HISTORIQUE
Pour actuelle qu’elle soit, la question de l’examen médical des chauffeurs n’est pas une nouveauté, ce n’est pas non plus une solution hâtive ou approximative, proposée par quelque médecin en mal de réglementation, devant la série grandissante des catastrophes journalières causées par l’automobile, puisque — du temps où un chauffeur lancé sur les routes à une vitesse de 30 kilomètres à l’heure était considéré comme un fou particulièrement dangereux — des médecins réclamaient déjà l'examen de l’audition et de la vue des conducteurs.
Et si depuis plus de 25 ans, du fait de la vulgarisation de l’engin mécanique, l’extraordinaire aggravation de la mortalité sur la route a pu faire parler de véritable épidémie, depuis plus de 25 ans également, les médecins, au nom du simple bon sens, ont demandé que des aveugles ou des fous ne soient pas jugés aptes à conduire, donc à tuer. De fait,au moyen devœux et de résolutions votés par nos académies, de démarches personnelles auprès des représentants de l’autorité, le corps médical unanime a réclamé, jusqu’à ce que satisfaction lui soit donnée, cet indispensable examen médical du chauffeur =
car cet examen, s’il n’apporte pas une solution complète Bzowski 1
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à tous les problèmes de la route, permet au moins de supprimer parmi tous les facteurs humains d’accidents ceux inhérents aux tares physiques ou psychologiques du conducteur.
Déjà, en mars 1908; le Docteur Roche de Marseille, présentait à la Société d’Ophtalmologie de Paris, un vœu qui visait à attirer l’attention des pouvoirs publics sur «les risques créés par la mauvaise vision des automobilistes ». Presque en même temps le docteur Van Lint faisait adopter un vœu analogue par la Société Belge d’ophtalmologie dans sa séance du 29 novembre 1908. |
Deux ans après, le 23 janvier 1910, le Docteur Pierre Ardenne écrivait dans l’Argus : « Les qualités essentielles « pour la conduite d’une automobile sont à peu de chose « près :
19 « La connaissance parfaite de l’engin mécanique ;
29, «La vision très claire des choses, la nette perception « des sons ;
3° « Un sang-froid très éprouvé ».
Mais ce n’est guère qu’à partir de 1922 que la question sera prise plus particulièrement en, considération et entrera dans la voie qui conduira aux décisions officielles créant l’examen médical obligatoire pour tous les conducteurs d’autocars. Ce sera à la suite de la communication très nette du Docteur Ch. Fiessinger, devant l’Académie de Médecine, dans laquelle il réclame un examen périodique et obligatoire des conducteurs de: véhicules automobiles.
Et s’il est vrai que ce ne sera, que quelques années
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plus tard que les mesures conseillées par lui se trouveront enfin appliquées, c’est du moins cette intervention qui sera le « primum movens » de tout ce qui sera fait par la suite. Aussi nous semble-t-il intéressant de donner ici, en son entier, le texte de cette communication :
« J'ai l'honneur de solliciter l’adhésion de l’Académie à une réforme d’hygiène sociale déjà adoptée dans d’autres pays (Uruguay, Argentine), je veux dire l'examen médical des chauffeurs. Ils ont un permis de conduire mais ce permis ne spécifie que leurs aptitudes techniques. Il ne tient nul compte de la santé de l’intéressé et ses infirmités demeurent négligeables. Il y à là un gros péril dont les accidents journaliers confirment l'importance. Signalons l’âge très jeune. Il faut attendre 21 ans pour avoir droit de vote, mais dès la 18€ année, un gamin dispose du pouvoir d’écraser les passants.
« L'infirmité la plus répandue s’attache à l’organe de la vision. Les myopes sont légions. Aux oculistes de décider quel degré d’affaiblissement visuel établira la limite ? Et si le binocle ou les lunettes providentielles sont cassés en cours de route, qu'adviendra-t-il? A côté des myopes, les sourds. Ils n’entendent pas l’appel avertisseur de l’auto qui s’avance dans un tournant. Tant pis pour les victimes !
