CHAPITRE II
CEEATIOX DE L ECRITURE
Les premiers deçsins. Les premiers documents. Les hiéroglyphes égyptiens. Les caractères cunéiformes. L'écriture chinoise, aztèque, indienne. Passage de l'écriture idéographique à l'écriture phonétique. Création de l'alphabet. Les alphabets modernes.
Au cours de cette lente et belle évolution des choses du langage nous voyons apparaître et se former un nouvel élément de transmission et de fixation de la pensée, plus durable que la voix, plus clair aussi, et destiné à être compris d'un plus grand nombre (1).
Nous voulons parler de l'écriture, ce corollaire, ce C('mplément plutôt, indispensable de toute langue.
L'emploi du procédé graphique nous fait entrer dans une période particulièrement active.
Il allait permettre de fixer de façon permanente les tiaits saillants de la langue parlée et de les transmettre intacts à la postérité.
Celle-ci, en possession d'une pareille base, en état, par conséquent, de profiter efficacement du fruit du travail de ses devanciers, allait pouvoir avancer plus rapidement que jamais dans la voie du progrès.
L'écriture, qui n'est autre chose qu'un moyen graphique de reproduction de la parole, faisant intervenir un nouveau facteur, le sens de la vue (2), laisse sous les
Cl) Puisqu'il permettait à des gens employant des mots différents do se comprendre, comme nous le verrons plus loin, au moyen d'images-signes.
(2) Le plus puissant do tous.
yeux une certitude — ce qui est écrit — et permet ainsi de coutrôler lo souvouir de ce qui a été dit ou entendu.
L'iionune comniença par essayer de représenter ce qu'il voulait dire ou raconter, au moyen de dessins, reproductions naïves et grossières de ce qu'il voyait autour de lui, et propres à évoquer dans le cerveau d'autrui Tidée directe de l'objet en question.
Ce furent là, naturellement, de bien modestes essais : un cercie entouré de rayons était le soleil ; un croissant, la lune ; une ligne dentelée esquissait vaguement la silhouette des montagnes ; l'homme et l'animal étaient figurés par d'élémentaires contours.
Il n'est donc pas encore question ici d'une écriture quelconque, mais d'un simple dessin représentatif de choses concrètes, visibles.
Ce fut pourtant là, nous allons le voir, le point de départ de toute écriture, et, à tout prendre, nos caractères modernes ne sont que des vestiges de ces anciennes figures (1).
Doté de pauvres outils, d'instruments rudimentaires, tels que l'épieu, le racloir, le couteau de pierre, les pointes de silex (2), l'homme primitif, après avoir, au com-
(1) Par exemple, l'aspiration douce, figurée par les Phéniciens par vY___ est devenue notre A; l'aspiration forte, figurée parO, forme de la bouche, est devenue notre 0 ; l'aspiration gutturale,
figurée par fj , est devenue notre H, etc., etc.
(2) De la période acheuléenne, la plus ancienne de l'âge paléolithique, nous avons encore de nombreux échantillons de silex taillés, racloirs ou grattoirs, etc., dus aux hommes de la race-type de Néanderthal. La période moustérienne, qui suit, nous a légué de non moins nombreux documents du même genre.
Avec les époques solutréennes' et magdaléniennes, l'outillage se perfectionna quelque peu et devint plus complet (aiguilles, curettes, poinçons de silex, etc.).
raencement, tracé les contours d'un objet au moyen d'un bâton sur le sable ou dans le limon, dut se contenter encore du bois, des écorces d'arbres, des os, des bois de rennes (4).
Les documents écrits qui subsistent des époques de Tâg^ de pierre sont malheureusement assez clairsemés.
Ils deviennent plus nombreux avec l'apparition du fer et du bronze.
La création d'un outillage métallique permit de graver la pierre, ce livre indestructible. Les innombrables inscriptions lapidaires parvenues jusqu'à nous, témoins iidèles et sûrs, nous donnent le moyen de contrôler et de déterminer les phases successives traversées par l'écriture humaine.
L'étude des monuments que nous ont légués les Chinois aussi bien que les Egyptiens, les Toltèques et les Mayas, aussi bien que les Assyriens et les Aièdes (5), iious démontre suffisamment que tous employèrent au début les mêmes procédés pour fixer leurs souvenirs.
Les uns et les autres représentaient à peu près de la même façon les objets terrestres.
Chez tous, le cercle rayonnant signifiait sole-l ; le croissant, lune; et il en était de même des autres figures.
Et, sans remont-er aussi loin, ne retrouvons-nous pas tout cela chez beaucoup de peuplades sauvages demeurées à l'état primitif?
(4) On a trouvé en France, en Suisse, en Suède, ailleurs aussi, des os et des bois de rennes graves, ainsi que des défenses de mammouths, servant à divers usages : manches de poignards, bâtons de commandement, etc., portant des silhouettes d'hommes et d'animaux divers, cheval, renne, mammouth, ours des cavernes, buffle, chien, serpent, poisson, et bien d'autres.
(5) Dont l'écriture cunéiforme est, conjecturalement, considérée comme dérivée.
Sans sortir d'Europe, nous savons que certaines tribus laponnes ne sont guère plus avancées.
Kevonons aux documents du passé.
C'est la civilisation égj'ptionne, une des plus anciennement connues (G), qui nous offre le plus grand nombre d'éléments do recherches.
Elle' nous a laissé, en effet, une foule d'inscriptions sur pierre, sur marbre et sur bois, sur métal et sur poteries, de nombreux écrits sur parchemin, sur linge et sur papyrus (7).
Et combien plus riches ne serions-nous pas si les 200.000 volumes de la bibliothèque d'Alexandrie n'avaient pas disparu (8) ?
Parler de l'écriture égyptienne, c'est rendre hommage ou grand savant français Champollion (9), dont la pro-
(6) La civihsation égyptienne, reconstituée par des documents, remonte à environ 7.000 ans. Elle eut pour centre quatre villes : Memphis, Thèbes, le Caire, Alexandrie, d'oii rayonnèrent quatre civilisations différentes, ayant chacune laissé des traces originales.
(7) Nous citerons ici, en passant, l'intéressant Papyrus Prisse (Bibliothèque nationale), qui est aujourd'hui le plus ancien livre connu. Malheureusement incomplet, il contient les sentences de Kakemni, traité de morale composé à l'avènement de Snewrou et remontant à la troisième dynastie.
(8) Cette riche bibliothèque contenait plus de 20.000 ouvrages attribués à Thoth (Hermès). Elle fut surtout enrichie par la dynastie des Ptolémée. Les ouvrages consistaient non en volumes, mais en rouleaux, que l'on peut estimer à environ 900.000! Ptolémée Vil saisissait et faisait copier tous les manuscrits apportés en Egypte. Il gardait les originaux et rendait les copies. Lors de la prise d'Alexandrie par César, qui eut, en l'an 47 av. J.-C, à y réprimer une terrible insurrection, tous ces trésors devinrent la proie des flammes. Le trop-plein de la bibliothèque d'Alexandrie avait été déposé dans une seconde bibliothèque, créée dans le temple do Sérapis (Scmpéum, nécropole des bœufs Apis). Elle fut détruite à son tour en l'an 389 de l'ère chrétienne, grâce au zèle intempestif du fanatique patriarche Théophile.
(9) Né à Figeac le 23 décembre 1790, mort en 1832, François Champollion, appelé Champollion le Jeune pour le distinguer de son frère aîné, fut nommé, à 19 ans, professeur adjoint à la Faculté des lettres de Grenoble. Il commença en 1811 la publication de son Egypte sous les Pharaons.
fondo érudition et ks intelligentes recliercbes (10), comblèrent d'un seul coup une lacune de cinquante siècles dans riiistoire de ce pays (11).
Jetons un rapide coup d'oeil sur ces singuliers liiérogjyplies qui recouvrent tout ce qui nous vient de races à j.'jmais disparues, et nous revivrons toute l'histoire des perfectionnements successifs des caractères d'écriture.
Les plus anciens m.onuments que nous connaissons confirment l'idée que nous avons de caractères purement figuratifs.
Trois ou quatre mille dessins différents servaient à reproduire l'image directe d'un être ou d'un objet. Nous jeirouvons les grossiers signes destinés à figurer les astres et dont nous avons déjà parlé. Chaque croquis ne signifiait que rigoureusement ce qu'il représentait. Un
(10) La pierre de Rosette, découverte grâce à un providentiel hasard, lui fut d'une précieuse utilité. En 1799, le lieutenant du génie Bouchard, qui dirigeait les travaux du fort Saint-Julien, près de Rosette, mit à découvert un bloc de syénite portant, en même temps que des inscriptions hiéroglyphiques, leur traduction eu grec. Cette pierre tomba en 1801 aux mains des Anglais, qui l'envoyèrent au British-Muséum de Londres, où elle est encore. Champollion en obtint la communication en 1811, et la trouvaille de Bouchard lui servit de point de départ, do base solide, pour le déchiffrement des caractères égyptiens. Son mémoire, communiqué en 1822 à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, est resté célèbre. Depuis, d'autres savants, dont Mariette, Maspéro, Eaillet, Pierret, do Rougé, etc., etc., ont continué et encore amélioré ces travaux.
(11) Voltaire, en 1755, désespérait de jamais rien apprendre sur les Egyptiens. {Essais sur les mœurs et Vesprit des nations.) Tout (;e qui avait été fait avant Champollion ne reposait sur aucun fondement sérieux, et ne rentrait que dans le domaine de la fantaisie.
Les élucubrations du Père Kircher (1650), qui ne publia pas moins de sept volumes in-folio de traductions égyptiennes, ne prouvèrent qu'une chose, c'est que ce fantaisiste érudit n'avait rien compris aux caractères de la langue dos Pharaons. Les essais de Zoega, au dix-huitième siècle, et de Young (1819), ne furent couronnés d'aucun succès. Silvestre de Sacy et le Suédois Akerblad, qui connurent la pierre de Rosette, se laissèrent rebuter par son mauvais état et ne poursuivirent pas les recherches commencées.
bœuf était un bœuf; un lion, un lion; un homme, un liomnus nn scarabiV, un scarabée...
