‹ De l'exentération complète sous-périostée de l'orbiteChapitre 16 sur 24 · A. FAVRE · texte numérisé non relu

A. FAVRE

niveau du globe oculaire, en même temps qu’une céphalée violente. Puis il constata qu'il se produisait une perte de substance à l’angle interne de l’œil, perte de substance qui augmenta de jour en jour. C’est en voyant continuer cet état de choses qu’il vint à l’Hôtel-Dieu.

Actuellement à l'inspection, on constate, sur la partie gauche du nez une cicatrice, trace de l’opération précédente. L’œil est fermé, les cils sont agglutinés, la paupière supérieure présente une coloration violacée. La paupière inférieure, en ectropion, forme un repli très accusé.

A l’angle interne de l’œil, nous constatons une large perte de substance partant de cet angle interne et gagnant par un trajet oblique dirigé de bas en haut et de dedans en dehors la partie moyenne de la paupière supérieure; les bords de cette excavation sont taillés à pic, rougeâtres, bourgeonnants. À la partie inféro-interne, cette excavation présente un bourgeon peu développé, à la place des points lacrymaux et de la caroncule lacrymale. Cette excavation est très profonde et se continue avec la paroi de l’orbite. Si on l’examine, on la trouve rouge, profonde de 15 millimètres au moins : dans son intérieur on constate le reliquat du tendon du grand oblique.

À la palpation on constate que cette ulcération saignant facilement, repose sur une partie indurée; il existe une masse dure, cachée par la partie supéro-interne de la paupière supérieure, indépendante du rebord orbitaire; même masse indurée en bas à l’angle interne; les régions avoisinantes, le nez, l’arcade sourcilière sont indolores.

Il y à un ganglion pré-auriculaire très net, et un gros ganglion sous-maxillaire.

Le malade ne souffre pas, mais les mouvements des paupières sont absolument impossibles. Si on les entr’ouvre, on constate l’immobilité du globe oculaire lorsqu'on commande au malade divers mouvements.

La vision de l’œil gauche est conservée; on constate une légère injection des vaisseaux de la conjonctive oculaire.

L'état général, qui n’a jamais été mauvais, est excellent en ce moment.

Le 11 novembre 1905, on pratique l’exentération complète sous-périostée de l’orbite, suivant le procédé classique. Le néoplasme ayant envahi les paupières, on est obligé de pratiquer l’ablation totale de la paupière supérieure, et de la moitié interne de la paupière inférieure, Les parois de l’orbite présentant un aspect fongueux, surtout la paroi interne, on fait un curetage, et la curette effondre la paroi du sinus frontal, et des sinus ethmoïdaux antérieur et postérieur.

Drainage de la cavité à la gaze iodoformée, suivant la méthode de Miculiez.

Le malade part, alors que sa cavité orbitaire n’est pas encore comblée; il revient le 7 avril presque complètement guéri; le fond de l’orbite présente encore une petite plaie de $S millimètres carrés environ; le reste de la cavité orbitaire est complètement recouvert de tissu sain, mais le travail de réparation a légèrement attiré en arrière la région sourcilière.

On examine l’état de la sensibilité dans la région périorbitaire ; on constate dans le territoire de l’ophtalmique gauche que la sensibilité est normale pour la piqûre, diminuée pour le contact, et abolie pour le froid.

Le malade raconte que pendant deux mois et demi toute cette région était comme « endormie » et que depuis deux mois la sensibilité revient peu à peu. Il part le 11 avril.

OBservarTION II (personnelle)

Phtisie du globe. — Mélano-sarcome de la choroïde. — Exentération complète sous-périostée.

B... Aldéric, cinquante ans, cultivateur, entre à l’Hôtel- Dieu, dans le service de M. le professeur Rollet, le 28 avril

Rien comme antécédents héréditaires.

