‹ De L'Exagération Des Réflexes Tendineux Dans L'HystérieChapitre 25 sur 50 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

Hystérie avec exagération des réflexes lendineux, trépidation épileptoïde du pied, danse de la rotule

Bon... Jeanne, 16 ans, repasseuse, entre à l'Hôpital Suburbain le 29 octobre 1906, dans le service du professeur Grasset, salle Espéronnier, n° 26.

Antécédents héréditaires : Sans intérêt.

Antécédents personnels : Règles à 13 anset demi, régulières. Bonne santé habituelle, quelques maux de tête et quelques épistaxis. La malade est, depuis quelques mois, employée chez une repasseuse et se fatigue beaucoup. Depuis deux mois, {oux, quelques crachats striés de sang.

Histoire de la maladie: 1 y a un mois, crise de tremblement, qui a débuté dans le membre inférieur gauche dont elle souffrait (petite plaie du pied droit). Il s’est ensuite généralisé à tout le corps, avec claquements des dents. Pas de pertes de connaissance; durée environ un quart d'heure. Il y a huit jours, à plusieurs reprises, vertiges (la malade ne tombe pas, mais doit s'asseoir pour ne pas tomber): sensation de constriction thoracique et de boule au niveau du cou.

Epistaxis. Le soir, après souper, crise débutant de la même façon, mais s'accompagnant d'agitation, de mouvements de tout le corps ; la crise dure un quart d'heure environ. La malade présente, surtout après souper, mais parfois aussi dans la journée, des crises qui sont devenues moins intenses et de moins longue durée.

Etat actuel! Fillette malingre, facilement émotive, pas de troubles moteurs; pas de tremblement d'aucun de ses membres au repos ni dans l'acte, Anesthésie pharyngée, pas d'anesthésieconjonctivale. Hyperesthésie au niveau de la 7° vertèbre cervicale. Pas de zones hystérogènes. Champ visuel normalement étendu ; léger chevauchement des couleurs.

Réflexes tendineux : rotuliens très exagérés ; danse de la rotule ; trépidation épileptoïde des deux pieds des plus intenses, amenant une trépidation de tout le membe, ne cessant que lorsqu'on ne maintient plus le pied. Réflexes tendineux de l'avantbras exagérés. Pas de Babinski. La recherche du réflexe pharyngé détermine la première fois, une ébauche de crise hystérique d'une durée de quelques minutes ; tremblement généralisé de tout le corps, claquement des dents, sensation de constriction pharyngée et mouvement de déglutition.

Sommet droitinduré.

M. le professeur Grasset porte le diagnostic de « Hystérie spastique, bacillose au début ». Traitement, douches, bains, cacodylate. La malade reste un mois dans le service ; pendant tout son séjour, elle n'a plus eu de crises ; sa spasticité disparait.

Nous avons revu la malade le 10 juillet 1908 : bon état général, depuis que la malade a changé de métier et sort davantage. Elle n'a plus eu de crises ; elle présente de l’aphonie presque complète chaque fois qu'elle éprouve une émotion ou à l'occasion de ses règles. Réflexes : rotuliens très exagérés ; réflexes tendineux du membre supérieur normaux. La flexion brusque du pied détermine des deux côtés trois à quatre secousses de clonus tout à fait passager, qui est beaucoup moins intense que la trépidation épileptoïde que nous avions constatée il y a deux ans.

OGC

OBsERvVATION XI

Polydypsie et polyurie nerveuses Exagéralion des réflexes et clonus du pied disparaissant avec la guérison

Cab..., cantonnier à la Compagnie du Midi, 26 ans, entre dans Île service du Professeur Grasset, le 6 juin 1908, pour polyurie.

Antécédents héréditaires : père en bonne santé, nerveux ; mère morte à45ans; deux sœurs en bonne santé. Pas de diabétique ni de polyurique dans la famille, dans l'entourage.

Antécédents personnels : pas de maladie antérieure, pas d'alcoolisme, pas de syphilis, pas d'incontinence d'urine dans l'enfance, pas de blennorrhagie, ni de cystile, pas de traumatisme cranien. Sujet facilement émotif, quoique de constitution robuste. Il éprouve parfois, quand il se met en colère, la sensation de boule ; il n'a Jamais eu de crise nerveuse franche. Pas de stigmates de dégénérescence. Marié depuis 15 mois, père de famille depuis 4 mois, il a eu, peu après son mariage, des dissentiments de famille à l'occasion de partage, qui l'ont vivement affecté ; sa femme, brouillée avec ses beaux-parents, ne s'est réconciliée avec eux qu'il y a quelques mois. |

Histoire de la maladie: C'estau milieu du mois d'avril, vers le 16 ou 18 avril (le malade peut assez bien préciser la date), que Cab... éprouve une soif plus vive que d'habitude : lui qui ne buvait jamais entre ses repas et n’absorbait au repas que trois quarts de litre de boisson, est obligé de boire très souvent et urine beaucoup plus que d'habitude. Déjà, le 24, il mesure ses urines ; la quantité s’en élève à 11 litres par jour.En même temps que de celte polydypsie et de cette polyurie, il se plaint de troubles généraux vagues (anorexie, lenteur de la digestion, nausées, constipation entrecoupée de crises diarrhéiques, faiblesse générale) qui l'obligent à interrrompre son {ravail. Le malade va consulter le docteur Coste qui l'engage à s'alimenter, . analyse ses urines et n'y trouve aucun élément anormal. Le vague malaise ne dure que 5 à 6 jours, mais la polydypsie et la polyurie persistent, s'aggravent : 20 litres d'urines par jour.