Le dessin n'était naturellement qu'ébauché. Ainsi une ligne sinueuse représentait un serpent; une palette munie d'une tige, une feuille; un ovale allongé, la bouche; un autre ovale avec un disque central, l'œil; et ainsi de suite (12).
On était, en somme, parvenu, et cela avec une surprenante habileté, à définir en peu de traits les principaux caractères particuliers de l'objet à nommer.
Plus tard, l'écriture égyptienne devint aussi symbolique, en s'attachant à faire rendre une idée abstraite à des signes qui, jusqu'alors, ne représentaient que des choses concrètes. Alors, un œil signifia à la fois œil et vigilance ; un lion, lion et courage ; un crocodile, l'animal lui-même ou la méchanceté ; un bomme courbé voulait dire vieillesse, âge; un soleil rayonnant, astre ou éclat ; un vase était, ou contenant ou contenu, comme huile, parfum, etc.
C'est ce que l'on désigne sous le nom d'écriture à caractères idéographiques (13).
Les mêmes principes se retrouvent chez les Assyriens, les Babyloniens, les Mèdes et les Perses, quoique sous une forme plus étrange.
Les anciens caractères cunéiformes employés par ces peuples et si longtemps indéchiffrés, avec leurs bizarres assemblages de fers de lance, de clous et de flèches, su-
(12) Le tableau II nous en retrace quelques exemples.
(13) Ou divise les hiéroglyphes idéographiques, c'est-à-dire ceux qui servent à indiquer directement l'idée, en deux catégories :
1° Les hiéroglyphes figuratifs, donnant l'image directe de l'objet ;
Les hiéroglyphes symboliques, indiquant le sens qu'on veut exprimer.
(Tableau H.) Eludes des Langues. 3
rent représenter les idées et les choses par des signes qui furent probablement des images (14).
Rien n'a pourtant subsisté de l'idée première : le dessin a été remplacé par des caractères cunéiformes (15).
(14) Les emplacements de Ninive et de Babj^oue, détruites au 6^ et au 3® siècle avant notre ère, furent visités, le premier en,' 1820 par l'Anglais Rioh, le second en 1765 par le Danois Carsten Niebuhr. Le gouvernement français chargea, en 1848, le consul de France à Mossoul, Botta, d'exécuter des fouilles, tâche dont celuici s'acquitta très intelligemment. Il mit à découvert les ruines de Ninive, et publia à son retour en France d'intéressantes relations de ses travaux. (Buines et monuments de Ninive, par Botta et le peintre Flandin).
D'autres travaux, exécutés un peu plus tard aux mêmes lieux par l'Anglais Layard, firent découvrir une curieuse bibliothèque, dont tous les ouvrages consistaient en briques cuites avec inscriptions. C'est la bibliothèque d'Assourbanipal (Sardanapale, 668 à 626 avant J.-C), fondée par Sanhérib, son grand-père, en 705. Cei3 briques sont malheureusement en morceaux incomplets et en mauvais état, et n'ont pu servir que très imparfaitement à la re>constitution de l'histoire des peuples assyriens.
En 1851, Jules Oppert fut chargé par la France d'explorer complètement l'emplacement oii se trouvait jadis Babylone. Ce savant distingué a publié une belle étude relative à ses recherches. Le professeur Hilprecht, à la tête d'une commission de recherches envoyée par l'Université de Pensylvanie, a découvert, en 1900, sous les ruines d'un temple de Babylone, le Nippour actuel, une bibliothèque d'une grande richesse. 17.200 tablettes, avec inscriptions cunéiformes, ont déjà vu le jour. Elles relatent une foule de choses intéressantes sur la mythologie, la philologie, la littérature, l'histoire des peuples d'une époque antérieure à 2.280 av. J.-C. Quelques documents remontent à 7.000 av. J.-C. Le professeur Hilprecht estime à 150.000 le nombre des tablettes qu'il espère retrouver.
Le déchiffrement des caractères cunéiformes a été et est encore des plus laborieux. On est parvenu aujourd'hui à lire toutes les inscriptions perses et mèdes ; les assyriennes en grande partie, principalement les noms propres. Les in^oriptions babyloniennes étaient souvent trilingues, c'est-à-dire qu'à côté du babylonien se trouvait la traduction en médo-scythique et en perse. C'est cette dernière langue surtout qui a permis de les reconstituer.
Aux noms déjà cités, nous pouvons ajouter ceux de Grotefend, Rawlinson, Schrader, qui ont fait beaucoup dans cette voie.
(15) Ces signes ont certainement été des images; mais, jusqu'à
Chaque groupe de ces coins si mystérieusement assemblés avait sa signification propre et pouvait donner des mots composés de syllabes (10).
Poussant nos investigations vers une autre civilisation, d'une ancienneté dont, jusqu'à présent, il a été impossible de définir les limites, celle des Chinois, nous y trouverons les traces du même esprit (17).
Le langage monosyllabique des habitants du Céleste- Empire offre cette intéressante particularité, qu'il est encore aujourd'hui écrit et parlé sans que de grands changements y aient été apportés (18).
Voyons leurs caractères d'écriture actuels et nous y
présent, il n'est i^as toujours possible de reconstituer la marche suivie pour arriver à cette transformation. Les inscriptions linéaires des premiers monuments permettent cependant de s'en faire une idée. En babylonien, le mot I)icu est figuré par un grand coin
flanqué de deux petits coins ^>^ llou. Le mot ijcrc est formé
d'une originale succession de petits coins s'appuyant sur un signe plus grand. (Voir le tableau IIT.)
(16) On a retrouve dans la bibliothèque d'Assourbanipal des ta^blettes syllabaires qui ont puissamment contribué à écarter bien des difficultés.
Les signes babyloniens, au nombre de quatre cents, sont d'une écriture à la fois syllabique et idéographique, ce qui a rendu leur intelligence fort pénible.
(17) La tradition historique de la Chine remonte à près de 2.500 ans.
Vingt-deux dynasties ont régné sur le pays. La plus ancienne, celle des Hia, de 2207 à 1767 av. J.-C.
Les philosophes chinois qui ont fait école sont : Lao-Tseu (né en 604 av. J.-C.) et Confucius (né en 550 av. J.-C).
Le bouddhisme a été importé de l'Lide en l'an 65 de notre ère.
(18) Nous citerons ici, à titre de curiosité, une écriture particulière, très différente de celle dont nous allons entretenir le lecteur; nous voulons parler de celle de VY King, livre des transformations. Elle comprend une collection de 64 figures géométriques procédant de deux éléments : la ligne entière et la ligne interrompue, groupées par deux, puis par trois, puis par quatre.
Chaque figure est considérée comme le symbole d'un des phénomènes : feu, eau, vent, terre, montagne, ciel, nuage, foudre. Le groupement donne les images suivantes :
retrouverons, dans toute leur intégrité, les bases des caractères idéographiques.
Dans leur mot arbre, nous revoyons le dessin primitif de l'arbre ; dans le mot montagne, les traces de la ligne dentelée rappelant les reliefs du sol; dans le mot chien, la vague silhouette de cet animal; dans la lune, leb restes tronqués du croissant (19).
La rapidité avec laquelle le pinceau chinois s'est habitué à tracer les caractères, est la seule cause à laquelle on puisse attribuer ces simplifications, réductions à quelques traits essentiels, mais qui compliquent actuellement beaucoup l'étude de la langue (20).
Celle-ci, avec ses 80.000 signes, n'est guère vraiment connue à fond que des seuls lettrés (21).
(19) Voir, sur le tableau IV, les anciens caractères chinois comparés aux signes actuels.
On a généralement compté deux cents de ces signes primitifs : sept pour les objets célestes, dix-sept pour les objets terrestres, vingt-trois pour l'homme, vingt-sept pour le vêtement, trente-cinq pour les meubles, trente-deux pour les animaux, vingt-six pour les végétaux, (Abel de Rémusat.)
(20) Une des premières traductions connues est celle du Chou- King, livre sacré, par le Père Gaubil (1687-1759).
(21) Les caractères chinois se rangent en six classes ; nous les donnons ici à titre de renseignement :
1° 608 signes esquissant grossièrement l'objet à représenter, et qui ne se reconnaissent qu'avec beaucoup de bonne volonté et d'habitude. Ce sont les mots tels que : homme, arbre, chien, soleil, montagne ;
2° 107 signes symboliques exprimant une idée abstraite. Exemples : le soleil levant, signifiant matin ; la lune au bord de l'horizon, indiquant le soir ;
3° 740 signes symboliques par l'association de deux idées, comme : un personnage sous un toit, évoquant l'idée de concorde ; deux personnages sous le même toit, signifiant la discorde ; une femme et un balai, synonyme d'épouse, maîtresse de maison ; deux arbres, signifiant la forêt ;
4*' 372 signes ayant un sens plus conventionnel encore que les précédents ;
5" 21.810 caractères formés d'un signe primitif et d'un signe conventionnel ;
6*^ 598 combinaisons purement arbitraires.
Le tout forme un ensemble d'environ 25.000 mots, que la fan-
Tout l'art de sa vieille et vénérable grammaire consiste il grouper les mots d'une manière conventionnelle, de façon à former des relations intelligibles (22).
Elle ne comprend rien (jui puisse ressembler à nos verbes ou à nos adjectifs, à nos déclinaisons ou à nos conjugaisons. Chaque idée est figurée par un signe <iui la rend directement, sans aucun intermédiaire (23).
Si cette façon de faire a pu rendre de grands services aux peuples primitifs, il n'en reste pas moins acquis qu'un vocabulaire aussi chaotique a dû absorber une trop grande part de temps et d'activité pour pouvoir permettre de s'occuper avec fruit d'autres études.
C'est assurément pour cela que la civilisation chinoise, malgré la richesse inouïe de sa littérature si avancée (24), est restée stationnaire et a été dépassée par
taisie individuelle peut augmenter à son gré. Certaines évaluations vont jusqu'à 200.000 mots; mais 3 à 4.000 mots suffisent pour la lecture habituelle.