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Antécédents personnels. — Il y a douze ans, le malade aurait reçu dans la région orbitaire une pièce de bois, dont une esquille lui aurait fait une piqûre à la cornée; il aurait vu clair pendant quatre ou cinq jours après l’accident. Il n’y aurait pas eu d’hémorragie, mais un œdème considérable des paupières, avec épiphora. Il se serait ensuite produit un écoulement purulent, dû sans doute à une infection consécutive des voies lacrymales. Phlegmon de l’œil probable.

Deux mois après le traumatisme, phtisie du globe.

Le malade n’a jamais eu de douleur; mais il y a deux mois, il s’aperçut que son œil grossissait, et que sa paupière s’ectropionnait; en même temps l’épiphora augmentait, et la sécrétion muco-purulente devenait plus abondante. Pas de baisse de la vue. Il y a quelques jours le malade eut trois fois dans la journée, et pendant deux ou trois secondes chaque fois, un brouillard assez marqué, qui ne s’est pas renouvelé.

Actuellement, il y a un ectropion complet de la paupière inférieure, recouverte d’une sécrétion mueo-purulente assez abondante; la muqueuse ectropionnée est très injectée; on observe un cercle périkératique assez marqué.

Sur le globe, phtisique, apparaît une tumeur noire violacée, occupant la partie comprise entre cet organe et le rebord osseux ; elle a envahi tout le cul-de-sac conjonctival inférieur, et fait une saillie considérable à l’extérieur.

La cornée est petite, irrégulière, la chambre antérieure a disparu ; l’iris rétracté et décoloré, est accolé contre la cornée.

La tumeur a lé volume d’une grosse amande, et est formée de trois masses principales, noires, apparaissant bien sous la conjonctive qui les recouvre; ces masses sont noir violacé.

L'’œil lui-même est refoulé en haut : aucune partie du globe n’est visible par l’ouverture palpébrale.

Pour cet œil, œil gauche V — O0; OD. V —

co | no

Le diagnostic de mélano-sarcome s’impose, et l’exentération acceptée par le malade.

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1% mai 1906 : L'’exentération est pratiquée par M. le professeur Rollet, complète et sous-périostée.

Examen de la pièce (M. Aurand, chef du Laboratoire d’Ophtalmologie). — La tumeur est de forme quadrilatère ; de 3 centimètres sur 3,5 centimètres, ses bords sont arrondis, et sa surface mamelonnée; elle est enveloppée d’une capsule qui s’amincit considérablement au niveau des bosselures, qui paraissent gris brunâtre.

Sur la face antérieure de la tumeur, on voit un reste de moignon oculaire complètement englobé par la tumeur, un peu en arrière de l'insertion des muscles, et surtout à la partie inférieure du moignon. Au centre de celui-ci apparaissent trois ou quatre plicatures, au milieu desquelles 6n voit un petit sillon noirâtre, vestige, probablement, de la perforation du globe. On ne voit plus de cornée.

A la coupe on se trouve en présence d’une tumeur entièrement noire, divisée en lobes par des travées conjonctives sombres, les unes grisâtres, les autres couleur sépia. Le moienon est complètement rempli par la tumeur, et le sillon que nous avons signalé sur sa partie antérieure, n’est que le début de la propagation en dehors de la tumeur. La sclérotique, festonnée et épaissie en avant, a été complètement éventrée en arrière par la tumeur. Mais on voit partir du pôle postérieur de ce qui constitue les restes du moignon, une sorte d'étoile conjonetive à cinq branches, toile fibreuse formant les cloisons principales de cette tumeur. La capsule de celle-ci est extrêmement mince.

OBsEervaTION III (personnelle)

Sarcome de la choroïde. — Enucléation de l’œil droit, suivie d’exentération sous-périostée. — Orbitoplastie.

P... Louise, cinquante-huit ans, cultivatrice, vient à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte Claire, service de M. Rollet, le 11 août 1906.

Pas d’antécédents héréditaires, ni personnels.

