l’eau froide. Bain de siège à -f- 24® centig., pendant 2.5 minutes.
Après midi : Douche en colonne de 3 minutes; bain de pieds, à + 11° centig., pendant 5 minutes; régime alimentaire varié, mais substantiel ; distractions, promenades ; exercices de la scie à bois ; éviter la lecture et le travail intellectuel ou sédentaire.
On remarquera ici que la température de l’eau n’était pas la môme pour les bains de siège et pour les bains de pieds. La raison de ce qui a été dit plus haut, la cause de celte différence, n’exigera pas de longues explications.
L’utérus était habituellement congestionné ; le retour fréquent des règles et leur abondance en offraient une preuve suffisante. C’est en vue de cet état, et pour le combattre, que, d’une part, on exerçait une action sédative, répressive si l’on veut, à l’aide du bain de fauteuil prolongé, à + 25® centig. ; et, d’autre part, qu’on cherchait à opérer une dérivation, en déterminant par le bain de pieds froid, et de courte durée, une forte réaction dans les extrémités inférieures; celle-ci était encore' entretenue pendant un certain temps par une marche accélérée. L’observation a démontré la constance de ces effets, qui prouvent d’abord surabondamment certains faits devenus vulgaires.
Ainsi, les règles sont supprimées chez une femme qui, durant la période menstruelle, mot ses pieds dans l’eau froide; au contraire, un bain de siège très-froid, et de courte durée, rappellera les règles qui seraient supprimées, ou déterminera leur apparition avant l’époque.
Ce traitement produisit d’excellents résultats : les règles devinrent et moins fréquentes et moins abondantes, la surexcitabilité nerveuse disparut; la tristesse et les idées de suicide cessèrent, la gaieté revint complètement; en-
BOÜCHUT.
4 62 DE l’État nerveux ou nervosisme.
fin, après un séjour de deux mois dans l’établissement, mademoiselle S... quitta parfaitement guérie.
Le docteur Barras, qui a longtemps et cruellement souffert de troubles nerveux protéiformes, a raconté toutes les douleurs qu’il a endurées, depuis ces atroces névralgies temporales et testiculaires jusqu’au marasme compliqué d’hypocondrie qui a failli le tuer, et on pourra voir jusqu’à quel point l’homme peut souffrir des troubles du système nerveux sans en mourir (1).
Notre confrère rapporte qu’à 24 ans, étant interne à l’hôpital Saint-Louis, il eut une névralgie temporale intermittente quotidienne, puis au bout de cinq ans, une névralgie du cordon spermatique, puis à l’âge de 36 ans, après de vifs chagrins, une • fièvre intermittente irrégulière avec névralgie frontale et toux nerveuse convulsive qui durèrent quelque temps. Huit ans plus tard, il eut une violente gastralgie accompagnée de toute sorte de troubles des organes digestifs et fut traité, pour une gastro-entérite, par la diète et de nombreuses émissions sanguines.
Il tomba dans le marasme et dans l’hypocondrie. Devenu très-sensible au froid, quoique insensible au contact des corps et même à la brûlure, les pieds gelés, le corps traversé par des sensations glaciales comme des coups de vent, ou par de vives douleurs mobiles, obligé d’uriner à chaque instant
(1) Traité des gastralgies, deuxième édil. Paris, 1830-1844.
NERVOSISME CBRONIQUE. SYMPTOMES. 4 63
des urines claires, souffrant de palpitations de cœur et de battements dans toutes les artères, incapable d’attention et de travail, miné par de fréquents accès de fièvre nerveuse, il eût péri peut-être, malheureusement pour la science, si les conseils deM. le professeur Fouquier, en lui imposant un complet changement de régime, ne lui eussent sauvé la vie.
Un autre confrère, le docteur D , dont l’his-
toire se trouve également dans le livre deM. Barras rapporte qu’il a éprouvé pendant longtemps des sifflements de l’oreille gauche, une grande faiblesse des jambes, des défaillances au bout de six mois, des bouffées de chaleur avec faiblesse subite, de la chaleur précordiale, des courants chauds vers la tête pendant quelques minutes, revenant tous les jours à la même heure. Il se fît saigner et tout ce qu’il éprouvait augmenta; des bourdonnements et des tintements d’oreilles, des palpitations, de la fièvre et un état de marasme fort grave s’établirent et il eût succombé si, au lieu de s’imposer un traitement tonique, il eût continué le régime de la diète et des émissions sanguines.
Je connais un monsieur, qui a, tantôt dans les dents, tantôt dans les jambes des tiraillements douloureux qu’il ne peut décrire, mais dont il souffre cruellement , et qui le forcent à marcher, sans répit, même dans sa chambre, le repos augmentant ses douleurs.
164 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
Une dame dont j’ai déjà parlé, et qui consomme journellement cinq à six centigrammes de morphine, sur la peau dépouillée d’épiderme ou à l’intérieur, a de temps à autre pendant la nuit de telles douleurs, indescriptibles, dans le ventre et surtout dans les jambes, qu’elle est obligée de sortir du lit pour s’asseoir à la fenêtre les jambes nues exposées au vent du nord qui souffle devant elle et dont le froid la soulage.
Chez les uns , ce sont de véritables migraines , ou des douleurs de tête moins accentuées, telles qu’un serrement continu , ce que j’ai observé sur une vieille dame malade depuis bien longtemps, un vague sentiment de vide et de défaillance , avec des vertiges, des étourdissements, des battements intra-crâniens, l’incertitude de la marche et la crainte perpétuelle d’une attaque d’apoplexie.
Je soigne encore un monsieur qui longtemps a marché avec une serviette mouillée sur le crâne, à l’intérieur de son chapeau, et qui sur le boulevard ne pouvait avancer sans incliner irrésistiblement à droite et sans toucher les boutiques. Les doucbes et les immersions d’eau froide lui ont été trèsutiles.
Sauf l’irrésistible déviation de la marche, une dame m’a présenté les mêmes phénomènes cérébraux, y compris la crainte de tomber.
Chez d’autres ce sont des douleurs intercostales ou interscapulaires, des points douloureux dans le ventre, des tiraillements lombaires et inguinaux, de la pesanteur au sacrum, surtout chez les femmes; de la gastralgie, des arthralgies, des élancements de l’utérus, des contractions utérines, etc.
A ce propos, M. Sandras rapporte l’histoire fort curieuse d’une dame qui disait :
(( Je sais bien que je ne suis pas enceinte ; je sais « que je n’accouche pas, et cependant les douleurs (( que j’éprouve sont si pareilles à celles que j’ai (( ressenties dans mes deux accouchements que ((l’illusion est complète. Je soutiendrais que j’ac- (( couche si je n’étais moralement pas sûre du con- (( traire (1). »
Ailleurs ce sont des bouffées de chaleur locale au visage, dans la tête, dans l’estomac, dans le ventre, dans le dos ou dans les membres, ou bien un refroidissement partiel très-prononcé aux genoux, aux mains et aux pieds.
Chez une dame profondément nervosique, qui n’avait rien d’hystérique, ni d’hypocondriaque, et que j’ai guérie, les genoux étaient si froids qu’elle était obligée de mettre constamment des genouillères de laine pour échapper à cette douleur.
Sur une autre dame toujours malade, ce sont les pieds et les mains qui éprouvent cet abaissement de
(1) Traité des maladies nerveuses. Paris, iSoO, p. 45.
166 DE l’état nerveux ou nervosisme.
température. Ailleurs, une fois chez l’homme, une fois chez une jeune dame le phénomène n’existait que sur les pieds. Dans ce dernier cas j’ai pu me convaincre que l’abaissement de température locale était réel et que le thermomètre descendait à 29", 30 et 32", c’est-à-dire de quatre à six degrés sur les points du corps refroidi.
Au reste rien n’est variable comme ces modifications de la sensibilité , tant sous le rapport du siège, de la forme, et de l’intensité de la douleur que sous le rapport des changements ’ de la température locale. Autant de malades, autant de types particuliers. Il n’y a pas deux nervosiques qui se ressemblent, et chacun d’eux forme une variété dans l’espèce morbide à laquelle il appartient.
§ 4;. Troubles de la Tision.
Dans le système nerveux des organes des sens, ce sont des troubles analogues.
Il n’est pas de nervosique, à une période avancée de la diathèse qui n’en présente un certain nombre sous forme de paralysie, d’hypéresthésie ou de perversion sensoriale.
La vision s’affaiblit, se trouble, cesse momentanément, ou devient douloureuse selon les malades. Ici les paupières sont lourdes, un faible brouillard qu’épaissit toute application des yeux couvre les
objets, là de petites taches noires ou lumineuses courent devant les yeux.
« Pendant ce traitement, dit Barras, à propos d’un cas de nervosisme chronique il survint des binettes qui empêchaient de voir la totalité des objets et qui après une demi -heure d’existence étaient remplacées par une forte migraine pendant cinq à six heures. Gela dura un an (1). »
Ailleurs les objets tournent, paraissent doubles, changent de forme et le sentiment de la distance disparaît à ce point que les malades croient avoir à quelques centimètres du visage des objets qui en sont très-éloignés. Quelques-uns ont la rétine tellement sensible à la lumière artificielle ou solaire qu’ils ne peuvent en supporter l’éclat, et qu’ils se condamnent à vivre dans une obscurité profonde en rapport avec le degré de l’hypéresthésie oculaire. Il en est enfin chez lesquels la vue du mouvement est intolérable, car elle détermine des malaises et des envies de vomir.
D’autres, comme on l’a vu (p. 99 et suiv.), ont des illusions sensoriales de la vue. Ils se trompent sur la réalité des corps, prenant par exemple un chapeau pour un verre ou pour un homme, voyant devant eux ce qui n’existe pas et s’adressant pendant une seconde à des êtres imaginaires dont ils
(1) Barras, loc. cit.^ p. 224. obs. liv.
annoncent presque aussitôt l’absence pour rectifier leur erreur.
On en voit enfin qui ont de véritables hallucinations visuelles et quhmportunent des apparitions fantastiques ou l’image de personnes absentes : j’en ai vu chez des malades qui avaient toute leur raison et que l’on ne pouvait considérer comme atteints d’aliénation mentale. Ce sont des faits dont j'ai déjà parlé longuement (p. 99 et suiv.) à propos des troubles de l’intelligence.
Sandras a cité l’histoire d’une dame qui voyait autour d’elle des têtes plus ou moins nombreuses chaque fois qu’elle était plus malade, et il y a dans la science une foule d’observations du même genre. En voici une bien curieuse rapportée par le sujet lui-même, qui a eu à soufPrir pendant trente ans de ces hallucinations.
Un savant de l’expédition d’Égypte, dont les recherches en zoologie sont fort appréciées et qui jusqu’à sa mort n’a cessé de donner des preuves de sa lucidité d’esprit, a été pendant trente-quatre ans, le jouet d’hallucinations sensoriales aussi douloureuses que pénibles. Savigny, membre de l’Institut, né à Provins en 1777, mort à Versailles en 1851, éprouva en 1817 la première atteinte du mal qui devait empoisonner la fin de son existence, après lui avoir donné un instant de répit. — «Cette affection, raconte-t-il lui-même, ne pouvait, quelle que
>ERVOSISME CHRONIQUE. SYMPTOMES., i G9
fût sa Yiolence, amener la cécité dans l’acception rigoureuse de ce mot ; mais elle rendait peu à peu mes yeux incapables de supporter la lumière, et dans l’obscurité tou jours plus profonde où elle me forçait de me tenir, elle faisait briller une foule d’images diversement colorées, dont les émissions successives, réitérées à rinfini, me fatiguaient, m’obsédaient sans cesse. Bientôt des phénomènes impétueux, lumineux, ardents, immenses, remplissaient nuit et jour l’espace sous mille aspects divers, et provoquèrent les crises les plus intenses, les plus
déplorables Aux sensations propres de la vue
s’unirent un entraînement rapide de haut en bas, en tout sens ; une odeur fétide, des sifflements aigus, des sons harmonieux ou discordants; des voix humaines chantant, parlant, déclamant Au réveil des visions menaçantes, bizarres , une voûte
spacieuse, formée d’innombrables faces humaines toutes également expressives , prenant je ne sais quel air inflexible et fixant sur moi des regards sinistres. »
Nonobstant ces douloureuses hallucinations , Savigny a pu conserver assez de raison pour décrire son mal, et une femme dévouée, mademoiselle Letellier de Sainte-Ville, partagea sa réclusion volontaire. Placée à côté du rideau de toile qui fermait la chambre de Savigny, elle veilla sur lui en lui faisant la lecture et en le tenant au courant des
170 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
progrès de la science à laquelle il ne cessa de s’intéresser (i).