Au cours de sa maladie survinrent de nouvelles discussions assez

violentes dans sa famille, à la suite desquelles apparurent quelques tremblements passagers dans les membres inférieurs.

Etat le 5 juin : le malade, fort et robuste, présente dès qu'on lui demande, à la visite, pourquoi il vient à l'hôpital, une crise de sanglots, qui s'accompagne de tremblement généralisé : ces crises de larmes reprennent pendant quelques jours chaque fois qu'on lui parle et qu'il parle lui-même de ses chagrins de famille. Plus calme, il répond très bien aux questions qu'on lui pose. |

Sa soif est toujours des plus intenses et est le symptôme qui le préoccupe le plus; il a essayé de la tromper, en se gargarisant,en se rinçant la bouche avec de la limonade citrique, et a pu ainsi rester çhez lui quelques heures sans boire. Cette amélioration n'a pas persisté. Il à essayé de rationner ses boissons : mais il éprouve au bout d’un certain temps, une sécheresse de la gorge et de la bouche des plus intenses qui l'oblige à boire. ‘

Actuellement, au repas, il boit environ 2 litres 1/2 ; il boit presque après chaque bouchée d'aliments qu’il ne pourrait déglutir, ditil, sans cela. Dans l'intervalle des repas, il peut à peine, quand il

s'observe, rester une heure sans boire ; aussi fait-il toujours suivre avec lui une bouteille et un verre quand il se promène dans l'hôpital. 11 doit boire pendant notre interrogatoire et notre examen. La nuit, il s'éveille assez automatiquement presque toutes les heures, pour boire et pour uriner et se rendort aussitôt.

Il urine actuellement 18 litres par jour, un peu plus fréquemment qu'il ne boit, chaque fois environ un 1/2litre Les urines sont très claires, peu denses : 1003, de réaction neutre, elles contiennent 1,39 d'urée et 1,10 de chlorures par litre, soit 24 grammes d'urée et 20 grammes de chlorures par 24 heures. Examinées à plusieurs reprises, elles n'ont jamais contenu ni sucre, ni albumine.

Le malade a peut-être moinsessayé deretenirsesmiclionsqu'il n'a essayé d'agir sur sa soif; il ne peut rester guère plus de trois quarts d'heure sans uriner. Il n'éprouve ni douleur, ni picotement, ni autre trouble uro-génital.

M. le professeur Jeanbrau a bien voulu faire la séparation des urines, afin de se rendre compte du fonctionnement de chacun des deux reins : l'analyse des urines a été faite par le docteur Florence, chef de laboratoire à l'Hôpital général. Voici les résultats qui nous - ont été communiqués :

Première prise (5 minutes)!

REIN DROIT REIN GAUCHE Quant esse .... 23centimètrescubes. 28centimètres cubes. Couleur, aspest...... incolore, limpide. incolore, limpide. ÉCRAN ARE . neutre. neutre.

ÉTAT REA 4 gr. 50 par litre. 1 gr. 50 par litre. CRIDEOPER RE 1 gramme par litre. 1 gramme par litre. Albumine......,,... néant. néant.

DéporS- AAMLE à : tenue nul.

Deuxième prise (5 minutes):

REIN DROIT REIN GAUCHE Quantité........,... 2A4centimètrescubes. 23centimètrescubes. Aspert 3 Sr 4 impide limpide.

Couletr ss CR Part olOre: incolore.

Réatligna;.ses ire neûtre neutre.

Ürée.sss. Si RS TA EE A0 NARNIERE 1 gr. 16 par litre. Chlorures ......,..:. 41 gramme parlitre. 1 gr. 20 par litre. A lbumine....,....5. néant. néant.

Dépot rss MO TEE nul.

Le tube digestif fonctionne normalement : il n'y a eu à aucun moment de polyphagie ; l'appétit, très diminué au contraire au début, est actuellement peu intense. Pas de lenteur de la digestion, pas de constipation. Rien à signaler du côté de l'appareil CARS, ou cardiaque. Bon état général.

Appareil nerveux : Motilité : {out à fait conservée ; tremblement généralisé assez intense, mais de courte durée, lors des crises de larmes. Sensibilité, plutôt vive, de toute la surface cutanée ; au bras gauche, lègère hypoesthésie suggérée.

