‹ De l'éthoxycaféine dans le traitement de la migraineChapitre 11 sur 12 · ÉTUDE CLINIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE CLINIQUE

« Il vaut sans doute bien la peine d’employer ce remède (l’éthoxycaféine) dans les cas de migraine, mais d’abord chez les personnes chez lesquelles la caféine a donné antérieurement de bons résultats; on peut bien espérer que l’éthoxycaféine en donnera encore de meilleurs. »

Telle est la phrase par laquelle le professeur Filehne termine son très remarquable mémoireouvrant ainsi la voie aux recherches des cliniciens. Par malheur, les migraineux, si nombreux partout, sont rares cà l’hôpital; nous avons pu nous en convaincre depuis quatre mois que nous nous occupons de ce sujet. Pressé par les circonstances, mal servi par le hasard, ce collaborateur de tout le inonde, comme on l’a dit, nous avons le regret de ne pouvoir rapporter ici qu’un nombre très restreint d’observations assez disparates. Toutes ont été prises dans le service de notre maître M. le D^Duiardln-Beaumetz. Nous ferons suivre ces observations des reflexions qu’elles nous ont inspirées.

Observation I (recueillie par le Pineau).

F (Jean), 52 ans, carrier, constitution forte; entré le 10 octobre 1885, salle Chauffard, lit n“3, à l’hôpital Go chin.

- as

Get homme est entré à rhôpiial pour un zona. Santé habituellement excellente; il n’a jamais eu d’autres ma^ ladies qu’une pleurésie gauche à 9 ans. Marié, père de 13 enfants, tous en bonne santé et dont le dernier est âgé de 14 ans.

a octobre. 11 ressent des douleurs vagues dans le côté droit au niveau des premières fausses côtes, douleurs qui s’accentuent bientôt et se propagent vers la colonne vertébrale et la ligne blanche.

Le 9. Douleur très violente. Apparition d’un groupe d’herpès sur le trajet d’un nerf intercostal, éruption très discrète et localisée dans un espace grand comme la main siégeant au niveau de l’angle formé par les fausses côtes.

Le 10. Le malade'est admis à l’hôpital. Chlorhydrate de morphine en injection sous-cutanée. Badigeonnage de coilodion sur les vésicules d’herpès.

Le 16. Depuis son entrée, le malade souffre beaucoup, là morphine ne calme pas ses douleurs et il ne peut pas dormir. Il prend à 2 heures de l’après-midi 1 granime d’éthoxycaféine en cinq paquets, à une demi-heure d’intervalle.

Le 17. Le malade n’a rien ressenti de particulier après les trois premiers paquets ; les deux derniers lui ont fait éprouver une sensation de cuisson violente à l’épigastre.

Il s’est endormi vers minuit et a dormi pendant ' une partie de la nuit, mais la douleur n’a pas été calmée. Il a mangé et s est levé comme à l’habitude pendant et après 1 action du médicament. Il n’a rien éprouvé du côté de la respiration ni du cœur.

^ Le besoin d uriner s’est fait sentir plus souvent que d habitude. Le malade s’est levé quatre fois dans la nuit pour satisfaire ce besoin. Il a rendu dans les 24 heures

eaviwjn 3 litres d’urine, c’esi^à-dîre le double de ce qu ü rend habituelleraent. L’urine est claire et normale. ^

Le 17. A partir de 2 heures, 1 gramme d’éthoxycaféine en 5 paquets dans du pain azyme*

Le malade a un peu dormi ;le médicament n’a en rien troublé ses fonctions, mais il a encore éprouvé apres 1 ingestion des deux derniers paquets une sensation de brûlure à restomac.

Le 18. Le malade a rendu 2 litres 1/2 d’urine claire, a

réaction légèrement acide.

. Mêmedosed'étlioxycaféineproduisantlesmêmeBsymp-

tômes. La sensation de brûlure à l’épigastre dure une ou deux heures. Le sommeil est ce jout-là moins long et un

peu agité. , l

Le 19.2 litres i/2 d’urine. L’éthoxycaféine, n ayant eu

aucune action sur le zona, est supprimée*

Observation lî (recueillie par le Pineau).

