‹ De L'examen des selles des nourrissons: Réaction du sublimé acétique: Méthode de Schmidt-TribouletChapitre 6 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Depuis une dizaine d'années, les recherches de coprologie ont pris un développement de plus en plus important, au fur et à mesure que se perfectionnaient les méthodes de laboratoire. Limitée pendant longtemps à la constatation de la forme, de la couleur, de la consistance des matières fécales, cette partie de la médecine s'est peu à peu étendue.

On a successivement étudié la composition chimique des fèces, y recherchant les résidus de lalimentation, graisses, hydrates de carbone, matières albuminoïdes, les pigments biliaires, le mucus, le sang, les microbes qui y végètent à l'état normal et dans les cas pathologiques, les parasites ou leurs œufs. Par les nouvelles méthodes des repas d'épreuve on à pu étudier le fonctionnement de l'intestin.

On s’est aussi occupé du point de vue physiologique. do En recherchant la part qui revient aux aliments et aux sécrétions des glandes digestives dans lacomposition des excréments. % En étudiant la variation de composition des fèces avec l’état des

ht glandes digestives qui déversent leur contenu dans l'intestin, en particulier sous l'influence des sucs gastrique et pancréatique et de la bile.

Derniérement enfin, M. Triboulet présentait à la Société de Pédiatrie de Paris, le 16 février 1909, les résultats de nombreux examens qu’il avait faits de matières fécales chez les nourrissons, et essayait de tirer une valeur pronostique de la présernice ou de l'absence des pigments normaux ou modifiés, au au cours de certaines maladies infectieuses ou de maladies chroniques capables de léser le développement général des jeunes sujets.

En traitant les selles par le sublimé acétique, il a obtenu suivant les cas des différences de coloration auxquelles il attribue une grande valeur au point de vue de l’évolution clinique; les résultats sont acceptés quant à leur nature chimique, et la teneur des selles en pigments biliaires normaux ou modifiés les explique bien. Ce quia été plus discuté, c'est le pronostic que l’on pouvait tirer de la prèsence chez un nourrison de telle ou telle coloration.

A la crèche St-Ferdinand, de l'hôpital de la Charité de Lyon dans le service de clinique infantile, nous avons eu l'occasion de suivre un certain nombre de nourrissons atteints d'affections diverses chroniques ou aigües,.

Inspiré par M. le professeur E. Weill, nous avons pratiqué sur leurs selles la réaction du sublimé acétique, d'après la méthode indiquée par M. Triboulet. Nous avons eu recours aux précieux conseils de M. Mollard, docteur en pharmacie, qui

PAT s'était déjà occupé dela question dans le même service.

C’est le résultat de ces expériences que nous nous -proposons de relater ici.

Mais auparavant, nous rappellerons les grandes lignes de la physiologie bilio-intestinale : la base de cette réaction étant la connaissance des pigments biliaires et de leurs transformations depuis le moment où, formés dans le foie,ils se retrouvent dans les matières fécales, nous exposerons d’abord les connaissances actuelles sur cette question, et en particulier sur la stercobiline.

Après avoir résumé la technique et les résultats obtenus par les auteurs qui se sont occupés les premiers de la question, nous relaterons les résultats de nos examens; comparant les colorations obtenues avec l’évolution clinique des nourrissons correspondants, nous rechercherons si la présence de telle ou telle réaction a une signification au point de vue pronostic.

Jl est bien certain que le fonctionnement biliointestinal a ure grande valeur chez le nourrisson et que nombre de maladies infectieuses ou autres retentissent sur la glande hépatique.

On en a la preuve dans examen du foie au cours des nécropsies d’enfants morts de maladies infectieuses ou chez les dystrophiques, et plus spécialement dans l'examen anatomo-pathologique et dans celui de Ia bile.

Ce liquide, normalement jaune rougeûtre, à l’intérieur de la vésicule biliaire, peut présenter à l’au-

topsie des colorations très différentes, variant du noir intense jusqu'à la décoloration complète. Il y à des biles jaunes ou blanches donnant à peine la réaction de Gmelin 3 il y a des biles brunes, de coloration tellement intense qu'on est obligé de les diluer pour y faire apparaitre la réaction des pigments biliaires.

