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DES PETITES NOTES

L'exécution des petites notes, dans les œuvres des maîtres anciens, présente une difficulté de lecture non seulement pour rélève, mais encore pour l'artiste, pour le virtuose. L'exécution d'ensemble exigeant une seule et même interprétation de la part de chacun, on conçoit que les exécutants se trouvent souvent en présence de diffi- ' cultes causées par le doute et l'embarras. L'incertitude qui se manifeste à ce sujet tient à deux causes : au mode d'interprétation qu'il s'agit de déterminer pour tous, par rapport à l'exécution d'ensemble; à l'indifférence que témoignent, la plupart du temps, les musiciens d'orchestre, en ce qui concerne certaines questions de détail, où il convient d'apporter une initiative entendue à Texécution collective. Il faut donc que cette initiative soit basée sur des principes, des lois dont on ne puisse mettre en doute la justesse, la force et l'autorité. La situation du chef d'orchestre, vis-à-vis do son personnel, fait que les exécu-

tanls so ncnt généralement à lui. Cela ne suffit pas, et, dans l'intérêt de Texécution, il serait à souhaiter que les artistes donnassent un démenti à Topinion accréditée depuis plus d'un siècle, et formulée en ces termes par J.-J. Rousseau : « Les musiciens lisent peu, et cependant je connais peu d'arts où la lecture et la réflexion soient plus nécessaires. »

Eh bien ! le progrès qui s'est opéré dans l'art musical dû en partie aux écrits, aux ouvrages didactiques, aux méthodes, etc., qui se sont produits depuis cette époque, n'a pu combattre cette indifférence pour la lecture chez la jeune génération.

Nous soulignons ce point pour une raison personnelle. La voici :

Nous sommes auteur (nous l'avouons) d'un traité ayant pour titre : « La notation de la musique classique comparée à la notation de la musique moderne, etc. » Nous avons exposé dans ce traité des principes vrais, établi des règles certaines, donné des raisons péremptoires, quant au mode d'interprétation devant être adopté pour « l'exécution des petites notes ».

A cet ouvrage se rapporte directement la question présente.

Nous allons donc nous servir de ce guide pour mettre en pratique l'application des principes sur la « notation »; cette leçon servira de complément à celle de 1' « exécution d'ensemble ».

B. — Leçon sur rexécution des petites notes.

L'œuvre sur laquelle nous baserons cette étude est le premier acte A'Iphigénie en Aulide de Gluck. Il ne sera extrait de la partition* que la partie de premier violon, celle-ci contenant plus d'exemples à examiner, et marchant plus conjointement avec le chant que les autres instruments, dont rinterprétalion est d'ailleurs la même. Nous ne signalerons qu'un ou plusieurs exemples des diverses acceptions auxquelles ils se rattachent, d'après les principes contenus dans notre traité.

Les petites notes ont deux manières d'être : elles sont longues ou brèves. Le point important pour l'exécution est dans le choix de l'interprétation à déterminer. Il faut donc distinguer, à première vue, l'acception à laquelle se rapporte la petite note à exécuter.

On doit ranger du côté de la petite note longue les acceptions suivantes : Appogiatiire, retard, port de voix, anticipation, coulé lent; du côté de la petite note brève : Détaché, séparation^ préparation, terminaison, coulé vif,

La difficulté consiste dans l'interprétation des différents exemples, afin de leur appliquer l'acception à laquelle ils correspondent.

Il faut pour cela analyser les exemples notés, définir les acceptions auxquelles ils se rapportent, par rapport aux principes énoncés à la suite de chaque acception.

Ainsi l'exemple A répond à Tacception dite :

Appogiature (ou coulé lent, appui, soutien, guide, port

1. Partition d'orchestre gravée par le sieur Huguet à Paris (1774).

de voix, etc.)» « quand Ja petite note est à un degré conjoint supérieur ou inférieur do la note réelle à laquelle elle appartient et qu*ellc précède » .

« Lorsque la petite note est longue » (c'est-à-dire d'une valeur relative à la note qu'elle précède).