G (Mathilde), 39 ans, entrée le U ôctohrê, salle Blache, à l'hôpital Oochin, pour une fausse couche datant de

3 semaines. a

Fièvre typhoïde à 9 ans. Angine diphthentique a

12 ans. a i l. ,

Mariée à 21 ans, elle a d’abord 2 enfants dont 1 un est mort en nonrrlce, elle ne >alt comment. Elle se remarie à 38 ans ; un an après elle a un enfant qui meurt de convulsions en nourrice, puis un second enfantqu’elle nourrit au sein et qui a aujourd’hui 20 mois. Elle avait aussi

nourrile premier entant du premier mariage.

Elle a eu il y a quelques années un peu d asthme et une pleurésie.

Elle a toujours été bien réglée ; mais depuis son second mariage avec un ouvrier, cette femme a subi des privations et a eu des émotions violentes.

Pendant les 6 mois de sa dernière grossesse elle est devenue très faible et très anémique. Elle a des vertiges sa vue se trouble parfois, surtout dans le décubitus dorsal, parfois aussi elle a des accès de surdité; enfin cette femme est extrêmement nerveuse.

Cette grossesse s’est terminée il y a trois semaines par une fausse couche et, depuis, les symptômes ont augmenté. Pertes abondantes.

La malade allait bien il y a huit jours,quand elle commit 1 imprudence de se lever et de faire un savonnage ImmMiatement après, elle fut reprise d’hémorrhagies qui n ont diminué que depuis son entrée à l’hôpital.

Jusqu’à sa fausse couche, elle n’avait jamais eu de maux de tête ni de migraines. Elle se plaint encore de battements de cœur que la moindre émotion suffit à provoquer, par exemple, quand on s’approche d’elle.

^ Depuis sa fausse couche, elle a une céphalalgie assez violente qui siège dans toute la tête, sans localisation; ce mal de tête augmente quand elle est sur le point de manger ou quand elle va perdre du sang.

L appétit est conservé, toutes les fonctions s’accomplissent bien.

19 octobre, La malade prend à partir de trois heures du soir 0, 50 centigrammes d’éthoxycaféine en cinq paquets à une demi-heure d’intervalle. Les premiers paquets^ ne produisent rien de particulier, mais après le quatrième et le cinquième, surviennent des nausées et envies de vomir. Les nuits précédentes, la malade devait prendre une pilule d’opium pour dormir. Après l’inges-

tion d’éthoxycaféine, elle a dormi une partie de la nuit, mais son sommeil a été troublé par des cauchemars. Il est vrai que la malade avait eu des cauchemars les nuits précédentes.

Le 20. La malade est restée plongée dans un état de somnolence pendant toute la matinée et a encore dormi de midi à deux heures. Ses yeux lui semblent moins lourds depuis le réveil du matin et sa tête plus dégagée. En somme, l’éthoxycaféine lui a procuré un sommeil un peu agité et une légère amélioration.

La malade, constipée d’habitude, a éprouvé le besoin d’aller à la garde-robe.

1.800 cc. d’urine dans, les 24 heures. La malade n’a constaté aucun changement dans la quantité d’urine émise et n’a pas éprouvé plus souvent le besoin d’uriner.

Dans l’après-midi, elle prend 0,60 centigrammes d’éthoxycaféine en 4 paquets.

Les deux premiers, administrés avant le dîner n’ont rien produit d’anormal.

Après le dîner, deux vomissements alimentaires. La malade a éprouvé une sensation de brûlure à l’épigastre comme hier et a eu des nausées après les deux derniers paquets.

Le 21. Etat nauséeux depuis le réveil. La malade a un peu dormi d’un sommeil troublé par des cauchemars. Elle semble très déprimée et ne veut plus prendre du médicament.

Urines du 20 au 21 :1.500 cc.

La quantité d’urine a diminué.

Observation III (Recueillie par le D'Pineau).

T... (Augustine), 35 ans, domestique, entrée le 5 septembre 1885,^ salle Blache, litn° 3.

Entrée à T hôpital pour des douleurs dans les reins remontant à 4 ans.