Pisenti (1), en 1885, avait déjà étudié l'influence des septicémies provoquées sur la coloration de la bile. Plus récemment, M. Létienne (2) a trouvé à l'état pathologique des biles de couleurs très variables ; sur cinq cas de pneumonie lobulaire, deux fois la bile tait jaune orangé, deux fois orangé pâle, une fois incolore, claire comme de l’eau de roche. M. Triboulet (3) rapporte l'exemple d’une, fillette de six ans, morte au cours d’une péritonite à pneumocoques, et dont la bile présentait une coloration blanche, eau de roche très nette. Quioc (4), dans sa thèse, cite plusieurs cas de pneumococcies où la bile présente des colorations variant du blanc au jaune foncé .Hanot (5) s’est occupé spécialement des biles incolores et a bien fait la distinction entre les biles complètement apigmentées et les biles incolores ne renfermant que du mueus.

() PisenTI. — Archivio per la Scienze medische, IX, no 10,

(2) LÉTIENNE. — De la bile à l'élal pathologique. Thèse Paris. 1891.

(3) TrRiBouzeT. — La Clinique, 19 mars 1909, p. 181.

(4) Quioc. — Thèse de Paris, 1909-1910, l'Examen fonctionnel de la sécrétion biliare chez le nourrisson.

(5) Hanor, — Semaine Médicale, avril 1895.

NL

Bien plus, Quioc rapporte plusieurs exemples de nourrissons du type atrophique, sans état infectieux appréciable, dont la bile présentait des colorations très variables à l’autopsie.

Mais à ces variations de coloration de la bile, on ne peut attribuer une bien grande valeur, car bien souvent elles sont dues à l’action des microbes qui vivent à l’état latent dane la vésicule biliaire. Les travaux de M. Létienne, de MM. Hugounencq et Doyon (1), de M. Lippmann (2), ont bien montré le pouvoir qu'ont certains microbes comme le staphylocoque doré, le vibrion septique de réduire la biliverdine.

Si donc, il est certain que les maladies infectieuses ou dystrophiantes peuvent retentir sur le foie, en modifiant l’élaboration des pigments et, par suite, la coloration de la bile, on ne peut en déduire aucune notion précise touchant la séméiologie ou le pronostic.

Et de même,ces maladies réagissent sur l'élément noble du foie, sur la cellule hépatique, ou sur le tissu conujonctif de cet organe. Au cours des examens auatomo-pathologiques des nourrissons atrophiques où dystrophiques, on a souvent retrouvé des lésions histologiques consistant surtout en lésions de dégénérescence graisseuse intense ; elles coïncident d’ailleurs avec le cas de bile blanche, et

(1) HuGouneNco et Dovon, — Archives de Physiologie (5), VIT pr 025

(2) LIPPMANN. — Le microbisme biliaire normal el pathologique. Thèse Paris, 1904.

Te Harley, le premier, avait signalé la dégénérescence graisseuse dans les cas de bile incolore.

M. Triboulet (1) rapporte le fait suivant :

a Sur plus de 300 exameus pratiqués, nous pouvons dire que pas une fois, qu'il se soit agi de grandes infections preumoniques, diphtériques ou de complications de rougeole, scarlatine, coqueluche ou d’entérites aiguës variées, définies ou non — que pas une fois, dis-je — nous n’avons trouvé le foie intact ; depuis les larges taches dégénératives, depuis les ecchymoses violentes, lésions plus ou moins diffuses, sans systématisation appréciable, jusqu'aux congestions périlobulaires, jusqu'aux hépatites graisseuses, jusqu'aux réactions cirrhotiques précoces, nettement esquissées, nous avons à peu près tout rencontré chemin faisant ».

Mais ces constatations là ne peuvent se faire qu'après la mort. Aussi, a-t-on recherché des moyens de faire connaître le fonctionnement de la glande hépatique au cours des maladies qui peuvent l’atteindreet le léser pendantla vie. La valeurde chacune des fonctions de cet organe, permeteneffet, d'être renseigné sur la valeur de l'organe : un foie normal transforme en glycogène la presque totalité du sucre introduit par l'alimentation; il transforme en urée les sels ammoniacaux provenant de la digestion des matières albuminoïdes ; il présente une fonction biliaire normale, que l'on peut étudier

(1) TRiIBOULET. — Société de Pédiatrie de Paris, 16 février

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