‹ De L'Exagération Des Réflexes Tendineux Dans L'HystérieChapitre 40 sur 50 · IMPORTANCE MÉDICO-LÉGALE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE MÉDICO-LÉGALE

Nous avons, dans le chapitre précédent, suffisamment établi que l’exagération des réflexes tendineux pouvait se rencontrer dans l'hystérie; reste à en évaluer sa fréquence, sa valeur sémiologique.

Fréquence

1° Fréquence en général. — Peu de statistisques ont été publiées déterminant cette fréquence. Crocq' a étudié à ce sujet 100 cas d’hystérie : les réflexes tendineux étaient exagérés 79 fois ; normaux, 9; affaiblis, 8 ; abolis, 6. Le clonus du pied y est rencontré 10 fois ; celui de la rotule 5 fois.

Lemoine* communique à Rouche une statistique de 132 cas personnels d’hystérie, sans phénomènes moteurs : nous y trouvons les réflexes rotuliens exagérés &8 fois ; abolis, 1 fois ; le clonus du pied, 37 fois.

rte ç) 74.

Kinnosuke-Muira! relate 31 cas de monoplégie brachiale : 17 fois les réflexes sont notés: dans 7 cas ils sont exagérés; dans 7, diminués ou abolis ; dans 3, normaux.

Nous n'avons pas eu l’occasion d'examiner un grand nombre d'hystériques : en dehors de 16 cas à réflexes exagérés, d'un cas à réflexes presque abolis, d'un cas à réflexes variables, que nous avons publiés en tête de ce travail, nous n'avons examiné que 8 autres hystériques à réflexes normaux: soit donc un total de 26, ce qui fait une proportion de 61,58°/, d’exagération; 30,76°/, de réflexes normaux; 3,6 °/, de réflexes presque abolis et 3,6 °/, de réflexes variables, tantôt augmentés, tantôt diminués. Nous avons observé 10 fois le clonus du pied, soit 42,3 °/, et 5 fois celui de de la rotule, soit 21 °/,. Mais cette slatistique porte sur un petit nombre de cas; nous avons été, nous semble-t-il, tellement favorisé par les hasards de la clinique, qui a fait défiler sous nos veux toute une série de cas avec exagération de réflexes, que nous ne croyons pas faire état de ces chiffres : peut-être si nous avions cherché un peu plus systématiquement les réflexes chez tous les hystériques, ces chiffres auraient-ils dû être modifiés.

Par contre, nous avons réuni dans ce travail une longue série de cas empruntés aux auleurs; nous avons pris au hasard de nos recherches bibliographiques etsans idée préconçue, toutes les observalions d'hystérie où les réflexes étaient notés. Aussi, croyons-nous que pareille statistique, basée sur 340 cas d’hystérie pure, doit avoir une plus grande valeur; sur 340 cas, les réflexes élaient exagérés 191 fois; normaux, 102 fois; diminués, 30; abolis, 13 fois; variables, ) fois. Le clonus du pied s'y est rencontré 61 fois, soit dans

près d’un Liers des cas d’exagération; celui de la rotule, 8 fois; celui de la main, 2 fois.

D'une façon générale les réflexes tendineux sont done assez souvent exagérés dans l'hystérie: dans les 3/4 des cas d'après Crocq; dans le 2/3 environ, d'après Lemoine, dans une moitié des cas d’après notre statistique. Le clonus peut être plus ou moins fréquent ; 10 °/, {Crocq), 28 °/, (Lemoine), 4 °/, (Romberg), 18 °/, d’après notre statistique.

Normauxz dans 9 0/0 (Crocq) ; 30 0/0, statistique personnelle (de nos 340 cas); ils sont plus rarement affaiblis, 8 0/0 (Grocq) ; 8,82 0/0, d’après nos cas.

Quand à l'abolition, on peut dire qu’elle est assez rare : 0,75 (Lemoine), 0,98 (Rouche), 3,82, d’après nos 840 cas. Elle est notée, cependant, six fois dans les 100 cas de Crocq et Chadzinski sur 19 cas d’hystérie l’a trouvée une fois, soit 9,83 °/,. Nous-même, sur nos 26 cas personnels, avons constaté chez une malade une abolition presque complète des réflexes tendineux.

