‹ De L'Exagération Des Réflexes Tendineux Dans L'HystérieChapitre 27 sur 50 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

OBSERVATIONS COMMUNIQUÉES (obs. XXII à XX VI)

OgservarTion XXII (Due à l’obligeance de M. Rimbaud, chef de Clinique)

Hyslé:o-traumatisme ; paralysie du membre inférieur droit avec anesthésie ; démarche spastique ; paralysie du membre supérieur gauche (1)

Ric... Joseph, 41 ans, maçon, entre à l'Hôpital Suburbain, le5 juin 1997, dans le service du professeur Grasset, salle Fouquet, n° 8.

Le 3 février 1906, le nommé Ric... Joseph, maçon, âgé de 40 ans, était au travail dans un chantier occupé à transporter des pierres. Il marchait au pas normal, lorsqu'il alla buter de la tête contreun madrier. Le coup a porté à la partie supérieure du front sur la ligne médiane. Le choc le renverse et il tombe sur le sol (terre durcie). Dans la chute tout le corps a porté à terre. Ilne perd pas connaissance, mais ne peut se relever ; ilse sent paralysé et doit être transporté à bras par ses camarades. Il est mis aulit,et dès ce moment-là, est dans l'impossibilité de remuer les deux jambes et le bras gauche ; le bras droit est complètement libre.

Le malade entre quatre jours après à l’Hôpital de Nice, où il reste jusqu'au 26 mars 1906. Pendant ce temps l’étatde l’accidentés'améliore. II commence à mobiliser ses membres inférieurs et à marcher, mais depuis sa sortie de l'hôpital, c'est-à-dire depuis 44 mois et demi, l’état est stationnaire.

(1) Nous avons suivi ce malade quand nous étions interne dans le service du professeur Gnasser; l'observation en a été rédigée par M. Rimsaur.

Antécédents personnels : Pas de maladie antérieure. Le malade nie tout alcoolisme; il affirme n'avoir jamais eu la syphilis.

Antécédents héréditaires : Père et mère ont vécu jusqu'à 70 ans. Un frère et une sœur bien portants.

Etat actuel 5 juin 1907 : Le malade se plaint uniquement de douleurs modérées dans la région lombaire. Aucun autre phénomène subjectif ; pas de céphalée, ni d'insomnie.

EXAMEN : Rien au cœur ; rien au poumon.

Membres inférieurs; motilité : Grande faiblesse dans les deux membres, surtout dans le droit. La jambe gauche est assez bien soulevée sur le lit ; la droite beaucoup plus difficilement ; le talon ne peut être élevé à plus de 15 centimètres au dessus du plan du lit.

Le malade mobilise normalement les orteils à gauche, ne peut les mobiliser à droite.

Il soulève les deux jambes à la fois, chacune d'elles à la même hauteur, il peut les soulever séparément. 1l ne peut s'asseoir sur le lit, les bras étant croisés et, quand il fait effort, c'est la jambe gauche (la moins faible) qui a quelque tendance à abandonner le plan du lit. Les jambes maintenues, il ne s'assied pas plus facilement.

Motilité passive tout à fait conservée. Pas de raideur articulaire. Pas de contracture au repos.

Réflexes : rotuliens très exagérés des deux côtés.

Trépidation épileptoide bilatérale.

Crémastérien aboli.

Babinski : pas de signe de Babinski. Les orteils ne réagissent à l'excitation plantaire ni en flexion, ni en extension.

Sensibilité à la douleur : Anesthésie absolue dans tout le membre inférieur droit. On traverse la peau avec des épingles sans que le malade réagisse. Gette anesthésie cesse à deuxtravers de doigt au-dessus de l’arcade crurale et, en arrière, la sensibilité reparait à 8 ou 6 cent. au-dessus du pli fessier, sur {ous les autres points du corps la sensibilité est normale.

Température : Sensibilité complètement abolie à droite, dans la même zone que la sensibité à la douleur. Le malade ne perçoit pas

le froid, il supporte sans réagir, un quart d'eau bouillante posé sur la cuisse,

Tact : Sensibilité tactile abolie dans les mêmes régions.

Sens des attitudes : Sile malade, ayant les yeux fermés, on déplace sa jambe droite, le malade ne peut dire la position qu'elle occupe et si on lui dit d'atteindre avec sa jambe gauche, qu'il sent bien, sa jambe droite déplacée, il ne retrouve pas celle-ci.

Tremb lement : Par moments, les membres inférieurs sont animés d'un tremblement rapide et spontané. Ce tremblement est plus marqué à droite quand le malade marche, plus marqué à gauche quand il est au repos.

