CHAPITRE II
INSTITUTIONS DE CRÉDIT POPULAIRE EN FAVEUR DES SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES ET ASSOCIATIONS OUVRIÈRES.
Section I. — Prêts consentis par l'Etat.
Un décret voté le 5 juillet 1848 par l’Assemblée nationale a ouvert un crédit extraordinaire de trois millions en faveur des associations d’ouvriers ou des associations mixtes de patrons et d'ouvriers.
Le compte de ces prêts a disparu en 1899 de la comptabilité publique. Ce crédit ne fut recouvré qu’à concurrence de 36% de son montant total.
D'autre part, l'Etat a accordé de nombreux encouragements aux sociétés ouvrières de production et de crédit de 1893 à 1914.
Il fut réparti entre 1.230 sociétés, 4.000.000 de francs par le ministère des Finances, puis par celui du Travail, sous la dénomination de crédits sociaux.
Section II. — Banques cooopératives.
En 1863, J.-P. Beluze, gendre de Cabet, créa à Paris la Société de Crédit au Travail qui fut liquidée en 1868 après une certaine période de prospérité; il est à remarquer notamment que, seules les opérations de commandite causèrent la ruine de cette société, car sur les 12 millions de francs avancés en escompte aux coopératives ouvrières de production pendant les cinq années de son existence, elle n'avait perdu que 20.000 francs, soit 0,18 %. Cette création
fut suivie de la fondation en province de plusieurs sociétés de Crédit au Travail dont celle de Lyon qui, fondée en 1865, fut la plus importante.
L’économiste Léon Walras créa, en 1865, la Caisse d’escompte des associations populaires avec le concours de Léon Say, Benoit d’Azy, d'Haussonviile et du duc Deca- Zes, au capital de 200.000 francs. Cette société commit les mêmes erreurs que le Crédit au Travail en avançant à des sociétés coopératives de production composées d'ouvriers des sommes disproportionnées avec le capital souscrit. En 1866, fut créée, sur l'initiative de Napoléon III, la Caisse des associations coopératives. Le capital de la caisse fut fixé à 1 million et l’empereur souscrivit lui-même pour 900.000 francs; ainsi qu’un grand nombre d’autres moins connues, cette société se perdit par l’abus de la commandite.
Jusqu'en 1880, aucune nouvelle tentative ne fut faite. Cette année vit la création de la Caisse centrale du travail et de l’épargne, devenue en 1882 Caisse centrale populaire. Fondée au capital de 50 millions par M. Donon, cette caisse ambitionnait de devenir un grand établissement de crédit populaire. Son conseil d'administration était composé de nombreuses célébrités de l’époque en vue de donner confiance aux classes laborieuses : Paul Bert, Labiche, de Hérédia, Nadaud, etc... Son but était de financer les vingt caisses populaires qui étaient à créer dans les vingt arrondissements parisiens; en fait quatre ou cinq seulement de ces caisses furent ouvertes. En outre, la Caisse centrale faisait toutes les opérations de banque et de bourse. Ce sont les bénéficices résultant de ce département qui lui permirent de végéter jusqu’en 1893, date de sa dissolution.
La Banque coopérative des sociétés ouvrières de production, constituée en 1893, au capital de 30.000 francs, puis de 130.000 francs, eut un meilleur destin, puisque sa situation continue à être satisfaisante. Son histoire est des plus instructives. Pendant les dix-huit premières années de son existence, elle a été amenée par l’expérience à transformer
presque complètement la nature de ses opérations qui avaient pour objet à l’origine les avances à plus ou moins long terme tandis qu’elle se consacre maintenant presque uniquement à l’escompte. Sans cette évolution, la Banque coopérative aurait vu ses avoirs immobilisés et subissait presque fatalement le sort de ses devancières.
Il convient, d’autre part, de remarquer que dès sa première année d’existence cette banque bénéficia d’une subvention gouvernementale de 50.000 francs, d’un don de 500.000 francs dû à la générosité de M. Faustin Moigneu, et qu’en 1912 sa direction fut confiée à un banquier professionnel.
Des neuf banques créées de 1860 à 1917 en vue de venir en aide aux coopératives ouvrières de production, la Banque coopérative des sociétés ouvrières de production, 19, rue du Renard, à Paris, 49, est la seule qui ait vu ses efforts couronnés de succès.