Certains auteurs, qui admettent fort bien l'exagération des réflexes dans l hystérie, ne croient pas leur abolition possible dans la névrose. Pour Binswanger, toute abolition, quand elle est constatée après des recherches multiples et minulieuses, est presque toujours liée à une complication organique.

Dans quelques cas ce sont les phénomènes de la contracture qui empêchent l'apparition des réflexes (Delermann, Sternberg). Dans d’autres cas, les réflexes paraissent absents chez des individus amaigris, alités depuis longtemps. Cette abolition, due à l'atrophie du triceps et à la diminution du tonus, n’est qu'apparente ; le réflexe réapparaît, si l’on emploie certains procédés.

En dehors des statistiques, nous avons, en ce qui concerne la fréquence, l'opinion de Teissier, qui considère celte exa-

gération, surtout lorsqu'elle est liée â l’abolition des réflexes cutanés, comme un des stigmates de l'hystérie.

En résumé, les réflexes sont assez fréquemment exagérés dans l’hystérie ; cette exagération peut être de degré variable. Nous avons cherché dans cent de nos observations (obs. 91 à 191) à réflexes exagérés, quel était le degré d’exagération du réflexe rotulien ; nous l'avons trouvé 3 fois légèrement exagéré, 45 fois moyennement exagéré, 23 fois très exagéré, et 5 fois le clonus de la rotule; sur ces 100 cas, il y avait 50 fois la trépidation épileptoïde du pied, dont 4 semblent assez nettement appartenir à la fausse trépidation.

Le clonus du pied se rencontre, avons-nous dit, dans 18 °/° des cas : peut-être ce chiffre paraîtra-t-1l un peu exagéré ? Il faudrait, très probablement, croyons-nous, l’expurger de quelques cas où il s'agissait d'association névroso-organique méconnue ou d’une fausse épilepsie spinale. Mais ce chiffre de 180/, fût-1l beaucoup trop exagéré, il n'en reste pas moins établi, que le clonus vrai existe dans la névrose, au moins dans un petit nombre de cas indubitables.

2° Fréquence dans les diverses formes d'hystérie. — In'est pas suffisant de savoir quelle est la fréquence en général de l'exagération des réflexes dans la névrose, 1l est intéressant de connaître encore à quelle forme de névrose appartient surtout l’exagération.

CrocQ a divisé à ce sujet ses 100 cas en accès, paralysies et contractures, anesthésie, et il note :

a) Dans 63 accès : réflexes abolis 1, soit 1,58 °/, ; exagérés 93, soit 84,12 °/ ; clonus du pied 6 fois, soit 9,52 °/ ; clonus de la rotule 2 fois, soit 3.17 0}.

bj Dans la paralysie et contractures, 26 cas : réflexes abolis 2 cas, soit 1,69 °/, ; réflexes exagérés 19 fois, soil 73.67 °.;

clonus du pied 8 fois, soit 11,58c/, ; le clonus de la rotule 3 fois, soit 11,53 °/..

c) Dans les anesthésies, 11 cas ; réflexes abolis 1 fois, soit 9,99 0/, ; réflexes exagérés 7 fois, soit 63,63°/, ; clonus du pied 1 fois, soit 9,997.

Nous avons, pour les 340 cas d'hystérie que nous avons recueillis dans la littérature, établi quel était le nombre de cas à réflexes abolis, conservés ou exagérés dans les diverses formes d’hystérie. Nous avons distingué ainsi l'hystérie avec symptômes moleurs et l'hystérie sans symptômes moteurs.