(22) La langue chinoise n'a pas, à proprement parler, de grammaire, mais une syntaxe.
Dans le discours, c'est la place assignée aux mots qui établit leurs rapports entre eux.
(2^3) Le même mot, suivant la place qu'il occupe, peut être substantif, adjectif, verbe, adverbe. Ainsi, par exemple, il n'y a qu'une seule façon d'écrire grandeur, grand, grandement, être grand, grandir.
Hao jin veut dire homme bon (bon homme).
Jin ti hao signifie lonté de i^homme (de l'homme la bonté).
Le mot parents s'obtiendra par la combinaisan de Fu, père, et de Mu, mère : Fu-mu, parents.
Le genre féminin s'obtient par l'adjonction de n'm, femme, femelle.
Pour faire de roi, ouang, reine, on dira donc : niu ouang, femme [du] roi.
Le comparatif et le superlatif sont formés d'une façon originale. C'est le procédé de la juxtaposition simple. Par exemple, pour dire : Pékin est plus grand que Paris, on dira : Paris est petit, Pékin est grand. La conclusion à tirer s'imposera d'elle-même.
(24) La littérature chinoise est une des plus abondantes du globe ; en Chine même, elle est évaluée à 600.000 ouvrages. L'œuvre poétique est très riche ; un seul poète a laissé plus de cent volumes de vers. Les écrits historiques sont très nombreux et tien-
celle de l'Europe de beaucoup plus jeune qu'elle (25).
Si nous poussons nos investigations sur l'autre liémisphère, nous nous trouverons encore en présence du même encliaînement de progrès successifs.
La civilisation mexicaine a suivi les mêmes voies que la civilisation égyptienne; elle a parcouru les mêmes sentiers, peut-être parallèlement, peut-être à sa suite, grâce
lient une grande place dans la littérature du pays. Les plus connus sont : VHistoirc à la portée de tous ; le Miroir historique ; les Vingtdeux histoires ; les Dix-sept histoires, etc., etc..
Les Cinq Classiques (ou King) sont le monument le plus important qui nous soit parvenu. Ils comprennent :
1° Le Chou-King, livre des annales ou des souvenirs, le plus ancien de tous, contenant l'histoire sommaire des dynasties depuis l'an 2205 av. J.-C;
2° Le Chi-King, livre des odes et des chants, recueil de poésies, chants, hymnes, chansons populaires, 305 pièces en tout ;
S'' Jj^Y-King, livre des transformations, ouvrage religieux attribué à Fohi, et continué par Ouen, roi de la 3^ dynastie (1143 av. J.-C);
4° Le Li-Ki, livre des rites, ou miroir des mœurs, recueil des lois et règlements de la vie domestique, collection de préceptes embrassant tous les détails de la vie ;
5° Le Chou-Tsin (Tchoun-Tsic.ou), mémorial du printemps et de l'automne, qui n'est que la continuation du Chou-King , par Confucius.
Ces cinq livres, dits canoniques du premier ordre, sont complétés par les Quatre Livres, ou livres canoniques du second ordre, dus aux disciples de Coiifucius : 1° la Grande Doctrine ; '2P le Juste Milieu ; 3° les Entretiens ; 4° les Analectes.
(25) La Chine est restée obstinément fermée à toute influence extérieure. Cela tient beaucoup à la configuration de son sol, qui, au lieu d'être découpé en presqu'îles ou en îles, creusé par des mers comme l'Europe, forme un bloc compact, peu abordable. Cela tient encore à la nécessité de résister aux invasions des pasteurs nomades tartares, mongols, mandchoux (muraille de Chine); mais la grande raison en est aussi au langage monosyllabique employé, qui, ailleurs, s'est transformé de bonne heure en langues agglutinantes, puis en langues à flexions, celles-ci étant seules destinées à s'universaliser.
L'idiome monosyllabique chinois n'a produit, en dehors de la langue mandarine (Kouan-hou), qui compte 44.448 mots, à peu près officielle, que des espèces de dialectes provinciaux, patois échelonnés le long de la côte et le long des fleuves, et absolument incapables d'un développement quelconque. Les plus connus sont le patois de Canton, celui de Fou-Tchéou, celui de Chang-Tchéou, de Yun-nan, de Han-Kow, etc.
à un mystérieux lien, rompu aujourd'hui, dont on n'a pu encore scient ificiuement démontrer l'existence (2()).
Les Toltèques, les Chicliimèques, et les Aztèques leurs successeurs, les Mayas du Yucatan, leurs ancêtres (27), nous ont laissé des monuments portant des inscriptions d'une grande netteté, d'où il ressort qu'eux aussi employaient les caractères idéif ormes pour fixer leurs pensées.
Comme les Egj^ptiens, comme les Chinois, ils rendaient les objets qui les entouraient par des dessins figuratifs, presque les mêmes (28).
(26) Les belles ruines de Palenque, découvertes en 1787, nous montrent de nombreux monuments analogues à ceux des Egyptiens : temples, pyramides, maisons, tombeaux, avec des statues, idoles, vases, bas-reliefs de styles semblables, le tout recouvert d'hiéroglyphes. Lpî^ monuments du Yucatan, des Mayas de Chiapa, d'XJxmal, de Mayapan, d'Iztamal, et bien d'autres, découverts depuis, confirment ces analogies.
(27) Disons ici quelques mots de l'histoire du Mexique. Si nous négligeons la fable qui veut que les premiers habitants aient été des géants (Quinamc.'iJ, nous voyons le paj'^s envahi d'abord par les Mayas, venus, suivant la tradition, par mer au Yucatan (des Antilles probablement) vers 793 av. J.-C. Les Toltèques, qui leur succédèrent, vinrent du Nord aux environs de l'ère chrétienne ; leurs descendants sont encore au Guatemala. A une époque que l'on peut placer entre les vi*" et y^ siècles de notre ère, les Chichimèques, moins civilisés que leurs devanciers, occupèrent le pays et fusionnèrent avec eux. Les derniers venus, les Aztèques, partis probablement de la Californie, commencèrent leur exode vers le Mexique en 648 après J.-C. et prirent le nom de Mexi ou Mexicatls. Ils fondèrent Mexico en 1325 et devinrent les suzerains de presque tous les empires mexicains (Chapanèques, Quilènes, Zapotèques, etc.). Leur dernier roi fut Montézuma II (1503-1520), qui se laissa mourir de faim sous Cortès, le conquérant espagnol, débarqué au Mexique en 1519.
(28) Le curieux calendrier maya-aztèque, plus exact que l'égyptien et que le nôtre de Fépoque, contient beaucoup de signes communs aux Egyptiens et aux Chinois. Quelques-uns paraissent aussi empruntés aux Mongols et aux Hindous. Le serpent, le scarabée, le lotus égyptiens sont très exactement imités.
Les Aztèques employaient des hiéroglyphes figuratifs et symboliques dont fourmillent tous leurs monuments et leurs peintures. De leur littérature, il ne reste malheureusement que bien peu de choses, tous les livres de la bibliothèque de Mexico (ainsi que les
Dans leur façon de représenter le jour, la nuit, le soleil, la lune, nous reconnaissons les mêmes moyens.
Nous avons donc pu faire le tour de notre globe sans nous heurter à un seul procédé différent.
L'écriture primitive est universelle, elle est due partout au même effort d'intelligence, aboutissant partout aux mêmes résultats.
Visitons les peuplaides indiennes qni subsistent encore en Amérique, et, en plein xx® siècle, nous retrouverons chez les plus arriérées l'emploi des caractères idéographiques des anciens.
Un group'e de tentes, suivi de traces de pas placés dans le sens de la marche, puis du plan d^un lac on de li silhouette d'une montagne, signifie que la tribu a levé le camp pour aller s'établir ailleurs, près du point saillant de la contrée indiqué dans le croquis. Quellques barres achevant le dessin indiquent le nombre de jours qu'il a fallu pour faire le voyage. C'est primitif, mais c'est simple et clair (29).
Etudions un enfant dont les progrès nous retracent en miniature l'histoire de tous les progrès humains ; observons ses premiers essais d'écriture. Si, au début, il ne fait que griffonner quelques zigzags incohérents, qui nous reportent à l'époque où l'homme n'avait que la parole, nous le voyons bientôt s'appliquer à rendre ses
peintures de l'école de peinture de Texcoco) ayant été brûlés par ordre du premier évêque de cette ville, dont les sous-ordres, péchant comme lui par excès de zèle, firent détruire tous les documents écrits qu'ils trouvèrent. Ces livres consistaient non pas en rouleaux, comme ceux des Egyptiens, mais en sortes de feuillets de carton (mapp&s).
Voir, sur le tableau V, quelques modèles d'hiéroglyphes idéographiques.
(29) Les huttes indiennes sont couvertes d'inscriptions rappelant les traits principaux de l'histoire de la tribu. On en jugera par les exemples du tableau VI.
On se sert aujourd'hui uniquement de l'alphabet latin pour l'étude de ces langues indiennes.
idéos sur le papier. Ce qu'il fera sera d'une très grossière exécution, niaisi enfin l'idée attaehéo au crocjuis saura percer aux yeux de l'observateur attentif, (jui retrouvera là toute l'histoire' de l'écriture à travers le dessin.
L'étude comparée de toutes les écritures primitives fait ressortir incontestablement que celles-ci participèrent toutes du dessin, d'abord purement figuratif, puis symbolique.
Ce ne fut là pourtant qu'un premier progrès, et il nous manque encore d'importants chaînons pour y rattacher nos procédés modernes.
Les langues avaient, nous le savons, suivi des voies difïérentes dans leurs perfectionnements successifs.
Des raisons des natures les plus diverses (dont nous dirons quelques mots plus loin) durent pousser les hommes de langages différents à communiquer entre eux et à rechercher les moyens pratiques de parvenir à s'entendre.
