‹ De l'éthoxycaféine dans le traitement de la migraineChapitre 12 sur 12 · REFLEXIONS · texte numérisé non relu

REFLEXIONS

Observation 1. — Nous y voyons le malade dormir sous l’influence de 1 gramme d’éthoxycaféine en 5 paquetSj malgré les vives douleurs causées par un zona. Les injections de morphine s’étaient montrées impuissantes à procurer le sommeil au malade. La polyurie est très marquée. Enfin, le malade a des douleurs à l’estomac après l’ingestion du médicament. Les propriétés hypnotiques de l’éthoxycaféine sont confirmées par cette observation; en revanche, on remarque que ses propriétés analgésiques sont nulles.

Observation IL ^ A notre avis, cette observation ne peut pas être considérée comme un cas de migraine. Nous n’avons pas de renseignements sur les antécédents héréditaires de la malade. Dans ses antécédents personnels, on trouve des accès d’asthme qu’on pourrait peufiêtre invoquer en faveur d’un tempérament arthritique. Mais cette femme a pour la première fois des douleurs de tête à 39 ans. Ces douleurs semblent avoir été à peu près continues, n’avoir point affecté la forme d’accès, ne s’être point accompagnées de troubles du côté de l’estomac; enfin, elles n’ont aucune localisation. D’autre part, cette malade est très nerveuse ; ses

maux de tête coïncident avec une anémie profonde. L’existence de cet(e femme semble avoir été faite, pendant quatre ans, de privationB et d’émotions pénibles. Une fausse couche accompagnée de pertes abondantes, vient achever le tableau. Pour toutes ces raisons, nous nous refusons à admettre chez cette malade a une migraine d’origine anémique » et nous considérons cette observation comme un de ces cas de céphalée si fréquents chez les anémiques.

Cette observation est intéressante néanmoins. L’insomnie, due sans doute à l’anémie cérébrale, était combattue par l’opium qui congestionnait l’encéphale ; il semble que i’éthoxycaféine ait agi par le même mécanisme. Nous voyons, en effet, que Filehne a noté de la rougeur du visage et des sueurs chez les sujets auxquels il avait administré 20 à 50 centigrammesd'élhoxycaféine. 11 semble donc que ce médicament pourrait trouver son emploi dans des cas analogues. Dans cette observation, l’action hypnotique s’est produite avec 50 centigrammes, dose de moitié moins forte que dans l’observation précédente. Nous remarquons encore les douleurs d’estomac qui, le second jour, sous l’influence d’une dose un peu plus élevée, prennent une plus grande intensité et s’accompagnent de vomissements. Enfin, notons l’état de dépression de la malade que Filehne signale également après l’administration de doses supérieures à 50 centigrammes.

La quantité d’urine est diminuée.

Observation IIf. — ÎSlous trouvons dans cette observation les caractères assez nets de l’accès de migraine. 50 ceniigrammes d’éthoxycaféine produisent un sommeil troublé par des cauchemars. Quant aux évacuations alvines qui se sont produites peu de temps après l’ingestion de l’éthoxycaféine, nous pensons, malgré les expériences du Pineau sur le cobaye, que les 30 grammes d’eau de-vie allemande pris dans la matinée ne sont pas tout à fait étrangers à cedte victoire remportée sur une constipation opiniâtre. Nous cherchons vainement dans les autres observations l’action purgative de l’éthoxyca* féine ; nous trouvons à peine quelques légères coliques qui ne sont pas suivies d’évacuations. 11 semble que l’accès de migraine n’ait guère été influencé par le médicament. En revanche, le malade a souffert de i’estomac, et le second jour, sous l’influence d’une dose plus élevée, les nausées et les vomissements réapparaissent avec une intensité déplorable. La quantité d’urine est diminuée.

Observation IV. — Très intéressante au point de vue spécial qui nous occupe. Nous y voyons un violent accès de migraine profondément modifié dans sa marche. Les douleurs sont abrégées, les névralgies orbitaires qui font suite à la céphalalgie sont supprimées; enfin, l’amélioration est telle que le malade peut se livrer dans l’après-midi à un travail très sérieux. Puis nous assistons dans la soirée à un retour offensif duéraal, mais il a revêtu des allures

toutes différentes et pour ainsi dire méconnaissables.

