CHAPITRE rv
DIAGNOSTIC DE l’ÉTRANGLEMENT HERNIAIRE ET DES AFFECTIONS QUI PEUVENT LE SIMULER.
Lorsqu’on est appelé auprès d’un malade atteint des accidents locaux ou généraux qui se rapportent à l’étranglement herniaire, le diagnostic, pour être complet, exige la solution de plusieurs problèmes importants que je vais indiquer sous forme de questions :
1° Existe-t-il une ou plusieurs hernies?
2“ La hernie unique ou l’une des hernies multiples est-elle le point de départ des accidents?
3“ Cette question résolue par l’affirmative, de quelle nature est l’affection qui envahit la hernie; celle-ci est-elle enflammée ou étranglée ?
(') Guignard, Thèse inaugurale, Paris, 1846, Sur le rétrécissement et l’oblitération de l’intestin dans les hernies.
La lésion herniaire est-elle simple ou compliquée, depuis combien de temps dure-t-elle, à quelle période est-elle parvenue ?
5“ Quel est le viscère hernié? s’agit-il d’un entérocèle, d’un épiplocèle, d’une hernie de la vessie ou de l’ovaire? etc., etc. Dans les cas particuliers, pour les hernies du pli de l’aine, par exemple, on a encore à se demander s’il s’agit d’une hernie crurale ou inguinale, etc., etc.
6“ On n’a point reconnu de tumeur herniaire bien caractérisée, mais on trouve dans une certaine région une tumeur susceptible d’être confondue avec une hernie étranglée (’) eu raison d’une communauté de symptômes locaux ; à quelle maladie a-t-on affaire ? Ceci est une question de diagnostic différentiel des tumeurs d’une région.
7“ Un malade présente le cortège des symptômes généraux de la hernie étranglée, mais on ne lui trouve ni hernie, ni tumeur quelconque : de quelle affection est-il atteint? Il est alors indispensable de parcourir le champ de la pathologie interne pour arriver à un diagnostic plus ou moins exact.
En restant au point de vue auquel je me suis placé dans tout le cours de ce travail, je ne saurais me proposer de répondre à toutes ces questions. Il u’eutre
(1) C’est pour la rapidité du langage que dans toute celte première partie du chapitre du diagnostic j’emploie le mol hernie élranglée, qui n’a d’autre acception ici que celle de hernie avec accidents locaux d’étranglement ou d inflammation.
lllikNlES M INCONNUES.
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(loue pas dans mon but de rappeler les erreurs noinbrcHises, quelquefois singulières, souvent excusables, (pii ont été commises par les chirurgiens, môme les plus éminents. Je ne veux pas davantage, à propos de chaque hernie eu particulier, donner les moyens de la distinguer de toutes les affections voisines ou éloignées qui peuvent être confondues avec elle; ces notions se trouveront dans les traités classiques et dans les monographies intéressantes que la science possède.
Je me renfermerai donc dans les deux questions suivantes ;
1° Les accidents locaux ou généraux ont-ils pour point de départ une hernie, ou sont-ils dus à une maladie d’une tout autre nature, qui en revêt la livrée symptomatologique ?
2® Lorsque la hernie est évidemment la cause des accidents, quelle est la nature de la lésion herniaire?
§ I. — lies accidents ont-ils pour point de départ une hernie?
La solution du premier problème paraît bien simple, et, il faut le dire, dans la majorité des cas, l’erreur serait peu excusable. Mais il faut avouer aussi qu’un concours de circonstances fortuites peut jeter la plus grande obscurité sur le sujet, et rendre compte des erreurs de diagnostic qui ont été commises.
Attirer l’attention sur ces erreurs, c’est pres({ue
enseigner à les éviter. Je vais donc en indiquer les principales causes.
A. Dans un premier groupe d’erreurs de diagnostic, se rangent les cas assez nombreux où l’on a méconnu l’existence de la tumeur herniaire et où l’on a rapporté les accidents à une péritonite, à un volvulus, à une entérite, etc., etc.
Les hernies étranglées ont été méconnues dans deux circonstances principales : tantôt parce que, les signes locaux de la tumeur herniaire se dissimulant aux yeux du chirurgien, les accidents généraux seuls ont fixé l’attention, et ont fait croire à une maladie étrangère aux hernies ;
Tantôt parce que, au contraire, les accidents généraux étant insidieux ou paraissant caractéristiques d’une maladie interne, l’examen des régions herniaires a été négligé ou incomplètement pratiqué.
Les erreurs de diagnostic de ce premier groupe se rapportent presque toutes à des étranglements vrais. Le plus souvent elles n’ont été reconnues qu’à l’autopsie.
Les signes locaux de la tumeur herniaire manquent ou sont obscurs dans les cas suivants ; lorsque la tumeur est trop profonde, quand elle est trop petite, lorsque le sujet est chargé d’embonpoint ; enfin, lors- ({u’une tumeur étrangère à la hernie et placée au-devant d’elle la masque et gène l’exploration.
Citons, à l’appui de ces propositions, quelques exemples, sans nous attacher néanmoins à être complet.