C'est la nécessité de rendre les mots d'une langue étrangère à l'aide des signes de la langue maternelle (30), qui nous amène à une phase nouvelle dans le perfectionnement de l'écriture : nous voulons parler de la découverte et de l'emploi des caractères phonétiques (31).
Ce progrès considérable devait laisser bien loin derrière lui ceux réalisés par l'écriture figurative ou symbolique.
(30) Les noms propres surtout ; les liiérogrammates égyptiens, chargés de transmettre à la postérité les hauts faits et les exploits des rois, durent forcément employer phonétiquement les images qu'ils avaient à leur disposition. Voici leurs procédés, adaptés à une écriture figurative française. Si, ne possédant pas d'alphabet, nous avions à rendre le nom étranger Cléopâtre, nous reproduirions les sons perçus par notre oreille : Clé-o-pâtre, au moyen de mots trouvés dans notre langue propre, et nous dessinerions une clef, l'eau et un pâtre. C'est tout à fait notre rébus moderne.
(31) De phoné, voix.
^Xoiis retrouvons l'écriture plionétique dans toutes les grandes civilisations qui ont laissé des traces de leui' existence : celles des Chinois, des Asisyriens, des Egyptiens, des Aztèques (32).
Le passage de l'écriture idéographique à l'écriture phonétique, exprimant des sjdlabes, fut la première étape franchie par nos ancêtres. Les rébus qui figurent à la qurtrième page de nos journaux illustrés peuvent donner une idée assez exacte de cette manière de faire.
Le dessin d'un dé et d'un cor nous fait lire décor; ui chat et un pot font chapeau. Cela ne demande certes pas un très grand effort d'imagination ; mais, à l'époque dont nous parlons, il dut falloir quelque temps pour acclimater ce système, qui permettait de rendre phonétiquement des mots étrangers à la langue du pays.
Les prêtres égyptiens poussèrent plus avant encore dans cette voie. Ils avaient découvert que les syllabes elles-mêmes pouvaient se décomposer en sons simples, irréductibles ceux-là, et dont le nombre était peu considérable, puisqu'on rencontrait toujours les mêm-es dans les différents groupes de mots.
Ils en vinrent insensiblement à les discerner et cherchèrent dès lors à les représenter graphiquement. Le procédé employé était bien primitif, quelque peu obscur aussi, puisqu'il consistait à représenter chaque son simple par le dessin d'un objet commençant lui-même par ledit son. Il y en avait, le plus souvent, plusieurs employés concurremment les uns avec les autres. Ainsi, pour figurer le son auquel correspond notre consonne labiale 7, on dessinait un lion, laho. A notre A corres-
(32) L'écriture syllabique chinoise moderne n'est pas autre chose.
Les prêtres espagnols se servaient de oe procédé pour apprendre leurs prières aux Aztèques. La lecture d'une succession de mots aztèques donnnit à roreille une assez fidèle reproduction du latin.
Voir, au tableau VII, quelques lettres empruntées à l'alphabet cuiioifornic perse (achéménide).
pondait une feuille, (ikc, ou un aigle, uJioni ; à notre H, une bouche, ro, et ainsi de suite (33).
Les ]']p^yptiens étaient ainsi arrivés à faire abstraction de la siji'uification dic l'image et de l'idée concrète ou symboli(iue qu'elle présentait, pour n'en conserver que Je son abstrait produit par sa prononciation (34).
Cette méthode était, au surplus, employée concurremment avec l'ancienne, ce qui ne laissait pas que de rendre fort laborieux le déchiffrement des hiéroglyphes.
L'écriture des Egj-ptiens n'est, on le voit, jamais devenue purement alphabétique. Elle est restée plutôt un jeu d'esprit qu'un moyen d'utilité pratique.
Ce fut pourtant un acheminement vers l'alphabet.
A cette époque, les arts et les industries avaient fait de sérieux progrès. On avait écrit primitivement sur des écorces d'arbre, sur des plaques de bois, plus tard sur les objets les plus divers : tablettes de métal (35), feuilles d'arbre (36), poteries (37), linge, plaquettes de bois
(33) Ces mots sont ceux de l'idiome copte, dernière forme de l'égyptien, découvert par Champollion.
(34) C'est comme si, pour reproduire le mot français mer, nous dessinions :
Une main, ou un marteau, ou un mât, etc., soit le son M ;
Une étoile, ou un étau, ou un épi, etc., soit le son E ;
Un rat, un rameau, ou une robe, etc., soit le son R.
L'alphabet hiéroglyphique phonétique comportait trois voyelles : a, i, ou.
Les consonnes r, x, z manquaient complètement ; quant aux autres, la correspondance des sous de nos lettres avec les hiéroglyphes a été établie d'une manière approximative, tout n'étant pas encore élucidé sur ce point.
Le tableau YIII reproduit quelques-uns des caractères empruntés audit alphabet.
(35) Pendant longtemps, les actes officiels des Grecs, des Assyriens, des Egyptiens et autres peuples avaient été consignés sur des plaques de bronze plus ou moins portatives.
(36) Certains Indiens se servent encore de livres fabriqués très habilement avec des feuilles de palmier, et dont les feuillets sont à peu près disposés comme les lames d'une jalousie.
(37) On a trouvé de nombreux et curieux exemplaires d'inscriptions sur fragments de poteries (ostralca), qui sont des reçus de
enduites de cire (38), bandes de plomb. Enfin, Temploi du papyrus et l'invention du papier, du parcbemin ou vélin, fait avec des peaux de bête, de veau principalement, avaient permis de donner un élan nouveau à la pensée humaine et laissé loin derrière eux les procédés antérieurs (39).
Le stylet et le poinçon, avaient, en même temps, fait place au calame, sorte de pointe de roseau taillée en sifflet, précurseur de la plume, dont nous ne trouvons guère mention avant le vii^ siècle de notre ère (40).
Mais revenons à l'alphabet.
C'est aux Phéniciens, ces habiles et hardis navigateurs, que revient l'honneur de l'avoir fixé, en réduisant récriture à sa forme la plus simple.
Marchands, c'est-à-dire gens pratiques, ils ne voulurent ni ne purent se servir d'un matériel aussi compli-
solde ou des pièces de la comptabilité journalière des armées romaines en Egypte.
(38) Employées comme les débris de poterie, par économie, le papyrus étant fort cher à l'époque.
(39) Les Egyptiens, qui avaient le monopole de la fabrication du papyrus, en gardèrent jalousement le secret, dans le but de tirer le plus longtemps possible d'énormes profits de sa vente à l'étranger. Ce n'est qu'au vii^ siècle avant J.-C. que l'on trouve trace de cette fabrication en Grèce.
Le parchemin, inventé à Pergame, en Asie-Mineure, plus résistant, mais moins maniable, fit de bonne heure une rude concurrence aux produits égyptiens. Ceux-là demeurèrent longtemps à un prix élevé, surtout aux années improductives ou stériles. Leur rival, le vélin, fut parfois introuvable, ce qui nous a valu les fameux palimpsestes, ou parchemins lavés et regrattés, sur lesquels on retrouva d'intéressiuitvs documents sous leur écriture nouvelle, les surchargeant imparfaitement.
Au x^ siècle de notre ère, nous vint d'Orient le papier de coton, et, au XIII*, la découverte, on ne sait où ni par qui, du papier de chiffon allait i>ermettre de remplacer le copiste par la presse typographique.
(40) On se servait d'une encre fabriquée avec du noir de fumée et de l'eau légèrement gommée. Los Eg>'ptiens employaient déjà nombre d'encres de couleur.
que et aussi peu coniinoile à manier que Téta lent les nombreux et souvent difficiles dessins destinés à rendre les lettres ou les mots.
Ce que les Egyptiens avaient inventé, les Pliénicieng le perfectionnèrent, adaptant à des besoins nouveaux des moyens nouveaux. Comme leui^ voisins du Delta du Nil, ils constatèrent que tous les phénomènes de la parole résultaient d'un petit nombre de sons, toujours les mêmes, soit modulés en voyelles, soit articulés en consonne (41).
Ils choisirent parmi les nombreux caractères égyptiens existants une série de signes, seize en tout, qu'ils simplifièrent en réduisant le dessin à un minimum de traits, et qui constituèrent des sortes de lettres destinées à la représentation plus ou moins parfaite des sons, et correspondant chacune à une articulation distincte.
Le père de tous nos alphabets modernes était né.
Tous ceux en usage aujourd'hui dans les pays civilisés en sont issus et les caractères employés par nous-mêmes ne sont pas autre chose que les images tronquées d'objets tirés de la nature (42).
(41) On connaît aujourd'hui environ deux nulle inscriptions phéniciennes ou puniques, provenant principalement de stèles funéraires et trouvées en Egypte, à Carthage, à Malte, à Chypre, partout oiî s'étendaient les colonies phéniciennes. On admet généralement que c'est vers l'an 1500 av. J.-C. que l'alphabet fit son apparition sur les côtes de Syrie.
Les premiers travaux de déchiffrement furent ceux de Génésius, en 1820. Ce n'est que grâce à des inscriptions bilingues ou même trilingues que les recherches purent aboutir. Les monuments les plus connus et les plus cités sont le sarcophage d'Eschmounezer, roi de Sidon, datant du iv® siècle av. J.-C; les candélabres de Chypre, à curieuse inscription, et enfin la très intéressante stèle de Mésa le Dibonite, roi de Moab, que nous pouvons contempler dans la salle judaïque de notre Louvre. (Voir le tableau IX.)
(42) Voir le tableau X.
Portées bientôt de seize à vingt-deux, les lettres phéniciennes donnèrent une puissante impulsion à la civilisation dans l'antiquité.
Elles ne tardèrent pas à être adoptées par les peuples riverains de la Méditerranée, constamment en contact avec ces intelligents commerçants.
Des Syriens, des Chaldéens et des Carthaginois, elles passèrent, sous leur forme hébraïque (43), aux Grecs, qui furent les premiers à les adopter, puis aux habitants de la presqu'île italique.
Avec le temps, d'autres alphabets dérivèrent de cette souche primitive.
