LA SOLUTION
Section I. — La coopérative de crédit.
Ainsi, ne trouvant plus chez les banques locales et régionales le concours indispensable à leur extension, sinon à leur existence, délaissés par les grandes banques privées, les producteurs indépendants ont été amenés à organiser le crédit coopératif.
Le crédit coopératif consiste dans l'institution d’une société de crédit à base mutualiste et coopérative. Le mutualisme permet de substituer le crédit personnel au crédit gagé sur des garanties réelles, et grâce à la coopération, le profit du banquier est ristourné aux clients de la coopérative au prorata de leurs opérations.
Ainsi la banque populaire peut être définie comme une société coopérative qui a pour objet de fournir le crédit aux classes moyennes de producteurs par des procédés plus
souples et mieux adaptés à ce genre de clientèle que les grandes banques privées.
Pourquoi la distribution du crédit a-t-elle été organisée d’après les principes mutualistes et coopératifs ?
On aurait pu, à la vérité, imaginer d’autres méthodes : l'Etat pourrait mettre directement des fonds à la disposition d’une certaine catégorie de clientèle, procédé utilisé en France à plusieurs reprises ; les Pouvoirs Publics pourraient obliger également les grandes banques à réserver aux crédits
populaires un certain pourcentage de leurs moyens d’action ; les grandes banques pourraient même le faire de leur propre initiative. Qu’on n’invoque pas l’impossibilité ou le miracle : cela s’est produit il y a quelques trente ans... en Allemagne.
Cependant ces procédés sont, généralement dans notre pays du moins, ou transitoires, ou d’une application extrémement délicate.
Par contre, les avantages économiques et sociaux des principes mutualistes et coopératifs ont contribué à les faire adopter en France et dans la plupart des pays étrangers.
Section II.
Caractères de la coopérative de crédit.
$S 1. Administralifs.
La création d’une coopérative de crédit est généralement due à l'initiative des groupements de producteurs représentés par une chambre de commerce ou une chambre de métiers, ou simplement par un nombre suffisant d'usagers éventuels. Sans être indispensable, l’intervention de ces organismes assure un bon départ à la nouvelle entreprise, et constitue pour elle une garantie de sérieux et de vitalité.
Le fonctionnement de la coopérative de crédit est assuré par le mutualisme que l’on peut considérer comme l’opération passive, tandis que la coopération constitue la phase active et génératrice de profits : le mutualisme consiste dans les garanties que se font réciproquement les coopérateurs, compte tenu de leurs ressources et de leurs qualités morales et techniques. Aussi ils doivent avoir entre eux une confiance entière et une parfaite connaissance des ressources et des qualités de chacun, de manière que seuls ceux qui soient dignes de crédit en bénéficient.
1. En 1904, la Dresdner Bank, une des quatre Banques « D », ouvrit deux départements coopératifs, l’un à Berlin, l’autre à Francfort et plaça ainsi sous son influence 1.200 banques populaires installées sur 3.200 places, soit presque la moitié du crédit populaire allemand.
À cet effet, la circonscription territoriale de la société sera restreinte : un quartier de grande ville, une ville de moyenne importance (de 15.000 à 30.000 hbaitants), ou un arrondissement.
Le développement de la coopérative est laissé aux soins des coopérateurs qui jouissent d’une entière libderté.
$ 2. Techniques et financiers.
Les capitaux sont fournis par les intéressés eux-mêmes, et prennent la forme de parts cessibles et négociables sous certaines conditions en vue de sélectionner les coopérateurs; la plupart des coopératives adoptent également la clause de variabilité de capital pour permettre à de nouveaux coopérateurs d’apporter en cours d’exercice leurs capitaux. La connaissance personnelle que chaque coopérateur a de son associé renforce la sécurité de toute l’institution.
C’est sur place, ou tout au plus dans la circonscription territoriale de la société, que sont investis les capitaux. Ces remplois sont faits au bénéfice des sociétaires qui s’en sont montrés les plus dignes; à cet égard, leurs qualités morales et professionnelles peuvent constituer une garantie suffisante. La coopération évite ainsi le recours aux garanties réelles, permet d’accroître la sécurité des remplois par l’extrême division des risques, et met les services bancaires à la portée de tous les producteurs.
Il ne s’agit pas cependant d’une œuvre philanthropique, car la coopérative doit, pour subsister et se développer, réaliser des profits.
Schulze-Delitsch, le célèbre chef du coopératisme allemand, en a nettement précisé la nécessitél. Les profits servent à payer les frais généraux et notamment un personnel technique qualifié, et à constituer des réserves. Ayant fait ces concessions au régime capitaliste, les coopérateurs limitent la rémunération des capitaux à un certain
1. Voir plus loin l’extrait d’un discours de Schulze-Delitsch à la Chambre prusienne, cité par M. Charles Rayneri.
pourcentage, et se partagent le surplus au prorata des opérations qu'ils ont traitées. Ce reliquat est d’autant plus important que les administrateurs de la coopérative ne sont pas rétribuées, d’où suppression des tantièmes proportionnels, et que, notamment quand il s’agit d’une banque, ces coopérateurs évitent les frais d’une coûteuse administration centrale.
$3. Sociaux.
La coopération et le mutualisme développent la dignité humaine et la solidarité. à
Ils permettent à ceux qui ne sont riches que de qualités morales et professionnelles de bénéficier d'avantages réservés jusque-là aux détenteurs de capitaux, et contribuent ainsi à lutter efficacement contre les idéologies marxistes. Ils font taire l’égoïsme, développent chez les hommes le sentiment de leur mutuelle dépendance, et, par une sélection naturelle, font apparaître les meilleurs.
C'est un fait bien souvent constaté que les sentiments d’honnêteté et de droiture sont plus répandus chez les artisans eb les producteurs indépendants que chez les agents de direction et autres « animateurs » de grandes sociétés, de l'anonymat desquelles ils ont trop souvent profité.
Par contre, ces principes n’altèrent en rien l'esprit d’entreprise puisqu'ils sauvegardent le goût du profit individuel.
Les entreprises coopératives se soucient plus que les autres d'améliorer le sort de leur personneltl, et subventionnent volontiers les œuvres sociales de leur voisinage.
Enfin, la coopérative développe heureusement dans la cité ce « lokal-patriotismus » qui apparaît dans la fierté dont témoignent les habitants d’avoir su créer une entreprise prospère.
1. On pourrait citer telles banques populaires où fous les employés touchent quinze mois de traitements chaque année.
Telles sont les applications les plus heureuses des principes coopératifs ; au contact des réalités, ils ont néanmoins profondément évolué; ce sont ces transformations que les pages suivantes vont évoquer.
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