L’histoire des hallucinations est là d’ailleurs pour montrer la fréquence de ce phénomène chez des êtres valétudinaires, depuis longtemps nervosiques, indépendamment de tout autre trouble de l’intelligence et la raison .Quoi que pensent plusieurs de nos aliénistes, les hallucinations et les illusions sensoriales ne sont pas de la folie. On peut les rencontrer comme complication dans le cours de cet état morbide, mais leur existence isolée toute distincte spécifie une véritable espèce en nosologie.
Elles se produisent en dehors de l’aliénation mentale chez des sujets qui n’en offriront jamais aucune atteinte, et elles appartiennent aux troubles de la sensibilité plutôt qu’à ceux de l’intelligence.
Les hallucinations et les illusions sensoriales du goût et du toucher que l’on observe dans la chlorose, sont là pour démontrer l’exactitude de mes assertions.
§ 5. Troubles de l’ouïe.
Uouie n’est que rarement et très-légèrement affectée dans le nervosisme chronique; elle ne présente d’altérations profondes que dans la dernière période du mal. Go sont, chez les uns, des bourdon-
(1) Recueil de pièces relatives ci la vie de Savigny, publié par ses concitoyens. — De Quatrefages, Souvenirs d’un naturaliste, t. II, p. 525.
nemeiits continuels comme dans l’observation suivante :
Obs. XXXIII. — Nervosisme chronique, suite de nervosisme aigu. — Marasme; fièvre lente. — Bourdonnements d oreilles. — Spasme du pharynx. — Paralysie du voile du palais. — Retour des boissons par le nez. — Guérison.
(( Une fille d’environ 25 ans entre à riiôpital de la Pitié, le 25 septembre 1814'. Elle était tombée dans une sorte de marasme, à la suite d’un mal de gorge gangréneux; elle éprouvait une agitation continuelle, avec des spasmes de la plupart des muscles soumis à la volonté, un resserrement très-incommode dans la gorge, avec impossibilité d’exécuter la déglutition. Les liquides qu’elle essayait d’avaler sortaient par les narines, malgré les efforts comme convulsifs auxquels elle se livrait pour parvenir à les introduire dans l’œsopbage. C’était sans doute un cas de paralysie diphtéritique, semblable à ceux qui ont été décrits récemment, et dont j’ai publié un exemple. Outre le resserrement spasmodique de la gorge, il y avait de la douleur, des bourdonnements continuels dans les deux oixilles, de la fièvre; l’arrière-bouche ne présentait rien de particulier, si ce n’est que la luette avait été antérieurement en partie détruite par une escarre gangréneuse, etc. Après avoir appliqué un vésicatoire à la partie antérieure du cou, on mit la malade à l’usage des antispasmodiques et des bains généraux; ces moyens eurent quelques succès, et on parvint, au bout de quinze jours, à faire passer des boissons médicamenteuses et des aliments liquides. Dès lors on put combattre le marasme et le dévoiement qui l’accompagnait; peu à peu, et en continuant l’usage des antispasmodique^ et des bains associés aux mucilagineux et aux analeptiques, on parvint à guérir cette maladie dans l’espace de six semaines, et à faire disparaître Tamaigris-
172 de l’état nerveux ou nervosisme.
sement qui avait, ainsi que le spasme, succédé à l’angine (1). ))
Chez d’autres malades, ce sont des sifflements continus ou de courte durée , des tintements métalliques intermittents, des bruits de vent qui souffle, d’eau qui tombe ou de cloches qui sonnent, véritables hallucinations qui n’appartiennent pas plus à la folie que celles dont les autres organes des sens peuvent être le siège.
J’ai soigné une nervosique qui, entre autres choses avait des bourdonnements très-jwononçés , d!u7ie manière intermittente et saccadée dans les deux oreilles. L’accident cessa pendant plusieurs jours sous l’influence du valérianate d’ammoniaque solide, puis il revint pour disparaître sous l’influence du même remède, et il cessa enfin d’une manière définitive.
Un monsieur nervosique, que j’ai déjà cité comme n’ayant offert l’irrésistible déviation à droite dans la marche, avait également dans l’oreille gauche un tintement métallique intermittent des plus désagréables qui résista à tous les moyens que je lui opposai.
Chez quelques malades enfin, l’une ou l’autre des oreilles est le siège des battements profonds, incommodes, dus aux palpitations nerveuses des artères auriculaires, ou à la dilatation superficielle et apparente d’une de ces artères.
(!) Dictionnaire des sciences médicales, art. Spasme.
SYMPTOMES
§ 6. Troubles de l’odorat.
V odorat est très-susceptible chez les nervosiques. Outre la céphalalgie que provoque toute odeur en général, il y en a qui ont une action reflexe spéciale et qui amènent facilement les défaillances, les convulsions ou la syncope. J’ai connu une dame que le parfum de la violette faisait tomlier en faiblesse. M. le professeur N. Guillot, m’a raconté l’observation d’un membre de l’Institut, qui éprouve le même effet par l’odeur de la graine de lin. Gullen (1) cite un fait analogue produit sur la femme d’un apothicaire par l’odeur de la poudre fraîche d’ipécacuanha, etc.
Non-seulement quelques nervosiques souffrent des odeurs qui réellement frappent leur odorat, mais encore il y en a qui souffrent des odeurs imaginaires que la sensibilité troublée peut faire naître. On en voit qui, par suite d’une hallucination de l’odorat, accusent comme fort désagréable l’odeur de soufre, d’hydrogène sulfuré, de rose, de papier brûlé, etc., alors qu’il n’y a aucune odeur de cette nature dans leur appartement.
§ Troubles du toucber» anesthésie et hyperesthésie.
Le toucher n’est pas toujours troublé chez les
(1) Éléments de médecine pratique, trad. de l’anglais par Rosquillon. Paris, 1789.
i74 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
nervosiques. Ses modifications se bornent généralement à l’anesthésie et à l’hypéresthésie de la peau. J’ai connu une jeune tille, dont le ventre était si douloureux qu’on ne pouvait y appliquer la main, et, que le poids seul des draps de lit faisait crier. Chez d’autres, c’est la tête ou n’importe quelle partie du corps qui devient ainsi douloureuse. Sandras rapporte qu’une dame lui a présenté ce phénomène au plus haut degré, tantôt le long du bras et de la jambe d’un côté du corps, et tantôt sur le visage et dans presque toutes les parties de la peau.
Au lieu d’être absolue, l’hyperesthésie peutn’être que relative et en rapport avec la nature de certains objets. Je connais nombre de personnes très-nerveuses qui, dans l’état normal ne peuvent toucher du velours ou de la soie sans éprouver un véritable malaise. 11 en est de même dans l’état nerveux chronique, et alors cette mauvaise disposition se révèle à l’égard de la soie et du velours, mais encore d’une foule d’objets insignifiants, tels que du papier, de la gaze, certains métaux, etc.
V anesthésie , au contraire, offre des degrés considérables depuis cet état de paralysie de la douleur avec persistance de la sensibilité tactile ou analgésie jusqu’à la paralysie complète du sentiment ou anesthésie proprement dite.
Obs. XXXIV, du docteur Barras racontée par lui-même.
-<( Les extrémités étaient tellement insensibles, qu’on
aurait pu, je crois, me couper un bras ou une jambe sans que je l’eusse senti. Gela est si vrai que je me brûlai profondément les pieds sans éprouver la moindre douleur; je ne me serais môme point aperçu de cet accident, si on ne me l’eût fait connaître; le froid était le seul agent extérieur à l’action duquel je fusse encore sensible. Gomme il me faisait un grand bien, surtout le froid sec, je le recherchais plutôt que je ne l’évitais (4). »
La première forme est infiniment plus commune que l’autre, et s’observe surtout chez les nervosiques qui ont une aglobiilie ou une Jujdroémie trèsprononcées ; quant à ceux qui n’ont que de V anémie c’est à dire une simple diminution de la masse totale du sang, sans altération évidente de ses éléments consécutifs, ils n’ont généralement pas d’anesthésie appréciable. Ce phénomène morbide est presque toujours partiel, limité à certains points de la peau de l’orifice des muqueuses, ou à une moitié du corps, et c’est un fait entièrement exceptionnel que de le rencontrer étendu à toute la surface du tégument externe.
§ 8. Troubles du ji'OÛt.
Les altérations du goût dans le nervosisme chronique sont très-variables , quelquefois milles ou bornées à l’empâtement et à l’inappétence, elles deviennent avec le temps plus nombreuses. Les malades n’ont dégoût pour aucun des aliments ordi-
(1) Sur les gastralgies, 1839, t, I, p. 34.
176 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
naires. Tout leur répugne, principalement la viande. Ils préfèrent les légumes, les crudités, les acides et particulièrement le vinaigre , ou prendraient des choses qu’on ne mange pas habituellement, telles que de la craie, du plâtre, du charbon, du sel, de la terre, des grains de café, des matières stercorales deTurine, etc. , comme certaines chlorotiques. C’est en effet, dans l’état nerveux chronique accompagné d’aglobulie que s’observe le pica et le malacia, c’est-à-dire les perversions du goût dont je viens de parler.
§ 9. Troubles des voies dig^estives. Pyrosîs. Soda. IVausées. Vomissements. Aig^reurs. Acidité buccale. Constipation alternant avec la diarrhée. Amaig^rissement squelettique.
Les atteintes du nervosisme chronique primitif ou secondaire sur les fonctions du système nerveux ganglionnaire qui préside à la nutrition, à la calorification, à la respiration, à la circulation, aux différentes sécrétions sont encore plus nombreuses que dans le nervosisme aigu. Elles sont surtout remarquables par leur intensité.
Dans les voies digestives, les aberrations et la perversion du goût dont j’ai parlé s’accompagnent souvent d’une inappétence presque absolue. La langue entièrement recouverte d’un enduit muqueux le matin se nettoie en partie dans la journée, mais reste sale à la base. Les malades n’ont aucune en-
vie de manger, tout leur répugne, etilsrest nt volontiers sans prendre autre chose que des boissons et de petites quantités d’aliments pour lesquelles il faut souvent les contraindre. Ce qu’ils prennent leur semble lourd, digère mal, détermine des éructations, des aigreurs, du pyrosis et du soda^ des nausées, des vomituritions ou des vomissements: quand ils peuvent manger, leur nourriture détermine des maladies, l’accélération du pouls, et ne profite pas au mouvement nutritif, car ils maigrissent d’une façon notable. Il est évident que les sécrétions de l’estomac sont modifiées, mais quelle est cette altération ? c’est difficile de le dire. Gomme je l’ai déjà rapporté, M. Sandras affirme que te suc gastrique ^ neutralisé par les mucosités alcalines venues dans la bouche, perd ses qualités acides et ne peut^plus dissoudre les matières animales; qu’il peut acquérir des propriétés virulentes capables, de propager le germe d’une altération analogue, double hypothèse que rien ne confirme dans l’état actuel de la science : ce qu’il y a de réel ici, c’est tantôt l’extrême acidité des sucs gastriques que les vomituritions amènent de l’arrière-bouche, acidité telle qu’elle infecte l’air (1) et qu’elle agace les dents, et qu’il faut recourir à la magnésie pour la saturer; et tantôt au contraire c’est la diminution d’acidité du suc gas-
(1) Chomel, Des dyspepsies, p. 145.
BOüCIIUT.
178 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
trique. Alors la bouche est fade, les régurgitations du pharynx sont neutres, et les malades digèrent plus facilement quand ce qu’ils prennent est arrosé par un filet de jus de citron, de vinaigre ou mêlé à de la pepsine acide, substances qui font de l’estomac une digestion artificielle. A cet égard, les acides végétaux valent autant que la pepsine et réussissent très-bien dans les cas où l’on a vanté les succès de cette préparation nouvelle.
De violentes gastralgies accompagnent souvent rétat dyspeptique, et soit avant, soit après le repas, des pincements, des crampes, des tiraillements de la région épigastrique, avec retentissement interscapulaire établissent la participation de l’estomac aux souffrances du nervosisme chronique. Chez d’autres, ce sont des coliques aiguës, sèches, très-douloureuses, et généralement liées à un certain degré de pneumatose intestinale.
La plupart des faits de gastralgie intense réunie à d’autres phénomènes nerveux, publiés parles auteurs et surtout par M. Barras, ne sont certainement pas autre chose que des exemples incompris de nervosisme chronique. Ici, ce sont des aigreurs, des vomituritions continuelles d’eaux acides ; là, des éructations inodores ou nidoreuses ; ailleurs, de la tympariite ; chez d’autres enfin des vomissements continuels qui ne permettent pas à l’estomac de garder ce qu’il prend.