En Grèce, les caractères hébraïques produisirent les lettres grecques que nous voyons toujours employées, quoique avec quelques modifications,
En Sarmatie, ils se transformèrent en slavons, puis on slaves (44) ; en Egypte, ils devinrent coptes.
En Italie, le romain fut formé des signes graphiques empruntés d'abord aux Phéniciens, puis aux Grecs, et devint, par la suite, l'alphabet de l'Europe et, en général, de tout le monde civilisé (45).
On peut encore citer le gothique, commun aux Allemands et aux premiers Anglais, lequel parait être le fruit d'une conibinai&on des alphabets grec et romain et qui remplaça les caractères runiques dont se servaient
(43) Les lettres samaritaines, forme la plus anoienne de l'hébreu, rappellent le mieux Ips caractères phéiiiciens. L'alphabet hébreu actuel, composé également de vingt-deux lettres, a été quelque peu modifié au cours des siècles.
(44) L'alphabet slavon, modelé sur celui des Grecs, vit le jour au commencement de notre ère. Complété par les Serbes, modifié par les Russes, il se compose actuellement, sous le nom d'alphabet slave cyrillien, de 35 lettres, et est le plus riche de l'Europe.
(45) Voir le tableau XI.
les nnciens liabitants tle nos contrées septentrionales (4G).
En Asie, nous rencontrons les divers ali)liabets indiens, veirus de l'Yénien et procédant, croit-on, d'un embranchement sémitique en usage dans cette partie de l'Arabie.
Le plus complet, non seulement aux Indes, mais partout ailleurs, est le sanscrit ou alphabet devanagâri (écriture divine). II renferme en lui la collection de sons la plus capable d'exprimer toutes les modulations de la voix humaine et d'en reproduire les plus délicates nuances. Ses 47 signes comprenment 25 consonnes, 10 voj'eiles, 4 diphtongues, 8 semi-voyelles et souffles, riche gamme permettant de nuancer la langue parlée à l'instar de la plus subtile musique.
La belle langue sanscrite, qui n'est plus parlée depuis vingt-deux siècles, a été l'instrument d'une abondante et instructive littérature. Elle est toujours cultivée comme langue sacrée et, de nos jours, écrite couramment par tout brabniane lettré, et cela de préférence au bengali, l'idiome le plus répandu dans l'Hindoustan (47).
(46) Les bizarres caractères runiques, en foniie de pointes disposées horizontalement et verticalement, au nombre de seize, furent apportés dans la Baltique par des navigateurs venus de Phénicie. Ils furent en usage chez les peuples Scandinaves, les Islandais principalement, vers le ii° siècle de l'ère chrétienne environ. Au moyen-âge, ils servirent à envelopper de mystère les opérations de sorcellerie. On a retrouvé des monuments à inscriptions runiques en Amérique, non seulement au Groenland, mais encore au sud du Saint-Laurent et aussi en Floride et en Vinland. On sait ainsi que les vieux Scandinaves avaient découvert le nouveau continent bien avant Christophe Colomb, et y avaient fondé des colonies, lesquelles restèrent de peu d'importance et furent détruites.
(47) La plus ancienne forme de l'alphabet sanscrit est le niagâdhi ou alphabet d'Açoka, que Ton retrouve sur les plus anciens monuments de ITnde (rochers de Guzerate, colonnes de Delhi, etc., etc.). Il a donné naissance plus tard aux alphabets singalais, birman, siamois, cambodgien, thibétain, mongol, etc. La langue sanscrite était restée ignorée jusqu'à la fin du siècle avant-dernier, sauf pour quelques missionnaires, qui s'en étaient ssrvis pour con-
En résumé, si nous voulons grouper les alpliabetâ par les difïérentes façons de les lire, nous aurons :
1° Ceux qui se lisent de droite à gauche :
Mentionnons en tête la famille sémitique, qui comprend le cananéen ou hébreu (dont la stèle de Mésa et les manuscrits de l'Ancien Testament nous donnent les formes extrêmes) ; le punique (inscriptions de Carthage) ;
L'araméen (48) (chaldéen et syriaque), dont nous vient l'arabe, ancien et moderne (coufique et neshi) avec le turc, lequel, tout semblable, a ajouté, de même que le persan, cinq lettres aux vingt-huit de l'alphabet arabe.
Les alphabets zend (49) (vieux bactrien) et pehlvi s'ajoutent également à la catégorie ci-dessus.
2" Les alphabets se lisant de gauche à droite (50) :
vertir plus facilement les Indous. Elle nous fut révélée par les Anglais sous Warren Hastings. Depuis, sa, littérature et ses livres sa^crés, les Védas, ont été traduits au prix de milles peines, et souvent au péril de la vie de ceux qui s'adonnaient à ces savantes recherches.. En 1854, Hippolyte Fauche nous a traduit le grand poème épique et sacré de liamayana et le Mahuhhârata (sumérien), qui nous retrace les grandes épopées de l'histoire des Indes, ouvrage auprès duquel V Iliade et V Odyssée font toute petite figure.
(Voir, au tableau XII, quelques échantillons des caractères sanscrits.)
Dans l'alphabet sanscrit, les consonnes se subdivisent en cinq groupes de cinq lettres : gutturales, palatales, cérébrales, dentales, labiales. Les semi-voyelles sont les sons ya, ra, la, va; et les souffles ou sifflantes : ça, cha, sa, ha. Ces 47 signes, par une combinaison très ingénieuse, donnent naissance à 230 caractères composés, appelés plus généralement ligatures.
(48) L'araméen s'écrit de haut on bas et se lit de droite à gauche.
(49) Le Zcnd-Avesta est le livre sacré des Parsis. C'est la bible de Zoroastro (1300 à GOO (?) av. J.-C).
(50) N'oublions pas de mentionner certaines inscriptions antiques écrites d'une façon mixte appelée houstrojihcdon, et rappelant le sens de la marche des bœufs au labour, c'est-à-dire allant
de droite à gauche, puis de gauche à droite ^^ et ainsi
do suite. r*-^ •* ^
Ce sont d'abord, le grec, le latin, le gothique, le slave ou slavon (ancien et moderne) et le copte.
L'éthiopien (amhara) est le seul membre de la famille sémitique que nous rencontrons ici.
Enfin, nous trouvons le sanscrit (devanagârl) et ses innombrables dérivés plus ou moins nouveaux, auxquels nous ajouterons' les alphabets tibétain, cynghalais, birman, siamois et cambodgien.
3" Alpliabets se lisant de haut en bas (51) :
Le mongol et le mandchou, de 33 lettres, très voisins l'un de l'autre. Le dernier est plus soigneusement construit que son congénère et, par suite, plus facile à lire. L'ouïgour, ou le tartare, s'y rattache également. Le chinois, le japonais, le coréen, dont la forme ne rappelle en rien l'origine égypto-phénicienne, trouveront pourtant leur place ici à cause du sens dans lequel on lit leur alphabet idéiforme.
(51) Ou de bas en haut.
Etude des Langues.
CHAPITEE III
HISTOIRE SUCCINCTE DES LAx\GUES CONNUES
Passage de la période aglotte à la période polyglotte. Groupement des langues en familles. Les groupes sémitique et hamitique. La famille tartaro-scythique. Le monosyllabisme. La famille malayo-polynésienne. Les langues africaines et américaines. Liva-sion en Europe des Ibères et des Pélasges. Migrations des Aryas. Répartition actuelle et future des langues indo-européennes.
Cette rapide étude des perfectionnements successifs des caractères de l'écriture, depuis les signes idéographiques, figuratifs et sjanboliques, jusqu'aux alphabétiques, en passant par les phonétiques et les syllabiques, nous a amené à constater les profondes divergences qui se produisirent entre eux au fur et à mesure de leur évolution.
Nous n'en conclurons que plus facilement, et preuves en mains, qu'après la période aglotte (sans langues), les humains, dispersés dans toutes les directions, habitant les contrées les plus diverses, suivirent, au point de vue du développement de la linguistique, des voies parallèles, évoluèrent dans des cadres différents, sans se heurter et; sans se confondre.
En d'autres termes, il y eut, après l'époque du cri spontané, de l'interjection, du monosyllabe voulu par la nature, non pas une langue, mais plusieurs langues, beaucoup même, qui allèrent se ramifiant de plus en plus, à tel point qu'aujourd'hui, indépendamment des langues mortes ou disparues, nous ne connaissons pas moins de neuf cents dialectes en usage sur notre globe.
Les uns sont parvenus à une forme que nous pouvons considw'or comme étant la plus parfaite ; ce sont ceux à floxidu (|ui, seuls', sont arrivés à fomplète niaturi-
té (1).
D'autres sont restés stationnaires et leur développement représente une x^li^^se intermédiaire, dont ils no sortiront probablement plus. Ce sont les langues agglutinantes, c'est-à-diro celles qui ne dépassent pas l'agglomération, la juxtaposition des mots simples (2).
Il y a enfin les idiomes monosyllabiques, dont le chinois est le principal représentant et qui paraissent le mieux rappeler le type primitif (3).
Si nous essayons de pénétrer dans ce dédale, beaucoup plus apparent que réel, et quoique le dernier mot n'ait pas encore été dit là-dessus, nous pouvons grouper les langages liumains ayant des liens et des origines communes en familles principales. Les voici :
La famille indo-européenne, historiquement reconstituée, et sur laquelle nous reviendrons plus tard ;
(1) Les familles sémitique et indo-européenne les contiennent tous.
(2) Le basque, le groupe tartare, européen et asiatique, les langues dravidiennes, malayo-polynésiennes, etc., etc. (Voir la carte
Les langues agglutinantes diffèrent surtout des langues à flexion en ce qu'elles ne font pas fusionner le radical, ou mot principal, avec ceux qui s'y ajoutent pour exprimer cas et nombre lorsqu'il s'agit de substantifs, nombre et personne pour le verbe.
C'est une association mécanique de racines.
