LEUR APPLICATION EN CLINIQUE
Nous nous trouvons, dès maintenant, en face de deux ordres de faits : d’une part, la présence dans les selles du pigment biliaire normal ou du pigment modifié (stercobiline), ou l'absence de tout pigment — d'autre part, une réaction qui permet de savoir si ces pigments existent ou non. — Nous savons, de plus, dans quelles conditions l’un ou l’autre cas se présente: lorsque le foie et l’intestin fonctionnent normalement,les fèces renferment de la stercobiline ; lorsque le seul fonctionnement intestinal est défectueux, la biliverdine remplace la stercobiline ; lorsque le foie est fonctionnellement détruit,les fèces ne renferment rien. Nous savons enfin que, chez le nourrisson.la fonction stercobiline est longtemps remplacée par la fonction biliverdine, d'autant plus longtemps que l'alimentation au sein est plus longtemps maintenue. j
Il étaittout naturel de penser que l'on pourrait en déduire d’intéressants renseignements au point de vue clinique. C'est ce qu'a fait le premier M. Triboulet, dont nous allons résumer les expériences, en envisageant dans chaque cas l'état du dépôt et du liquide.
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A) — Dépôt. — Colorations variables.
a) Colorations vertes : 1 les a obtenues chez tous les nourrissons normaux, élevés au sein ; le dépôt était dans ces cas de coloration vert foncé vif, ou vert mousse un peu foncé, caractéristique de la biliverdine. Cette réaction persiste chez le nourisson au sein pendant un temps variant entre deux et huit mois (Gilbert et Herscher).
b) Colorations roses : Obtenues chez les nourrissons bien portants, élevés au biberon ou au sein: ce sont des colorations roses, fleur de pêcher, caractéristiques de la stercobiline. Elles signifient en même temps que le fonctionnement bilio-intestinal est normal; de fait,ajoute M. Triboulet, « les enfants qui la présentent, sont des enfants qui prospèrent. Je ne dis pas que ce sont forcément des enfants normaux en leur totalité (ils peuvent être fébricitants, tuberculeux). Mais quand la réaction persiste, nous pouvons affirmer à coup sûr que leur tonction digestive se maintient normale ».
Telles sont les significations des colorations vertes et roses dans les cas normaux. On a pu obtenir aussi des colorations vertes, chez les nourrissons au biberon ou chez des enfants au sein ayant déjà présenté, la réaction de la stercobiline. Il faut alors l'attribuer à un flux biliaire excessif produisant une telle quantité de pigment normal que la réduction ne peut être réalisée, ou à une lésion intestinale empêchant cette réduction.
c) Colorations blanches : Elles correspondent à des acholies pigmentaires, pas toujours complètes,
indices d’une fonction biliaire gravement compromise.
d) Colorations jaunes : M. Triboulet les attribue à l’acholie pigmentaire ; mais il se demande, si les selles qui la présentent ne renfermeraient pas quelque variété de pigment anormal. La variété jaune rosé correspond toutefois à la présence de stercobilinogène.
e) Colorations fortes : rouge, marron, violet, orangé : il les explique par la présence de pigments | différents, dérivant, eux aussi, de l'hémoglobine comme la bilirubine, et qui ne seraient que des termes inférieurs à la bilirubine ; ils indiqueraient eux aussi une atteinte portée à la cellule hépatique au cours des maladies infectieuses.
B) Liquide. — Deux choses à envisager :sa coloration et son opacité.
Les colorations obtenues dans les différents cas s'expliquent comme celles du dépôt.
Quant au trouble du liquide, Triboulet lattribue au mucus intestinal. Soumis à l'action de l'éther acétique, il donne un aspect bulleux caractéristique qui révèle la présence certaine d’un mucus:; or la bile n’en renferme pas (Dastre a en effet montré qu'elle ne renferme qu’une pseudo-mucine).
D'ailleurs, « ce mucus provient bien de l'activité intestinale, puisque la physiologie normale nous montre que la digestion accompagnée de la desquamation régulière de Pépithélium, à chaque période, avec rejet de boules de mucus normal ; puisque la physiologie pathologique nous montre que les états
infectieux locaux, comme lesentérites, s’accompagnent d’une production exagérée de mucus protectecteur, que certains états infectieux généraux, comme la pneumonie, la rougeole et la diphterie, s'accompagnent de sécrétion plus où moins active de mucus.
« Dans nombre d’autopsies, on peut recueillir le mucus quise trouve dans le tube gastro-intestinal, et on peut pratiquer sur lui toutes les réactions analogies à celles qu’on obtient sur le vivant par le sublimé acétique. Enfin chez les nourrissons atrophiques, la muqueuse plate, rubannée, lisse, ne fournit pas de réaction appréciable du mucus, à l’autopsie, pas plus qu'elle n'en donnait par le sublimé acétique ».
Quoiqu'il en soit de la nature de ce trouble, nous verrons plus loin la grande valeur que lui attribue Triboulet; mais dès maintenant nous pouvons dire qu'il donne à la transparence une signification plus grave qu'à son opacité complète.