Une jeune fille, la nièce d’une religieuse de l’hôpital Sainte-Eugénie, m’a présenté ce phénomène qui durait déjà depuis plusieurs mois. On l’avait amenée à Paris pour me la faire voir, et malgré son amaigrissement et sa faiblesse qui donnaient de vraies inquiétudes, elle guérit au bout de quelques semaines.
Pareil phénomène s’observe dans certains cas de nervosisme chez des femmes grosses; et sans reproduire tous les exemples de vomissements incoercibles et mortels, observés en cette circonstance par Guersant (1), par Dance (2) et par MM. P. Dubois, Depaul, Gazeaux, etc., j’en rapporterai un très-curieux où l’on voit les vomissements réunis à un grand nombre de troubles nerveux fort graves; on le doit à M. Hamon (deFresnay).
Obs. XXXV. — Nervosisme chronique de grossesse. — Paralysie incomplète ; amyosthénie , anesthésie^ diplopie, vertiges^ nausées, vomissements . — Constipjation. — Boulimie, ptyalisme, marasm^e, mort.
« La femme G... est âgée de vingt ans. Son intelligence est naturellement peu développée, tempérament lymphatico-sanguin. On la disait enceinte de cinq à six mois quand le 23 mars dernier, je fus appelé pour la première fois auprès d’elle.
a L’origine de ses souffrances remonte au deuxième mois de sa grossesse. Éprouvant des symptômes attribués,
(1) Dictionnaire des sciences médicales, art. Gastrite.
(2) Répertoire d’anatomie et de physiologie.
comme il est d’usage, à la pléthore sanguine, cette jeune femme s’était fait saigner quelques jours avant ma visite; or, cette saignée, loin de la soulager, n’avait fait qu’aggraver sa position. Voici l’état dans lequel je la trouvai :
(( La malade a une belle carnation. Elle semble complètement indifférente à ce qui l’entoure ; elle ne répond aux questions qui lui sont adressées que par monosyllabes et avec assez peu de précision et de lucidité. Elle peut à peine porter la main droite à la tête; il lui est impossible de serrer aucun objet avec cette même main. L’avant-bras et la main droite sont anesthésiés ; il en est de même du pied du même côté. La jambe droite traîne à terre, ce qui rend presque impossible la déambulation, déjà rendue difficile par suite de la faiblesse des membres inférieurs. Les objets que l’on présente aux yeux de la malade lui semblent plus nombreux qu’ils ne sont en réalité. Regarde-t-elle avec un seul œil, toute aberration optique disparaît. L’éclat de la lumière ne blesse point sa vue. L’appétit est plutôt augmenté que diminué ; la constipation est marquée. A part quelques nausées et des vertiges fréquents, la jeune femme n’accuse aucune souffrance. L’exploration des divers organes ne révèle l’existence d’aucune affection organique. Le cœur est un peu volumineux. D’après le résultat si peu satisfaisant de la saignée, je n’bésitai pas à considérer un tel état comme étant de nature purement nerveuse. Je prescrivis en conséquence des préparations martiales, un régime tonique, etc.
((Le 10 avril, je fus de nouveau appelé auprès de la malade. Elle n’avait en rien suivi son traitement. Les premiers médicaments qiÉelle avait tenté d’ingérer avaient été rejetés par les vomissements, qui d’ailleurs se reproduisaient presque journellement depuis le deuxième mois de sa grossesse. Les troubles amaurotiques avaient cependant complètement disparu. Le pied droit avait recouvré toute sa sensibilité. Pour ce qui est du membre thoracique cor-
NERVOSISME CHRONIQUE. — SYMPTOMES. iSi
respondant, les troubles du mouvement et de la sensibilité étaient à peu près les mômes. La malade n’était pas allée à la garde-robe depuis quinze jours. J’insistai sur le même mode de traitement et je prescrivis en outre l’usage de la magnésie calcinée, des lavements émollients et laxatifs, etc.
((Le3mai,je me rendis de nouveau auprès de la malade, accompagné cette fois d’un honorable confrère ; aucune • de mes prescriptions n’avait été exécutée. L’état général de la femme G... était à peu près le même; il s’était toutefois déclaré un ptyalisme abondant et une véritable boulimie.
(( De prodigieus'es quantités d’aliments étaient parfois digérées sans encombre; d’autres fois, cette énorme accumulation de substances alimentaires, les plus indigestes, les plus hétéroclites, occasionnait des vomissements qui n’avaient pas plutôt débarrassé l’estomac de la malade qu’elle s’empressait de se livrer de nouveau à ses penchants gastronomiques. La constipation était* toujours aussi marquée. D’ailleurs le faciès de la malade n’était pas plus altéré que le jour de ma première visite; la peau était bonne, le pouls très-calme, très-rassurant.
(( Le 3 juin, j’étais appelé en toute hâte auprès de cette pauvre jeune femme. A mon arrivée, elle avait cessé de vivre. Je ne pus qu’extraire de son sein inanimé un fœtus de sept ou huit mois, dont le cœur battait encore, bien que sa mère eût rendu le dernier soupir depuis deux heures et un quart.
(( La veille môme de sa mort, la malade avait été naturellement et très-abondamment à la garde-robe, acte à la suite duquel elle s’était sentie infiniment soulagée; aussi les parents étaient-ils plus portés que jamais à espérer.
« Aucun d’eux, assurément, ne croyait avoir lieu de soupçonner une terminaison si prochainement funeste. »
182 DE l’état nerveux ou nervosisme
La plupart de ces malades, sinon tous, ont une constipation opiniâtre. Chez quelques-uns cet état alterne avec de la diarrhée, et, si l’on n’y prend garde, il détermine une diarrhée continue , par l’irritation prolongée de l’intestin en contact avec des matières fécales endurcies. L’examen de ces matières montrequ’elles sont dures, petites, ovillées, ^ noirâtres et recouvertes de mucus ou de pellicules blanchâtres, gélatineuses, formées de matière amorphe, de granulations moléculaires, et de globules pyoïdes nombreux. C’est un fait que j’ai vu chez une dame profondément nervosique et que l'on observe d’ailleurs dans une foule d’autres circonstances analogues.
Dans ces cas, l’état de l’intestin réagit sur la disposition générale qui s’aggrave, et chaque crise de diarrhée est l’occasion de nouveaux malaises, d’une augmentation de la faiblesse générale et d’un accès de fièvre plus ou moins bien caractérisé.
De pareils troubles lorsqu’ils se prolongent ne peuvent pas exister sans avoir une influence trèsfâcheuse sur la nutrition et l’embonpoint ; tant que la maladie reste à un degré d’intensité ordinaire, l’amaigrissement fait peu de progrès et le teint reste à peu de chose près aussi clair que dans l’état de santé.
Je connais plusieurs dames affectées de nervosisme chronique qui ne paraissent pas malades et
qu’on offense beaucoup en leur disant qu’elles ont belle apparence, alors qu’elles souffrent de douleurs intérieures très-vives. Au contraire, quand la maladie déjà ancienne fait des progrès, détermine le marasme, la fraîcheur du visage et l’embonpoint disparaissent, pour faire place à un teint jaunâtre, terreux, livide et à im amaigrissement squelettique incroyable ; la maladie est alors bien caractérisée par le nom de marasme nerveux.
lO. Troubles de Fappareil respiratoire. Douleurs
intercostales. Apbouie. Toux nerveuse. Phthisie.
La respiration peut n’être point troublée d’une manière apparente dans l’état nerveux chronique. Sauf un peu d’étouffement après les repas, les mouvements respiratoires s’accomplissent facilement et sans douleur; chez quelques personnes il y a une sensation toute particulière du besoin de respirer; il leur faut le grand air, elles n’en ont jamais assez et elles se plaignent d’étouffer partout où elles se trouvent: avec cela cependant, il n’y a point d’anhélation appréciable et les bruits respiratoires normaux ne sont nullement modifiés.
Quelques douleurs se montrent passagèrement dans les parois de la poitrine, tantôt entre les omoplates et tantôt dans un espace intercostal , à la partie moyenne ou antérieure. Ce sont des points névralgiques, quelquefois très-douloureux
et très-persistants, occasionnés par une névralgie intercostale. Je connais un monsieur dont j’ai cité l’observation et qui dans le cours d’un nervosisme chronique m’a déjà présenté bien des fois ce phénomène morbide à un très-haut degré d’intensité. 11 en a été de même chez deux dames que j’ai soignées, l’une ayant été complètement guérie et l’autre étant restée dans le même état de souffrance nerveuse générale.
aphonie s’observe quelquefois chez les nervosiques, mais cela est rare. En voici un exemple observé par le docteur Pidoux, dans l’hôpital Lariboisière , sur une jeune fille ayant offert tous les symptômes les plus complets d’un nervosisme parfaitement caractérisé. — Cette observation, dans laquelle on ne retrouve rien de ce qui caractérise habituellement l’hystérie ou l’hypocondrie, a cependant été publiée sous le titre de Névrose hystérique des plus complexes. C’est ce qui arrive à tous ceux qui appellent hystérie les désordres du système nerveux de la femme. Elle a cela de curieux et de rare en même temps, qu’elle montre les désordres du nervosisme disparaissant en partie sous l’influence d’une fièvre typhoïde, ainsi que cela s’observe souvent dans la plupart des névroses sous l’influence du développement des maladies aiguës. L’aphorisme fehris spasmos solvit ne sera] jamais mieux appliqué que dans cette circonstance.
SYMPTOMES
Obs. XXXVI. — Nervosisme chronique. — Chlorose, dyspej)sie , céphalalgie, palpitations, vomissements, œsophaqisme. — Aphonie, anesthésie et hyperesthésie ; paralysies partielles successives.^ — Fièvre typhoïde intercurrente. — Disparition de r anesthésie et de la paralysie. — Guérison de la fièvre : typhoïde et retour des accidents nerveux.
(( Eugénie D.... entre à rhôpital Lariboisière*, salle Sainte-Élisabeth, n. 5, pour s’y faire traiter d’une bronchite aiguë datant de quelques jours. Cette jeune fdle, âgée de dix-neuf ans, d’une constitution faible, a été menstruée pour la première fois à l’âge de seize ans. Depuis, ses règles ont paru régulièrement; mais elles sont douloureuses, peu abondantes. Elle a eu dans son enfance des convulsions ; elle est chlorotique , et depuis longtemps sujette à de la dyspepsie, à de la céphalalgie, à des points névralgiques vagues, des palpitations, etc.
(( Le 12 décembre 1856, sans cause appréciable, elle fat prise de fièvre, de vomissements , de céphalalgie et de toux, et le 22, elle entrait dans le service de M. Pidoux, où l’on constata à l’auscultation des râles sibilants et muqueux dans toute l’étendue de la poitrine. La lièvre et la toux continuèrent jusqu’au 15 janvier. Le 20, l’état général s’était amendé, les râles avaient disparu, et il ne restait plus, du côté des voies respiratoires, qu’un sifflement laryngé assez fort, qui s’accroissait sous l’inlluence de la moindre émotion. L’auscultation du larynx ne faisait percevoir d’ailleurs que le murmure respiratoire laryngien, mais plus intense qu’à l’état normal.
(( INi le sulfate de quinine, ni l’opium, ni la belladone, ni Passa fœtida, ni le musc, ne parvinrent à modifier ce spasme, qui, au bout de quelques jours, se compliqua de difficulté de la déglutition. Cette sorte d’œsophagisme augmenta au point qu’il devint bientôt impossible de faire passer ni solides ni liquides.
186 DE l’état nerveux ou nervosisme.
a Les antispasmodiques de toute nature et sous toutes les formes furent vainement employés. Les inspirations de chloroforme eurent seules quelques succès ; encore l’amélioration ainsi obtenue n’était-elle que momentanée.
(( Cet état allant en empirant, le 30 janvier la malade ne parlait plus, sa voix était complètement supprimée, et elle ne pouvait, quelque effort qu’elle fît, réussir à former un son. La déglutition était également empêchée, et l’on était obligé de recourir à la sonde œsophagienne pour introduire dans l’estomac les médicaments (opium et fer) et les aliments (vin, bouillons, potages).