Voici un exemple dans la langue basque : égun, jour ; éguna, le jour ; égunac, les jours. L'appellation d'escualduna-c, « qui ont la main adroite », que se donnent les agiles Basques, nous fait également toucher du doigt le système agglutinant de leur langue (escu, main; aide, adroite; dunac, qui ont).
(3) Les langues monosyllabiques ou isolantes donnent certainement l'idée la plus exacte de la première forme du langage. Elles ne connaissent aucune distinction de genre, de nombre, de mode, se contentant d'exprimer les idées au moyen de sons simples, toujours invariables. Le chinois ancien, ou kou-wen, dans lequel sont écrits les cinq King, en est le type le plus pur.
Les langues de la vieille famille sémitique, dont tous les membres, sauf l'arabe, sont morts aujourd'hui (4).
La brandie araméenne, d'où nous vient l'arabe (5) parlé depuis le Tigre et l'Euplirate jusqu'au Maroc, comprenait l'assyrien ou babylonien, le clialdéen, en usage à la cour de Ninive, et le syriaque.
L'hébreu, employé de nos jours par les Israélites comme langue sacrée; le samaritain ou hébreu profane ; le phénicien, presque en tout semblable, avec ses formes punique et carthaginoise, appartiennent à la branche dite cananéenne.
ÎNous rattacherons encore à la langue arabe, l'ancien éthiopien ou ghéez, ou axumite, et l'amhara, nouvel idiome éthiopien parlé au Tigré, lesquels ont produit la seule littérature véritablement africaine qu'il y ait (6) (sauf l'Egj^ptien).
La famille hamitique, cette cousine germaine de la sémitique, n'est chez elle que sur le continent noir et règne surtout sur les sables du grand désert (T).
L'ancien égyptien a fait place au copte, à son tour refoulé par l'arabe, auquel il résista jusque vers le xvii^ siècle.
Sur les bords de la mer llouge, on connaît les idiomes des Bedjas ; sur les rivages de l'océan Indien, le danakil, le galla et le somali.
Les dialectes lybiens, berbères, touareg et maures du
(4) Voir le tableau XIII et les cartes 1 et 2.
(5) La littérature arabe, dont les monuments commencent avec l'Islam, est une des plus riches connues. Les dialectefi himyaritiques parlés jadis dans le sud de l'Arabie furent très différents de l'arabe.
(G) Le ghéez, employé encore dans les temples, a donné le tigrinia, l'hamtenga, le galla, le harari ; c'est surtout l'amhara ou amarrigna qui est en usage dans toutes les classes.
La littérature est peu importante, et commence au iv® siècle.
(7) Voir la carte II.
fSénogal complètent la liste des membres de cette famille (8).
La famille tartare ou scythique (9), dont le berceau est au Turkestan et qui a des représentants en Europe, forme un groupe important de langues.
Au nord de notre continent, nous renconti'ons le lapon, en usage dans sa partie la plus septentrionale; puis le finnois ou finlandais, lequel a lutté victorieusement contre l'intrusion du suédois et dont le tchoude, esthonien et live, en usage en Livonie et en Estbonie, et le karélien sont des proches parents (10).
Si nous descendons beaucoup plus au sud, vers le cours moyen du Danube, nous nous trouvons^ en présence d'un membre isolé, le hongrois ou magyar, dû à une émigration venue des monts Ourals, celle des Huns.
Les Turcs n'étant considérés que comme campés en Europe, nous citerons leur langue parmi celles de la famille tartare restées en Asie. L'osmanli ou ottoman, parlé à Constantinople, fourmille de mots arabes et persans. Il n'en est pas moins resté une fort belle langue. Le turc oriental est demeuré à l'état pur, l'ouigour principalement, qui est parlé dans la région caucasienne et en Asie Mineure (11).
On y rattache, en outre : le baskir, encore en usage dans certaines contrées entre l'Oural et le Volga ; le
(8) Les idiomes berbères principaux sont : celui des Berabras du Nil, dit berbérin; le tamachek, le schauïa d'Algérie (Kabylie) ; le schelluch du Maroc. Les langages touareg sont encore très mai connus et peu définis (carte 2).
(9) Tartare e?t plus correct. On l'appelle aussi oural-altaïque ou tourauienne. (Voir les cartes I et IV.)
(10) Nommons encore le tchérémisse, parlé sur le haut Volga, ainsi que le permien, tous deux de souche finnoise, comme le samoyède et le lapon.
(11) Le turc oriental comprend encore le djagataï, parlé au Turkestan et dans les khanats de Khiva et de Bokhara ; le kijolihak, langage de Ivasan et d'Astrakhan.
kiigliis ou tuioomau, connu dans toute la région Est de la Caspienne ; le turkestan, le tartare, parlés à l'ouest de la même mer, et dans une grande partie de la Caucasie.
La brandie finnoise règne dans toute la partie septentrionale de l'Asie. Elle comprend, comptés de l'ouest à l'est, le samoyède, le wogoul, l'ostiaque, le yakoute, le tclioutclike et le langage des habitants du Klamtschatka.
Nous avons enfin le rameau mongol qui s'étend sur des surfaces colossales. Il comprend le tongoux, parlé depuis l'embouciiure de l'Iénisséi à la mer du Japon ; le mandchou, dont la belle littérature date de 1644, époque à laquelle la Chine fut reconquise. Le kalmouk du Csucase se rattache directement à cette catégorie de langages.
Les idiomes monosyllabiques forment une vaste famille et sont probablement ceux en usage chez la plus grande masse d'hommes de notre globe, puisque le chinois en forme la base, donnant ainsi à lui seul un apport de 400 millions d'habitants. En font pa^rtie : l'annamite, le cochinchinois, le cambodgien ou khmer, les idiomes laotiens, le birman et le thibétain, déjà agglutinant et propagé au loin grâce à ses prêtres (12).
Le coréen, quoique polysyllabique, et le japonais, polysyllabique et agglutinant, peuvent également s'y relier par beaucoup de côtés.
La famille dite malayo-polynésienne (13) est surtout insulaire, sauf pour la presqu'île de Malacca. Le malais est couramment employé, sous des formes variées ^ depuis Formose jusqu'à la côte orientale de la grande
(12) Les Lamas, intellip;ents et influents, de la région de Lhassa. Divers dialectes himalayens trouvent encore place dans ce groupe. Le siamois s'y rattache également, quoiqu'ayant déjà fortement subi l'influence du Pâli. (Voir la carte I.)
(13) Voir la cartel.
île (lo Madagascar. Il est originaire de Bornéo ou de vSumatra et possède une litlérature assez riche, fortement teintée de sanscrit (14) et remontant au xiv" siècle. Connu des Tagalos des Philippines, en usage aux Yisayas, aux Larrons, aux Carolines, il revêt mille formes diverses dans les îles de la Sonde (15), les Molu(iue8 et à Malacca.
Le polynésien est parlé en ditt'éreiits idiomes dans les îles de la Polynésie ; peu connu et peu étudié le plus souvent, il a, jusqu'à présent, été impossible d'en classer les variantes d'une façon régulière.
En Australie, en Nouvelle-Guinée et dans les îles du voisinage, les habitants (les Papouas) se comprennent au moyen de pauvres idiomes mélanésiens, langues misérables s'il -en fut jamais. Quelques-unes ne possèdent en tout qu'une dizaine de consonnes. Ces langues sont condamnées à disparaître, de même que les races qui les parlent s'éteignent rapidement devant l'intrusion des blancs (La Tasmanie en a déjà fourni un exemple ; le dernier Tasmanien étant depuis longtemps mort dans un hôpital.)
C'est en Xouvelle-Zélande que le mouvement est le moins accentué. Les dialectes à peu près inconnus des Négritos, réfugiés aujourd'hui dans les parties les plus inaccesisibles de l'archipel malaisien et de la presqu'île de Malacca, ne peuvent, pas plus que le papoua,
(14) Les livres sacrés des Indes ont été tons traduits en malais. Le kavi, idiome malais de Java, est né du rapprochement du malais avec le sanscrit.
La syntaxe est restée malaise, les racines sont devenues sanscrites.
Toutas les langues de la famille malayo-polynésienne sont agglutinantes, (Voir la carte VI.)
(15) On peut citer le javanais, le soudanais, le madourien, l'atchinois, le battak, le timorien, qui, à lui seul, n'a pas moins de quarante dérivés différents.
faire partie à un titre quelconque de la famille dite malayo-polj'nésienne (IG).
L'Afrique, continent nouveau, pendant longtemps guère mieux connu que la Lune, est la patrie d'une multitude de langues que l'on classe souvent trop ou pas assez. On est, du reste, loin de les connaître toutes, puisque cliaque jour, à la suite de nouvelles explorations, la liste s'en allonge quelque peu (17).
Nous savons déjà que toute sa partie nord est dévolue aux langages de souches sémito-liamitiques.
Dans la zone comprise entre le Sénégal et la Nubie, de l'Atlantique au Nil, sont parlés les idiomes nègres ou soudanais, que l'on pouiTait à peu près ranger sous cette rubrique, bien générale pourtant. Les langages nigritiens les plus connus sont : l'haoussa, l'achaïuti et le dahoméen ; le fulbé et le yoloff, en usage dans nos colonies du vSénégal et du Soudan, accusent les types les plus marqués des idiomes soudanais.
Les royaumes qui, dans cette région, s'échelonnent de l'ouest à l'est : le Bornou, le Baghirmi, le Wadaï et les anciennes provinces égyptiennes du Darfour et du Kordofan, ont tous des langages particuliers plus ou moins apparentés les uns aux autres, qui viennent, ou plutôt viendront s'ajouter à cette liste déjà longue.
Dans la Haute-Egypte, le nubien, le dongolien et le foulah ou peul peuvent trouver place dans une classe particulière à laquelle on pourrait ajouter le shillouk (18).
(16) Les dialectes des Papou as proprement dits, de la Nouvelle- Guinée, n'ont, jusqu'à présent, pu être rattaches à aucune famille. Ceux des Mélanésiens, ceux parlés aux Fidji, aux Nouvelles-Hébrides, aux Salomon, à la Nouvelle-Calédonie, rentrent dans le groupe des langues malayo-polynésiennes.
