HISTORIQUE. — OPINION DES AUTEURS
Il serait mutile de chercher quelques indications sur notre sujet dans les œuvres de SypenmaM, LANDouzy, BRIQUET qui ont cependant donné des aperçus si ingénieux et des données si précises sur l’hystérie. Depuis qu'Asrruc.en 1743 avait essayé de définir les phénomènes réflexes, on les avait à peu près oubliés, tant en physiologie qu’en pathologie générale ou nerveuse.
L'étude des réflexes tendineux date de la dernière moitié du xix° siècle; mais c'est à peine aux vingt ou trente dernières années que remonte celle des réflexes tendineux dans l'hystérie.
Leur histoire peut être divisée en deux périodes : dans la première on admet qu'ils peuvent être exagérés ; la seconde remonte à 1893, à la communication de Babinski, où ül rejette l'opinion jusqu'alors admise. Dès lors, les travaux se multiplient et les contemporains se divisent en partisans ou adversaires de l’exagération des réflexes dans l'hystérie,
4re Période: de Charcot à la communication de Babinski (1893)
CHarcor ne parle qu'incidemment des réflexes dans l'hystérie, sans leur consacrer de chapitre spécial dans ses Leçons du mardi à la Salpêtrière ni dans ses Leçons cliniques. Il les considère comme tantôt augmentés, tantôt diminués et sans grande importance en dehors des paralysies ou des contractures. Dans une de ses leçons sur l’hémiplégie hystérique, il déclare que les réflexes tendineux loin, d’être exagérés comme dans les hémiplégies vulgaires, sont moins accentués du côté paralysé que du côté sain. « Nous avons donc affaire (dans cecas particulier) nonpas à une paralysie spasmodique, mais à une paralysie flasque, quoique non flaccide ».
On trouve toutefois éparses dans ses cliniques de nombreuses observations de paralysies avec exagération des réflexes. En note d’une de ses lecons sur le tremblement hystérique, nous lisons* :
« Ilest des cas de paralysie hystérique où l'imitation de la paralysie spasmodique de cause organique est parfaite.Alors les réflexes tendineux rotuliens sont exagérés et l’on obtient la trépidalion par redressement de la pointe du pied. La trépidation peut aussi se produire quelquefois spontanément, en apparence du moins, donnant lieu au phénomène que nous avons désigné, avec Brown-Séquard, du nom d’épilepsie spinale. Ces cas-là aboutissent le plus souvent à la contracture permanente ».
Uharcol® n'a-til pas créé une forme d’hystérie caractérisée
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par une hyperexcitabilité musculaire extrême, la « diathèse-de contracture »? Les principales caractéristiques n'en sont-elles pas l'exagération des réflexes tendineux et la trépidation épileptoïde coïncidant avec une modification de l’excitabilité électrique ?
« La présence de trépidation épileptoïde dans des cas de contracture hystérique terminée brusquement par la guérison montre qu'elle ne saurait être rattachée toujours à l'existence d’une lésion matérielle des faisceaux latéraux.»
Charcot! met en outre en garde contre « le tremblement qui, par son intensité, simule assez bien le phénomène de la trépidation épileptoïde » qui ne peut être arrêté par la brusque flexion plantaire un peu prolongée de l'avant-pied (procédé de Brown- Séquard), et ne s'accompagne pas toujours d’exagération des réflexes rotuliens.
Picxer* étudie particulièrement les réflexes dans la diathèse de contracture ; il ne croit pas leur exagération absolument indispensable à la diathèse. Dans cet état inverse qu'il appelle l’amyosthénie, « les réflexes tendineux du membre amyosthénique sont généralement exaltés et souvent coexiste cet état spécial d’aptitude à la contracture... ».
« Le caractère spasmodique de la paralysie hystérique peut être plus ou moins accusé, depuis la simple exaltation des réflexes tendineux jusqu'à la trépidation épileploïde la plus prononcée. C’est ainsi que, par degrés Insensibles, la paralysie peut se transformer en contracture, et il nous a été donné d'observer dans l’hystérie des cas de paraplégie spasmodique revêlant peu à peu tous les caractères de la contracture permanente des extrémités inférieures et présentant avec le tabes dorsal spamodique dû à une lésion organique des analogies les plus complètes. C'est là une circonstancequi peut rendre
Dem.
le diagnostic fort embarrassant et d’une importance d'autant plus grande que le pronostic diffère complètement dans les deux cas ».
Nous trouvons la trépidation épileptoïde signalée dans la contracture hystérique avant la publication de limportant mémoire de Richer par Bournevizce et Vourer', par BLoco* et par OLIvVE* :
« Dans les cas de contracture hystérique avec hyperesthésie ovarienne et hémianesthésie, on constate que la percussion du tendon d'Achille amène un relèvement brusque de la plante du pied et que la trépidation peut être facilement obtenue par les moyens que nous connaissons. Cette exagération des réflexes peut aussi s’observer alors que la maladie ne présente pas encore de contracture etannoncer sa prochaine apparition ».
Brissaup *, l’année auparavant, dans son Etude sur la contracture hémiplégique permanente », après avoir rappelé que « toutes les contractures permanentes sont le résullat d’une irrilation permanente des grandes cellules motrices de la moelle épinière». que « cette irrilation est parfaitement localisée à la substance grise, par exemple, dans l'empoisonnement par la noix vomique »... que « dans d’autres cas elle se fait par propagalion dans la dégénération secondaire de cause centrale », ajoute : «...Enfin, dans l’hystérie, la contracture se produit encore dans des conditions identiques. La grande hystérie convulsive est une affection dans laquelle les troubles fonctionnels du faisceau pyramidal jouent un rôle capital, et nous aurions pu reproduire des observations de contracture hystérique permanente tout à fait comparables à des observalions de contracture hémiplégique ou paraplégique ».