Démarche : La marche est pénible ; cependant, soutenu par une canne, le malade peut avancer seul, le corps incliné en avant, les jambes raidies, comme un spastique.

Quand le malade se sent observé, tous ces tremblements de la marche sont manifestemont exagérés. Marchant dans la salle, n'étant pas observé, le malade marchait assez facilement sans canne.

Troubles trophiques : Pas de troubles cutanés, mais atrophie musculaire du membre inférieur gauche :

À 15c/m. au-dessus A 20 c/m au-dessus

du bord sup® du bord sup*

de la rotule. de la rotule.

D RIT OM EM en ar... 45 cent. 48 cent.

Cbisse gauche s.,,,..,:.: 43» 46 »

À 15 cent. au-dessous du bord inf° de la rotule.

Molletadroite ier Aura iREUee 35 cent Molebisancha. QU sa Vis, 34 »

Membres supérieurs : Le bras droit est normal.

Bras gauche : Les mouvements sont difficiles. Le malade ne peut porter la main gauche à la tête.

Quant il essaie de le mouvoir, le membre est agité d'un tremblement intense. Ses doigts entrent en contracture. La contracture est particulièrement marquée au niveau du pouce dont la 1% phalange se met en extension forcée, la 2 phalange en flexion. Quand le malade n'essaie pas de mouvoir son bras, les articulations sont parfaitement souples.

Sensibilité normale.

. Les réflexes tendineux, musculaires et osseux sont très exagérés et la percussion d'un segment quelconque du bras réveille le tremblement.

A 10 cm. au dessus de A 10 cin. au dessous de l'épitrochlée l’épitrochlée >. Brasdroit 25 1/2 Avant-bras droit 25 Trophicité É Bras gauche 24 1/2 Avant-bras gauche 24 1/2 Pas de troubles sphinctériens.

Réflexes pharyngé et conjonctival complètement abolis. Champ visuel normal, pour le blanc et les diverses couleurs. Pupulles réagissent normalement à la lumière, mais ne paraissent pas réagir à l’accomodation.

Le professeur Grasset, chargé d’une expertise, a conclu à l'hystérotraumatisme et à une incapacité totale et transitoire de 16 °/, environ. ;

Ogservarion XXIII

(Obligeamment communiquée par M. le professeur agrégé Gaussel)

Hystéro-traumatisme el simulation. Exagéralion extrême des réflexes tendineux, Clonus de la rotule et du pied.

Ach..., 30 ans, électricien, est envoyé le 3 novembre 1904 au professeur Grasset (hôpital Suburbain) par le docteur Cadillac (de Cette). Ge malade n’a été examiné qu'une fois.

Renseignements du docteur : Le 6 mai 1904, le malade est tombé d'une échelle, la tête portant sur le sol. Après l'accident, le docteur Cadillac le voit semi-comateux. Get état dure de 2 à 3 jours. Le troisième jour, anesthésie totale saus paralysie, remplacée sous peu par une hémi-anesthésie seulement. L'état du malade semble s'aggraver, hébétude, troubles de la parole ; il prétend avoir des vertiges, chute parfois.

Renseignements fournis par le malade : Amnésie durant trois semaines après l'accident. Actuellement, il se sent faible de la jambe gauche, engourdissements, tendance à aller à gauche pendant la marche. Lourdeur de (ête. Diminution de la force dans le bras gauche. Lenteur de la parole. En dehors de cet état chronique,

petit incident, petite défaillance consécutive à une sensation de « commotion électrique » dans les tempes.

Examen du malade : Motilité : Marche presque normale, le malade ne fauche ni ne talonne. Pas de Romberg sur les deux pieds, ni sur un seul. Acte de s'asseoir : Il n'y parvient pas les bras croisés, mais ne soulève pas la jambe gauche. Prétend ne pouvoir remuer les orteils et le cou de pied gauche, mais tient en l'air tout le membre. Force de flexion du genou normale.

Pas de tremblement aux membres supérieurs.

Sensibilité : Conservée au membre inférieur droit, abolie dans tout le côté gauche pour la piqûre, la chaleur, le froid. Anesthésie cornéenne, pharyngée, linguale, labiale (du côté gauche). Anesthésie de la face du côté gauche.

Réflexes : rotuliens exagérés. Danse de la rotule, surtout à gauche, Légère trépidalion épileptoïde des deux pieds. Réflexes tendineux des membres supérieurs exagérés. liéflexe massétérin exagéré. Pas de Babinski. Pas de zone hystérogène ni de rélrécissement du champ visuel.

Diagnostic : Hystéro-traumatisme. Au début il y a eu probablement commotion cérébrale ; il ne reste pas actuellement de lésions. La plupart des phénomènes moteurs accusés par le malade sont très exagérés par lui, sinon complètement simulés.

