C. — SYMPTOMES ET LÉSIONS
-« Les éventrations se caractérisent par un symptôme objectif d'une telle évidence que les yeux les moins clairvoyants, et l’on peut dire les moins prévenus, ne peuvent les méconnaître : quand les boyaux sortent du corps par une plaie, tout le joue
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connait la signification d’un pareil fait et, d'instinct, en conçoit la gravité. » (H. Bouley.)
En réalité, l'intestin ne possède pas le privilège de constituer la lésion capitale d’une éventration ; ce rôle peut revenir également à l’épiploon, à l'utérus...
La sortie de l’épiploon est fréquente, que cet organe soit seul ou qu'il accompagne l'intestin. Dans ce cas, au niveau de la plaie, on découvre une lame de tissu dont l'aspect seul révèle l’origine. Il en est ainsi surtout lorsque l’accident est récent. Dans le cas contraire, la partie herniée se congestionne du fait de la compression et change d'aspect au point de devenir méconnaissable. Il peut arriver, au bout de plusieurs jours, que la portion étranglée se détache, soit éliminée, et que la plaie de la paroi se cicatrise, Cette
“évolution heureuse est très rare chez les solipèdes, et
bien plus souvent, à la suite des troubles anatomiques de la partie échappée de la cavité abdominale, une péritonite aiguë se développe et entraîne la mort rapide du sujet. /
Chez la jument, Me. Kinna a signalé un cas d'éventration dans lequel l'utérus s’échappait de l'abdomen à la faveur d'une plaie de 15 à 20 centimètres située dans l’aine entre la mamelle et la cuisse: l'organe était accompagné par une partie du côlon flottant. 7 ire LR
Le plus souvent, la paroi abdominale rupturée laisse échapper une portion du tube digestif, et surtout l'intestin grêle. Cela se conçoit car cet organe nécessite une ouverture relativement réduite pour
sortir de la cavité péritonéale, Malgré cela on a cité des cas d’éventration avec hernie du cœcum, du gros côlon, du côlon flottant,
Quelle que soit la portion de l'intestin intéressée, la masse viscérale apparente est de dimensions très variables, parfois considérable, d’autres fois beaucoup plus réduite.
Dans tous les cas, aussitôt après l’accident, l’or- gane se présente avec son aspect normal, maïs il se modifie très rapidement. L'action irritante de l'air
extérieur se fait toujours sentir et il en résulte une congestion très rapide de l'anse herniée. D'autre part, chez la plupart des sujets, il se produit une constriction plus ou moins considérable du viscère, dans son ‘passage au travers de la plaie de la paroi. Ce processus présente les plus grandes analogies avec l'étranglement d'une hernie ordinaire et il se traduit par un arrêt progressif de la circulation de retour, d'où une congestion passive parfois considérable. Cette stagnation du sang dans les vaisseaux entraine un abaissement de la température du viscère apparent, une couleur rouge foncé de l'anse hernice, J’œdème de ses parois et ensuite une dilatation par les gaz qui se forment à l’intérieur de l'intérieur. Si Panimal était abandonné à lui-même on observerait sans doute la gangrène de l’organe, comme cela se produit dans la hernie étranglée, mais habituellement on n’attend pas cette terminaison que le patient soit opéré ou abattu d’ urgence.
res Ho que nous venons de rapporter € cor-
respondent à l’'éventration simple, sans lésions surajoutées. Souvent il n’en est pas ainsi et le viscère hernié est le siège de lésions variées, froissements, écrasements, déchirures de toutes dimensions, résultant du traumatisme initial ou encore d'atteintes variées causées après l'accident, soit par l'animal lui-même, soit par les objets voisins.
Outre ces signes locaux on note des troubles généraux importants sur lesquels les auteurs attirent peu l'attention. Aussitôt après l'accident, même chez les chevaux les moins impressionnables, ceux de race commune, le facies reflète une angoisse des plus apparentes. Le regard est fixe, anxieux, le visage crispé, les naseaux dilatés, la respiration précipitée. L'animal éprouve manifestement une grande douleur, autre que celle en rapport avec le traumatisme initial; il semble avoir des coliques et il est très probable qu’elles résultent des troubles circulatoires, de l'étranglement de l’anse herniée. Le corps du sujet se
couvre de sueurs; le pouls est accéléré, de plus en RATES
plus faible. La température monte rapidement et, au bout de quelques heures, suit sans doute le HAN pement de la péritonite.
“Si l'animal accidenté était abandonné à lui- -même, Ja mort serait la terminaison habituelle du processus. D. — PRONOSTIC
L'accident en lui-même est très grave et, pour
obtenir la guérison, une intervention rapide et éclai-
TOR ae
rée est indispensable, Nous avons dit que les anciens auteurs considéraient cette lésion comme généralement incurable, et nous avons avancé, au contraire, que le pronostic n’est pas assez sévère pour interdire tout essai de traitement —— nous conformant en cela,
à l'enseignement du professeur Cadiot.
Pourtant, ce jugement ne va pas sans quelques
réserves, et, en réalité, le pronostic est variable suivani les circonstances.
Il dépend de l'organe hernié, et on s'accorde pour reconnaître que la sortie de l'épiploon est moins redoutable que celle de l'intestin grêle ou du côlon.
De même, une éventration, sans lésions surajoutées de l'intestin, comporte un pronostic beaucoup plus favorable que si l'organe est l’objet d’altérations variées : déchirures, contusions, étranglement. Nous dirons même qu’en pratique courante il n'y a pas lieu d'entreprendre un traitement si l’ansé herniée est visiblement atteinte de cette façon. Au contraire, lors d'éventration au travers d'une plaie opératoire, la guérison doit presque toujours être obtenue.
Enfin, l'ancienneté relative de l'accident joue aussi un rôle important, en dehors de ses rapports avec les déchirures possibles ou de l'étranglement. En effet, assez rapidement l'inflammation, autrement dit en la circonstance l'infection, s'étend par continuité de. tis-
@ . \ Le. tie . ON sus et réalise très vite de la péritonite. Cette dernière
est d'abord localisée, mais nous savons que chez le cheval il est fort difficile d'en empêcher la générali-
sation.
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En résumé, il nous paraît certain que toute atteinte du péritoine est plus grave chez le cheval que chez les autres animaux domestiques, mais pourtant il ne faut pas exagérer la susceptibilité de cette séreuse. En l’absence de lésions importantes des viscères herniés, lorsque l'accident est récent, le praticien doit considérer le pronostic comme assez favo-
rable pour se juger moralement obligé d'intervenir.