L'exagération des réflexes, principal caractère de la con-
RE tracture organique, nous paraît donc avoir été notée à cette époque par Brissaud.
En 1889 il déclare‘, à propos de la myélite transverse, «n'avoir jamais constaté le clonus du pied dans la paraplégie spasmodique hystérique, quel que soit le degré de contracture. S'il existe des exceptions à cetle règle, je vous avoue que pour ma part Je n'en connais pas » (1890). Plus tard il décrit ainsi une forme spéciale d'hystérie qni n'est qu'un degré de plus de la variété trépidante de l'abasie (Charcot) el qu'il rattache à la diathèse de contracture : «le spasme saltatoire* consiste en une série de contractions successives des extenseurs et des fléchisseurs de la jambe et quelquefois de la cuisse, contractions toujours très violentes survenant à l’occasion d’une excitation quelconque, le plus souvent exercée sur la surface du membre inférieur. Il se produit spontanément avec le plus d'intensité dans la station verticale et peut être provoqué soit par le relèvement brasque du pied,comme la trépidation épileptoïde, soit par la pression du üibia ou du tendon rotulien, soit par le simple soulèvement de la jambe au-dessus du plan du Hit... »
Guinon *, dans sa revue générale sur la « Sémiologie des réflexes » (1888), admet la diminution des réflexes tendineux dans la paralysie hystérique flasque, l’exagération dans la paralysie avec contracture
«Il ne semble pas qu'il y ait de règle bien établie en ce qui concerne l'hystérie au point de vue normal en dehors de tout accident, paralysie, par exemple. Le plus souvent, croyonsnous, les réflexes sont à peu près normaux, On ne peul pas fonder une espérance de diagnostic sur leur état. »
Notre maître, M. le professeur Gnasser*, dans son article du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (1889),
SR EE ne signale point l'état des réflexes dans la forme habituelle de l'hystérie avec crises, mais quand il arrive aux contractures il ne manque pas d'ajouter : « Quand les contractures frappent les membres, elles s'accompagnent, en général, de trépidation épileptoïde, de ces phénomènes tendineux que l’on rencontre dans la sclérose latérale. »
Kixxosure-Muira!, dans un travail du service du professeur Charcot (1893), réunit trente et un cas de monoplégie brachiale hystérique, conslate que les réflexes tendineux sont variables: sur dix-sept cas où ils sont notés, sept fois ils étaient exagérés; sept fois diminués ou abolis; trois fois normaux.
Souques*, dans sa thèse sur « les syndrômes hystériques simulateurs des maladies organiques de la moelle épinière », consacre tout un chapitre aux affections simulant la sclérose en plaques ; il y relate plusieurs observations de pseudo-selérose hystérique avec exagération manifeste des réflexes et clonus du pied des plus intenses. WesrPHaLz* n'avait-il pas. déjà publié plusieurs cas de pseudo-sclérose cérébro-spinale avec lrépidation épileptoïde, à l’autopsie desquels ne furent trouvés ni lésion de la moelle, m lésion de l’encéphale ?
Dans un autre chapitre, Souques réunit plusieurs observations de pseudo-tabes : les réflexes y sont variables, dans certaines, abolis (Feré, Souques, Petit); dans d’autres, normaux (Ballet, Huchard); parfois très exagérés (Michaut, Souques). D'autres observations sont réunies dans les thèses de Levaz-Picouecner* et de Vires* avec des modifications des réflexes variables.
Renpu°, dans une communication à la Société médicale des hôpitaux (1889); Duris', dans sa thèse (1891), étudient
or les tremblements hystériques et là encore signalent une exagération des réflexes des plus nettes.
Les observations d’hystérie mâle publiées en 1886 par Ozercrzxowsky' en renferment quelques cas.
Gicces DE LA Tourerre*, dans son traité de l’hystérie, mentionne l’état des réflexes dans les diverses manifestations de l’hystérie sur l'appareil moteur. « Dans la paraplégie flasque, les réflexes rotuliens sont variables, très fréquemment normaux ; dans tous les cas, ils ne sont point exaltés et, à plus forte raison, n’existe-t-il pas de trépidation spinale. Il peut en être différemment lorsque la contracture siège sur les deux membres inférieurs ; toutefois, disons que, généralement, la contracture est d'emblée trop accentuée pour qu'on puisse noter l'exagération des réflexes, à l'inverse de ce qui existe dans les paraplégies spasmodiques d'origine spinale, où la . contracture a toujours été précédée par l'exallalion des ré- flexes et la trépidation épileptoïde. Lorsque cette dernière exisle dans l’hystérie, elle présente souvent les caractères d'exagération du spasme sallatoire ».
Gilles de la Tourette* considère, avec Charcot, les réflexes rotuliens comme normaux dans l’hémiplégie hystérique ; 1 en fait un signe de diagnostic d'avec lhémiplégie organique : dans l’hémiplégie, comme dans la paraplégie hystérique, la contraclure, lorsqu'elle s’installe, n'est généralement pas précédée d’exagéralion des réflexes, à l'inverse de la lésion organique.
Gilles de la Tourette revient, après Charcot, à propos de l'hémiplégie hystérique, sur le tremblement simulant la trépidation épileptoïde. |
Il s'élève, en outre, contre les caractères d'exagéralion des réflexes que Richer avait donnés à l’amyosthénie : « Dans