CHAPITRE VI
Causes de cet état de la moelle
Bien des hypothèses ont été déjà émises pour expliquer ces modifications dans la manière d’être des réflexes tendineux.
Strumpell et Sternberg, reconnaissent comme cause de l’exagération des réflexes l’épuisement et la débilitation de l’organisme. Cependant nous l’avons notée chez plusieurs de nos malades dès le début, alors que leur constitution n'avait pas encore eu à souffrir de l’affection. Elle s’est montrée également dans des formes très légères, abortives ou presque ambulatoires. D'autre part des formes prolongées de la maladie n’ont pas troublé la réflectivité spinale, autant que nous ayans pu les suivre jusque dans la convalescence.
Petitclerc attribue l’abolition des réflexes à l’hyperthermie, à l’action du poison typhique et aux congestions passives troublant le fonctionnement de la moelle. Pluyaud admet les opinions de Strumpell et de Petitclerc pour l’exagération et l’abolition.
L'action de l’hyperthermie et de la longue durée de ja fièvre ne nous paraissent pas être cause de l’exagération. Un coup d'œil jeté sur les observations précédentes suffit pour s’en convaincre.
Plusieurs auteurs ont cherché à expliquer ces modifications par l'existence d’une lésion pathologique. Cependant les recherches microscopiques de Fritz (1), Chédevergne, Hoffmann, Ca-
(1) Frirz, Th. de Paris 1863.
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zalès, Griesinger, et Ballet n’ont révélé aucune altération nette de la moelle: celle-ci présenterait un certain degré de cengestion.
Nous avons examiné, avec l’aide de M. le professeur Baraban, les moelles des malades des observations XV et XXV, qui tous deux avaient présenté une exagération considérable des réflexes, et nous y avons trouvé des lésions très appréciables. (V. fig.)
Ces moelles avaient été durcies dans le réactif d’Erlicki, puis traitées par la solution de Weigert.
Dans la première (obs. XV) on constate, à la région lombaire une fragmentation de la myéline dans certains tubes nerveux ; dans d’autres, elle a disparu totalement. La lésion affecte surtout les gros tubes, les petits lui échappent en partie, et elle existe sur toute la surface de la moelle. Cependant elle est plus prononcée (lans le faisceau pyramidal et les cordons latéraux, surtout à leur partie profonde.
Le cylindre axe est respecté. Le tissu conjonctif est légèrement augmenté dans les interstices.
La deuxième moelle (obs. XXV) offre des lésions encore plus prononcées. Dans les racines antérieures la myéline apparaît ça et là sous formes de petits grains ou de croissants. D’autres cylindres, plus nombreux en sont totalement dépourvus. Les cordons postérieurs sont moins atteint que les cordons latéraux.
Dans ces deux cas, les mêmes modifications existent à la région dorsale ; elles y sont moins accentuées cependant.
A n’en pas douter, il y a là un désordre provoqué par la dothiénentérie, et pour nous c’est dans l’action des toxines sécrétées par le bacille typhique qu’il faut chercher l'origine de ces alté” rations.
Etudiée au point de vue de ses lésions intestinales seules, la fièvre typhoïde fut considérée longtemps comme une affection spéciale du tube digestif. Or, si l’on en considère le début, on le trouve analogue à celui de toutes les maladies générales, et ce n’est que durant le premier septénaire que la dothiénentérie se localise spécialement à l’intestin, à la peau, aux bronches, quand