CHAPITRE I
DES RÉFLEXES TENDINEUX
dans la fièvre typhoïde
Cette étude de l’état des réflexes tendineux dans la fièvre typhoïde n’est pas toute nouvelle, mais elle a donné lieu à des conclusions contradictoires.
Strumpell (1), en 1879, déclare avoir prouvé le premier que très souvent on constate chez des malades amaigris, affaiblis, et surtout chez les phtisiques et les typhiques à état grave, une plus grande élévation des réflexes tendineux que chez les malades de la moelle épinière. Pour lui, chez les typhiques, gravement atteints, beaucoup de phénomènes spasmodiques moteurs, tels que le tremblement, ne reposent visiblement sur rien autre chose que l’augmentation des réflexes tendineux. Quand ces malades entrent en pleine convalescence, l’excitabilité réflexe revient lentement à la normale.
Petitclere (2) dit n’avoir Jamais noté cette exagération chez des typhiques convalescents ; tout au plus, dans certains cas, la contraction réflexe du triceps lui a-t-elle semblé être plus énergique qu’à l'état normal. Quant à l’état des réflexes tendineux dans le cours de la fièvre typhoïde, si, bien des fois il a trouvé « normale l’existence du phénomène du genou, souvent il était
(1) STRUMPELL. Deutsch archiv für KI. médecin 1879. T. 24. (2) PETITCLERC. Des réflexes tendineux. Th. Paris 1880.
RTS
plutôt diminué qu'’augmenté », rarement même aboli de façon complète.
Pour M. G. Ballet (1), la diminution ou l’abolition des réflexes tendineux sont possibles sans cependant être la règle, tant dans le cours que durant la convalescence de la fièvre typhoïde. IL admet l’exactitude des faits relatés par Strumpell et Petitclerc ; mais les conditions d'observation devaient être différentes. « Rien « ne dit que dans ie cours de la fièvre typhoïde l’état de la « réflectivité spinale soit toujours modifié de la même manière, « toujours exagéré, ou toujours diminué. Les choses pourraient « varier suivant qu’on a affaire par exemple à une forme ady- « namique ou ataxique, au début, au cours, ou à la convales- « cence de la fièvre typhoïde ». Néanmoins le résultat de ses observations semble se rapprocher de celui de Strumpell, et M. Ballet admet que dans la majorité des cas de dothiénentérie
il y a une exagération de la réflectivité spinale. En effet, sur 17 cas il note :
PS
7 fois une exagération prononcée de tous les réflexes.
7 fois une exagération plutôt qu’une diminution, exagération portant surtout sur le phénomène du pied.
3 fois un état normal des réflexes.
Dieulafoy lui aussi reconnait que l’exagération des réflexes est habituelle dans la fièvre continue.
Pluyaud (2), sur 100 observations, trouve les réflexes tendineux : forts 58 fois.
Normaux ou moyens 21 fois.
Affaiblis 17 fois.
L’épilepsie spinale se montrerait 77 fois sur 100 observations.
En 4891, Albouze (3) étudie l’état des réflexes tendineux dans la fièvre typhoïde chez les enfants. Pour lui, les choses varient
(4) G. BaLcer. Progrès médical, 1881.
(2) PLuyaup. Th. de Paris, 1883, (3) ALBOUZE. Th. de Lyon, 1891.
suivant qu’on les examine à la péricde aiguë, ou bien pendant la convalescence, quoique en général la moelle soit atteinte, fonctionnellement tout au moins, dans la très grande majorité des cas. Ainsi les réflexes seraient généralement faibles, parfois nuls pendant Ja période aiguë, augmentés durant la convalescence. Tandis qu’à la période d'état le réflexe rotulien se rencontre dans 27 cas sur 100, pendant la convalescence on le note 74 fois sur 100.
De plus l’épilepsie spinale aurait une marche inverse de celle de l’exagération du phénomène du genou : nette, parfois très marquée, dans 56 cas sur 100 à la période d'état, elle ne l’est plus que dans 32 cas pendant la convalescence. Albouze n’a jamais vu la trépidation se produire spontanément par simple contact du pied avec le sol.
Ollive (1) note l’abolition du réflexe patellaire dans 8 cas de fièvre typhoïde grave.
Perret et Devic (2) notent une exagération des réflexes à la période d’état et pendant la convalescence, durant trois ou quatre semaines après la défervescence.
Dans les observations résumées qui suivent et qui ont été recueillies à la Clinique de M. le professeur Bernheim, nous trouvons dans la majorité des cas une exagération des réflexes tendineux, sans cependant y rencontrer une relation quelconque avec les périodes et les formes diverses de la maladie.
(4) Ozuive. Revue de médecine, 1881.
(2) PERRET et DEVIC. Province médicale, 1890.