‹ De l'étranglement dans les hernies abdominales et des affections qui peuvent le simulerChapitre 22 sur 24 · HERNIES MÉCONNUES · texte numérisé non relu

HERNIES MÉCONNUES

Paoli (*) diagnostique un étranglement interne chez un malade qui présentait tous les signes de l’étranglement intestinal, et qui n’avait aucune tumeur apparente. L’antopsie démontre une hernie étranglée dans la paroi postérieure du canal inguinal.

Hilton soupçonne un obstacle dans l’intestin grêle, à cause de la persistance des accidents généraux de l’étranglement. Il pratique la gastrotomie : on reconnaît qu’une anse de l’intestin grêle pénètre dans le trou obturateur ; ou l’en dégage ; les parois intestinales ne sont pas profondément altérées, mais les suites de l’opération sont néanmoins funestes (^).

Voici donc deux exemples d’étranglements pris pour des iléus, parce que la tumeur herniaire était inaccessible au chirurgien. On sait que beaucoup de hernies obturatrices sont dans ce cas, et ont causé la mort sans que leur existence eût même été soupçonnée. M^I. Bouvier (•'’), Hewett (^), Tebay (®), et plusieurs autres ont signalé des faits de ce genre.

La hernie étranglée était encore obturatrice dans ce cas dont parle A. Bérard (®), et l’où on avait cruj

(') Paoli, dans Gazette médicale, 1848, p, 108.

(2) Hilton, Archives générales, 4° série, t. XIX, p. 346.

(3) Bouvier, Bulletin de l'Acad. de méd., 1 840, t. V, p. 7.

{*) Hewett, Gazette médicale, 1 848, p. 71.

(^) Tebay, dans Banking Half-yearly Abstracts, 1852 , t. XVI, p. 184.

(8) Aug. Bérard, Thèse de concours, 1836, p. 229 ■ — Journal des progrès, t. XVI, p. 256.

pendant huit jours, à rexistencc d’une néphrite. An hont de ce temps, l’apparition de vomissements stercoraux fit penser qu’il s’agissait d’une hernie, mais on n’en put préciser le siège , et l’autopsie seule fournit des lumières malheureusement trop tardives.

La petitesse de la hernie trompa A. Cooper dans nu cas cité par Dupuytren. Il y avait des signes d’étranglement, mais on ne put découvrir la tumeur, et le malade mourut le sixième jour. A l’autopsie on trouva une hernie crurale grosse à peine comme une noix muscade. L’intestin était perforé, et les matières, en s’épanchant dans le ventre , avaient donné lieu à une péritonite générale.

Dans d’autres cas, l’embonpoint excessif, joint à la petitesse de la hernie, légitimait presque l’erreur.

M. Chomel a cité dans ses leçons l’histoire d’une femme excessivement grasse, ayant tous les signes de l’étranglement, mais ne présentant ni tuméfaction, ni douleur dans le voisinage des ouvertures naturelles, ni à leur niveau : on trouva une hernie crurale presque imperceptible.

Les hernies sont encore très facilement méconnues lorsqu’elles sont petites et masquées par d’autres tumeurs dont les caractères physiques et surtout les symptômes se rapportent à ceux des hernies étranglées. Ces tumeurs ont souvent dans ces cas été incisées et les hernies placées derrière elles ont été involontairement ouvertes. Ces erreurs sont relativement moins

IIERNIKS MIÎCONNUES.

graves que les précédentes, mais il en résulte assez souvent un anus contre nature. ^

L’inflammation du tissu cellulaire péri-herniaire, la formation consécutive d’abcès extérieurs au sac, les adénites et les abcès ganglionnaires du pli de l’aine, etc., etc., ont souvent fait méconnaître une hernie étranglée, profonde, placée au-dessous de ces tumeurs inflammatoires, et ont motivé des opérations dans lesquelles l’intestin a été ouvert. Ces erreurs, qui commandent la plus grande circonspection dans les opérations que l’on pratique dans les régions herniaires ne sont pas toujours faciles à éviter, surtout lorsque les symptômes généraux de l’étranglement sont lents, insidieux, peu tranchés, comme cela a eu lieu plusieurs fois.

Dans un cas cité par Méry (^) la fluctuation évidente avait fait croire à un bubon vénérien , et les symptômes abdominaux étaient fort peu prononcés : cependant le malade affirmait qu’il avait ame hernie du même côté ; l’incision fut faite avec soin : on trouva d’abord une collection liquide, puis, au fond, un intestin adhérent à l’anneau.

Lise, cité par Scarpa, rapporte qu’une glande inguinale tuméfiée et enflammée lui en a imposé en cachant une petite hernie crurale étranglée. Je pourrais multiplier les exemples, mais il me suffit de signaler la circonstance importante de deux tumeurs

(') Méry, Académie des sciences, 1701 , in-1 2 (Hollande), p. 377.

superposées, différenles, et dont Fuiie est une hernie étranglée.

J’ai dit plus haut que la tumeur pouvait être mécoiiuue quand les accidents généraux ne correspondaient pas exactement à ceux de l’étranglement bien caractérisé.

Chez un sujet affecté de péritonite chronique, une hernie crurale s’étrangla; on crut à un iléus, après avoir constaté dans le pli de l’aine la présence d’un ganglion engorgé et ramolli : certes le hasard avait bien rassemblé dans ce cas, cité par M. Laharpe, de Lausanne (*), toutes les chances d’erreur.

Balme raconte l’histoire d’un sujet affecté de coliques extrêmement vives qui fixèrent seules l’attention. A l’autopsie on reconnut une hernie inguinale sphacélée (^).

Lorsqu’une hernie s’étrangle pendant une épidémie de choléra , on comprend très bien que l’attention soit détournée de la maladie locale par les préoccupations que fait naître l’épidémie qu’on voit tout autour de soi. Une malade succomba ainsi dans le service de M. Louis, en 1849, aux progrès d’une péritonite consécutive à une hernie crurale étranglée. J’assistai moi-même à l’autopsie.

C’est la lenteur de la marche des accidents, leur peu d’intensité, l’absence de quelque symptôme pres-

(‘) La Harpe, Gazette médicale^ 1839, p. 570.

O Baline, Journal de Vandermonde, 1774, t. XLl, p. 515.

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