NOTE PERSONNELLE : 21 juillet 1908 nous avons reçu quelques renseignements sur ce malade: le 17 juin 1905, jugement du tribunal reconnaissant une incapacité de 50 0/,. Depuis lors, le malade est toujours incapable de remplir ses fonctions d'électricien et est employé à des ouvrages secondaires. Il présente encore quelques troubles de la marche. Son état s’est peu amélioré.

Ogsenvarion XXIV (due à l’obligeance de M. le professeur agrégé Gaussel)

Monoplégie brachiale hystéro-traumatique. Réflexestendineux généralement exagérés. Danse de la rotule. Trépidation épileptoïde des deux pieds.

Cal... Etienne, 36 ans, charretier, entre à l'Hôpital suburbain, 4 £ A A dans le service de M. le professeur Grasset, le 4 septembre 1904,

pour impotence du bras droit survenue à la suîte d’un accident du travail.

Histoire de l'accident: En voulant relever un cheval qui s'était agenouillé, le malade a fortement tiré sur la bride; mais la tête de l'animal est retombée, produisant ainsi une violente traction sur l'épaule droite de l’homme. Ce dernier prétend qu'il s'est trouvé alors le bras immobilisé, la paume de la main tournée en avant, et que des vendangeurs, qui passaient, lui ont remis son membre en place, en y exerçant de fortes tractions. Le malade aurait ressenti un craquement, mais depuis il est dans l'impossibilité d'effectuer le moindre mouvement, Il passe dix jours à l'hôpital de Mèze où il est traité par des frictions et du massage, puis vient à l'Hôpital suburbain, en chirugie, dans le service du professeur Tédenat, qui éli- mine le diagnostic de luxation de l'épaule et le fait transférer en médecine.

Antécédents personnels : Légère atteinte de paludisme en Algérie à 25 ans. Pas de crises nerveuses ni avant, ni après le traumatisme. Pas de trace de spécificité acquise, ou héréditaire. Pas d'éthylisme, du moins avoué.

Antécédents héréditaires : Rien à signaler.

Examen : membre supérieur droit. Attitude : Le malade se présente le coude droit collé au corps, l'épaule remontée, tous les muscles du bras et de l'épaule contracturés; l’avant-bras est fléchi à angle droit en adduction complète, les doigts fléchis dans la paume de la main, le pouce séparé des autres doigts.

Motilité : Le malade ne peut, ni ne paraît pouvoir exécuter aucun des mouvements que nous lui ordonnons. Les mouvements passifs qu'on imprime aux divers segments du membre sont très limités par la contracture et la douleur. L'extension passive de l’avant-bras est moins douloureuse que la flexion forcée. Il est impossible de porter le bras en abduction.

L'examen comparatif de la force musculaire à droite et à gauche ne donne que peu de renseignements : 0 au dynamomètre pour le côté droit, 18 seulement pour le ganche (simulation évidente).

Sensibilité : Douleurs spontanées vives; douleurs à la palpation, augmentant de l'extrémité vers la racine: Pas de zones d'anesthésie au tact ni à lachaleur.

Réflexes : On peut provoquer facilement les réflexes des extenseurs du poignet. Sécrétion sudorale exagérée à l’aisselle droite.

Examen de l'ensemble du système nerveux : Sensibilité normale dans tout le reste du corps. Zone excitable au foyer ovarien droit, ne donnant pas, toutefois, de crise typique.

Vision, ouïe, goût, odorat normaux; champ visuel, réflectivité à la lumière et à l'accommodation, normaux. Dermographisme bilatéral accentué.

Réflexe : rotulien accru des deux côtés.

Réflexe achilléen accru des deux côtés.

Danse de la rotule gauche, avec tremblements de toute la jambe.

Trépidation épileptoïde du pied des deux côtés, surtout à gauche : Pas de signe des orteils (Babinski).

Réflexes des extenseurs dupoignet, égaux aux avants-bras.

Réflexe cornéen un peu amoindri des deux côtés.

Réflexe pharyngien un peu diminué.

Réflexes cutanés (réflexe abdominal crémastérien), accrus et également des deux côtés.

Bon fonctionnement des divers appareils.

Le malade est soumis au traitement électrique.

1% décembre 1906 : Abolition presque complète de la contracture. L'avant-bras est facilement mobilisable ; le malade le remue même sans difficulté lorsqu'il ne se sent pas surveillé ; les mouvements des doigts ont repris. La douleur provoquée par les mouvements passifs semble très exagérée par le malade, qui renseigne mal sur sa force actuelle.