Son affection oculaire a débuté il y a quatre ans par l’apparition brusque d’un brouillard devant l’œil. et une baisse de la vue; peu à peu se produisit de l’exophtalmie. Elle ressentit de violentes douleurs pendant trois mois, qui cessèrent complètement pendant deux ans. C’est depuis le mois de novembre 1905, que la malade ressent de nouvelles douleurs, et qu’elle sent sa tumeur augmenter.

Actuellement, elle est porteuse d’use grosse tumeur, du volume d’un œuf de poule, et qui fait saillie hors de l’orbite ; cette tumeur très vasculaire, a une teinte lie de vin; sa consistance est élastique; elle est assez mobile.

La paupière supérieure est ecchymotique; de nombreux vaisseaux s’y dessinent en relief.

La conjonctive, éversée hors de l’orbite, recouvre la tumeur qui l’a entraînée avec elle.

Le globe est complètement enfoui dans la masse de la tumeur, et siège à la partie inférieure de celle-ci ; il est invisible.

La cornée, englobée, elle aussi, est à peine visible quand on écarte les bords de la tumeur qui la recouvrent.

On fait le diagnostic de sarcome de la choroïde, et l’on déeide de faire l’énucléation de l’œil.

Opération. — L'opération est pratiquée le 11 août; mais les masses néoplasiques ayant envahi l'orbite, l’énucléation jugée insuffisante, est suivie de l’exentération complète souspériostée. La paupière inférieure est enlevée en totalité; tout le bord ciliaire est reséqué à la paupière supérieure.

Celle-ci, après curetage de la cavité orbitaire, est rejetée en arrière, et plafonne l’orbite.

18 août 1906. — On fait le premier pansement. La paupière est bien restée en place; elle ne présente pas la moindre trace de sphacèle; elle occupe à peu près la moitié antérieure de la paroi supérieure de l’orbite.

10 septembre. — La plaie évolue bien; la malade quitte le service.

7 décembre. — La malade vient nous revoir. Il n’y a pas

de récidive locale, ou de voisinage ; pas de métastase. La cicatrisation marche bien; il n’y a plus dans le fond de l’orbite qu’une plaie de bonne apparence, de la surface d’une pièce de 1 franc.

Examen anatomique (M. Aurand, chef du Laboratoire d’Ophtalmologie). — La tumeur extirpée a le volume d’une mandarine ; il ne reste du globe oculaire que la coque scléroticale recroquevillée et complètement remplie d’une masse noire ; la cornée seule est encore apparente sous le bourrelet de la conjonctive épaissie. Les trois quarts postérieurs de la coque oculaire sont complètement englobés par la tumeur mélanique.

OBSERVATION IV (résumée et personnelle)

Epithélioma de toute la paupière inférieure. — Exentération

sous-périostée. — Tiroir.

P... Augustine, einquante-six ans, entre à la clinique ophtalmologique du professeur Rollet le 9 février 1907.

Pas d’antécédents, ni héréditaires, ni personnels.

Lorsqu'elle se présente à nous, la malade nous montre, à gauche, une paupière inférieure rongée, ulcérée. La lésion, excavée, fongueuse, donne issue à un liquide puriforme.

La conjonctive bulbaire est rouge, épaissie. Le globe de l’œil, repoussé en haut, est complètement caché sous la paupière supérieure.

La malade a conservé une vue normale; rien à la cornée; rien à l’œil lui-même.

Sur le front, du côté gauche, on remarque des cicatrices provenant, dit la malade, d’une opération (?).

On remarque également que les lèvres sont couvertes de croûtes, et des cicatrices le long du tibia, du côté droit.

A la région cervicale et dans les creux sus-claviculaires, on note l’existence de faches circinées, de teinte légèrement

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brunâtre, les unes brillantes, les autres mates, faisant penser, soit au pityriasis versicolor, soit à la syphilis.