«A ces symptômes vinrent s’ajouter d’autres désordres des appareils nerveux de la vie de relation. La sensibilité fut atteinte ; les membres, la face, le cou et le tronc étaient complètement insensibles aux piqûres d’épingle. Les muqueuses du nez, des yeux, de la bouche, étaient également frappés d’anesthésie, pendant qu^’au contraire la muqueuse du vagin et le col ^e l’utérus (explorés à travers le rectum) étaient le siège d’une vive hyperesthésie. Enfin, quelques-uns des sens spéciaux, l’odorat, le goût, cessèrent de sentir l’action de leurs excitants habituels. La vue et l’ouïe restèrent à peu près intactes ; mais il y eut des otalgies d’une violence excessive, qui privèrent la malade de sommeil pendant un grand nombre de nuits.
«Dans le mois de février 1857, la paralysie envahit les muscles soumis à la volonté. La jambe gauche d’abord, la droite ensuite, furent complètement paralysées. La paralysie fut précédée, à gauche surtout, d’un phénomène remarquable : tandis que la peau était complètement insensible aux excitations extérieures, telles que le contact des doigts, le pincement, les piqûres d’épingle, il n’en était pas de même des tissus placés plus profondément. Lorsqu’on pressait les masses musculaires, même modérément, on arrachait des cris à la malade. Dans le courant de ce même mois, la paralysie gagna le bras gauche, puis
NERVOSISME CHRONIQÜE. — SYMPTOMES. Î87
le bras droit, toujours précédée dans sa manifestation et s’accompagnant de douleurs profondes. Enfin , la malade accusait des douleurs dans les dents , dans toute la tête.'
(( Les choses continuèrent ainsi pendant les mois de février et mars; vers le milieu d’avril , M. Pidoux, après avoir essayé sans résultat la strychnine et l’électricité, eut recours à l’hydrothérapie; mais elle n’eut pas plus d’action que les autres moyens.
« Sauf quelques intermittences dans la paralysie du larynx et du pharynx, l’état de la malade resta à peu près le même jusqu’au mois de juillet. A cette époque, il survint de la courbature et quelques phénomènes fébriles qui furent bientôt suivis de l’explosion d’une fièvre typhoïde bien caractérisée. Et, chose remarquable, dès ce moment la malade recouvra la s.ensibilité générale, la sensibilité spéciale et l’usage de ses membres depuis si longtemps condamnés à l’immobilité. Dans le délire, elle se levait, marchait, et ne paraissait plus ressentir aucune des douleurs qu’elle éprouvait auparavant.
« La maladie aiguë intercurrente suivit sa marche ordinaire, sans présenter aucun phénomène digne de remarque. Le 15 août, après un mois environ de durée, la maladie entra dans sa phase de convalescence. Dès lors une sorte de lutte sembla s’établir entre les symptômes typhiques qui allaient en s’effaçant et les phénomènes nerveux chroniques un moment étoufi'és par la maladie intercurrente. Des maux de tête, des points névralgiques semblaient alterner avec quelques mouvements fébriles et des retours de diarrhée. Le 5 septembre, l’affection primitive reprenait décidément le dessus. La fièvre et la diarrhée avaient complètement cessé. Mais à chaque visite on constatait le retour d’un nouveau phénomène nerveux, et l’on vit ainsi reparaître successivement les douleurs de tête, l’épigastralgie, la dysphagie, l’aphonie, l’anesthésie
188 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
cutanée, la sensibilité profonde des muscles, la paralysie du mouvement, et enfin l’impossibilité d’avaler solides et liquides.
(( Une circonstance digne de remarque, c’est que, malgré l’obstacle que la difficulté de la déglutition semblait devoir apporter à une réparation suffisante après une affection aiguë aussi grave que la fièvre typhoïde, la coloration et un certain degré d’embonpoint et de fraîcheur avaient reparu et semblaient progresser à mesure de la réapparition de tous les symptômes nerveux.
(( Depuis lors, l’état de la malade est resté à peu près le môme, à quelques variations près dans l’intensité et l’existence de quelques phénomènes névrosiques. 11 s’y est joint, en outre, de l’atrophie musculaire dans les membres inférieurs.
« Réflexions. — On voit dans celte observation une jeune fille lymphatique, faible de constitution, chlorotique, sujette aux névralgies vagues , aux céphalalgies nerveuses, et extrêmement impressionnable aux émotions môme les plus légères, déterminant chez elle des battements de cœur tumultueux, Vaura sous forme de boule s’élevant de la région épigastrique, et des pertes de connaissance, mais jamais des crises convulsives. Une bronchite fébrile survient, et au moment où elle cesse un nouveau symptôme se manifeste , qui prend pour siège un point même des voies respiratoires à peine dégagées, et qui devient comme le point de départ d’une nouvelle série d’accidents et de phénomènes nerveux de plus en plus graves.
V En considérant le trait le plus saillant de cette maladie, la paralysie, on a dû se demander si elle n’était pas la traduction d’une lésion matérielle des centres nerveux. Mais les circonstances commémoratives ne permettaient pas de doute à cet égard; elles donnaient lieu de croire, au contraire, que ces phénomènes étaient dénaturé purement nerveuse, que l’on avait affaire à une paralysie hystérique.
« En second lieu, quelle a pu être la part de la bronchite dans la production du spasme du larynx bientôt dégénéré en aphonie, et qui a ouvert la scène à une nouvelle phase de la maladie, à Tinvasion d’un nouveau groupe de symptômes névrosiques.
«Considérant, d’une part, le point de l’économie où ce spasme est venu se manifester, et, d’un autre côté, tenant compte du trait prédominant de la constitution de la jeune fille, de la disposition névropathique dont son organisme est si profondément empreint, on s’explique assez naturellement l’influence du catarrhe sur l’apparition des troubles fonctionnels laryngiens. C’est un de ces exemples de l’action provocatrice qu’une maladie aiguë peut exercer sur le développement d’une maladie chronique qui vient s’y associer. L’extension de cet état névropathique primitivement localisé en ce point, sa généralisation à presque toute l’économie, n’est pas plus difficile à comprendre dans les conditions de tempérament et de constitution que l’on connaît.
« Mais voici une circonstance des plus remarquables de cette observation, qui va fournir un nouveau témoignage irrécusable, s’il en était besoin encore, en faveur de la nature névrosique de tout cet ensemble de phénomènes morbides. Une fièvre typhoïde survient pendant que la malade est en proie à tous ces troubles nerveux. Dans le délire, la malade, jusqu’alors paralysée, se lève, marche et ne paraît plus ressentir aucune des douleurs névralgiques qui la faisaient tant souffrir quelques jours avant. Puis, quand la guérison de la fièvre arrive, elle fait place de nouveau au retour de tous les mêmes phénomènes qu’elle avait suspendus. »
Si rare que soit la toux chez les nervosiques, elle existe néanmoins chez quelques-uns d’entre eux et elle dépend de deux causes distinctes qu’il faut sa-
voir déterminer. Ou bien c’est un trouble nerveux du larynx, un chatouillement de la muqueuse glottique qui détermine les brusques mouvements d’expiration de la toux nerveuse, ou bien, au contraire, c’est le symptôme d’une phlegmasie gutturale, laryngée, bronchique ou d’une tuberculisation pulmonaire commençante, complication possible du nervosisme chronique. Il ne sera question ici que delà toux nerveuse. J’en ai observé plusieurs exemples, un dans l’état nerveux aigu et trois dans l’état nerveux chronique. L’un de ces derniers est fort remarquable, car il s’est reproduit plusieurs fois en quelques années. Nuit et jour dans l’état de veille, la maladeétait tourmentée par une toux sèche, petite, incessante, des plus pénibles et qu’on faisait cesser complètement en quelques heures par une application endermique de morphine sur les côtés du larynx. Il m’a fallu réussir quatre fois de cette façon pour démontrer que cette toux n’était pas en rapport avec une tuberculisation pulmonaire ainsi qu’on le croyait dans la famille d’après les affirmations d’un autre médecin.
Des faits de même genre ont été signalés par un assez grand nombre d’observateurs ; ils sont désignés sous les noms de toux hypocondriaque (1), toux convulsive, toux hystérique, bien qu’ils se ren-
(1) Fr. Hoffman, t. Il, sect. ii, cap. m, p. 112.
NERVOSISME CHRONIQUE. — SYMPTOMES. l9i
contrent indifféremment chez l’homme et chez la
femme, au milieu de circonstances fort différentes. En voici un exemple assez curieux dont Pomme est lui-même le sujet et qui montre la fâcheuse influence des saignées sur la production des troubles essentiels du système nerveux.
Obs. XXXVII. — Nervosisme chronique; toux nerveuse,
« Dans le mois d’octobre de l’année 1758 et après avoir essuyé les plus rudes fatigues, je fus moi-môme attaqué d’une toux convulsive qui me mit plusieurs jours hors d’état de vaquer à mes affaires. Deux saignées que l’on me fit et toutes les tisanes pectorales dont je m’abreuvais continuellement n’ayant rien opéré dans l’espace de trois semaines, je me crus hors d’espoir et près de cracher mes poumons, quoique ma toux fût toujours sèche et sans expectoration.
(( Les idées noires s’emparèrent alors de mon esprit ; l’insomnie amena le dégoût, je maigris à vue d’œil et je fus hypocondriaque sans le savoir. Je devenais insupportable à moi-même, malgré les avis et les leçons que ne cessaient de me faire les personnes qui désiraient ardemment de me voir rétablir. Les vents, les tensions aux hypocondres et l’abondance de mes urines se joignirent ensuite aux premiers symptômes de mon mal, et me firent apercevoir que j’étais devenu tel qu’on me caractérisait.
(( Pour remédier avec efficacité au mal dont je me voyais affecté, je changeai promptement mon régime pour recourir à l’eau. J’en bus abondamment, j’ose dire avec fureur; je pris des lavements, et je fus soulagé. Enhardi par l’effet d’un remède dans lequel, depuis longtemps, j’ai mis ma confiance ; je pris l’essor pour travailler sérieusement
192 DE l’état nerveux ou nervosisme.
à guérir mon cerveau , qui souffrait plus encore que le reste de mon corps. Le séjour de la campagne commençait à me devenir insipide; c’est pourquoi je préférai le voyage à tout autre plaisir; je pris la poste et je parcourus en peu de jours les principales villes de la province, accompagné d’un de mes amis avec lequel je m’arrêtai â Marseille, d’où j’arrivai guéri de ma toux par l’effet de la voiture et par la seule boisson d’eau froide, dont je ne cessai jamais de boire tout le long du chemin (1). »
C’est là un de ces cas dont quelques personnes font systématiquement de l’hystérie ou de l’hypocondrie, sans qu’il soit possible de le démontrer autrement que par une simple assertion. M. Briquet a commis plusieurs fois cette erreur dans son Traité de r hystérie.
Toutefois, quand le nervosisme chronique arrive à un tel degré que tout exercice devient impossible et qu’avec le repos au lit, il y a dyspepsie complète, fièvre lente, et marasme considérable, la toux peut être le signe d’une complication tuberculeuse vers les poumons. Cette terminaison , beaucoup plus fréquente que dans le nervosisme aigu, s’observe chez quelques convalescents qui restent plusieurs mois avant de se rétablir ; chez les femmes qui s’épuisent et sont affectées de nervosisme à la suite d’un allaitement trop prolongé; enfin chez les personnes dont le nervosisme s’aggrave de jour en jour sans aucun instant de rémission. Elle se montre
(1) Pomme, t. 1, p. 230.
KEKVOSISME ClIROMyL’E. SYMPTOMES. 193
surtout chez celles dont la constitution est faible, lymphatique, ou qui sont nées de parents scrofuleux et tuberculeux. Dans ces cas, la débilité produite par le nervosisme chronique agit comme une simple cause occasionnelle qui n’eût pas eu d’effet sur un sujet non prédisposé placé dans des conditions semblables. Nier ces faits ce serait contester l’influence de l’alimentation irisuffisante, du manque d’exercice et de l’inanition sur le développement de la phthisie tuberculeuse pulmonaire.
11. Troubles de la circulation. Ktat du pouls. Fièvre nerveuse. Palpitations cardiaques et artérielles. Bruits anormaux du cœur et des veines.
Les troubles de la circulation sont complètement différents dans le nervosisme chronique de ceux ([U on observe dans l’état aigu. Là, on se le rappelle, la fièvre était un phénomène constant et continu ; ici, au contraire, beaucoup de malades n’ont pas de fièvre et restent ainsi tant que le nervosisme n’augmente pas. Quelques-uns ont le coeur très-excitable et le pouls très-mobile; ils ne peuvent faire d’exercice ou d’efforts, ni resterai! milieu d’un grand nombre de personnes dans une salle très-échauffée, sans avoir une accélération très-notable du pouls, qui disparaît en quelques minutes ou en quelques heures par le repos ou par le séjour au grand air. Leur pouls s’élève alors de 72, SO
BüUCHÜT. J
194 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
(chifîre normal), à 88, 100 et même 120 pulsations par minute. La grande fatigue, les préoccupations intellectuelles ou commerciales produisent le même effet, et il en est de même des repas trop copieux. Ce qu’il faut à ces malades, c’est la suspension de leur travail, l’éloignement momentané des affaires . et une nourriture sobre, peu abondante, soumise aux règles d’une sage hygiène.
