CHAPITRE PREMIER
INSTITUTIONS DE CRÉDIT POPULAIRE EN FAVEUR DES COMMERÇANTS ET INDUSTRIELS
Section Ï. — Prêts consentis par l'Etat.
L'Etat a effectué des prêts directs aux commerçants et industriels en 1830, 1860 et 1910.
La loi du 17 octobre 1830 destinée à compenser les effets de la crise commerciale et industrielle que la révolution de 1830 faisait craindre, ouvrit au ministre des Finances un crédit de 30 millions. Le compte de ces prêts disparut le 1er janvier 1891 des comptes généraux annuels; à cette époque le prêt avait été remboursé à concurrence de 929%, le reste fut considéré comme irrecouvrable.
Par la loi du 1er août 1860, votée peu après le fameux traité de commerce avec l’Angleterre, dont nos industries continuaient à craindre la redoutable concurrence, l’Etat avança aux industriels 40 millions de francs. Les quatre cinquièmes de ce crédit avaient été remboursés en 1910; depuis cette date, il ne fut rien recouvré.
La loi du 18 mars 1910, votée à la suite des grandes inondations du début de 1910, autorisait l’avance aux industriels, commerçants et artisans d’une somme de 75 millions de francs. Mais les prêts définitivement accordés ne s’élèvent qu’à 5 millions de francs. Il n’a donc été utilisé que le quinzième de ce crédit.
Section II. — Les banques populaires.
On entend par là les établissements qui, devant se suffire avec leurs propres ressources, n’accordent que des crédits à la production, à l'exclusion des institutions philanthropiques alimentées par des dons, legs ou subventions, tels par exemple que la Société du Prince impérial pour les prêts au travail (1862).
De pair avec l'Etat, l'initiative privée avait dès 1830 suscité la création d'organismes destinés à venir en aide aux classes moyennes de producteurs et aux artisans.
Cette époque vit, en effet, la vogue des premières aspirations socialistes humanitaires célébrées par le comte de Saint-Simon, Fourier, Cabet, Proudhon qui avaient de nombreux et fervents disciples. Leur but était, d’abord, de réagir contre l’individualisme anarchique engendré par J.-J. Rousseau et la Révolution dont on n’avait que trop éprouvé les effets destructeurs puis, suivant une formule chère à la littérature de ce temps, de participer à l’extinction du paupérisme qui commençait à apparaître avec les premières grandes entreprises industrielles.
Il s'agissait, en outre, de pallier le manque de crédits et de débouchés dont souffraient les petits producteurs.
La première banque populaire française a été créée sous la dénomination de « Banque de Secours », en 1830 à Limoges, par François Alluaud, maire de cette ville et industriel. A Paris, Buchez (1796-1865) créa, la même année, une banque populaire. Cette banque, groupant des ouvriers qui ne disposaient d'aucun capital et ne pouvaient pratiquer l’épargne par retranchement sur la consommation, ne dura que quelques années.
Par contre, la Caisse fraternelle du petit commerce, fondée en 1848 à Cognac ne disparut en 1894 que pour être remplacée par la Banque populaire de Cognac finalement absorbée par la Banque populaire du Centre à Limoges toujours prospère; en 1849 Proudhon fonda la Banque du Peuple, mais presque aussitôt la condamnation du fondateur à trois ans de prison pour outrage envers le Prince-
Président, provoqua la dissolution de la banque. II est permis d’ailleurs de rester sceptique sur les capacités bancaires de Proudhon. En 1864, fut fondée à Paris, l’Union de crédit mutuel et, à Alger, le Crédit mutuel d'Alger.
L'année 1875 vit la création de la Banque populaire de Cannes par le professeur Vigano de Milan. Cette banque devint quinze ans après une importante banque privée après avoir donné d’heureux résultats comme banque populaire.
Puis, jusqu’en 1878, le mouvement se ralentit. A cette époque, un religieux capucin, le R. P. Ludovic de Besse, qui avait étudié avec Schulze-Delitsch, Raffeisen et Luigi Luzatti la technique du crédit mutuel, donna aux banques populaires françaises une singulière impulsion; s'inspirant des statuts des caisses Raffeisen plus ou moins modifiés, il créa en 1878 la Banque populaire d'Angers qui devint ainsi la doyenne des banques populaires modernes de France.
Encouragé par ce succès, il propagea ses idées avec le concours des cercles catholiques d'ouvriers et créa, dans le Centre et l’Ouest de la France, dix-sept autres banques populaires, dont la plupart avaient malheureusement disparu en 1898. La principale cause de cet échec réside dans le caractère philanthropique de ces banques qui donna lieu à de nombreux abus. Le fondateur ne répétait-il pas dans son Journal l’Union Economique que « la banque populaire n’est pas une affaire, mais une œuvre », conception qui, sans être foncièrement inexacte, appelle néanmoins de sérieuses réserves. Peu après, un autre élève de Luigi Luzatti, M. Charles Rayneri, apôtre du crédit mutuel dans le Sud-Est de la France, fondait en 1883 la Banque populaire de Menton dont les statuts servirent de modèle à un grand nombre de banques populaires. En 1889, il créait le Centre fédératif du crédit populaire, sous l'impulsion duquel une douzaine de banques populaires furent fondées dans le Midi dont plusieurs, parmi lesquelles la banque populaire des Alpes-Maritimes (ancienne banque populaire de Menton) et celle de Toulouse, n’ont jamais cessé cessé de donner satisfaction, Pendant quarante ans (1889-1929), le Centre
fédératif a réuni en congrès les banques populaires tous les deux ans et publié un bulletin mensuel.
D'autre part, d’heureuses initiatives individuelles suscitaient la création de banques populaires de 1885 à 1914. Lyon, Bourges, Cagnes, Le Havre, Le Puy, Marseille, Dijon, Limoges, Paris, Nice, Brest, Lorient, virent à leur tour naître des établissements de crédit populaire. Ces banques eurent des fortunes diverses ; quelques-unes, comme Le Puy, Lorient, Nice, Paris et Toulouse donnèrent de bons résultats; les autres, pour la plupart, disparurent. Au total, il fut créé de 1830 à 1914, 76 banques populaires dont 12 seulement fonctionnaient en 1914.