10 février. — La malade est mise au traitement mercuriel : on lui fait des frictions.

14 février. — Frictions et iodure.

20 mars. — Devant le résultat négatif du traitement spé-

cifique, M. le professeur Rollet pratique l’exentératoin complète; il y ajoute la résection complète de la paupière inférieure qui est entièrement ulcérée par le néoplasme; puis, abaissant la paupière supérieure, après abrasion du bord ciliaire, il la suture en bas, sur la région sous-orbitaire, en ménageant à la partie interne et à la partie externe une ouverture de drainage.

3 avril 1907. — Lia malade présente de l’anesthésie à la piqûre dans le domaine de son sus-orbitaire, et même de l’ophtalmique.

Examen anatomique (M. Aurand, chef du laboratoire d’ophtalmologie). — A la coupe de la masse exentérée, on constate, au niveau de la moitié interne du pôle postérieur du globe, une tumeur grisâtre s'étendant du nerf optique à l’équateur de l'œil; cette tumeur adhère fortement à la sclérotique au niveau de sa portion équatoriale.

OBSERVATION V (personnelle)

Sarcome mélanique de la choroïde. — Exentération complète

sous-périostée atypique.

D... Germain, quarante-cinq ans, cultivateur, entre à la clinique ophtalmologique du professeur Rollet le 28 février 1907.

Il a l’œil droit malade depuis sept à huit ans environ. Le malade fit déjà deux séjours à l’Hôtel-Dieu. Mais il revient aujourd’hui pour une aggravation @es phénomènes.

Sa femme est vivante, bien portante; il a quatre enfants

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bien portants et n’en a jamais perdu. Aucun renseignement sur ses antécédents héréditaires.

L'’affection oculaïre commença il y a environ huit ans, et a débuté par de violentes névralgies intra-craniennes et périorbitaires, puis peu à peu l’acuité visuelle de l’œil gauche diminua.

À ce moment il vint à l’Hôtel-Dieu, mais seulement à la consultation; on ne lui fit rien.

Cinq mois après, il reçut un coup de bois dans l’œil. Il revient alors à l’Hôtel-Dieu où il fait un séjour de un mois. Il raconte qu'avant l’accident la vue était déjà complètement abolie dans cet œil. On fit le diagnostic d’irido-cyelite, et on le traita par des injections sous-conjonctivales de sublimé.

Depuis ce traumatisme l’œil est resté rouge et légèrement douloureux à la pression, mais à aucun moment il n’y eut de violentes douleurs spontanées. Depuis six mois seulement l’exophtalmie s’est montrée, et c’est ce symptôme qui amène le malade à l’Hôtel-Dieu.

A l’examen, l’œil gauche présente une exophtalmie très marquée, les paupières ne peuvent recouvrir le globe. Elle est directe, sans aucune déviation ; les mouvements du globe sont complètement abolis.

Les paupières sont normales.

La cornée a conservé sa transparence, elle n’est pas ulcérée.

La conjonctive est un peu injectée dans toute son étendue, avec un cercle périkératique très marqué; mais il existe en outre en dedans et en dehors deux énormes veines flexueuses qui sortent de l’œil à 1 millimètre environ du limbe, et, se dirigeant en arrière, disparaissent dans le culde-sac conjonctival.

La chambre antérieure a complètement disparu; elle est remplacée par le cristallin qui, luxé en avant et cataracté, est appliqué contre la face postérieure de la cornée.

À la périphérie du cristallin on aperçoit l’iris, mais pro-

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fondément modifié, et en certains points complètement noir.

Fond d'œil inéclairable. V — O0.

À la palpation. — Le globe est dur, maïs pas déformé. En palpant avec soin le pourtour orbitaire on ne sent en aucun point de tumeur; il existe seulement en bas et en dedans un empâtement diffus.

Il existe des deux côtés des ganglions sous-maxillaires très mobiles, mais ils sont beaucoup plus volumineux du côté de la tumeur.