(17) A^oirlacartell.
(18) Le foulah ou peul est parlé et connu de l'Atlantique à la mer Rouge, du Sénégal et du haut Niger, par le Baghirmi et lo
Le iibboii, parlé au nord du Tchad, au Kanom, au Tibesti, etc., est range quelquefois parmi les langues d'origine hamitique.
Les idiomes abantous ou bantous sont employés dans tout le grand triangle formé ivàr la partie méridionale de l'Afrique. Ils sont, en certains endroits, si nombreux que presque chaque village en possède un spécial. Nous nous contenterons de désigner les principaux.
Le souahéli, qui règne sur la côte orientale, en face de Zanzibar.
Plus au sud, les idiomes mozambiques et zambéziens. Puis les langages cafres : le zoulou, le basouto, le béchuana, le matabele, auxquels s'ajoute le cafre du Congo.
Sur la côte occidentale, le damara et l'angola.
Il est encore impossible de dire quelque chose de très précis sur les langues parlées dans la région des grands lacs ; leur étude offre un vaste champ à l'activité des linguistes et des philologues.
L'extrême sud de l'Afrique est le siège du liottentot, griqua, korana, namaqua, qui se rapprochent, comme ceux qui le parlent, du négritos de la Malaisie.
Le boschiman, en usage chez la plus ancienne race de l'Afrique australe, est certainement la plus misérable de toutes les langues connues, car elle est tellement incomplète qu'elle ne peut être emploj'ée dans l'obscurité, tant il est nécessaire de la compléter au moyen de gestes.
La classification des langues américaines n'a pu, elle non plus, être arrêtée de façon très précise et, outre que les avis sont partagés là-dessus, la documentation la plus élémentaire fait souvent défaut sur bien des points.
Ouadaï, à la Nubie. Les Foiilabs se sont mélangés aux habitants de ces pays. Ils fondèrent les empires du Fouta-Djalon et du Sokoto. Les Toucouleurs du Sénégal sont des métis foulahs.
Les uns croient retrouver dans les idiomes du nouveau nionde des traces manifestes de l'influence asiatique.
D'autres affirment reconnaître l'empreinte des langages de l'ancien monde.
Certains linguistes y voient des indices des deux civilisations ; quelques-uns enfin se retranchent derrière l'opinion de la simultanéité des perfectionnements dans toutes les parties de notre globe.
Comme on le voit, on est loin d'être d'accord.
Si nous parcourons le nouveau monde du Nord au Sud (19), nous rencontrons les langues encore employées actuellement, abstraction faite d'innombrables idiomes secondaires, dans l'ordre suivant :
L'esquimau, parlé sous des formes diverses depuis le détroit de Behring jusqu'à celui de Davis, ainsi qu'au Groenland.
C'est le langage de toute la population autoclitone de l'Amérique arctique.
Dans le reste de l'Amérique septentrionale, nous trouvons, toujours en allant du Nord au Sud, les langages atLapasques : tinné, omkones, chippeways et d'autres encore, dans la région située à peu près entre la Colombie britannique (20) et la baie d'Hudson ; puis les idiomes algonquins, presque anéantis, dont le mohican, le delaware, l'illinois, etc. (21).
Autour des grands lacs Erié, Ontario, et sur les rives du Saint-Laurent, les Iroquois n'ont pas oublié leurs langues propres, le moliawk, le sénécos, l'onondagas, l'onéidas, le cayougas et d'autres pour lesquelles on n'a que l'embarras des noms.
(19) Voir la cart« III.
(20) Où l'on rencontre encore, ainsi qu'à l'île de Vancouver, le (lené-djindié.
(21) L'abenak, le naicmac, encore en usage au Nouveau-Brunswick et au Labrador.
L'important groupe sioux ou dacota, avec ses frères luiron, pawnie, assiniboine, muskogee, règne encore dans le bassin du Missouri, l'orégonais, dans celui de rOrégon, et le californien dans la presqu'île de ce nom.
Les langages chérokée et séminole se retrouvent dans les bouches indiennes de la vallée du Mississipi et en rioride. Enfin, las diiîérents idiomes du nouveau Mexique et du Texas se rapprochent, les uns, comme le comanche (22), du mexicain; les autres, de l'athapasque, tels que l'apache et le navajo.
En Amérique centrale, la vieille civilisation mexicaine n'a pas été sans laisser, au point de vue linguistique comme aux autres, de nombreuses traces de son passage. La quantité d'idiomes aztèques-toltèques, en usage au Mexique et dans les républiques du centre Amérique, en sont la preuve. Le maya est toujours employé par les peuples indigènes du Yucatan et du Guatemala, et l'espagnol aura de la peine à en faire disparaître les très nombreux dérivés.
Passant en Amérique du Sud, nous verrons au Pérou les descendants des Incas se servir du quitchoa et de l'aymara.
Les anciennes races colombiennes emploient toujours le chibchas ou muiscas. Au Venezuela et dans les Guya^ nés, les féroces indigènes parlent le caraïbe ou le galibi.
L'immense empire brésilien est le siège du tupi, du botocudo, du guarani, ce dernier très répandu aussi dans l'Argentine et au Paraguay (23), et de l'omagua.
Citons encore le puelche et le téhuelche des Patagons,.
(22) Ainsi que l'ute et le chochonie.
(23) Le gaucho est, comme ceux qui le parlent, un métis de guarani et d'espagnol.
Dans la région du Parana, on connaît les idiomes tobas et mataguayos ; dans l'Uruguay, le cliarruas.
avec une mention iDOur l'araucan, langage des ancêtres des Cliiliens actuels, et nous pourrons terminer notre liste par le misérable assemblage de sons luégien, au&si pauvre que le boscliiman et que nous présenterons avec les mêmes qualificatifs.
Beaucoup des dialectes que nous venons d'énumérer paraissent offrir, du septentrion au midi, quelques traits généraux communs et pourraient peut-être, jusqu'à plus ample informé, être considérés comme sortant d'une même souche, comme apparteinant à une même grande famille.
Actuellement les uns comme les autres tendent à s'efPacer et à disi>araitre de plus en plus devant la formidable invasion des langues européennes modernes, qui, sous la forme anglaise, espagnole et portugaise (24), prennent peu à peu leur place.
Bientôt, il ne restera que le souvenir d'idiomes dont la filiation avec ceux des vieux mondes, l'Asie, l'Europe et l'Afrique, n'a pu encore être scientifiquement démontrée.
Ce sont les langues de la grande famille indo-européenne qui offrent le plus grand intérêt philologique, car ce sont celles des races qui aspirent à dominer le monde.
Nous allons essayer d'en esquisser à grands traits l'histoire.
A une époque dont la date ne peut être, même approximativement, fixée, mais qui est certainement des IjIus reculées, les races autochtones de l'Europe, les habitants des cavernes ou troglodytes (25), furent absor-
(24) Allemande aussi aux Etats-Unis ; française au Canada, aux petites Antilles et à Haïti. ^
(25) Les Kuclopos ou Cyclopes d'Homère paraissent avoir appartenu à cette race,
Hésiode les appelle ((fils do la Torro et du Ciel ».
bées i)ai' deux invasions venant l'une de l'Ouest, Fauiie de l'Est.
Los Ibères, venus, dit-on, de contrées disparues aujourd'hui, de la fabuleuse Atlantide, dont Platon nous parlait quatre siècles avant notre ère (20), et dont, d'après certaines hypothèses modernes, les Açores, les Canaries et Madère seraient les débris, envahirent toute la partie occidentale de notre continent, jusque vers le lihin, occupant ainsi les péninsules hispanique et ibérique avec les îles qui en dépendaient, puis notre France, l'Angleterre et enfin le Nord de l'Afrique, où ils furent arrêtés par les Egyptiens (27).
A l'Est, les Pélasges, venus de l'Asie Mineure, à travers l'Archipel et les Dardanelles, envahirent peu à peu la Grèce et, faisant tache d'huile, s'étendirent progressivement jusqu'aux régions danubiennes. Navigateurs, ils fondèrent de prosi)ères colonies sur les rivages ita-
(26) Il nous parle d'une île, plus grande que l'Europe et l'Afrique réunies, située au delà des colonnes d'Hercule, et d'où serait partie, 9.000 ans avant lui, une armée conquérant successivement la Tyrrhénie et l'Afrique du Nord jusqu'à l'Egypte. Cette île aurait disparu dans un cataclysme : (( ...Mais il surv^int de forts tremblements de terre et de grandes inondations, et, en un seul jour et en une seule nuit, nuit fatale, l'Atlantide s'engloutit dans la terre entr' ouverte, » (Timée.)
(27) Une théorie différente veut que les Ibères, originaires d'Asie, soient venus dans l'Atlas et dans l'Afrique du Nord-Ouest avant les Egyptiens et les Berbères. Franchissant le détroit de Gibraltar, ils auraient successivement envahi l'Espagne, la Gaule, les îles Britanniques, l'Afrique septentrionale et centrale, la Sardaigne, la Corse et la Sicile. L'occupation de cette dernière île par les Sicanes, de race ibérique, en 2.000 av. J.-C, est un des faits historiques les plus aiLciens dont l'Europe ait gardé le souvenir. Les Ibères (habitants des bords de l'Ibère ou Ebre) d'Espagne, se sont appelés, aux vi^ et vii^ siècles av. J.-C, les uns Tartesses et Cunètes, puis Turdétans, Turdules; les autres, Glètes, Vascons, Cérètes, Indikètes, Kempses. Ces derniers sont devenus les Lusitans, les Astures, les Cantabres. Les Silures de la Grande-Bretagne, les Sicanes du bassin séquanien, les Liburues de la Gaule cisalpine sont autant de grands rameaux de la famille ibérique.
liens do l'Aclriatique, en Sicile, et poussèrent jusqu'aux côtes d'Afrique. Ils occupaient à peu près ce qui forme la Turquie d'Europe actuelle, la Grèce et l'Italie méridionale (28).