RÉFLEXES TENDINEUX

= Ha Exagérés| Nor- | Dimi- | 4poris | Varia- 2 | clonus maux. | nués. bles Hystérie sans symptômes moteurs...... 9: 14 46 29 3 1” 3 2 Contractures...... 8 0 8 0 0 0 0 3 Aslasie-abasie....,| 8 3 4 0 0 1 0 ©| Pseudo tabes....:.| 14 0 4 7 0 3 0 =: Choréez 42,2. 151627 2 8 16 0 1 :- 10 Ë |Tremblement . 26| 8 6 sl <0 = Sclérose en plaques| 21 13 3 0 4 0 1 E Spasme saltatoire..| 1 1 0 0 0 0 0 È PAR IDSOM res de 2 1 1 0 0 0 0 ? [Monoplégie. .[ 88 5 15 92 | 141 1 1 o| Paraplégie........ 34 5 17 10 2 0 0 3 Hémiplégie. 48 9 17 10 6 6 0 on | es | “{ HOTADY 507. 403 61 129 102 30 13 )

POURCENTAGE... 17.174°/.131.1740/,| 30 °/, [8.82°/,13.82°/0|1.97°/o

NOTE : Nous avons rattaché à l'hystérie sans symptômes moteurs un rtain nombre de cas, où les symptômes élaient uniformément exagéré

ns tous les membres, sans concordance avec la manifestation motrice.

Le tableau précédent nous a permis d'établir que, dans les manifestalions motrices, qui sont de beaucoup les plus intéressantes, les réflexes étaient exagérés, sans clonus, dans une proportion de 19 0/4, exagérés avec clonus 34 °/,, normaux 33°/,, diminués 10°/,, abolis 4,8 °/,, variables 1,97 °/, chiffres qui ne diffèrent pas très sensiblement de la statistique générale et qui montrent que dans les manifestations motrices les réflexes sont bien plus souvent exagérés 52 °, qu'ils ne sont normaux 33 */, et encore moins abolis 1077

Cette exagération, du moins d’après les cas que nous publions, nous paraît plus fréquente dans certaines manifestations motrices : 100 pour 100 dans les cas de contracture.

Dans cette contracture toutefois, les réflexes peuvent paraître absents, lorsque la contracture est trop intense : c’est probablement le cas de la contracture communiqué par Raymond, il y a quelques mois, à la Sociéte de neurologie, lors de la discussion sur l'hystérie; c'était le cas de notre paraplégie pseudo-pottique (obs. IV), lorsque la contracture était très prononcée : actuellement la contracture a retrocédé et l'on peut constater l’exagéralion nette avec clonus.

Presque aussi fréquente dans l'astasie abasie, T fois sur 8 cas, elle l’est dans 89 0/0 des cas de sclérose en plagnes.La trépidation spinale, l'hyperréflectivité tendineuse ne sont-elles pas une des caractéristiques de ce syndrome ? Nous ne parlons pas du spasme saltatoire : un seul cas figure dans notre statistique (obs. 115) ; il est toutefois bien intéressant puisque la recherche seule des réflexes déterminait des crises.

L'exagération est plus rare dans le remblement ; les réflexes y sont presque autant normaux ou diminués, qu'exagérés ou abolis. IT est parfois difficile dans ces tremblements de différencier le vrai du faux clonus; nous avons pu toutefois les dissocier suffisamment chez une de nos malades.

Dans la pseudo-corée, les réflexes peuvent être exagérés.

plis ans

[Hs sont plus souvent normaux. Nous avons à notre observation VIII rapporté un cas où ils élaient nettement exagérés.

Reste le groupe des paralysies, qui n’est pas le moins important: 147 cas de monoplégie, paraplégie, hémiplégie sont réunies dans ce travail; sur les 147 nous trouvons 19 clonus, soit 12 0/0, et 49 réflexes exagérés sans clonus, 34 0/0, en tout 46 0/0 d’exagération; 42 cas de réflexes normaux, soit 28 0/0; 19 cas diminués soit 12 0/0. et 7 fois abolis, soit 4 0/0. À ce groupe appartiennent la plupart de nos observations personnelles. Ce groupe est d'autant plus intéressant que c'est celui pour lequel la présence ou l'absence de réflexes exagérés à la plus grande importance au point de vue sémiologique.

Valeur sémiologique. L'exagération des réflexes tendineux est considérée par certains auteurs comme un stigmate de névrose, quand elle est associée à la disparilion des réflexes cutanés. Nous avons indiqué, à l'historique, l'opinion de Teissier à ce sujet. « Le phénomène de la dissociation du phénomène patellaire et plantaire (exagéralion du: phénomène patellaire et abohtion du réflexe plantaire, est fréquent dans l'hystérie. Il doit être considéré comme un des bons signes de cette névrose, un véritable stigmate » conclue, dans sa thèse, Fayet, un de ses élèves.