Malgré la dose très élevée (1 gramme en 2 fois), le malade n’a pas ressenti de douleur à l’estomac. L’efïetliypnotiquea été peu marqué (assoupissement pendant deux heures). L’observation ne fait pas mention de la quantité d’urine émise.

Les observations qui précèdent marquent la phase des recherches, des tâtonnements dans l’application thérapeutique de l’éthoxycaféine. Le médicament insoluble est administré en cachets ou en suspension dans de l’eau. Les doses varient de 80 centigrammes à 1 gramme, pris en plusieurs fois

L’absorption du médicament prescrit sous cette forme se fait bien, car Téthoxycaféine est soluble dans l’acide chlorhydrique très étendu. M. le docteur Dujardin-Beaumetz pensa néanmoins qu’il y aurait avantage à prescrire l’éthoxycaféine en solution et à lui associer du chlorhydrate de cocaïne pour combattre les douleurs d’estomac causées par ses propriétés irritantes. Dès lors, l’éthoxycaféine est administrée sous la forme suivante :

Ethoxy caféine,

0 gr. 25

Salicylate de soude,

Ghioraydrate de cocaïne,

Eau de tilleul,

Sirop de capillaire,

Nous allons citer l’observation d’une migraineuse qui fut soumise à cette médication :

Observation V (personnelle).

G... (Marie), 26 ans, employée dans une fabrique de conserves alimentaires, entrée à l’hôpital Gochin, le 21 février 1886, salle Blache, lit 17.

Son père était d’une bonne santé ; il s’enrhumait facilement ; il n’eut jamais d’asthme ni aucune manifestation de l’arthritisme ; sa mère avait des migraines,

Gette femme n’a jamais rien présenté d’anormal dans sa santé, à part les accès de migraine qui l’obligent à entrer à l’hôpital. Depuis trois ans elle a une leucorrhée très abondante et se plaint de crampes d’estomac. Elle a eu trois enfants. L’un est mort à sept mois de bronchite ; l’aînée, petite fille de 8 ans, a de fréquents maux de tête,

La malade a toujours eu des migraines, même avant d’être réglée. Depuis l’établissement de la menstruation, ses migraines revenaient tous les mois pendant les jours qui précédaient l’apparition des règles. Depuis trois ans les accès de migraines devinrent de plus en plus fréquents ; actuellement la malade a deux et trois accès par semaine. Entre chaque accès la tête reste lourde et endolorie. Pas de névralgie faciale.

Les accès apparaissent toujours le matin. Dans la nuit qui précède, la malade, qui dort mal habituellement, se

réveille et ressent dans la région frontale et sus-orbitaire gauches des douleurs gravatives avec des élancements qui annoncent le début de l’accès. Ceux-ci forcent la malade à garder le lit. La face est très pâle ; des nausées ne tardent pas à apparaître suivies de vomissements glaireux, puis bilieux. La douleur, toujours plus forte à

gauche, envahit la région frontale droite. Les vomissements atténuent généralement la douleur. La malade n’éprouve jamais de douleurs orbitaires et n’accuse aucun trouble de la vue, môme au plus fort de l’accès, sauf un peu d’obnubilation.

Après avoir vomi, fa malade s’assoupit et reste toute la journée dans cet état. Si elle essaie de prendre quelques boissons, elle les rend immédiatement.Le soir venu, vers 7 ou 8 heures, la malade s’endort d’un sommeil tantôt calme, tantôt troublé et même interrompu par des rêves et des cauchemars effrayants. Le lendemain elle se réveille bien soulagée, mais gardant encore cette lourdeur de tête dont elle se plaint presque toujours.

. Rarement la douleur débute le matin du côté droit ; la malade a remarqué que dans ce cas la migraine disparaî dans l’après-midi; il n’y a pas alors de vomissements,

Depuis que les accès sont devenus aussi fréquents, la malade a maigri notablement, son teint est pâle. En dehors des accès, elle mange avec appétit et digère bien elle n’a jamais de vomissements ni aucun trouble des voies digestives en dehors de ses accès de migraine.