11 y en a enfin qui sont dans un état grave et qui ont la fièvre d’une manière continue. Pâles et le teint jaune; amaigris, courbaturés, sans force, sans appétit, tantôt debout, tantôt couchés, ils éprouvent de fréquents besoins de boire ; leur peau est chaude, la température profonde s’élève à 37 ou 38° centigrades et le pouls petit ou large, inégal, mou et dépressible s’élève à 88, 100 et 120 pulsations par minute. Sa fréquence est très-variable et augmente après les repas, les mouvemenfs et les impressions morales. Elle diminue sans qu’on sache pourquoi et il y a de temps à autre des paroxysmes très-intenses, périodiques ou irréguliers, dont on ignore également la cause. C’est en vain que chez quelques malades atteints de nervosisme chronique primitif, on cherche dans les tissus et dans les organes l’altération matérielle explicative de cette fièvre, car s’il existe une lésion de ce genre, elle est inappréciable. Au prix d’une affirmation mensongère, on peut soutenir qu’elle existe, mais il
est impossible de démontrer autrement sa présence. Il s’agit dans ce cas d’une fièvre essentielle déterminée par les troubles de l’état dynamique, nerveuse chronique, contestée, il y a quelques années, parla plupart des médecins et dont on commence h reconnaître la légitimité. Qui songe à nier la fièvre passagère déterminée par la violence des passions ? Qui n’en a ressenti les atteintes dans le feu de l’admiration et de l’entliousiasme pour ce qui est vraiment noble et beau, dans les ardeurs de la pensée en travail, dans les entraînements du jeu, de l’amour et de l’ambition poussés à leurs extrêmes limites? C"est là un véritable état de fièvre? Dans l’éclat des yeux et dans la rougeur du visage; dans la sécheresse de la bouche et dans la chaleur de la peau; dans la soif et l’extrême fréquence du pouls qui pourra méconnaître un accès fébrile, fugitifou permanent comme la passion, accès fébrile qui va tomber avec le repos du cœur et de l’esprit? Cependant nulle lésion matérielle appréciable ne peut rendre compte de ce trouble fonctionnel, et personne ne voudrait affirmer sa présence. S’il n’y a pas de lésion, la fièvre peut donc se manifester comme trouble nerveux primitif essentiel, et c’est là ce que je voulais établir. De la fièvre nerveuse aiguë et passagère à la fièvre nerveuse chronique il n’y a qu’un pas: l’observation le démontre, et si l’on admet la première, il est im-
19G DE l’état nerveux ou NERVOSISME.
possible de ne pas admettre également la seconde. Une fois la question de principe résolue, et l’existence de la fièvre nerveuse aiguë essentielle formellement démontrée, il n’y a plus à discuter sur la fièvre nerveuse chronique; c’est une simple afPaire d’observation ; or, la clinique a prononcé et les exemples sont assez nombreux pour appuyer les résultats de l’analogie et trancher la question d’une manière définitive.
M. Briquet, qui a observé comme moi ces faits, les considère comme pouvant servir de base à ce qu’il appelle fièvre hystérique d’après Baillou^ Rivière, Morgayni^ Tissot, Hoffmann, (l).Le rapprochement n’est pas fondé, car cet état nerveux de la circulation cardiaque et capillaire s’observe à chaque instant sous l’influence des émotions morales et de la contention d’esprit, aussi bien que dans les névroses, et il ne mérite point le titre un peu systématique de fièvre hystérique, que l’honorable M. Briquet a cru devoir lui donner.
Des qialpitations cardiacques et artérielles s’observent assez souvent dans le nervosisme chronique, surtout à une période peu avancée de la diathèse et sans qu’il y ait d’état fébrile continu. Alors on voit spontanément, ou sous rinfluence des émotions et de l’exercice les contractions du cœur acquérir une grande violence et déterminer des angoisses plus ou ,
(\) Ti faite clinique et thérapeutique de V Hystérie, p. 202.
NERVOSISME CIIRONIQUE. SYMPTOMES. 197
moins vives. Elles sont ([nelquefois accompagnées (le (lonlenrs aiguës ou d’élancements h la région précordiale. Chez la plupart des malades elles sont limitées au cœur, mais chez d’autres elles ont pour siège les grosses artères. Il n’est pas rare de rencontrer des battements nerveux de l’aorte ventrale ou des artères de la tête, ce (jui constitue de véritables palpitations artérielles. En voici un exemple recueilli par M. Gillebert d’ilercourt chez une dame (pii avait en outre de la dyspepsie, de l’entéralgie, du tremblement musculaire et un marasme considérable.
Obs. XXXVIII. — Nervosisme chronique, suite d‘ impressions morales. — Dyspepsie, entéralgie ; p)alpjitations aortiques et cardiaques; tremblement musculaire; tristesse, marasme. — Hydrothérapie. — Guérison (1).
«Madame X, 32 ans, brune, tempérament sanguin, mariée depuis i2 ans, n’ayant jamais eu d’enfants, réglée depuis l’âge de 15 ans; époques menstruelles régulières jusqu’à 25 ans. Alors, sans cause connue de la malade, apparition de coliques autour du nombril, soit avant, soit après les repas, soit pendant, soit après les règles. Peu de temps après, fièvre typhoïde grave, qui a duré du 10 juillet au 4 septembre, mais à la suite de laquelle les coliques ont disparu; toutefois les règles deviennent de plus en plus faibles. Néanmoins la santé de madame X n’était pas mauvaise. J’ajoute cjue madame X vivait dans une trèshonorable aisance; que son mari, quoicpie jeune encore, avait cédé une charge ; qu’elle avait un intérieur des plus
(1) Gillebert d’Hercourt, Extrait du Mémoire lu â rAcadémie de médecine.
198 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
agréables, et qu’aucun chagrin , jusqu’ici, n’était venu la frapper.
« Au commencement de février 1848, cette dame ayant ses règles et recevant des amis de son mari, crut ressentir pour une des personnes présentes un sentiment qui lui parut coupable. Sincèrement attachée à ses devoirs , qu’elle avait d’ailleurs jusque-là remplis avec affection, elle craignit d’y manquer, et, pour se mettre en garde contre une faiblesse, elle résolut de ne recevoir personne. Cette résolution la conduisit naturellement à fuir le monde. Elle cessa d’aimer la toilette, et ne fit plus que de trèsl’ares promenades en compagnie de son mari , et qui ne pouvait s’expliquer la cause du changement opéré chez sa femme.
« Bientôt la pauvre dame ne quitta plus ses appartements; sa porte fut fermée à ses connaissances les plus intimes, et enfin elle garda le lit presque constamment. Un découragement profond, une indicible tristesse s’emparèrent d’elle; elle n’eut plus qu’une indifférence extrême pour ce qui, autrefois, l’intéressait vivement. Survinrent ensuite l’inappétence, les envies de vomir, les digestions laborieuses, des souffrances indéfinissables dans le ventre, des battements à la région épigastrique, de l’amaigrissement et une céphalalgie constante. Les règles revenaient à peu près aux époques ordinaires , mais elles étaient de plus en plus faibles; le sang en était très-coloré. La face était habituellement très-rouge , le pouls plein et fréquent.
(( La malade gardant le secret le plus absolu sur la cause de ses souffrances, et refusant ou n’exécutant qu’imparfaitement les remèdes qui lui étaient prescrits, il ne fut pas possible de calmer ses maux qui, de concert avec la tristesse, augmentèrent jusqu’à la mi-mai, époque à laquelle madame X.... me fut amenée par sa mère. .
(( 11 est difficile de donner une idée du profond décou-
ragement dans lequel la malade était plongée. Il était naturellement entretenu par la pensée qu’elle était arrivée à un état incuralDle; aussi ne fut-ce que par obéissance et par affection pour sa mère qu’elle consentit à venir chez moi ; mais elle annonçait d’avance qu’elle ne pourrait y rester et que rien ne la guérirait. Habituellement taciturne, elle ne se décida que difficilement à donner quelques renseignements sur ses souffrances; alors elle disait invariablement en montrant son ventre : Il y a quelque chose de décroché là; cela ne pourrait être remis en place que si on m’ouvrait le ventre ; une semblable opération est impossible, ou elle serait mortelle ; donc je dois mourir. Dans quelques moments où elle paraissait moins concentrée, et lorsque déjà elle était disposée à plus de confiance par les soins dont elle était entourée , elle me disait: Docteur, j’ai perdu mon équilibre! rendez-moi mon équilibre !
« Son impressionnabilité et sa défiance d’elle-môme étaient extrêmes. La rencontre d’une personne étrangère lui causait un tremblement général, et l’émotion, augmentant la coloration déjà très-vive de son visage, lui donnait une teinte pourprée très-foncée. Elle n’avait pas de sommeil, et elle aurait refusé volontiers la nourriture.
(( L’élément sanguin jouant un grand rôle dans les troubles de l’impressionnabilité et de l’innervation qu’on remarquait chez cette malade, la médication tonique me parut contre-indiquée, au moins au début; il fallait procéder par le traitement sédatif. C’est pourquoi on n’employa dans le principe, pour les différents exercices bydriatiques, que de l’eau à une température de -f- 25° cent.; en conséquence, et jusqu’à ce que les phénomènes d’impressionnabilité et d’innervation fussent sensiblement modérés et ramenés à un degré plus normal , on ne fit que des enveloppements humides, suivis de frictions dans un petit bain à la température indiquée ci-dessus. Plus tard.
200 DE l’état nerveux ou nervosisme.
on y ajouta quelques bains de siège réactionnaires (-[cent.; durée, 15 minutes); enfin les douches de poussière horizontale et les immersions. Ces dernières n’ont été mises en usage que dans les derniers jours du traitement et pour satisfaire au désir de madame X, qui ne voulait pas s’en aller sans avoir pris des bains froids.
(( Teinture abdominale ; lavements frais; lait le matin; régime varié; beaucoup d’exercice manuel, en particulier celui de la scie.
(( La direction morale devait être un des éléments essentiels du traitement de cette maladie; aussi j’y employai tout mon zèle. Je vis bientôt mes soins récompensés par la confiance de madame X... Éclairé sur la cause de son état moral, il me fut plus possible de combattre celle-ci, de ranimer l’espérance de la malade et de lui rendre la confiance en elle-même.
a A ce propos, je rappellerai qu’en fait d’influences morales , les causes les plus légères pouvant produire de grands effets, rien ne doit être négligé; que chaque parole doit être scrupuleusement pesée avant d’être prononcée. Un jour, à la suite d’une longue conversation que j’avais eue avec madame X..., et répondant à ses dernières objections, je lui dis, sans attacher cependant une trop trop grande importance à ce propos : « Je vous affirme^ madame, que, quand vous sortirez dJci , vous serez forte et ferme. » Ces simples paroles, prononcées avec l’accent de la conviction, produisirent sans doute une grande impression sur l’esprit de madame X..., car depuis elle me les rappela souvent, comme pour s’assurer si ma conviction était sincère et que rien ne l’avait feit changer. Je compris la puissance du levier que j’avais rencontré, et j’en tirai parti. Dès lors madame X..., qui n’avait accepté mon traitement, disait-elle , que par condescendance pour sa famille et pour ne pas me désobliger, exécuta sans répugnance toutes les prescriptions qui lui furent faites, et
elle commença à croire à la possibilité de sa guérison. Elle prit en môme temps plus de soin de sa personne; sa tristesse se dissipa insensiblement, au point qu’après un mois de traitement elle était remplacée par une bonne et franche gaieté. Les troubles de rimpressionnabilité et de l’innervation étaient alors complètement disparus; les digestions étaient bonnes, il n’y avait plus de constipation; le sommeil était calme. Madame X.... n’avait plus qu’une crainte, c’était que cette guérison inespérée ne fût pas de longue durée. Dans l’espoir de la consolider, elle voulut continuer encore un mois un traitement qui lui avait été si profitable.
(( J’ai revu plusieurs fois depuis cette intéressante dame, je me suis assuré que sa santé et son moral étaient toujours dans d’excellentes cgnditions.
Chez quelques malades il se produit des syncopes^ ainsi qu’on en pourra juger par l’observation suivante, recueillie dans ma pratique, et par un autre fait extrêmement curieux emprunté à M. Gillebert d’Hercourt.