Lemoine fait soutenir, en 1902, par son élève Rouche, une thèse où sont exposées les mêmes idées. Dans la statistique qu'il y publie, l’exagération du réflexe rotulien 66 0/0 vient comme fréquence peu après l'abolition du réflexe pharyngé, 89, 39 0/0 et se trouve plus fréquente que l'abolition du réflexe cornéen 39, 39 0/0.

Nous avons recherché, parmi les observations recueillies dans la littérature, celles où le réflexe pharyngé ou cornéen plantaire était noté, et nous avons pu déterminer, pour les deux premières catégories, une proportion de 48 °/,, et

pour la seconde 36 °/ de cas avec abolition de ces réflexes. Il semblerait donc que l’exagération des réflexes tut plus fréquente et put remplacer quelqu'un de ces stigmates dont la spécificité est actuellement bien battue en brèche.

Crocq, dans sa stalistique, compare lui aussi cette exagération à certains stigmates. « L’exagération des réflexes tendineux (79 °/,) plus fréquente que l'abolition du réflexe pharyngien (73 °[,) constitue un signe au moins aussi précieux que ce dernier pour établir le diagnostic; très fréquente dans les formes à accès (84,12 °/,), elle est moins constante dans les paralysies et les contractures (73,07 °/,), moins encore dans les anesthésies (63,63°/,). Son existence dans un grand nombre d’affections toxiques et infectieuses et même à l’état normal ne lui permet pas cependant d'avoir une valeur pathognomonique. »

Avec Crocq, nous ne pensons pas qu'on puisse faire de l'exagération générale des réflexes un signe d'hystérie.

Bien plus importante, au point de vue du diagnostic, est l'exagération des réflexes localisée dans une moitié du corps, dans un membre.

L'hystérie peut exagérer les réflexes dans certains cas que nous persistons à croire assez exceptionnels et elle peut les exagérer tout autant (plus même d'après Parkes Weber) que la lésion organique.

La barrière infranchissable qui séparait la névrose de la lésion peut être, dans certains cas, abolie.

L'exagération des réflexes tendineux ne reste alors plus cantonnée dans les domaines de la spéculation: elle a son intérêt pratique des plus importants.

Intérêt médico-légjal. — Un ouvrier après un traumatisme fait une paraplégie, une monoplégie, une hémiplégie (obs. I) : il présente plus tard de l’exagération des réflexes, du clonus

tendineux. Est-ce fatalement un organique? Nous croyons avoir démontré que non ; il peut s’agir uniquement d'hystérotraumatisme.

Quelles conclusions différentes au point de vue de l’indemnité à fixer à l’ouvrier ! Quelle différence dans le pronostic ! Aussi ce sont des cas que, bien que rares, il faut connaître afin de n'être pas démenti, quelques jours après le jugement, par une brusque guérison !

Si l’exagération des réflexes peut se rencontrer dans l’hystérie, la différenciation avec la lésion organique est-elle encore possible ? Reste-t-1l quelque signe encore pathognomonique ? Peut-être ; il est un signe qui paraît ne se rencontrer que dans la lésion organique : c'est le signe de Babinski, l'extension du gros orteil sous l’influence du chatouillement plantaire.

Nous savons bien que ce signe a été signalé à plusieurs reprises dans la névrose‘. M. le professeur Grasset nous signalait tout dernièrement un cas où 1l croyait l'avoir rencontré chez un enfant atteint de contractures hystériques, mais d’une façon inconstante. Ce signe a bien été trouvé chez notre malade de l’obs. If, mais d’une façon tout à fait passagère. Il n’en reste pas moins un excellent signe de lésion organique ; c’est souvent lui qui, dans un cas difficile avec exagération des réflexes, tranchera le diagnostic.

(:) Cohn, Becco, Gilles de la Tourette, Rouche, Gentes, Guidiceandrea, Dupré et Camus, Ingegnieros, Van Gehuchten auraient rencontré le signe de Babinski dans la névrose.

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