Léflexes tendineux : Rotuliens très vifs : Une série de trois à quatre percussions détermine une trépidation du quadriceps et de tout le membre, danse de la rotule bilatérale des plus intenses. Dès notre premier examen et avant la recherche de tout autre réflexe, nous déterminons une frépidation épileptoïde des deux. pieds, intense,

cessant quand on ne soutient plus le pied. Réflexes crémastérien et abdominal diminués. Réflexes pharyngé et conjonctival normaux. Raie méningitique.

Pas de troubles des organes de sens. Champ visuel normal.

Psychisme : En dehors de son émotivité, le malade ne présente rien de spécial, intelligence moyenne, mémoire conservée. Il est un peu inquiet de son état, mais ne s'en affecte pas outre mesure,

Traitement : Electricité (3 séances de tabouret), hydrothérapie (3 bains tièdes par semaine); teinture de valeriane 4 gr. par jour. Nous conseillons au malade de ralionner lui-même ses boissons, de résister à ses besoins et lui donnons bonne confiance dans le résultat du traitement.

La polydypsie et la polyurie, après être restées stationnaires quelques jours, diminuent ensuite {rès sensiblement ; le malade n’a plus aussi soif, peut rester des heures sans uriner ni boire, ne boit presque Jplus la nuit. Il s'efforce chaque jour de boire un peu moins que la lveille; ses urines, qui étaient à son entrée de 18 à 20 litres, sont Idescendues progressivement le 6 juillet à 42 litres; le 18 juillet, elles Mn'étaient plus que de 4 à 5 litres. Analyse d'urines du 17 juillet : quantité 4 lit. 500; densité 1.004. Réaction acide.

Urée 9,

18 par litre, chlorure 2,80 par litre.

par 24 heur. — 12,8 par 24 heur.

Pas de glucose. Légères traces d'albumine.

En même temps son hyperréflectivité a considérablement diminué. ÎLe 6 juillet, les réflexes roluliens étaient simplement vifs; pas de Blonus de la rotule et on ne pouvait obtenir que quelques secousses lépileptoïdes dans le pied droit. Actuellement, le 18 juillet, tous les ‘éflexes tendineux sont normaux; le maladeest plus calme eta bonfiance dans sa guérison prochaine et complète.

| Diagnostic : Le diagnostic de polydypsie el de polyurie nerveuses l'impose; il est difficile de savoir lequel de ces deux symptômes | précédé l’autre. En tout cas, l'émotivité du sujet, l'apparition le cette polyuri2 au cours de chagrins de famille, son amélioration frès considérable actuelle permettent d'éliminer le diagnostic de Ssion organique. S'agit-ild'unenévrose spéciale? Nous ne savonspas. l'agit-il d'hystérie à laquelle on a souvent l'habitude de rattacher le pareils cas? Nous serions plutôt de cette opinion ; nous ne trou-

vons pas les stigmates de la névrose, mais ces stigmates ne sont pas indispensables; nous avons pu suggérer une zone d’hypoesthésie au bras gauche; la-suggestion nous a paru, à côté de l'action de la teinture de valeriane, jouer un certain rôle dans la guérison actuellement presque complète.

Quoiqu'il en soit, le clonus de ce malade est bien un clonus d'ordre fonctionnel. Et c'est pourquoi nous rangeons ici cette observation.

OBsERvATION XII

Psychose hystérique. Faux clonus du pied

Jeune fille, 30 ans, salle d'observation de l'Hôpital Général.

Antécédents personnels : Crises nerveuses fréquentes depuis l’âge de 13 ans.

Antécédents héréditaires : Frère atteint dans le jeune âge d’incontinence nocturne d'urines, père et mère nerveux. Une tante, que la malade a soignée et qui est morte il y a un an, présentait des crises nerveuses, :

Etat actuel: À la suite de chagrins intimes, folie hystérique (avec hallucinations de la vue et crises hystériques très nombreuses).

Zones hystérogènes ovarienne et sous-mammaires, dont la pression détermine un début de crise. Hyperesthésie générale.

Réflexes rotuliens: Vif à gauche, normal à droite. Quelques secousses de trépidation épileptoide trrégulières, ne durant pas longtemps (faux clonus), liées à une contraction du triceps sural:

Ogservarion XIII

Trépidation épileptoide

Mile B..., service du professeur Mairet (1). Association hystéroépileptique. Cyanose des mains symétrique sous l'influence du

(1) Nous remercions M. le professeur Mairet de nous avoir permis de publier ces observations et MM. Salager et Euzière des renseignements qu'ils nous ont donnés. Sur 10 hystériques femmes de l’Asile examinées, les réflexes tendineux étaient exagérés 4 fois, diminués ou presque abolis 4 fois, normaux 5 fois.

MS RSS - - + =

froid. Crises à forme épileptique et à forme hystérique. Zones d'anesthésie et d'hyperesthésie cutanée inconstantes et mobiles. Sensation de boule.

Réflexes le 1% juillet 1908 : rotuliens très exagérés à droite, normal à gauche. Pas de clonus de la rotule. 7répidation épileptoïde vraie à droite. Réflexes pharyngé, conjonctival, plantaire abolis.

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