CONCLUSION
Dans ce travail nous avons essayé de montrer l’action civilisatrice, pleine de bienfaits, de la France en Extrême-Orient. Nous avons vu que, là-bas, la pensée française s’y développait d’une façon heureuse et pleine de promesses. Si la politique de M. Sarraut et de ses successeurs a eu pour résultat de gagner la confiance des Annamites, c’est qu’elle ne s’est pas traduite seulement par des paroles éloquentes, mais aussi par des actes positifs. La réforme des codes tonkinois, la création de l’Université indo-chinoise, la création des Chambres consultatives, l'élargissement des cadres pour les fonctionnaires indigènes, l’impulsion donnée à tous les ordres d'enseignement, tout cela dénote de la part du Gouvernement une orientation nette vers une politique franchement libérale. Certes, ces réformes et ces créations n’ont pu être faites en un jour, et toutes n’ont pas produit tous les effets qu’elles comportent. Dans leur réalisation même, il y a eu des hésitations, des retards forcés, et les actes administratifs ont quelquefois trahi l'intention gouvernementale, ce qui était fatal et inévitable.
La pensée française, n’a eu, d’autre part, et n’aura, certes, pas pour but de détruire la personnalité de la race annamite, mais de la rattacher à la métropole par des liens moraux et intellectuels, ainsi que par des intérêts matériels puissants qui triompheront de toutes les velléités séparatistes. Ainsi, pour employer une expression jadis employée en 1903 par M. Chamberlain dans son célèbre discours de Birmingham, s’affirmera la force du lien « quasi féodal de fidélité et de loyauté » qui unit colonie et métropole. Ainsi encore, comme l’a
noté si excellemment M. Brenier, « pourront se développer, dans une richesse matérielle dont l'accroissement est assuré, les œuvres les plus hautes du génie français dans le problème si difficile du contact, à résoudre en harmonie du régime démocratique avec l’oligarchie de lettrés et de riches paysans de l’ancien Annam,de l'énergie française avec le détachement du boudhisme cambodgien et Laotien, de la science moderne qui vit de l’esprit d'observation, avec l'esprit purement livresque d’un confucianisme millénaire ! » (1).
D'ailleurs, le poète hindou Rabin dranath Tagore n’a-t-il pas dit quelque part :
« Le fait le plus significatif des temps modernes, c’est que l'Occident a rencontré l'Orient. Une rencontre aussi importante pour l'humanité, afin d’être féconde, doit être accompagnée de quelque grande émotion imaginative, généreuse et créatrice. »
A cette citation que j’emprunte à M. Pham Quinb, ce dernier s’empresse d’ajouter : « De toutes les nations du monde, la nation française est la plus capable de cette grande émotion imaginative, généreuse et créatrice, dont parle le poète, et qui lui donna dans l’histoire de l'humanité cette noble figure d’éducatrice et d’émancipatrice des peuples. »
VUE Rennes, le 6 juin 1928.
Le Professeur chargé d'examiner la thèse, CH. BLONDEL.
Vu :
Le Doyen, CH. TURGEON.