‹ De l'Évolution et du Développement des Institutions annamites et cambodgiennes sous l'influence françaiseChapitre 22 sur 37 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La Conquête.

Comment la France, puissance occidentale, a-t-elle été amenée à prendre pied dans ce pays lointain d’'Extrême-Orient, qui est l’Indo-Chine ?

Dèsle XVII: siècle, des missionnaires français avaient commencé l’évangélisation de l’Indo-Chine : en 1669, Mgr Palla, évêque du Tonkin, frappé par la prospérité de ce pays, proposait à Colbert d’y fonder une colonie, et Louis XIV écrivit en ce sens à l'Empereur d’Annam, mais, par suite de la mauvaise volonté de celui-ci, l’entreprise échoua.

En 1749, notre compatriote Pierre Poivre proposait à la Cour de Hué un traité de commerce. Il suivait la voie que lui avait tracée les Portugais au XVI: siècle, puis les Hollandais au XVII siècle. Ceux-ci s'étaient efforcés, sans y réussir, d’accaparer le marché indochinois. Les Néerlandais avaient même exploré le Laos et inventorié ses ressources.

Vers la fin du XVIII siecle, la France, qui venait de perdre ses possessions de l’Inde, cherchait ailleurs des compensations et son attention fut naturellement attirée par les richesses de l’Indo-Chine. L’occasion seule nous manquait pour en commencer la conquête. Elle nous fut fournie en 1787. A cette époque, l’Annam était en pleine révolution. L’héritier légitime du trône, Nguyen Anh, avait vu se dresser contre lui plusieurs rebelles prétendants, qui avaient établi leurs quartiers généraux dans les montagnes de l'Ouest, et qui, pour cette raison avaient été surnommés les Tay Son. Après de longues luttes, il se décida, sur les conseils de l’évêque d’'Adran, Mgr Pigneau de Béhaine, à demander l’aide de la France. Un traité fut signé à Versailles, en 1787, aux termes duquel Louis XVI devait fournir. à Nguyen Anh une escadre de vingt bâtiments, sept

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régiments, des armes, des munitions et cinq cent mille piastres. En retour, l’'Annam, cédait à la France la baie de Tourane et l’île de Poulo Condore.

Grâce à notre appui, Nguyen Anh reconquit son trône et se fit couronner Empereur, en 1802, sous le nom de Gia Long.

L'empereur Gia Long avait gardé à la France une grande reconnaissance des services rendus; cependant, ses derniers conseils à son fils, au moment de sa mort, furent des paroles de défiance à l'égard des européens.

Mgr Pigneau de Béhaine, qui était devenu le conseiller intime de l’empereur Gia Long, l'avait précédé dans la tombe. L'empereur Minh Mang, qui succéda à Gia Long, mit à profit les derniers conseils de son père, et sous son règne commencèrent les persécutions contre les européens, en particulier contre les chrétiens et les missionnaires catholiques, que le Souverain accusait injustement de fomenter des révoltes.

En 1847, cinq corvettes annamites qui nous avaient attaqués, furent détruites. Cette leçon donnée à Tieu Tri ne servit pas à son successeur, Tu Duc, qui ordonna ou toléra de nombreuses persécutions contre les missionnaires.

Une expédition franco-espagnole fut organisée, en 1858, et prit Tourane. En 1860, nous nous emparions d’une partie de la Cochinchine et Tourane était abandennée pour nous permettre de concentrer nos efforts.

Grâce à une politique habile, amiral Charner, qui dirigeait les opérations, parvint à signer, en 1862, un traité de paix avec l’Annam, qui nous reconnaissait Saïgon, My Tho et Bien Hoa, et spécifiait que dorénavant le Roi d’Annam devrait soumettre au gouverneur français les traités qu’il conclurait avec une nation étrangère.

Quelques années après, les trois autres provinces de la Cochinchine tombaient en notre pouvoir, et

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l'amiral de la Grandière complétait notre conquête par le protectorat du Cambodge.

Là se termine la politique de pénétration pacifique; les troubles fomentées par la Chine, suivies de son installation au Tonkin, vont nécessiter notre intervention. Celle-ci sera délicate, coûteuse et, malheureusement sanglante.

Des incidents se produisent sur le Fleuve Rouge entre la Chine et un de nos représentants, M. Dupuis. Celui-ci, négociant, qui avait des fournitures d'armes à effectuer au Gouvernement chinois, demanda l’aide du Gouvernement de la Cochinchine pour lui faciliter le passage à travers les régions du Tonkin. Le Gouvernement accepte d'intervenir, et le lieutenant Francis Garnier, à la tête d’une poignée d’hommes, s'empare d’'Hanoï et du delta. Mais il est tué dans une sortie, et c’est M. Philastre qui est chargé de signer avec le Roi d’Annam, le traité de 1847, par lequel ce dernier reconnaît notre possession de Cochinchine.

Ce traité fut très critiqué; conçu dans des termes douteux, il ne déterminait pas exactement la situation de l’Annam, vis-à-vis de nous. Il ne fut d’ailleurs jamais exécuté.

La Cour de Hué, continuant sa politique chinoise, provoque l’immixtion de la Chine dans les affaires du Tonkin. En 1883, Rivière meurt dans d’aussi malheureuses conditions que Garnier, et la Chambre française, désireuse de le venger, vote les crédits nécessaires pour une lutte sérieuse avec la Chine, dont l’Annam reconnaît alors officiellement la suzeraineté.

Nous occupons peu à peu tout le delta du Fleuve Rouge, et le traité du 6 juin 1884 avec l’Annam pose les bases d'un protectorat eFectif, que la Chine, malgré les pénibles affaires de Bac Lé et de ‘Langson, se voit obligée d’accepter (9 juin 1885).

Par ce traité, un résident général, établi à Hué, était chargé de présider aux relations extérieures du pays; à l’intérieur, il avait dans ses attributions les services des Douanes et des Travaux publics. Au Tonkin, les fonctionnaires annamites devaient être placés sous la surveillance des résidents français.

Depuis, quelques révoltes ont été réprimées, mais dans l’ensemble la paix a régné sur les territoires soumis à notre domination. L’Annamite n’a pas l’amour de la patrie tel que nous le comprenons, c’està-dire le désir d’être une nation forte et indépendante : il a vécu la majeure partie de son histoire sous la domination de la Chine; peu lui importe maintenant de relever du Gouvernement français, à la condition que celui-ci maintienne la prospérité du Royaume, et assure le respect de ses croyances, de ses coutumes, de ses traditions (1).

(1) Conf. BALMELLE, Affaires d'Extrême-Orient de 1842 à 1902 ; — DoumER, ouvrages cités; — DE LAnEssan, La colonisation en Indo- Chine ; — LuRO, ouvrages cités,

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