Obs. XXXIX. — Nervosisme chronique syncopal; hallucinations variées.
« Une dame L , cinq ans après la ménopause, et
sous l’influence de revers de fortune considérables, était tombée dans un état de maigreur squelettique. Elle mangeait comme de coutume, et avec plaisir; mais elle était d’une faiblesse excessive, sans fièvre ni aucun autre trouble de santé.
(( Un jour qu’elle se rendait à l’église de la Madeleine, elle fut subitement prise de diplopie; les cierges, l’autel, les assistants lui semblaient être doubles, et elle ne put lire sa messe. En route pour rentrer chez elle, l’impres-
202 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
sion de quelqu’un l’arrêtant par les épaules, se fit tout à coup sentir, et se rendant bien compte de cette fausse sensation , elle pria un passant de la conduire jusqu’à sa porte. Le lendemain matin, elle eut une perte momentanée de connaissance, sans convulsions ni contracture, ni sommeil consécutif. En recouvrant ses sens, elle vit tous les objets tourner devant elle, et, peu après, la moitié des objets seulement était visible à ses yeux.
(( De pareilles syncopes se reproduisirent de temps à autre, toujours le matin, et sans autres phénomènes que ceux qui viennent d’être signalés. Elles duraient environ un quart d’heure. Quelquefois au réveil , sans perte de connaissance, il y avait seulement des hallucinations visuelles, caractérisées par la présence d’oiseaux et de bêtes informes le long des murs; des illusions sensoriales du toucher, qui faisaient croire à la malade que le lit s’enfonçait dans le sol à une grande profondeur; jamais elle n’a été dupe de ces illusions dont elle s’est bien rendu compte.
(( Après une saignée, de fréquents purgatifs qui aggravèrent les accidents, elle se décida à partir pour la campagne, où elle se rétablit, puisque, pendant un an, aucun accident nerveux ne se montra. De retour à Paris, des syncopes, semblables aux premières, revinrent de temps à autre, mais sans hallucination ni aucun autre trouble que des envies de pleurer, une grande tristesse et la crainte de la mort. La nutrition avait repris son activité, et la maigreur était remplacée par un notable embonpoint, sans faiblesse ni fièvre, et sans troubles des organes de la circulation. Au moment de moa examen, toutes les fonctions s’accomplissaient très-régulièrement, et il n’y avait aucun bruit anormal dans la région du cœur ni dans les artères du cou. »
NERVOSISME CHRONigi’E. — SYMPTOMES. 203
ÜBS. XL. — Nervosisme chronique' sans chlorose. — Palpitations, vertiges, syncopes fréquentes, impossibilité de marcher, attribuée à une affection de la ynoelle épinière. Ilypéresthésie générale, et particulièi^emcnt de Vodorat. Hydrothérapie par il/. Gillebert d'Hercourt. — Guérison (1).
« M. ***, percepteur à ***, célibataire, âgé de 46 ans, d’un tempérament nerveux, très-impressionnable, et livré depuis quatorze ans à la vie sédentaire des gens de bureau. En 1830, légère gastrite. En 1840, constipation trèsprononcée, accompagnée de malaise et d’insomnie; cette affection céda à l’usage des eaux de Niederbronn. Durant l’hiver de 1847 à 1848, et dans le but de satisbiire plus amplement sa passion pour la musique, M. *** cessa de voir le monde, et passa complètement son temps dans sa chambre, occupé exclusivement, soit au travail de bureau, soit à jouer de la basse ou de la flûte. Il ne sortait pas deux fois par mois, les jours de versement, et il s’empressait de rentrer chez lui aussitôt que ce devoir était accompli. Survinrent les événements de février 1848, qui émurent vivement M. ***, et qui lui apportèrent en outre un surcroît d’occupation. Dans le courant du mois suivant, il perdit une de ses sœurs; celte mort l’affecta beaucoup. Tl commença à ressentir des palpitations et des vertiges qui se renouvelaient toutes les fois qu’il voulait tourner la tète ou que son appartement était trop cbauflé.
« Malgré cet état de souffrance, et mû par une honorable susceptibilité, M. *** ne voulut pas abandonner son poste; il resta plus isolé, plus occupé et plus inquiet que jamais; aussi le mal fit-il des progrès aussi rapides qu’étendus. Son impressionnabilité devint extrême , et les odeurs les moins fortes et les plus aisément supportables lui devinrent désormais antipathiques.
(( Le 16 avril, après avoir lu un journal, le malade ressentit tout à coup une grande pesanteur à la tête ; il éprouva
(t) Revue médimle, 1833.
204 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
une sensation semblable à celle d’un liquide qui lui aurait parcouru les membres, puis il tomba en syncope. De'puis, cet accident, précédé de vertiges et de palpitations violentes, se reproduisit fréquemment sous l’influence des causes les plus légères; et bientôt M. *** cessa de pouvoir se tenir debout. S’il cherchait à prendre cette position, il était pris immédiatement de vertiges; il perdait l’équilibre et retombait sur son siège. La surexcitabilité nerveuse fit encore de nouveaux progrès. Le malade ne pouvait plus supporter le bruit le plus faible, par exemple celui de la conversation à voix basse; il ne pouvait écouter le récit du fait le moins touchant sans tomber dans un état spasmodique qui se terminait par la syncope. L’approche des repas lui causait également des palpitations et des vertiges; si l’heure en eût été retardée, il aurait été pris d’une défaillance. Enfin, au 20 mai, la marche et la station verticale étaient tout à fait impossibles, et la station assise n’était supportée qu’à la condition d’avoir la tête appuyée contre un obstacle fixe, un meuble ou un mur, et surtout de ne pas la tourner. La lecture et l’écriture ne pouvaient plus avoir lieu depuis longtemps; M. *** dormait peu; et quand, après s’être réveillé de bonne heure, il se laissait aller de nouveau au sommeil , son second réveil était accompagné de vertiges et de suffocations, et la journée qui suivait était détestable.
« Les sdufi'rances de M. *** furent attribuées à une affection de la moelle épinière; il allait être traité en conséquence, quand tout à coup il fut décidé qu’on le soumettrait à mes soins. Lorsque je le vis pour la première fois, le 29 mai 1848, je portai un pronostic plus rassurant : je ne trouvai là qu’un état névropathique, déterminé par une surexcitabilité nerveuse, appartenant à la forme hyponévrique. En effet, d’une part, le pouls était régulier, sans fréquence ni ralentissement, les digestions et l’appétit étaient bons, et d’autre part, quoique le malade ne pût ni
marcher ni se tenir debout, la myotilité ne paraissait pas affaiblie; car, lorsqu’il était assis, ou mieux lorsqu’il était étendu sur le dos, il pouvait exercer avec chacun de ses membres des efforts notables et parfaitement en rapport avec son âge et sa constitution; de plus, étant assis, il pouvait se lever vivement et sans secours étranger. Il n’éprouvait ni fourmillement ni engourdissement dans bîs extrémités inférieures, la sensibilité était normale partout; la percussion de la colonne vertébrale et l’épreuve de l’éponge ne firent reconnaître aucun point douloureux dans toute l’étendue de cette partie. Il n’y avait donc pas paralysie, mais simplement une impossibilité de conserver la position verticale^ pareille à celle qu’on remarque chez les anémiques ou les chlorotiques.
(( Toutefois je dois noter qu’aucun bruit de souffle ne put être constaté chez M. ***, soit dans le cœur, soit dans les carotides; au reste, le teint de M. *** n’autorisait pas la supposition d’une altération quelconque du sang, d’une hypohémie, par exemple. L’étude de la génération des phénomènes morbides vient d^ailleurs justifier ce diagnostic.
(( C’est au genre de vie adopté inopinément par M. *** qu’on doit attribuer l’origine et le développement du mal. Le système nerveux est tombé dans l’appauvrissement d’une part, par la privation prolongée de stimulations naturelles, et d’autre part, par l’excès d’un seul ordre d’impressions; en cet état, il est devenu impropre à fournir aux dépenses de la force nerveuse; l’excitation normale la plus légère n’aboutissait qu’à provoquer une congestion artérielle improductive, et portait ainsi le trouble dans toute l’économie.
« On remarquera que chez M. *** la surexcitabilité nerveuse n’était pas accompagnée de la perversion de la sensibilité; aussi, chez lui, ne vit-on pas de ces sensations bizarres qui sont observées chez d’autres malades, et cou-
206 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
séquemment on ne l’entendit pas porter sur ses maux des jugements erronés. Il n’était pas préoccupé par la crainte de la mort, mais il n’avait pas l’espoir de guérir; néanmoins il n’était point triste; il n’élevait pas de plainte exagérée; il acceptait, au contraire, avec résignation, le sort fâcheux auquel il se croy.ait destiné. Toutefois il se montrait pusillanime vis-à-vis de tout ne qu’il supposait pouvoir exciter ses spasmes ou ses vertiges; et, dominé par cette crainte, il ne faisait son traitement qu’avec une extrême répugnance.
c( Cette disposition d’esprit nous fit perdre beaucoup de temps; dans le principe, je fus obligé de diriger le traitement avec une grande réserve, afin de ne pas éveiller des inquiétudes trop vives, et surtout afin de ne pas rebuter le malade, qui prenait des spasmes en faisant de simples lotions avec de l’eau ayant 32° centig. Nous parvînmes cependant à le familiariser avec le traitement hydrothérapique; l’enveloppement humide effrayant moins le malade, nous l’adoptâmes pendant une quinzaine de jours, en faisant deux séances par jour. Le malade y restait une heure au plus, et en sortant, il était frictionné pendant quatre minutes dans un petit bain dont l’eau avait 25° centig. La température de ce bain fut bientôt graduellement abaissée jusqu’à 12° centig. Ce fut alors que le malade consentit à prendre une douche en poussière; mais sa pusillanimité était encore si grande qu’il eut une syncope dans le cabinet avant d’avoir reçu le contact du liquide. L’impression qu’il redoutait nous servit à le ranimer. Il revint plus confiant à la seconde fois, et, à dater de ce moment, il prit deux douches par jour jusqu’à sa sortie de l’établissement, et nous cessâmes tous autres moyens qui n’avaient été employés que dans un but préj)aratoire. La médication suivie par M. *** fut donc essentiellement hydriatique et névrotique. Il n’était pas besoin de chercher d’autres éléments de traitement, soit dans
une hygiène spéciale, soit dans les influences morales, puisqu’on ne remarquait ni trouble moral, ni altération des fonctions nutritives, et que la maladie se bornait à de simples lésions de la sensibilité. C’était donc une névropathie dans sa plus grande simplicité.
« Entré à l’établissement le 29 mai 1848, M. *** en sortit parfaitement guéri le 29 août suivant. Voici, en résumé, la marche progressive de sa guérison. Après quinze jours de traitement, M. *** a pu écouter pendant quelque temps et sans malaise la lecture d’un journal; le bruit l’indisposant moins, il a commencé à se faire apporter à la table commune, et à préndre ses repas avec tout le monde.
(( Après quelques douches, l’amélioration est devenue plus sensible; il a commencé à lire et à écrire quelques lignes. II soutient aisément la conversation; il peut rester debout quelques secondes; il fait quelques pas, mais avec précipitation.
({ 8 juillet. — Le malade a fait cent pas environ, sans fatigue et sans précipitation; cependant il ne peut encore tourner la tête ni regarder la terre en marchant.
« 29 juillet. — Le mieux augmente de jour en jour. M. *** a repris assez de confiance en lui-méme pour faire seul une promenade sur les coteaux voisins; les odeui’s ne l’impressionnent plus aussi désagréablement; cependant il tourne difficilement la tête, et il reste encore un peu susceptible au bruit des conversations nombreuses. Par prudence, il s’abstient de tout travail; mais il a écrit plusieurs lettres.
(( A sa sortie, 29 août, M. menait depuis quelque temps la vie commune; il assistait aux réunions, aux soirées musicales; il faisait des parties à la campagne avec les autres malades; il travaillait, jouait et tournait la tête à son gré; en un mot, il ne ressentait plus aucun de ses anciens troubles. J’ai revu M. *** pour la dernière fois en
208 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
février 1850; sa santé était toujours florissante; il continuait ses fonctions.
