‹ De L'Examen Médical Des Chauffeurs D'AutomobilesChapitre 27 sur 41 · AGO · texte numérisé non relu

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Ce système serait de beaucoup le plus simple et aussi le plus séduisant, car, ainsi que l'écrit l’auteur :

« Ce projet respecte complètement la liberté et la dignité des conducteurs. Ceux-ci ne devraient, pour obtenir le permis de conduire, se soumettre à aucune formalité, à aucun examen administratif. Ils n’auraient à fournir aucune attestation médicate. Pour se rendre compte s’ils sont aptes ou non, ils s’adresseront tout naturellement à leur médecin de famille, en qui ils ont mis leur confiance et qui leur donnera son avis, en conscience et en toute liberté, sans aucune intervention bureaucratique. Ne sont-ce pas là des conditions vraiment idéales ? Elles doivent convenir parfaitement aux conducteurs qui sont aptes; elles ne peuvent gêner que ceux qui ne le sont pas; mais tel est précisément le but visé ».

Pratiquement ce projet serait conçu de la façon suivante

« Une liste devrait être établie, énumérant les différentes tares physiques qui rendent inaptes à conduire une auto. Cette liste serait communiquée à tous ceux qui sollicitent un permis de conduire. Il serait promulgué que quiconque étant atteint d’une de ces tares conduit une auto, commet une faute lourde ou une imprudence grave. Si néanmoins l’inapte passe outre, il serait, en cas d’accident, après expertise médicale, condamné à de fortes amendes et à de l'emprisonnement ; pour le surplus, il serait responsable du dommage subi par autrui du fait de l’accident ».

En somme M. Wecker pense que « l’automobiliste

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ne prend pas assez conscience de sa responsabilité, mais que grâce à la formule préconisée par lui, l'inapte prendrait conscience de son devoir civique », car : « l'inapte qui persisterait à conduire se sentirait très mal à l'aise. Quand on est au volant, on est toujours à la merci d’un accident parfois très grave; la police peut intervenir, la justice est en droit de demander un examen médical du conducteur. L’inapte sera dépisté; on incriminera son imprudence. Cette situation serait intenable ; l’inapte renonçerait de lui-même à conduire ».

Certes ce projet offre, au lieu de la contrainte inhérente à tout règlement, le recours au libre arbitre.et à l’intelligence de l'individu. De la même façon, W. James, dans son système philosophique, préconisait l’égoïsme bien compris comme fondement de sa morale, en entendant par là que l’égocentriste intelligent devenait nécessairement un altruiste. Mais passant de la théorie à la réalité pratique, de l'individu — facteur social isolé — à la masse des individus, il devient vite impossible de spéculer sur la bonne volonté, l'intelligence ou simplement sur le bon sens d’une foule d'individus. La psychologie de la foule est toujours décevante — et ses réactions toujours fâcheuses — Les exemples historiques abondent. me

Au surplus il est difficile de croire que les automobilistes qui n’ont pas conscience de leurs responsabilité, la prendraient par le système Weckers. La plupart d'entre eux pensent qu’ils sont en parfait état de santé, et ce n’est pas une liste des Lares physiques d’incompaübilité qui les ferait changer d'avis. Il y en aurait très

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peu qui iraient demander conseil au médecin ; et on peut prévoir-que ce serait presque toujours ceux qui sonten bonne condition physique qui iraient le consulter. Et puis il faut bien envisager tous les cas pathologiques, où le sujet irresponsable ne pourra se conformer aux dispositions prévues par le système Weckers. Nous n’en voulons citer pour exemple que les paralytiques généraux ou les fous.

Systèmes privés : Enfin il nous paraît intéressant de dire un mot des systèmes qui sont nés de l'initiative privée de telle ou telle grande compagnie.

Pour souvenir, nous rappellerons les examens pratiqués par les compagnies de chemins de fer; par les services privés d’autocars, telle la compagnie d’autocars Citroën. Comme type nous prendrons l’examen pratiqué par la T.C.R.P. Le problème a été en effet étudié scientifiquement sous la direction de M. Bacqueyrisse, Directeur général de l'exploitation. Les conditions de recrutement, condition physique, condition d'âge et de sexe, ont été établies d’après les études comparatives des résultats obtenus tant à la Compagnie parisienne que dans toutes les autres compagnies françaises et étrangères.

L'examen à l’admission des candidats comporte un examen : 1° de médecine générale ; 20 d’oculistique et d’auriculistique ; 3° de psychotechnique; et s'inspire de ce qui a été fait et pratiqué pour les examens des aviateurs, puisqu'il comporte un examen général avec la recherche des cœfficients morphologique et de la force musculaire (tel qu’il a été déterminé d’après le segment

anthropologique de Bouchard), les examens de spécialité et de la recherche des réactions psycho-motrices dérivant de la méthode d’inscription des temps de réaction aux impressions sensorielles.

Les résultats sont des plus probants : En comparant le nombre des accidents causés en un an par 100 conducteurs de tramways non sélectionnés et 100 autres sélectionnés, le nombre des accidents a été de 16,5 % inférieur chez les sélectionnés. Ce qui par ailleurs représentait une économie non négligeable de 1.300.000 francs.

Comparaison des systèmes

Le système belge doit être immédiatement éliminé, parce qu’il est inapplicable à une collectivité. Dès lors on se trouve en présence des seuls systèmes Parisien et Girondin, car les examens des entreprises privées calqués sur le modèle des examens des aviateurs, peuvent dans une certaine mesure, être rattachés au système Girondin.

Dans le premier cas, le fonctionnement du système est assuré par un médecin spécialisé, avec possibilité pour le candidat éliminé, de se présenter devant une Commission d’appel. Dans le second cas, le candidat passe d'emblée devant une véritable commission médicale qui statue sur son sort de façon définitive et sans appel.