Sensibilité normale des 4 membres à tous les modes. Légère zone excitable (?) au foyer ovarien droit.

Réflexe rotulien accru des deux côtés.

Réflexes cutanés normaux.

Réflexes cornéen, pharyngé normaux.

Pas de danse de la rotule. Pas de trépidation épileptoïde.

Diagnostic : Monoplégie brachiale droite kystero-traumatique; contracture ; exagération et simulalion surajoutées.

OBErvATION XX V

(Communiquée par le professeur agrégé Gaussel)

Oto-méningisme hystérique, Clonus du pied. Danse de la rotule,

M... B..., infirmière, a été opérée en juin 1905 pour mastoïdite : grande intensité des douleurs spontanées, absence de signes locaux en dehors de la douleur ; à la pression, phénomènes généraux graves, fièvre élevée, tachycardie, photophobie intense qui ne cèdent qu'à l'intervention chirurgicale ; un peu de pus dans une cavité mastoïdienne (1). Un an après, en mars 1906, elle présente une diminution de la vue (sans lésion du fond d'œil), de la diplopie, de la céphalée, siégeant à la nuque et accompagnée d'une certaine raideur, de la difficulté à tourner et à pencher la tête vers la gauche, de la photophobie assez intense, quelques nausées, des vomissements, un peu de constipation, de la fièvre. Contraction douloureuse dans les membres inférieurs. Pupilles en accordéon. Raïe méningitique.

Exagération très accentuée de tous les réflexes tendineux aux quatre membres et au masséter. Danse de la rotule et clonus du pied bilatéral. Pas de Babinski.

Une ponction lombaire montre un peu d'hypertension, le liquide est clair, sans albumine, ni élément cellulaire : elle soulage un peu la malade. Douleur très vive à la mastoïde au niveau de la cicatrice de sa trépanation, douleur analogue à celle d'une zone hystérogène.

Les symptômes s'améliorent notablement en 6 ou 7 jours; la fièvre cesse ; 1l ne persiste pendant quelque temps qu'un peu de douleur au niveau de la cicatrice de l'apophyse mastoïde.

17 juillet 1908: Nous avons vu la malade qui continue son métier pénible d'infirmière et est en très bonne santé; elle a eu deux crises nerveuses. Les réflexes rotuliens sont un peu vifs; les réflexes des avant-bras normaux. Quelques secousses de clonus dans

les deux pieds, mais bien moins intense que le clonus observé par M. Gaussel.

(1) Ricue: Mastoïdite d'emblée. Soc. des sc. méd. de Montpellier, 30 juin 1905,

OBsEervarTIoN XXVI (due à l’obligeance de M. le professeur agrégé Gaussel)

Dysarthrie hystérique. Exagération des réflexes tendineux

Marie P..., 35 ans, domestique, entre à l'hôpital dans le service du professeur Grasset, salle Espéronnier, n° 20, pour un « défaut de langue »: depuis 8 jours, elle parle en serrant les dents.

Antécédents héréditaires : néant.

Antécédents personnels: Dothienentherie à 20 ans, sans reliquat : était toujours nerveuse, a eu des crises de nerfs, pleurait facilement sans motif, depuis ? ou 3 ans, surtout après la mort de ses parents.

Depuis l'année dernière, après s’être mouillée, la malade a senti une faiblesse du membre droit pendant plus d'un mois; elle n'a pas vu de médecin ; s'est fait masser. À cette époque, légère parésie de la jambe droite, mais aucun trouble de la parole.

Histoire de la maladie : Le 27 mai, elle a peur d'une contravention de la part d'un agent de police. Vive émotion. Le 28 mai elle commence à se sentir gènée pour parler. Elle déclare avoir, depuis le début, quelques vertiges le matin, sans chute, mais l'obligeant à se tenir pour ne pas tomber. Parle de moins en moins bien.

Etat actuel: la malade parle les dents serrées, très vite, et sent que la langue ne lui obéit pas. Dit bien: B. P. ne prononce pas bien l’L, dit mieux R. Ce n’est pas de l’aphonie. C'est de la dysarthrie. La malade ouvre très bien la bouche, la langue est très mobile, pour tous les mouvements, elle n’est gênée que pour la parole. Personne autour de la malade ne parle en bégayant, ni en bredouillant. Elle ne s'engoue pas.

Démarche normale, pas de tremblement des mains; hyperesthésie cutanée plus marquée à gauche, pas d'anesthésie cornéenne, ni pharyngée; rétrécissement concentrique assez marqué du champ visuel. Réflexes rotuliens très vifs des deux côtés ; achilléens très diminués. Pas de Babinski.

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