2 mars. La malade a été prise de migraine dès le matin. L’accès se reproduit à peu près tel que nous venons de le décrire. Les vomissements sont survenus à 11 heures. Après une heure d’assoupissement, les vomissements ont repris. A S heures la malade était assez soulagée pour dîner. Ce repas a été bien digéré. Une heure et demie après, elle a pris le tiers d’une potion contenant 25 centigrammes d’éthoxycaféine.

Le 3. La malade a^ pris dans la nuit le second tiers de sa potion et le reste ce matin. Elle a bien supporté le médicament. Pas de tendance au sommeil.

Le 4. La malade se trouve très bien.

Le 5. L’accès débute de 4 à 5 heures du matin. A 9 heures, la malade prend en une seule fois une potion contenant 25 centigrammes d’éthoxycaféine, sans cocaïne.

Bien que les nausées soient, très marquées, le mauvais goût du médicament ne l’incommode pas. Presque immédiatement après avoir pris la potion, la malade accuse quelques coliques légères qui persistent pendant dix minutes. Pas de douleur à l'estomac. A ce moment, le malade se sentait sur le point de vomir, comme cela lui arrive habituellement. Les nausées disparaissent avec une rapidité dont elle est étonnée. Un quart d’heure après, la douleur de tête s’atténuait et au bout d’une demi-heure la malade se sentait très soulagée. Elle a déjeûné légèrement, les aliments ont été bien supportés. A il heures et demie, elle se trouve assez bien ; elle n’a aucune tendance au sommeil. La journée s est bien passée -, le soir, la malade a dîné avec appétit.

Le 6. La malade se sent la tête lourde avec quelques élancements. Elle attribue ces symptômes au manque de sommeil; elle n’a pu dormir à cause des plaintes continuelles de sa voisine. Quelques tiraillements d’estomac, mais pas plus marqués qu’à l’ordinaire.

Le 7. Le mal de tête a duré toute la journée avec des nausées qui n’ont pas empêché la malade de prendre ses repas.

Le 8. Excellente journée.

Le 9. La migraine apparaît le matin avec ses symptômes habituels. Sur les 11 heures, la malade prend une potion contenant 25 centigrammes d’éthoxycaféine et

10 centigrammes de chlorhydrate de cocaïne. Au moment où la malade a pris cette potion, les vomissements étaient imminents. L’effet a été aussi heureux et aussi prompt que le 5 mars. Le reste de la journée s’est passé sans aucun malaise. La nuit a été excellente..

Le 10. Bonne journée.

Le 11. Bonne journée.

Le 12. La migraine a débuté vers une heure du matin. Elle a passé par toutes les phases accoutumées et a été très violente. La potion n’étant pas préparée, la malade n’a pu la prendre qu’à 6 heures du soir. L’accès n’a pas été le moins du monde atténué ; la malade a souffert jusqu’à 11 heures ou minuit, moment où elle s’est endormie.

Le 13. La malade s’est senti la tête lourde toute la journée.

Le 14. Bonne journée.

Le 18. L’accès débute vers 4 heures du matin. La malade prend sa potion à 6 heures et demie et la trouve plus forte qu’à l’ordinaire ; elle n’éprouve cependant aucune douleur à l’estomac. Au bout d’un quart d’heure environ, elle est prise d’étourdissements avec obnubilation du sens de la vue et se sent près de perdre connaissance. Puis survient un tremblement assez marqué qui s’accompagne de chaleur et de sueur et persiste pendant dix minutes. Pendant ce temps la céphalalgie a diminué. Les symptômes précédents disparaissent, mais le seul soulagement que la malade constate consiste en l’absence des nausées dont elle se plaint habituellement. Elle n’a pas de tendance au sommeil.

La malade a souffert toute la journée. Vers midi, elle a

resenti à l’estomac des douleurs très vives, qui ont persisté une partie de la journée. Les frictions sur la région hypogastrique étaient douloureuses.

Le 19. La malade a mal dormi ; elle se plaint de ces lourdeurs de tête qu’elle accuse toujours le lendemain de ses accès.

Elle quitte alors l’hôpital avec l’autorisation de venir y chercher une potion d’éthoxycaféine chaque fois qu’elle sera sous le coup d’un accès de migraine.