En même temps qu’existent ces troubles nerveux dynamiques de l’appareil circulatoire, il s’y produit d’autres phénomènes dont la physique nous donne l’explication, et qui ont pour siège les vaisseaux du cou. Je veux parler des bruits de souffle vasculaires dont les uns placent le point de départ dans les artères, en les attribuant à la diminution de densité du sang, tandis que, pour d’autres, ils ont les veines pour siège, et pour cause les vibrations d’une veine fluide^ produite dans la jugulaire à l’occasion du retour du sang vers le cœur. Ces bruits vasculaires sont simples, continus ou intermitteyits et musicaux. Dans un grand nombre de cas de nervosisme chronique, mais non dans tous les cas, il y a des bruits de cette nature facilement appréciables à la région du cou, et c’est ce qui paraît être, dans l’esprit de quelques médecins, la preuve irrécusable que cette névrose est toujours un résultat de l’anémie. Je ne crois pas que cette preuve soit valable. Les mêmes bruits existent chez un grand nombre de personnes en très-bonne santé, et n’ayant en aucune façon la diminution de densité du sang qui caractérise la nosohémie chlorotique . Gela ressort des expériences et des observations de M. Chauveau ; j’ai vérifié leur exactitude sur un grand nombre de teigneux ‘-‘e tout âge et bien portants, placés dans mes salles
de l’hôpital Sainte-Eugénie, sur les élèves de mon service et sur quelques autres personnes également bien portantes. Sur vingt-huit teigneuses en bonne santé dont j’ai ausculté les jugulaires, j’ai constaté vingt-deux fois un bruit de souffle simple, (juatre fois le bruit continu avec redoublement, et deux fois un souffle musical très-prononcé ; — sur vingttrois scrofuleuses valides, il existait dix-huit fois le bruit de souffle simple et cinq fois le souffle continu ou musi*cal; mais ici je n’ai pas trouvé le l)Ourdonnement de mouche entendu sur une fille de la catégorie précédente. Sur six élèves de l’hôpital Sainte-Eugénie, cinq fois j’ai entendu le bruit de souffle simple qui, dans un cas, avait le caractère musical; et enfin, sur trois personnes adultes ([ui venaient de bien déjeuner, deux d’entre elles avaient un bruit de souffle très-prononcé. Ces bruits changent aisément de caractère par le mouvement et dans la station assise, debout ou couchée, et ils se modifient en passant du type intermittent au type continu ou musical. Je n’irai pas plus loin sur ce sujet, car il n’entre pas dans mon plan de faire ici l’étude des causes et du siège des bruits vasculaires ; cependant, il m’est impossible de ne pas élever quelques doutes sur l’importance séméiotique de ces bruits, après les avoir entendus avec toutes leurs modifications chez des sujets d’une santé florissante.
BOUCHUT.
210 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
Quelle que soit ropinion qu’on adopte; que l’on place le siège de ces bruits dans les artères, ainsi qu’on le croit généralement, ou, comme le prétendent Ward, Hope, Aran, Chauveau, dans les veines ; qu’ils résultent de la diminution de densité du liquide artériel, des différences de pression auxquelles il se trouve soumis dans le cœur et dans les artères, ou qu’ils soient exclusivement, au contraire, ainsi que l’a démontré M. Chauveau, l’effet des vibrations de la veine fluide , traversant les'jugulaires par l’aspiration du cœur et par la force a tergo ; s’ils existent sur un grand nombre de personnes saines, ils n’annoncent certainement pas l’existence de l’anémie. Leur présence ou leur absence n’a donc chez nos malades qu’une signification incertaine, douteuse, et, si j’en tiens compte, c’est pour placer sous les yeux du médecin les pièces delà discussion, quelles qu’elles soient, ne voulant rien omettre des phénomènes importants de la maladie.
Dans le nervosisme chronique, ces bruits de souffle n’ont pas de caractères particuliers ; simples ou à double courant, quelquefois musicaux, ij ils offrent les mêmes caractères que dans la chlorose, et ils dépendent des mêmes causes,' c’està-dire de vibrations de la veûie fluide^ qui, des jugulaires, revient au cœur. Une seule chose doit surprendre, c’est l’absence de ces bruits chez quelques sujets nervosiques, maigres, affaiblis et depuis
longtemps soumis à une nourriture insuffisante, bien capable d’altérer la composition du sang. Gela peut s’expliquer de la manière suivante. On admettrait alors que les vaisseaux sont rétrécis et que les courants veineux sont trop faibles pour occasionner la vibration de la veine fluide, nécessaire à la production d’un bruit de souffle. 11 y aurait, dans ce cas, une olighémie^ ce qu’il est facile de juger par la diminution du calibre des artères et des veines superficielles fortement rétractées, et cette altération est, comme on le sait, physiquement insuffisante à produire un souffle vasculaire.
Dans beaucoup de cas le sang s’altère, sinon dès le début, au moins consécutivement, à en juger par la décoloration des chairs et des muqueuses que présentent quelques malades. C’est un effet de la dyspepsie et de l’état nerveux chronique ; et, bien qu’aucune analyse de sang n’ait été faite, il ne répugne pas d’admettre que l’altération du sang porte principalement sur les globules, dont la proportion doit diminuer, absolument comme dans la chlorose.
§ 12. Trouble fies sécrétions ;;-astrique, saÜTaire, urinaire^ sudorale^ gazeuse.
Le nervosisme chronique détermine dans les sécrétions des troubles non moins considérables que dans les autres appareils fonctionnels : ce que j’ai
21^ DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
dit des modifications du suc gastrique à propos des troubles nerveux observés dans l’appareil digestif suffit pour le démontrer.
A côté de l’hypersécrétion ou de la diminution des sucs gastriques et intestinaux, de leur changement de réaction acide neutre ou alcaline, il y a dans les produits sécrétés par les muqueuses, par les glandes urinaires, par les glandes de la peau, par les organes sexuels, etc., des modifications importantes à connaître.
Le ptyalisme abondant que j’ai signalé dans le nervosisme aigu n’existe pas dans le nervosisme chronique, et le trouble important des sécrétions de la muqueuse digestive dont je n’ai pas parlé, c’est l’exhalation gazeuse ou tympanique observée chez quelques personnes. Tous les malades ont des borborygmes, des flatuosités incommodes, quelquefois douloureuses, donnant lieu de temps à autre à des coliques aiguës plus ou moins vraies ; ces borborygmes augmentent beaucoup par l’émotion. Il en est qui gonflent après le repas, et qui ne peuvent tenir leurs vêtements attachés ; dans quelques circonstances, ce gonflement dépasse toute limite et forme une véritable pneumatose gastro-intestinale accompagnée de tension, de malaises, de dyspnée, suivie d’éructations inodores, ou au contraire d’absorption presque aussi rapide que l’exhalation.
Les urines sont aqueuses, pâles, inodores, abondantes dans le nervosisme chronique sans fièvre, surtout au moment des paroxysmes, et leur émission a lieu très-fréquemment. Ce besoin souvent répété est quelque chose d’excessivement désagréaljle , complètement dominé par l’état moral ; la moindre contrariété, l’attente et la préoccupation le font naître à chaque instant. Il est rare que l’émission soit suspendue et qu’il y ait rétention d’urine, cependant j’en ai observé un exemple chez une femme très-nerveuse, mais non hystérique.
■ C’est quelque chose de très-particulier et de trèsconnu que la modification de composition des urines dans les paroxysmes nerveux des névroses. Leur abondance et la fréquence de leur émission, la diminution de leur densité, leur transparence incolore due à l’énorme quantité d’eau qu’elles renferment eu égard aux matières salines et animales qui s’y trouvent, tels sont leurs caractères généraux.
Elles reprennent leur couleur, leur consistance, leur odeur et leur densité dès que le paroxysme cesse et que l’état nerveux des malades s’améliore ; rien de semblable ne s’oliserve dans le nervosisme chronique, grave, accompagné de fièvre et de marasme. Les urines, rougeâtres, plus ou moins foncées, peu abondantes, quelquefois épaisses, sont en rapport avec l’état fébrile, et elles ne perdent ces
214 DE l’état NERV,'X ou NERVOSISME.
caractères que ^ J arrive u i amendement favorable dans l’état des malades.
Chez un jeune homme atteint de nervosisme chronique secondaire, lié à une ancienne phlegmasie des voies digestives, les urines m’ont offert une altération particulière et très-rare ; tantôt blanches, lactescentes et légèrement acides au moment de leur émission ; tantôt naturelles, elles laissaient déposer, dans le premier cas, un sédiment blanchâtre abondant de phosphate ammoniaco-magnésien, soluble dans une petite quantité de vinaigre. Ces urines, que j’ai examinées bien des fois au microscope, l’ont été également par M. Robin, qui a vérifié mon observation, par M. le professeur Bouchardat, et pendant trois ans qu’elles ont présenté ce caractère d’une façon intermittente, c’était toujours au moment des paroxysmes que revenait la sécrétion phosphatique. 11 en a peut-être été longtemps ainsi, car je n’ai pas assisté au début des accidents, et le malade m’a quitté avant la guérison.
Plusieurs fois, j’ai recherché dans ces urines la présence du sucre et de l’albumine, mais presque toujours ces résultats de l’analyse ont été négatifs. Une fois cependant , chez une vieille comtesse remariée à un médecin et tombée depuis plusieurs années dans un état nervosique très-grave, consécutif à une néphrite albumineuse chronique sans hydropisie, les urines étaient fortement albumi-
rieuses. L’altération a persisté jusqu’à production d’œdème, d’anasarque, et la mort a eu lieu subitement dans une attaque d’apoplexie séreuse. En dehors de ce fait qui ne se rattache pas directement au nervosisme chronique, je n’ai jamais rencontré d’autres modifications de la sécrétion urinaire que celles dont j’ai parlé.
La sécrétion de la sueur, si facile et quelquefois si abondante dans l’état nerveux aigu, n’offre pas de modification appréciable dans le nervosisme chronique sans fièvre ; mais, lorsque la maladie, très-intense, redevenue fébrile, impose aux malades la nécessité de garder le lit, la sueur reparaît comme signe de faiblesse et de cachexie. Les malades sont presque toujours en moiteur, surtout à la tête et dans la paume des mains. Ils ne peuvent parler, se remuer, faire d’efforts ni éprouver d’émotion, sans que la sueur inonde les différentes parties du corps.
Dans quelques cas il y a des sueurs plus ou moins abondantes, partielles ou diffuses, revenant chaque jour, ou, comme j’en ai signalé un exemple, revenant tous les ans pendant un mois d’hiver. Chez une malade soignée par M. Jules Parrot, pour une névropathie avec attaques convulsives qualifiées ^épilepsie, il y eut des sueurs de sang. — C’est un des cas les plus curieux qu’on puisse rencontrer.
DE l’ÉTAÏ nerveux OU NERVOSISME.
Ors. xli. — Nervosisme chronique. — Convulsions, hématidrose ou sueur de sang; dyspepsie , vomissements , névralgies variées , spasme de la glotte; fausses sensations de froid, hérnatémese (1).
(( Madame X*** est née en 1832 ; son père paraît avoir eu des attaques de nerfs ; sa mère a constamment joui d’une santé excellente. A l’âge de sept mois, plusieurs doigts de la main droite furent envahis par des plaies strumeuses, qui se cicatrisèrent après avoir été traitées pendant deux ans par Alibert. A six ans, il survint, et cela sans cause appréciable, des accès convulsifs avec perte de connaissance, qui se reproduisaient deux ou trois fois par mois. Plus tard , les cicatrices de la main devinrent le siège d’une exsudation sanguinolente, se manifestant sans douleur, et souvent sans cause appréciable.
(( Un jour, sous l’influence d’un chagrin violent , les larmes furent teintes par du sang. A partir de cette époque, l’hématidrose se montra indifféremment sur les genoux, les cuisses, la poitrine et le sillon des paupières inférieures.
(( Les règles parurent à onze ans, et une amélioration passagère survint dans l’état de la malade; mais bientôt les accidents reparurent plus intenses et plus fréquents.
(( La sueur de sang se montrait à des intervalles variables ; quelquefois la sueur inondait subitement la face, et, pour nous servir de l’expression des assistants, on croyait voir une femme assassinée.
(( Ces hémorrhagies n’étaient jamais un phénomène isolé ; elles survenaient presque toujours consécutivement à une émotion morale et compliquaient une attaque nerveuse avec perte absolue du mouvement et de la sensibilité.
(t) Jules Parrot, Études sur la sueur de sang et les hémorrhagies névropathiques. Gazette hebdomadaire , octobre 1859.
NERVOSISME CIIRONIQLE. SYMPTOMES. 217
(( Mariée à quinze ans, madame X*** ne tarda pas à voir ses accès prendre une nouvelle violence; quelquefois ils duraient une ou deux heures. Ils étaient caractérisés par des cris et des mouvements convulsifs de toute sorte.
(( Ces troubles disparurent pendant une première grossesse; ils éclatèrent de nouveau un an après Taccouchement, à l’occasion d’une métrorrhagie.