« Sourds et myopes sont en état d’émulation perpétuelle. Plus rares sont les manchots. Mais il en existe et qui ont des permis. De même ceux qui ne disposent que d’une jambe pour appuyer sur les pédales des freins. Il y a quelques semaines, dans Paris, un chauffeur était atteint d’une crise d’épilepsie à son volant. D’autres hésitent et son incapables d’une décision d’urgence. D’autres pris de boisson conduisent leurs véhicules à tort et à travers. Laissera-t-on la population exposée aux maladresses dès manchots et des mutilés, aux syncopes des épileptiques, à l’indécision des psychopathes et aux caprices des ivrognes ?
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« Jamais il n’a été question des maladies du cœur et de l'aorte. Pourtant des chauffeurs sont morts subitement et la voiture brisée a parfoistué ou blessé grièvement ses occupants. Qui a songé aux hypertendus formidables et aux aortiques ? Nombre d’entre eux se font un sport favori de l’automobile. Il existe une loi pour la déclaration des maladies infectieuses. Où est la loi qui mettra les voyageurs ou passantsinoffensifs à l'abri des chauffeurs infirmes ou malades ? Si la population est reconnaissante à l’Académie de la préserver de latyphoïde ou du choléra, elle demande au surplus à garder l’usage de ses membres. Une jambe, un fémur ou un crâne cassé en quoi méritent-ils moins l’attention que telle maladie infectieuse, qui, comme la scarlatine est tout de même moins redoutable ? Parmi les membres de l’Académie, deux au moins ont été déjà écrasés par les chauffeurs et ont succombé sur le coup. Ces pertes ont mis en deuil le corps médical tout entier. Mais les chauffeurs responsables n’ont, il le semble, passé par aucun examen médical particulier ».
« C’est pourquoi l’Académie voudra peut-être m’excuser si je me permets de soumettre à sa haute approbation les trois propositions suivantes :
«1° Un permis de conduire ne sera pas délivré avant l’âge de 21 ans, les qualités de réflexion et de jugement étant aussi mécessaires, pour conduire une auto que pour déposer un bulletin de vote ;
«29 Ceux qui sont affligés d’une diminution de la vue et de l’ouïe seront soumis à un examen annuel des spécialistes. Les manchots, les grands mutilés, les épileptiques, les alcooliques avérés, les ivrognes se verront refuser ou retirer leurs permis ;
« 30 Tous ceux qui conduisent passeront devant une commission médicale toutes les quelques années (trois ans en moyenne). Le cœur sera ausculté, la tension artérielle prise» le système nerveux examiné, et une nouvelle autorisation de circulation ne sera délivrée que pour une période que la Commission d'examen jugera sans danger ».
À la suite de cette communication, une Commission était alors nommée, composée de MM. Tuffier, Quenu, Vaquez et Fiessinger sous la présidence du Professeur Balthazard et faisait paraître son rapport dansle Bulletin de l’Académie de Médecine en janvier 1923. Y était annexée la liste complète des lésions organiques reconnues comme étant incompatibles avec l’obtention du permis de conduire — lésions détaillées du cœur, système nerveux, de la vue, de l’audition, des troubles mentaux.
Les conclusions étaient les suivantes :
1. Il ne sera plus délivré de permis de conduire qu'aux sujets âgés de plus de 20 ans ;
2. Le permis de conduire sera refusé à tout condidat atteint de troubles mentaux, de lésions organiques ducœur, des vaisseaux ou du système nerveux, d'insuffisance de la vue ou de l’ouïe, constatées par une commission médicale ‘spéciale, et le mettant hors d’état de conduire une voiture automobile ;
3. Le permis ne sera accordé aux mutilés qu’au cas où les appareils dont ils seront porteurs leur donneront une aptitude suffisante pour la conduite des voitures automobiles ;
4. Le permis ne sera valable que pour 10 ans au bout desquels le chauffeur devra subir un nouvelexamen médical. Dans le cas où la commission le jugerait utile, le permis pourra n'être délivré que pour 3 ans;
5. Le permis de conduire sera retiré en cas d’ivresse ou tout au moins récidive d'ivresse ;