Le premier accès qui survint débuta dans l’aprèsmidi. Les symptômes furent les mêmes ; le soulagement se montra vers 10 heures du soir. La malade ne prit aucun médicament.

Le jeudi 1®"'avril, la malade se réveilla avec la migraine A 6 heures du matin, elle avait un grand mal de tête et des nausées. A 7 heures, elle prit la potion. Immédiatement après elle eut quelques coliques ; au bout d’un quart d’heure les nausées avaient complètement cessé. Il y eut de la lourdeur de tête jusqu’à 2 heures de l’après-midi, mais sans douleurs, La malade ne put déjeuner ce jour-là.

Après cet accès, la malade jouit d’une excellente santé pendant deux semaines.

Nous sommes allé la voir le 11 juin. Ses migraines sont moins fortes, mais plus fréquentes qu autrefois. L’accès débute maintenant le soir 5 il ne se produit plus de vomissements. La malade reconnaît que c est 1 éthoxycaféine qui lui a procuré le plus grand soulagement ; elle est dans l’intention d’entrer de nouveau à l’hôpital pour y suivre le même traitement.

Le malade de l’observation V présente, à n’enpa s

douter, une migraine des mieux caractérisées. Nous voyons l’éthoxycaféine produire les plus heureux effets à trois reprises, c’est-à-dire chaque fois que la potion a été administrée dans de bonnes conditions. Le premier effet observé est la disparition rapide des nausées qui vient affirmer l’acUon de l’éthoxycaféine sur l’encéphale. Sans prendre parti dans les discussions sur l’étiologie de la migraine, nous considérons que, dans le cas présent, les nausées et les vomis» sements se produisent sous une influence cérébrale, bien que le vomissement delà migraine diffère notablement de ce qu'on décrit sous le nom de vomissementcérébral. Il est impossible d’admettre que, chez cette malade, la migraine soit symptomatique d’une lésion ou d’un trouble fonctionnel des voies digestives ; et d’ailleurs nous savons que, s’il en était ainsi, I éthoxycaféine ne pourrait qu’exagérer les accidents. L’éthoxycaféine va donc modifier l’état fonctionnel de l’encéphale et peut-être aussi sa circulation. Cette migraine nous semble pouvoir être rattachée à la variété des migraines angio-toiiiques, et la rougeur du visage accompagnée de sueur observée par Filehne dans ses expériences sur l’homme sain permet de soupçonner une action vaso-dilatatrice. Quoi qu’il en soit, la douleur ellemême ne tarde pas à s’amender.

Bien que la malade ait pris deux fois de l’élhoxycaféine sans adjonction de cocaïne, nous constatons qu’elle n a pas ressenti de douleurs à l’estomac, mais à peine quelques coliques.

Quant aux accidents survenus le 18 mars, ils ont toutes les allures d’une intoxication. La potion semble avoir été scrupuleusement dosée. Nous avons vainement cherché la cause de ces symptômes si anormaux qui ne se sont pas reproduits et qu’on n’avait jamais observés.

Il eût été intéressant de comparer chez cette malade l’action de la caféine à cellede l’éthoxycaféine; la malade quitta l’hôpital au moment où nous allions faire cette recherche.

D’un nombre d’observations aussi restreint, il serait plus que téméraire d'oser tirer une conclusion.

Un seul fait ressort clairement de cette étude: l’éthoxycaféine, contrairement à la caféine, exerce une action sédative marquée sur le système cérébrospinal et possède des propriétés narcotiques incontestables.

Il nous appartenait seulement d’exposer d’une manière complète l’état actuel de la question en apportant les résultats de nos recherches personnelles. Nous croyons qu’une substance capable de produire les effets notés dans les observations IV et V mérite de fixer l’attention des médecins. Avec le temps les observations s’accumuleront peut-être et permettront de dire si l’éthoxycaféine, qui n’est encore qu’un produit de laboratoire intéressant à étudier, doit ou non

être élevée à la dignité de médicament et substituée à son aïeule, la caféine, dans le traitement palliatif de la migraine.

Vu par le président de la thèse, Vu, bon et permis d’imprimer, PETER, Le vice-recteur de TAcadémie de Paris.

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