‹ De l'étude et de la bibliographie du droit ecclésiastiqueChapitre 2 sur 35 · THÈSE THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

THÈSE THÉOLOGIQUE

dans ses principes généraux,

par Emile CIIAVI1S de MAE AN.

L’étude du droit ecclésiastique était en grand honneur dans toutes les anciennes universités de l’Europe -, c’était la première faculté, et l’Italie s’est illustrée dans cette science pratique et sociale. C’est au 12 e siècle que l’on forma l(f premier corps d’histoire, le premier corps de théologie, le premier corps de droit. Pierre Lombard rassembla sous une.forme scientifique tout ce que l’Eglise croit ; Pierre Comestor rassembla dans un seul tableau la suite de l’histoire de l’Église; Gratian rassembla toutes les règles d’après lesquelles UÉglise se gouverne. Aussi les imaginations populaires , frappées de cette fraternité de génie, racontaient des choses étranges et merveilleuses sur la naissance de ces trois hommes *.

Gratian avait quitté tout jeune les montagnes de Chiusi pour embrasser la vie religieuse à Bologne dans le monastère bénédictin, des saints Félix et Nabor : c’est là où il composa son fameux décret, vaste sanctuaire du droit bâti silencieusement pendant vingt-quatre années. C’était le moment des grands troubles de l’Italie Gratian est sourd, il se crée un monde idéal, il évoque tous les docteurs des vieux âges, il fait comparaître autour de lui toutes les puissances. A sa voix les morts illustres tressaillent dans la tombe et se lèvent. Ce sont les Papes avec leurs lettres décrétales, les immenses régnions des conciles avec leurs décisions canoniques ; les Pères avec leurs traités sur les dogmes, les empereurs romains vêtus de pourpre avec leurs codes, base des législations modernes, et à côté d'eux nos vieux rois, héritiers barbares de l’empire, tenant d’une

1 Et a quibusdam prædicatur in populis, quod fucrunt germani ex adulterio «ati. S. Anlonin. Chronic. tit. XVIII. cap, 6.

2 Vh.lani. Lib. IV. I

main le glaive, symbole de la force, et de l’autre leurs capitulaires dictés sous l’influence ecclésiastique. Puis, dans le fond, on apercevait Regino, abbé de Prum, qui avait essayé au 10 e siècle une collection canonique ; Burchard de Worms, Yves de Chartres, avec leurs livres traditionnels, texte des leçons dans toutes les écoles. On voit môme dans un coin cet homme laborieux et humble qui joignit à son nom d’Isidore le titre de pécheur, et dont le recueil a épouvanté nos durs esprits gallicans et parlementaires. Ce pauvre Isidore, si fameux, s’imagina, vers l’époque de Charles-le-Chauve, de faire un manuel des études ecclésiastiques, et, pour le rendre plus attrayant et plus respectable, il le mit en formes de lettres, sous le nom de divers papes des trois premiers siècles. Au reste, il ne dit rien de lui-même ; il ne fait que choisir et lier ensemble ce que les Papes et les Pères de l’Église des sept premiers siècles ont réellement écrit dans leurs ouvrages authentiques. Ainsi donc, au grand désespoir de certaines gens qui ne savent parler da’utre chose , il n’y a pas de fausses décrétales. C’est un résultat acquis à la science historique par les grands travaux d’Antonius-Augustinus et de Berardi.

Revenons dans la cellule du moine de Bologne, que Dante nous montre dans le Paradis faisant rayonner sur l’un et l’autre Droit le sourire chaste et naïf de l’homme qui a trouvé la vérité '. Gratian, au milieu de la rareté des livres, n’avait pas puisé dans les sources mômes des conciles, des décrets des Papes et des ouvrages des Pères; il s’était trompé quelquefois, prenant un auteur pour un autre, donnant à saint Jean Chrysostome une sentence de saint Ambroise, ou à Martin pape un canon de Martin évêque de Brague, au concile de Carthage, ce qui appartient à celui de Chalcedoine. Au IG* siècle le Pape Pie Y choisit dans les. universités les jurisconsultes les plus savants pour corriger le décret, et arracher

les mauvaises herbes de ce champ fertile. Antonius-Augustinus nous

a laissé une curieuse histoire de cette correction; mais il n’avait P' 1 remonter à toutes les sources 1 , et ce fut seulement dans le 18 e siècle que le grand canoniste Berardi a complètement justifié Gratian dont le décret est resté et restera la partie principale et substantielle du corps du droit canonique.