Ces deux civilisatians marcliant l'une vers l'autre se lieurtèrent à un moment donné, événement au sujet duquel l'histoire ne nous laisse que de vagues indications (29).
Du reste, les deux peuples envahisseurs allaient être à leur tour submergés par les flots de la grande immigra^ tion indo-européenne, autrement importante et dont nous sommes les descendants directs.
Le point de départ de cette nouvelle invasion fut le centre de l'Asie, qui parait avoir été le véritable berceau des habitants actuels' de l'Europe.
Un peuple que nous appelons aryen (d'Aryas qui Teut dire agriculteur ou honorable, fidèle, dévoué, qualificatifs que se donnaient les arrière-ancêtres des Indous) habitait, il y a plusieurs milliers d'années, la région située au nord de l'Indou-Kouch et du plateau de Pamir, à peu près ce qui fut aussi l'ancienne Bactriane. Les limites reculèrent plus tard jusque vers les montagnes occidentales de la Chine à l'est, l'Oural à l'ouest, et s'appuyèrent au «ud à la partie montagneuse qui sépare l'Afghanistan de l'Inde.
Trois mille ans environ avant l'ère chrétienne, ce peuple-tronc" se divisa, en deux grands rameaux : l'un
(28) Les Pélasges, appelés aussi Tursânes, Turses, Tursènes, plus tard Tyrrliènes, comprenaient principalement les Teucriens dans la région entre le Pénée et le Danube ; les Péoniens, sur les côtes de Macédoine ; les Courètes, en Eole et Acamanie ; les Arcadiens et les Cauoons dans le Poloponèse. En Asie Mineure, c'étaient les Phrygiens, les Mysieixs, etc.
(29) Socrate, dans le Timée, de Platon, fait, d'après Solon, un pompeux récit d'une lutte où la victoire resta aux Pélasges, et qui arrêta l'invasion ibérique en lui assignant des limites. Tout l'honneur du triomphe y revient, bien entendu, à la ville d'Athènes.
asiatique, s'iHoiulant à travers l'Iran jus(iiraux rives méridioualos de la Caspienne et sur le» bords du golfo Persique, occupant en meiue temps la Mésopotamie (au moins temporairement) ; l'autre» européen, l'rancliis'»ant l'Oural, le A^ilga, en refoulant les Finnois vers le Nord, couvrant toute la partie de l'Europe comprise entre la Baltique et l'Adriatique (où il se heurta aux Pélasg-es), la ^fanclie et la Méditerranée (où il rencontra les Ibères (;k)).
Il apporta aux sauvages habitants de ces contrées une civilisation relativement avancée, caractérisée par la connaissance des travaux d'agriculture, de l'usage des métaux et de la fabrication dos étoffes (31).
Les Pélasges et les Ibères ne constituèrent pas bien longtemps un obstacle infranchissable au graduel en-
(30) L'Europe centrale et méridionale était, à ces époques, habitée au sud des Balkans par les Thraces, appelés Gètes au sud du Danube, Daces au nord de ce fleuve, Cimmériens vers la Crimée, Phrygiens en Asie Mineure. Les Illyriens vivaient surtout sur les côtes orientales de l'Adriatique. Ils comprenaient une foule de tribus : les Vénètes au bord du Pô, les lapodes en Dalmatie, les Autariates vers la Morawa, les Libumes sur les côtes d'Italie. Les Ligures ou Liguses se partageaient la Gaule, une partie de l'Espa^ gne et de l'Italie, dont un de leurs rameaux, les Sicules, occupait la partie méridionale
Les Scythes, qui habitaient de vastes régions, de la Baltique au Dniepr, appartenaient eux-mêmes, dit-on, à un rameau iranien, c'est-à-dire indo-européen, détaché de la branche asiatique pour s'implanter de boiuie heure au delà de la Caspienne et de l'Oural. D'aucuns les rangent parmi les Touraniens.
Les Finnois, répandus dans l'Europe occidentale, sont un peuple touranien, très anciennement fixé entre Vistule et Carpathes, et originaire de l'Asie septentrionale. Leurs descendants occupent encore la Finlande actuelle et une partie de la Livonie.
(31) On sait que les céréales ne viennent nulle part à l'état sauvage en Europe. C'est l'homme qui les a importées dans cette partie du monde. La Mésopotamie et la région caucasienne sont des pays où elles poussent naturellement. Or, les peuplades émigrant en Europe les reçurent des habitants des contrées qu'elles traversaient et les apportèrent chez nous en même temps que l'usage de la charrue. En Afrique, les Egyptiens eurent le blé et la charrue dès la 12« dynastie, c'est-à-dire en 2850 av. J.-C.
Les métaux connus et employés étaient l'or, l'argent, le bronze.
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Yaliissement des Aryens. Ils furent peu à peu refoulés, puis absorbés, et aujourd'liui il ne reste des premiers d'autres vestiges que ceux que nous trouvons cliez les Etrusques, race pélasgique qui, venue de Grèce, fonda un empire en Italie, après l'invasion indo-européenne dans son pays (32).
La langue parlée dans le petit pays basque et quelques dialectes espagnols mal définis ayant peut-être la même origine, sont tout ce qui peut encore évoquer en nous le souvenir direct des seconds, les Ibères, qui avaient si longtemps promené leur domination dans une si grande partie de l'Europe (33).
On a, très justement, donné le nom d'indo-européenne (34) à la grande famille aryenne. Cette dénomination permet d'embrasser d'un seul coup d'œil et le point de départ et celui d'arrivée.
D'un mot, notre proche parenté avec certains peuples de l'Asie se trouve ainsi définie, et le lien de famille.
(32) Les Etrusques sont des Pélasges-Tursâiies, chassés de Grèce par l'invasion indo-européenne. Ils s'établirent en Italie, en Toscane principalement (avec des colonies dans la plaine du Pô et en Campanie), aux environs de l'an 1000 av. J.-C. Leur puissant empire dura à peu près 700 ans ; ils tombèrent alors sous la domination romaine. On a retrouvé d'eux nombre de tombeaux et quantité de vases et ustensiles. Malheureusement, il a été jusqu'à présent impossible de déchiffrer leur écriture. Les inscriptions retrouvées sont généralement très courtes et n'ont encore permis de reconstituer que quelques noms propres.
(33) La lang:ue basque, qui ne s'est conservée que par tradition orale, se subdivise en une foule de dialectes dont les plus connus sont : le labourdain, parlé dans la région de l'Adour ; le souletin, parlé dans la Soûle (pays de Mauléon et de Barcus), le bas-navarrais, et enfin le navarrais, ou biscaion, ou basque espagnol. Elle est agglutinante, donc restée à mi-chemin de son développement, et présente des traits de ressemblance frappante avec les idiomes du Nouveau-Monde. Le basque n'a ni genre ni article. Il a quatorze cas de déclinaisons reconnaissables à des terminaisons différentes. Les règles de construction n'existent pas. A part certains cas, chacun place les mots dans l'ordre qui lui plaît.
(34) Les Allemands disent indo-germanique.
plus étroit encore cntiv peuples européens, est clairement désigné.
Ne voit-on pas, dès lors, poindie le i)ui8sant intérêt que nous oû're cette constatation au point de vue de l'étu-
de des langues?
Nous trouvons plus de similitudes que de dissemblances en les comparant entre elles, et, les voyant sous ce jour nouveau, nous en aborderons l'étude avec un intérêt plus vif, intérêt décuplé encore par la curiosité de contrôler, au moyen de la connaissance d'idiomes étrangcvs, riiistoire, la géograpliie, l'ethnograpliie de notre continent.
On peut faire remonter, au moins conjecturalement, toutes les langues parlées en Europe, sauf quelques exceptions, et celles de l'Indoustan et de la Perse, à la vieille souclie commune qui est l'aryen, langue-mère, sinon au sens absolu du mot, tout au moins par une liypothèse des plus ^Taisemblables (35).
Le sanscrit, qui en est certainement un des plus proches dérivés, sœur aînée de toutes nos langues, en offre un témoignage irréfutable.
Il existe, au surplus, un dictionnaire de la langue indo-européenne, dans lequel nous relèverons quelques mots des plus usités.
Prenons, par exemple, le mot père, qui est patar (protecteur) : il deviendra 2?^^^'?' en sanscrit, pater en grec et en latin, padre en italien et en espagnol, fa^ dar en gothique, vater en allemand, father en anglais, fathair en celte.
(35) Le Père Coeurdoux (1767) et l'Anglais Jones (1808) ont, les premiers, découvert la parenté des langues aryennes. Nous possédons de belles études de Schlegel sur ce sujet et une bomie grammaire comparée de Bopp (1883), ainsi qu'un vocabulaire comparé des langues indo-européennes de Fick.
Max Millier, dans sa Science du langage, Whitnev, dans sa Vie du langage, ont laissé d'admirables travaux qui font loi en la matière.
Elude des Langues. ^
Qui pourrait nier la parenté de tous ces mots?
Et entre le niatar indo-européen et sanscrit, le mater latin, le TJiadre italien et espagnol, le meter grec, le Tnùtter allemand, le motlier anglais, le Tnathair celte, le mat russe, y a-t-il une différence essentielle quelconque (36) ?
Le vidhavâ sanscrit et aryen est bien près de notre veuve comme du wittioe allemand, du widow anglais ou du vedova russe ; et, si le dhugtar est proche parent du tocliter allemand, du dotcher russe et du daughter britannique, les mots vaka et vache, staura^ et taureau, sont fortement cousins aussi.
Les différences, légères quelquefois, plus accentuées souvent, sont dues, d'après la théorie déjà émise, à des causes extérieures diverses, dont les besoins locaux, le climat, les conditions de la vie, et surtout l'influence forcée de la langue en usage avant l'invasion, sont les facteurs les plus actifs.
Les Aryens qui s'établirent au nord de l'Europe créèrent les dialectes germaniques et slaves; ceux qui
(36) Nous donnons ici un tableau des mots qui sont parmi les pourra établir entre les différents idiomes fera plus qu'une longue