"s Dans les acceptions de la petite note longue, la force du son tombe toujours sur la petite note. »

« La petite note emporte alors la moitié de la valeur de la note qui la suit. »

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— L'exemple B répond au trille ou tremblé : « Tremble-

ment serré qu'on obtenait de la main gauche, à Taide de la pression du doigt et d'un mouvement rapide du poignet. »

— L'exemple C répond à l'acception dite : Préparation (ou point d'appui) quant à la petite note

seulement; le tremblé correspond au trille, généralement

employé aujourd'hui.

— L'exemple D répond à l'acception dite :

Séparation ou note de passage. « La séparation est destinée à donner de la variété à la mélodie, et prend place quand la note monte ou descend une seconde ou une tierce. »

« La petite note emprunte sa valeur à la note qui la précède, et se lie à la note qui la suit. »

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— L'exemple E répond à Tacception dite :

Retard, « quand la petite note est à un degré conjoint

inférieur ou supérieur de la note ordinaire à laquelle elle

appartient et qu'elle précède ».

— L'exemple F répond à l'acception dite :

Coulé vif, opposé au détaché.

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— L'exemple G répond à l'acception dite :

Port de voix (d'en haut ou d'en bas), « alors que la petite note est à un degré conjoint ou disjoint, soit au-dessus ou au-dessous de la note principale, soit qu'elle la précède ou la suive ».

« Le port de voix, dans le chant, est une liaison fort

légère entre les sons qui montent ou descendent par intervalle, et qui anticipe en quelque sorte la note ^ à laquelle on veut arriver. »

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— L'exemple H répond au :

Coulé lent (ou port de voix).

— La valeur de la petite note est d'ailleurs déterminée par la réalisation qui en est faite dans la partie vocale.

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— L'exemple I répond à l'acception dite :

Terminaison (ou point d'appui).

« Pour achever une phrase. »

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— L'exemple J répond à l'acception dite :

Anticipation, « lorsque la petite note est placée sur le

même degré que ]a note qui la suit et à laquelle elle appartient ».

— L'exemple K répond au port de voix.

Telles^ sont les principales attributions que les anciens donnaient aux petites notes.

L'interprétation exacte des différentes acceptions est par conséquent le point important de l'exécution; l'application du sens vrai de la pensée des auteurs au texte de leurs œuvres, voilà le but que doit se proposer tout exécutant.

C'est par un travail constant, une application soutenue, une aptitude à toutes notions d'arl, que l'on y peut prétendre : c'est en analysant les textes que l'on exécute (ainsi que nous venons de le démontrer), en se familiarisant avec les divers aspects que présentent les petites notes,

en s'habituant à distinguer, à première vue, les différentes acceptions sous lesquelles il convient de les comprendre ; enfin, en ayant toujours pour principe Tinterprétation vraie des auteurs, c'est à l'aide de ces moyens que l'on parviendra, élève, exécutant, artiste, virtuose, à s'identifier avec les différents styles des maîtres des diverses écoles.

En résumé, les anciens affectaient aux petites notes différents caractères. Elles étaient pour eux un signe d'accentuation ayant plus ou moins de durée, en même temps qu'un emprunt aux valeurs réelles exprimées dans leur notation. On a même restitué, en certains endroits des textes, CCS sortes d'emprunts déterminés, parfois, dans des éditions modernes, en donnant aux petites notes la valeur réelle appartenant à leur acception, mais en les dépouillant toutefois de leur signification.

La notation étant parvenue ensuite à une expression plus précise, les auteurs y ont ajouté nombre de signes correspondant aux différentes acceptions exprimées par les petites notes.

La signification des attributions affectées aux différentes valeurs de notation, d'un côté comme de l'autre, ancienne et moderne, est donc une chose essentielle, dans la lecture, que peut éclaircir la comparaison des deux systèmes.

En effet, on retrouve dans la notalion moderne, sous la forme de valeurs réelles, les mêmes acceptions attribuées aux petites notes.

On peut s'en convaincre par l'exemple suivant, présenté sous les deux aspects:récriture ancienne, l'écriture moderne. — Adagio de la S*" symphonie de Mendelssohn, déjà cité.

Rotation moderne

Adagio (^ ^^r""\ .^r^

Notation ancienne

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