1 Quell’altro Gammegiarc esce del riso

Di Grazian, che l’uno e l’altro foro

Ajnto si, chi piacc in Paradiso. Paradiso X.

2 Utinam licuisset omnium fontes adiré. Ant. August. de emtndaiiont Gratiani. — Paris 1672 . in-8".

DANS SES PRINCIPES GENERAUX. 3

L’étude du droit ecclésiastique, pour être dans les bornes de la justice et de la vérité, ne doit pas être séparée de l’étude de la théologie. Sans avoir une connaissance exacte et élevée des principes dogmatiques, on risque de tomber dans des erreurs falales. Il faut avoir une notion claire et vivante de l’Église de J.-C. Sans l’Église Ü n’y a pas de droit. L’Église, c’est la grande société visible, où l’humanité tout entière est appelée à entrer, la société fondée sur one nouvelle alliance , et qui a pour chef le Christ, le Seigneur, et oulle autre société ne peut revendiquer ce titre. Ce n’est que dans son sein que sont en pleine vigueur l’alliance et les lois émanées de l’autorité de son fondateur céleste; et il n’y a que celui qui reconoaît le Seigneur comme tel, qui doive aussi être reconnu par lui comme membre de l’alliance ; quiconque s’y refuse en est exclu, exclu de l’unité avec lui, exclu pour ce monde et pour l’autre.

C’est là dans l'Église, que Dieu a organisé la sublime hiérarchie d un gouvernement sacré ; là qu’il a établi la chaire de son enseignement; là qu’il a placé les sources divines où l’homme doit aller Puiser le salut, et dont les eaux jaillissent vivifiantes autour du sacrement de l’autel, résidence réelle et permanente du Seigneur •oi-même. L’Église est donc l’incarnation permanente; J.-C. vivant ù travers les siècles. Comme tout ainsi s’agrandit et se réalise !

C’est en partant de cette notion féconde que Georges Phillips, professeur à la faculté d’Inspruk, a exposé les principes généraux du droit ecclésiastique. Considérant J.-C. chef de l’Église, vie de l’Eglise , il fait converger autour de ce point central tout le droit ecclésiastique.

Jésus-christ EST roi, l’Église est son royaume. jésus-christ EST docteur, l’Église est son école.

Jésus-christ EST pontife, l’Église est son temple.

Aces trois qualités de Jésus-Christ se rattachent les trois pouvoirs dont il a investi son Église :

le gouvernement (jurisdictio).

l’enseignement (magisterium),

LE sacerdoce (ministerium).

Nous allons tâcher de donner l’analyse et les conclusions de ce >eau livre qui, nous l’espérons , servira puissamment au renouvelement des études ecclésiastiques en France. Nous devons payer

trLl Ie -, tr , ib H t ,f en ° tre reconnaissance au savant théologien.qui a du,t de I allemand cet ouvrage. M. l’abbé Crouzet s’est tort bien

* Paris Jacques Lecoffrc. — In- 8 " s volumes ,851.

acquitté de cette tâche rude et difficile; d’un livre allemand, il a fait un très bon livre français. Personne plus que M. Crouzet n’était capable de mener à bien cette œuvre de patience, d’habileté, de science théologique ; il y était préparé par de fortes études, par un séjour de plusieurs années en Autriche , par une connaissance approfondie delà langue et delà littérature allemandes. Je le remercie encore une fois au nom de ceux qui étudieront le beau travail de Phillips, et je commence l’exposition des principes du droit ecclésiastîque.

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