Les deux systèmes ont leurs avantages respectifs.

Peut-être le système Girondin paraît-il à première vue

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le plus séduisant. Une Commission de quatre médecins spécialisés dans cette fonction, armés de tous les moyens d'investigation offre d'emblée un maximum de garantie, et par suite, des véritables recoupements qui se produisent la décision médicale dans les cas limites pourra se trouver grandement facilités. On a dit cependant que ce système peut devenir trop sévère et risque d'éliminer des gens dont l’inaptitude peut fort bien être passagère — par suite de l'émotion particulière créée par un examen rigoureux — et compatible avec la conduite d’une automobile.

Le système Parisien, présente de son côté des avantages indiscutables. Il permet d’examiner un bien plus grand nombre de sujets, tout en présentant des garanties égales par ce fait que :

1° L’examen est pratiqué par un médecin spécialisé dans cette fonction,

29 La Commission d’appel, présente une garantie supplémentaire pour les candidats.

Deux chiffres démontrent le bien-fondé de notre assertion : 8.000 candidats chauffeurs sont examinés à Paris, alors que dans le même temps 1.100 candidats passent devant la Commission médicale de Bordeaux.

En somme, nous pourrions conclure que l’avantage de chaque système est de se trouver admirablement adapté aux besoins de la cité. À Paris, système simple, pratique, rapide, offrant toutes les garanties désirables. A Bordeaux, système moins rapide, mais évitant aux candidats les inconvénients d’avoir — comme cela se produit dans différents départements — à perdre une

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journée de déplacements longs et onéreux pour aller soit consulter un spécialiste, soit se présenter devant une Commission d'Appel.

I1 semblerait donc souhaitable que les différents centres d'examen puissent fonctionner de façon en quelque sorte autonome, sur les bases médicales établies par le médecin responsable en raison directe des besoins locaux.

Nous avons étudié et critiqué l’examen médical tel qu’il est officiellement prescrit pour les conducteurs de poids lourds et de transports en commun. Nous avons dit que nous considérions comme entièrement négative l’œuvre réalisée par la liste ministérielle des incapacités. Il nous faut donc étudier en détail, dans un premier chapitre purement médical — mais qui, au travers des données cliniques, aura le constant souci de n’envisager que le problème pratique qui se pose au médecin-examinateur — comment et sur quelles bases cet examen doit être réalisé. Nous examinerons donc chaque appareil séparément, indiquant le cas échéant quels procédés d’investigation devront être mis en œuvre, ou dans quel cas il faudra pratiquer le recours au spécialiste, discutant enfin, pour chaque lésion pathologique de la sanction médicale à envisager, en fonction de la double nécessité clinique et pratique.

Ceci nous conduira à discuter de la réglementation de cet examen pour qu’il ait sa pleine efficacité pratique.

Puis nous examinerons certaines recherches d’ordre physiologique se rapportant à la mesure des temps de

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réactions psycho-motrices. Ceci nous conduira alors vers un nouvel ordre de recherches, englobées sous le terme impropre et trop général de psychotechnique.

L'examen général

Avant de procéder aux examens plus spécialisés du cœur, du système nerveux, de l’audition et de la vision, le médecin doit faire un examen médical complet du candidat qui se présente à la visite.

Sans peut-être pratiquer des séries de mensuration en vue d'établir des cœfficients anthropométriques, il convient tout de même de s’assurer que le sujet présente une conformation physique et plus particulièrement osseuse et musculaire normale.

Une question se posera tout de suite à l’appréciation du médecin examinateur : celle des infirmes et des mutilés. Question tellement délicate, et souvent tellement pénible à résoudre. On l’a reprise un peu partout. Dans la presse elle est devenue un des arguments les plus forts contre l'examen médical des chauffeurs. On a dit avec beaucoup de justesse que l’on ne devait pas priver les infirmes et en particulier nos mutilés de guerre, des joies de conduire … voire de la nécessité de gagner leur vie.

Mais la question a été mal posée. Il convient de distinguer entre les candidats chauffeurs poids lourds, et les conducteurs de voitures de tourisme : Pour les seconds,

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la question est en effet résolue de façon élégante : un dispositif spécial de leviers est adapté sur la voiture et conçu de façon à compenser l’infirmité résultant de la blessure du conducteur. Donc tout particulier ayant une voiture ainsi équipée sera admis à conduire.

Pour les conducteurs de poids lourds, il ne peut malheureusement pas en aller de même, si la maison qui les engage pour faire le service de leurs véhicules ne pouvait faire adapter un dispositif s’adaptant aux mutilations du candidat. De tels candidats sont d’ailleurs extrêmement rares. Pour ceux qui néanmoins se présenteraient avec une mutilation créant une grosse gêne fonctionnelle — mutilation d’un membre, perte complète de la motilité d’un bras,etc.—le médecin devra malheureusement être formel et conclure à l'élimination. Nous pensons que corrélativement à une telle mesure, il faudrait créer pour de pareils sujets des postes sédentaires dans lesquels ils pourraient rendre des services et en même temps gagner leur vie.

Après un rapide examen morphologique, le médecin s’attachera avec soin à la recherche des antécédents, et plus particulièrement de la spécificité. Il s’informera si. le candidat est sujet aux éblouissements, aux vertiges : narcolepsies digestives — bien rarement mises en valeur par l’interrogatoire — vertiges d’origine hépatique, duodénale ou colique.

Il recherchera surtout les intoxications, et particulièrement l’intoxication alcoolique.

Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de dépister l’alcoolisme, tant du fait de sa fréquence dans

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