LUX
Le producteur indépendant est souvent plus riche de qualités morales et techniques que de capital. Cependant,
ses traditions d’honnêéteté et de travail, ses connaissances professionnelles, son ingéniosité ne lui permettent pas de lutter à armes égales avec les puissantes entreprises qui emploient des centaines ou des milliers de salariés, car le concours de cet élément indispensable, le crédit, lui manque trop souvent encore. Rien, en effet, ne peut suppléer le capital acquis ou gagné dans son rôle de création et de continuation, si ce n’est le crédit qui permet au producteur ou au commerçant d'attendre la fin de la production ou de l'échange comme si le capital nécessaire existait déjà.
Le producteur indépendant a besoin de capitaux sous deux formes distinctes. Tantôt les disponibilités qui constituent son fonds de roulement se trouvent insuffisantes par rapport au volume de ses affaires; cela proviendra souvent du retard que la clientèle met à régler ses factures, ce qui oblige le fournisseur à lui faire un crédit prolongé et forcé; ces immobilisations, pas toujours stériles, il faut le reconnaître, augmentent d'autant néanmoins les besoins de crédit du producteur. En effet, pour assurer la marche de son affaire, il compte bien sur ses ventes futures, mais en attendant de les réaliser, il faut vivre et acheter pour s’approvisionner. [Il peut alors se procurer du crédit par deux moyens différents : il demandera à son fournisseur de lui vendre à terme, ce qui lui enlèvera son indépendance, ou bien il priera un banquier de lui escompter son papier, ou de lui accorder une facilité de caisse. Il s’agit alors de crédit à court termet.
En outre, le producteur a besoin de crédit à moyen ou à long terme!. Parfois c’est un débutant qui veut compléter son installation; ses qualités morales et techniques le rendent, digne de crédit et avec les capitaux qui lui sont avancés, 1l donnera à son affaire une profitable extension. Aïnsi ont commencé de nombreux producteurs qui sont devenus ensuite les plus importants de leur place.
Grâce au crédit à moyen et à long terme, le producteur pourra également s’approvisionner en stocks, renouveler
1. Il est entendu que : Court terme signifie moins d’un an; — Moyen terme signifie de 1 à 10 ans; — Long terme signifie plus de 10 ans.
son matériel, agrandir ses locaux commerciaux ou industriels, créer des entreprises nouvelles.
Telle est la clientèle qui va s'adresser aux banques pour obtenir satisfaction.
Pendant longtemps, cette appellation a compris : soit les banquiers locaux ou les banques régionales, soit les grands établissements de crédit à succursales multiples.
Le banquier local constituait, jusqu’au début du xx® siècle, la principale ressource des classes moyennes de producteurs; connaissant bien ses clients il était le mieux placé pour leur venir en aide. Il en était de même de la banque régionale qui, en relations suivies avec les producteurs de sa région, accordait du crédit à ceux qui s’en montraient les plus dignes.
Mais l’anéantissement de ces banques par les grandes sociétés de crédit a été rendu inévitable par l’évolution de la situation économique en France. L'indépendance du banquier local ou régional faisait sa force, mais son isolement le rendait facilement vulnérable. De plus, une fois l’équipement économique de sa région achevé, ce banquier n’avait plus l’emploi de ses capitaux : il prenait alors des participations à long terme dans des entreprises, immobilisant ainsi des fonds qui auraient dû toujours rester liquides pour répondre aux demandes de retrait des déposants.
Par contre, les grandes sociétés de crédit disposant de capitaux importants pouvaient les orienter tant au point de vue technique, que sur le plan géographique vers les remplois les plus fructueux. Traitant d’égal à égal avec de puissants consortiums ou même avec des gouvernements en mal d'emprunts, elles ont été amenées à négliger peu à peu les classes moyennes de producteurs dont les opérations leur semblaient insuffisamment rémunératrices.
Dans l’ensemble, les établissements de crédit fournissent largement le crédit aux firmes importantes, mais accordent rarement le crédit personnel que mérite cependant une
importante catégorie de producteurs.
Section II. — Les opérations traitées.
On peut trouver les raisons de leur attitude dans le caractère des opérations traitées par les producteurs indépendants.
Au point de vue technique, il s’agit d’un grand nombre d'opérations dont chacune revêt une importance minime : le banquier préfèrera évidemment escompter une traite de 100.000 francs, plutôt que 1.000 traites de 100 francs. Il évite ainsi un accroissement de travail matériel auquel il devrait pallier par une augmentation du nombre de son personnel, ainsi que des frais divers de renseignements, d'acceptation, d’affranchissement postal, etc., qui finissent par influer sérieusement sur ses frais généraux.
Ces frais rendent les opérations traitées avec cette catégorie de clients faiblement rémunératrices.
En outre, cette clientèle, parfois difficile à suivre, ne peut pas toujours fournir des sûretés réelles suffisantes pour garantir ses engagements.
Dans ces conditions, les sociétés anonymes de crédit préfèrent traiter avec d’autres grandes sociétés, ou d’importants capitalistes.