Fièvre typhoïde à forme cérébrale à 18 ans,, dont elle a bien guériv Variole à 22 ans. Apparition des règles à 18 ans, dans le cours de sa fièvre typhoïde^ puis les règles ne paraissent plus pendant deux ans. Depuis F âge de 26 ans, elles reviennent d’une façon très irrégulière la malade reste parfois 18 mois sans rien voir.

Il y a environ 4 ans, cette femme a été opérée d’un kyste de Fovairevpar le professeur LeFort,â rHôtel-Dieu, opération pour laquelle elle est restée quatre mois àlhô'pitâl,. dont deux mois au lit. Après cette opération elle fut prise de faiblesse dans les jambes et de douleurs sourdesdans les reins ; depuis cette même époque ses jambes enient pendant la marche ou la station debout. Loin du diminuer, ces accidents' n’ont tait qu’augmenter et 1 ont forcée à entrer à l’hôpital. De plus, elle soutfre beaucoup du ventre où l’on sent encore une tumeur.

Gette femme n’avait jamais eu la migraine, quand,le. 18 octobre, elle ressentit subitement une violente céphalalgie en se relevant, après s’être baissée pourram^s^r quelque objet. Elle comparé ectte douleur à un coup de marteau qu’elle aurait regu sur le iront. Gette céphalalgie occupe toute la partie antérieure du crâne, mais semble se localiser sur le front et être plus violente encore au-dessus des arcades orbitaires. Gette migraine est plus

particulièrement forte le matin vers 6 ou 7 heures ; la vision est alors un peu obscurcie. La malade ne peut reposer la nuit, que si l’on a soin de lui faire sur les trois heures du soir une piqûre de morphine.,

20 octobre. La malade prend 0, SO centigrammes d’éthoxycaféine en cinq paquets, enrobés dans du pain azyme et à une demi-heure d’intervalle.

Les premiers paquets sont pris sans que la malade ressente rien d’anormal, mais les deux derniers sont mal supportés. Us déterminent une sensation de cuisson très intense au niveau de l’épigastre : « c’est comme si on avait avalé du vitriol, « dit la malade. Cette sensation ne dure que une heure ou deux.

¥ers six heures et demie du soir,nausées et enfin voraissements bilieux.

Cette malade est habituellement constipée. Le 19 octobre, une bouteille d’eau de sedlitz le matin et un lavement à la glycérine le soir, sont restés sans effet. Le 20 au matin, 30 grammes d’eau-de-vie allemande n’ont produit aucun résultat. Dans la soirée, vers 4 heures, après l’ingestion de l’ethoxycaféine,, la malade a eu deux selles solides.

Dfdinairement, elle ne peut dormir * ce soir-là, elle dort de 8 heures à 11 heures, puis se réveille pour vomir. Elle dort encore dans la. matinée du 21, plutôt plongée dans la somnolence à cause du bruit qui se fait dans lu salle. Le sommeil a été agité, troublé par des cauchemars que la malade n’éprouve pas d’habitude. Ces cauchemars, affectant un caractère érotique, se sont reproduits identiques au deux fois qu’on lui a donné l’éthoxycaféine. Ils ne semblent pas dus à une disposition particulière de l’esprit de la malade.

Elle est au bord de la Seine avec deux élèves du service qui veulent attenter à sa pudeur ; elle les repousse et les noie. Ces cauchemars ont accompagné le sommeil du soir et du matin.

La brûlure à l’épigastre s’est fait sentir avant et après le dîner.

La quantité d’urine est moindre que d’habitude et la malade a uriné moins souvent. Elle a rendu en 24 heures 1.300 cc. d’urine claire et normale.

Le 21. La malade prend une deuxième dose d’éthoxycaféine, soit 60 centigrammes en quatre paquets,à partir de 3 heures du soir.

Dès le premier paquet, les vomissements se sont produits. La malade n’a pas dîné, a peu dormi. Elle a eu de la somnolence dans la matinée du 22, comme la veille, avec les mêmes cauchemars. Cinq ou six vomissements.

Le 22. Elle n’a pas vomi son déjeuner, mais elle a des nausées.