« Au commencement de l’année dernière (1858), madame X*** semblait aller mieux depuis quelques mois, lorsque son enfant fut atteint, à quelques jours d’intervalle, de deux affections graves ; les veilles prolongées qu’elle s’imposa, et surtout une agitation morale continuelle, altérèrent rapidement sa santé. L’appétit disparut complètement. Il y eut des vomissements. Les boissons étaient rejetées aussi bien que les aliments solides.
((Le l®*" avril 1858, apres une attaque avec perte de connaissance et exsudation de sang sur la face, la malade, ayant fait une chute qui l’effraya beaucoup, fut obligée de prendre le lit.
« C’est à cette époque que j’ai été appelé à lui donner des soins.
(( Au moment où j’arrivai auprès d’elle, madame X*** était torturée par des douleurs déchirantes , qui se montraient alternativement à l’épigastre, aux régions inguinale et vulvaire, aux cuisses, à la tète et sur les parois du thorax. J’observai à diverses reprises des convulsions très-variées et des exsudations de sang sur divers points du corps.
« Des vésicatoires volants, appliqués en grand nombre sur les parties douloureuses, des doses considérables d’opium, des inhalations de chloroforme déterminèrent une amélioration progressive, et le 20 mai la malade allait assez bien pour se rendre à la campagne.
(( Le 25, elle rentra à Paris; les règles étaient en retard de quelques jours, et des élancements sillonnaient la région lombaire dans tous les sens.
!218 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
((Vers quatre heures du soir, ils se montrèrent aux aines, aux cuisses, aux seins, à la tête, dans les hypocondres et aux creux épigastriques; des inhalations de chloroforme les ayant momentanément dissipés , la malade eut trois attaques d’épilepsie. Puis, un point circonscrit du cuir chevelu étant devenu douloureux, j’y vis sourdre du sang, qui se dessécha aussitôt.
(( Alors, tous les paroxysmes névralgiques s’accompagnèrent d’hématidrose au niveau des foyers de douleur. A diverses reprises, le sang s’échappe de la peau du front et forme comme une couronne autour de la racine des cheveux; dans le pli des paupières inférieures, il coule en quantité assez considérable pour qu’on puisse en recueillir plusieurs gouttes.
(( Soit avant, soit après le moment de l’éruption, la peau conserve son aspect habituel, elle ne paraît pas plus injectée dans les points qui saignent que dans le voisinage, et l’on n’y distingue aucune tache. Vers onze heures, l.i malade, après avoir eu plusieurs vomissements bilieux, s’endort sous l’influence de 30 centigrammes de chlorhy drate de morphine administrés en deux fois.
(( L’apparition des règles amena dès le lendemain un mieux sensible, et après s’être reproduits à de rares intervalles, les accès disparurent bientôt complètement.
(( Le 28 septembre, les règles s’étant arrêtées subitement, une sensation très-douloureuse se développe dans le côté gauche de la face, dont la peau se couvre de sang à plusieurs reprises. En même temps, il survient des accès d’épilepsie, qui se renouvellent le lendemain et sont suivis d’efforts infructueux de vomissement et de spasme glottique; la dyspnée est à son comble, et l’asphyxie imminente. La malade est dans un état d’agitation tel que plusieurs personnes suffisent à peine à la maintenir dans son lit; de temps en temps tous les muscles du corps se raidissent, comme dans le tétanos. A cet état, pendant le-
quel l’intelligence paraît troublée, succèdent des accès d’épilepsie, qui sont eux-mémes suivis d’un calme complet.
a Le 17 novembre, des douleurs exacerbantes envahissent différentes parties de la région céphalique. Au plus fort de l’accès , la face se couvre instantanément d’un masque sanglant; alors, aux cris aigus et à l’agitation qui accompagnent l’hématidrose, succèdent tantôt un abattement calme, tantôt une perte de connaissance avec ou sans mouvements convulsifs.
« Le sang ne s’échappe pas également de tous les points de la peau; c’est surtout du front, des paupières inférieures, des ailes du nez, des lèvres, du menton qu’on le voit sourdre sous forme de gouttes.
«Le lendemain, la malade éprouve à l’épigastre la sensation d’un corps glacé, et aussitôt elle vomit, avec des matières glaireuses, une ou deux cuillerées d’un sang fluide et vermeil.
« Cette hématémèse, qui est un accident habituel, s’est produite tout récemment dans des circonstances bien dignes d’attention. Des douleurs céphaliques avec hématidrose se manifestaient de temps en temps lorsque la malade, avertie par sa sensation familière, vomit quelques gorgées de sang. Presque simultanément, l’épigastre devient très-douloureux, et la peau de cette région se couvre d’une rosée sanglante.
«Le 25 janvier 1859, la santé est de nouveau troublée après un arrêt des règles. Des accès d’épilepsie, des douleurs stomacales et vulvaires, des efforts de vomissement, du spasme glottique se succèdent à de courts intervalles, puis la douleur passe au front, qui se couvre de sang. Des inhalations de chloroforme et quelques pilules d’opium rétablissent le calme.
«Le lendemain, malgré l’administration préventive d’une forte dose de morphine, la tête devient douloureuse, et du sang coule à plusieurs reprises des paupières infé-
DE l’état KERVEUX OU NERVOSISME.
rieures. Après une attaque convulsive très-compliquée, des élancements parcourent l’épigastre, les aines et la vulve. Ces douleurs, qui semblent occuper la profondeur des tissus, arrachent des cris affreux à la malade, et la jettent momentanément dans un état d’agitation tel que l’on croirait avoir affaire à un accès de manie aiguë.
(( Chaque paroxysme névralgique débute d’une manière brusque et se termine par une attaque d’épilepsie ou par des efforts infructueux de vomissement suivis de spasme de Ja glotte, après quoi la malade anéantie tombe pour quelques minutes dans un état de somnolence, d’où elle est bientôt tirée par de nouvelles douleurs.
(( Les règles reparaissent dans la soirée, et la journée suivante se passe sans accidents.
(( Le 28, un nouvel arrêt dans la menstruation est suivi d’hématémèse, puis de perte de connaissance avec raideur tétanique et suintement sanguin dans le sillon des paupières inférieures.
(( Des douleurs inguinales et vulvaires, analogues à celles que nous avons déjà décrites, se manifestent avec une intensité qui dépasse toute expression.
(( Dans l’intervalle de ces accidents, madame X*** paraît jouir d’une santé parfaite; elle est douée de fraîcheur, d’embonpoint, et l’on ne saurait trouver dans son extérieur aucun indice de l’affection dont elle est atteinte.
(( Les facultés intellectuelles sont restées parfaitement intactes. Jamais, au sortir de, ses attaques, alors même qu’elles présentent les caractères les plus tranchés de l’épilepsie, la malade ne tombe dans cet anéantissement physique et moral qui succède d’ordinaire aux convulsions du mal caduc; et loin de là, à peine le paroxysme est-il terminé, quelle que soit sa nature, qii’aussitôt l’intelligence se manifeste avec sa vivacité habituelle.
i( A la médication se rapportent quelques particularités qui doivent nous arrêter un instant. Je me suis attaché à
combattre Pélément douloureux pendant les attaques, et dans leur intervalle, la diathèse strumeuse et un état chlorotique non douteux. Les préparations iodées et le fer ont rempli la seconde indication, et j’ai déjà dit que les douleurs avaient été combattues par des vésicatoires volants, du chloroforme et de l’opium.
« La malade s’est habituée très-vite à supporter des doses considérables de ce dernier médicament : c’est ainsi que j’ai dû lui administrer jusqu’à 40 centigrammes de chlorhydrate de morphine dans l’espace de deux ou trois heures. Mais c’est surtout l’usage du chloroforme qui mérite de fixer notre attention. Je ne l’ai employé que rarement d’une manière locale, et cela sans grand succès; presque toujours, c’est aux inhalations que j’ai eu recours. Au début, la malade était très-sensible à l’action de l’anesthésique, dont quelques gouttes versées sur un mouchoir, et approchées de ses narines, suffisaient pour l’endormir ; mais peu à peu cette susceptibilité s’est émoussée.
«Tous les accidents nerveux, excepté l’épilepsie, ont été attaqués par ce moyen, et toujours les souffrances ont été grandement soulagées, sinon complètement dissipées.
« Au milieu des attaques les plus violentes, lorsqu’une dose suffisante de chloroforme avait été absorbée, toute manifestation morbide cessait comme par enchantement, et à l’agitation succédait un sommeil très-doux ; madame X*** discourait tout endormie sur les événements et sur les impressions du jour, rarement sur des faits anciens. On imaginerait difficilement quelque chose de plus semblable à la réalité que cette conversation, où la malade, se croyant en présence d’un interlocuteur, écoute, interroge, sourit à une réponse imaginaire, réplique, et cela avec toutes les inflexions de voix et tous les gestes qui lui sont habituels à l’état de veille.
« Si le sommeil chloroformique est moins profond, la malade reste encore, il est vrai, tout à fait étrangère aux
222 DE l’État nerveux ou nervosisme.
impressions du dehors; mais ses discours roulent sur des sujets sinistres, ils sont entrecoupés de gestes, de sanglots, qui témoignent de la terreur qu’elle éprouve; elle ne parle que de souffrances, de dangers, de tortures. Tantôt c’est son enfant qui est sur le point de mourir, ou qu’on lui arrache violemment; tantôt c’est une opération sanglante, à laquelle on la soumet pour extirper son mal. On ne saurait douter que, dans ce cas, le travail morbide ne persiste, et qu’il n’y ait perception de la douleur, quoique moins intense, plus voilée qu’à l’état de veille. Ce qui le prouve, c’est que, à mesure que l’action du chloroforme s’affaiblit, la perception va se précisant de plus en plus ; alors un cri, un gémi^ement interrompent quelquefois brusquement le sommeil, et la crise continue. On dirait que pendant l’assoupissement anesthésique, le sensorium, sans cesse harcelé par les impressions qui semblent partir de l’épigastre, de la vulve, de la face, les élabore de manière à les transformer en rêves pénibles , qui remplissent le sommeil ; mais la douleur est-elle entièrement dominée par le chloroforme, alors il semble que le cerveau, mis à l’abri de toute excitation périphérique, se livre à un travail tout intérieur, influencé seulement par la mémoire, et portant sur des impressions anciennes, principalement sur celles d’une nature agréable, qui sont conformes à l’état d’apaisement de la sensibilité.
(( Ce n’est pas là, qu’on veuille bien le remarquer, une théorie de ces singuliers effets, mais simplement une manière de les résumer. »
Cette observation de M. Jules Parrot est extrêmement curieuse, non-seulement à cause du fait authentique d’hématidrose, qu'elle ajoute à ceux que M. Gendrin a déjà fait connaître (1), mais encore en
(1) Traité philosophique de médecine pratique, t. I, p. 276.
raison du rapport de la sueur de sang avec un cas très-curieux de nervosisme chronique. — Je n’établirai pas entre ce phénomène et la maladie un rapport certain de causalité, mais il est impossible de ne pas tenir compte d’un fait aussi important que l’observation ultérieure pourra éclairer.
Le seul trouble de sécrétion ou d’exhalation dans les organes génitaux que j’aie observé et qui soit en rapport avec le nervosisme chronique , c’est la pneumatose utérine ou vaginale. Une dame, longtemps habituée aux hommages que donnent la naissaûœ, la fortune et la position d’un mari ministre, était restée veuve, et vivait dans sa vieillesse éloignée de sa famille, au milieu des pratiques d’une dévotion profonde. Elle était tombée dans un état de nervosisme chronique caractérisé par un grand nombre de phénomènes nerveux, accompagnés de fièvre, et elle me présenta, entre autres, le singulier phénomène d’une exhalation gazeuse utéro-vaginale assez abondante. Constamment assise et trop faible pour se baisser, il était impossible que l’air entrât dans le vagin pour en sortir, comme cela s’observe souvent, et j’en ai conclu à l’exhalation morbide des gaz rejetés par la vulve.
§ 13. Aménorrhée.
L’aménorrhée ou la dysménorrhée sont les troubles de lameiisiruation observés dans le nervosisme
224 DE l’état nerveux OU NERVOSISME.
chronique. L’une a lieu quand les malades sont affaiblies par l’inanition ou par la fièvre, et il n’y a ici rien d’absolument particulier à l’état nerveux chronique ; quant à la dysménorrhée, très-commune chez les femmes nerveuses, est-elle plus fréquente ou plus intense dans le cours du nervosisme chronique? c’est ce qu’il m’est impossible de dire, eu égard au petit nombre d’observations faites à ce sujet.