Quantité d’urine du 21 au 22 : 1.2S0 cc.

Observation IV

(Rédigée par le sujet et communiquée au D' Pineau).

G..., externe de M. le Dujardin-Beaumetz, issu d’herpétiques, herpétique lui-même. A des migraines depuis son enfance ; elles sont violentes et ont persisté jusqu’aujourd’hui, en prenant un caractère d’intensité de plus en plus marqué. Les accès sont périodiques. Ils reviennent d’abord tous les deux ou trois mois, puis tous les mois. Cette aggravation semble due à la vie confinée que mène le malade.

. Il y a 2 ans, cette migraine s’est compliquée de fièvres

intermittentes. A cette époque, quelques doses de sulfate de quinine ont été prises, et loin de calmer l’accès de migraine,elles ne produisaient que des vomissements excessifs, incoercibles, ainsi qu’une céphalalgie tenace qui se manifestait quand l’action du médicament avait cessé.

Aujourd’hui, les accès de migraine surviennent brusquement le matin, à jeun,sans aucun prodrome. Pendant une à deux heures, il est impossible au malade de se guider pour marcher, tellement le sens de la vue est atteint. Puis, tout d’un coup, la vue revient et une céphalalgie, d'abord légère, n’occupant sur le crâne aucun point précis, puis sourde et continue, s’installe progressivement. Elle s’accompagne d’un état de malaise général avec apyrexie complète ; le pouls est faible et lent. Des nausées légères se montrent au bout de quelques heures. La céphalalgie du début est remplacée par des pointes névralgiques orbitaires se manifestant au moindre mouvement des yeux et un point frontal.

C’est dans ces conditions que l’éthoxycaféine a été expérimentée. L’accès traité ainsi a été des plus violents. Le médicament a été pris au moment des éblouissements, à la dose de 1 gramme en deux cachets,à une demi-heure d’intervalle.

Au bout d’une heure, la vue s'est rétablie, mais aussitôt sont survenues les nausées qui ont duré pendant trois quarts d’heure. Celles ci ont fait place à un malaise général accompagné de frissons. A ce malaise, a succédé un assoupissement plutôt qu’un véritable sommeil, sans aucun cauchemar et qui a duré deux heures. Au réveil,un malaise vague a persisté sans qu il fût pos-

Chàbot.

sible au malade de dire où ni comment il souffrait. La céphalalgie avait entièrement disparu et sans être suivie de névralgie orbitaire, comme cela s’observait toujours dans les accès précédents.

Trois heures après, alors que la malade se livrait à un travail assez absorbant, l’état nauséeux a reparu, mais il ne s’est pas produit de vomissements.

Tout semblait terminé, car l’appétit avait reparu lors* que, vers 8 heures du soir, une céphalalgie violente se déclara, mais avec des caractères complètement opposés à ceux des douleurs habituelles. Au lieu d’être sourdes, les douleurs étaient lancinantes, plus généralisées avec un maximum vers l’occiput, douleurs analogues à des coups de marteau; elles ont persisté pendant S heures. Le lendemain, au réveil, rien de spécial.

Par malheur, l’essai ne fut pas renouvelé. Il en fut de même pour deux docteurs migraineux qui voulurent bien essayer sur eux l’action du médicament préconisé par Filehne.

Le premier, migraineux et dyspeptique, prend dans un cachet SO centigrammes d'éthoxycaféine.'Sa migraine se dissipe, mais il reste dans un état d’agitation, d’énervement qu’il compare aux effets produits par l’ingestion d’une quantité trop abondante de café.

Le second se traitait habituellement par le guarana, dont il ressentait de bons effets. Le 18 mars 1886, il éprouve assez vaguement les premiers symptômes d’un accès de migraine et prend 50 centigrammes d’éthoxycaféine en suspension dans un verre d’eau. L’amertume du médicament lui est désagréable, mais il ne ressent aucune douleur à l’estomac. Au bout .de dix minutes environ surviennent des vertiges et des nausées, puis la

migraine disparaît, mais est remplacée par un état mal déterminé et presque aussi désagréable.

Page 1