L'état général du malade est resté bon. Il dit n’avoir pas maigri.

Le 2 mars 1907, opération sous anesthésie, énucléation du globe oculaire, suivant le procédé de Tillaux. mais au moment de la section du nerf optique, le globe se vide en partie.

Après l’énucléation, on trouve l’orbite complètement rempli par une tumeur mélanique, que l’on est obligé d’extirper par morcellement. On procède à l’éviscération de l’orbite, le périoste est ruginé avec soin, mais la tumeur se prolonge dans le crâne à travers le trou optique; elle ne peut être enlevée en totalité.

Examen anatomique de la pièce (M. Aurand, chef du laboratoire d’ophtalmologie). — Le globe oculaire est déformé, il est devenu piriforme et à son extrémité postérieure effilée adhère une masse noirâtre champignonneuse qui couvre presque tout le pôle postérieur et se continue sous forme de bourgeon.

À la coupe, la sclérotique est amincie; l’angle scléro-cornéen a disparu ; la coque oculaire est détruite à 5 millimètres dans la partie postérieure de la tumeur qui, après avoir perforé la sclérotique, s’épanouit en petite masse bilobée au milieu de laquelle on aperçoit encore le tractus blanc fibreux de la sclérotique. Toute la cavité oculaire, sauf la chambre antérieure, est remplie par une masse noire, laissant encore une cavité centrale anfractueuse.

La chambre antérieure est complètement remplie par le cristallin qui est repoussé en avant par la tumeur. La face

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postérieure aussi est devenue absolument plane; la lentille a donc épousé la forme de la chambre antérieure. L'iris est naturellement complètement adhérent à la cornée, atrophié, et ne se voit plus que sous la forme de petit liseré gris qui se continue jusqu'aux procès ciliaires également grisâtres.

OBSERVATION VI (personnelle)

Epithélioma de la conjonctive bulbaire et palpébrale

inférieure gauche. — Exentération sous-périostée.

D. Jean, cinquante-six ans, cultivateur, entre dans le service de M. le professeur Rollet, le 16 mars 1907.

Pas d’antécédents héréditaires.

Antécédents personnels. — II y a dix-sept ans le malade a eu l’œil gauche traumatisé par un collier de cheval.

En 1897, il a fait un premier séjour dans le service, pour une irido-choroïdite et un bouton à l’angle externe de l’œil gauche. Il est alors opéré par M. Gayet.

Enfin, il y a un an, il est opéré, à Châlons, pour une tumeur du sac, du côté gauche toujours. La cicatrisation se fait bien ; mais l’œil s’injecte, ce qui décide le malade à venir à l’Hôtel-Dieu.

Actuellement, on note dans la région du sac une érosion en forme de canal; les paupières sont bouffies; la conjonctive est injectée et épaissie; les culs-de-sac conjonctivaux sont remplis de pus et d’infiltrats blanchâtres. La cornée elle-même est recouverte d’exsudats et ulcérée dans sa moitié inférieure; elle est opacifiée et vascularisée dans la totahté de sa surface.

Le malade n’a qu’une légère sensation lumineuse lorsqu'on projette des rayons dans la moitié supérieure de sa cornée.

L’exentération, à cause de la propagation de l’épithélioma à la conjonctive bulbaire, est pratiquée par M. le profes-

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seur Rollet le 23 mars; elle est complète sous-périostée; la paupière inférieure est abrasée; la paupière supérieure conservée dans sa totalité.

Examen anatomique (M. Aurand, chef du laboratoire d’ophtalmologie). — A la coupe, on constate que la coque oculaire est doublée, de la portion inférieure jusqu’à 5 millimètres de la pupille, par une tumeur grisâtre, lardacée, épaisse de 1 centimètre, dont la portion antérieure enlevée laisse voir une énorme papille piriforme. La tumeur se continue sur une épaisseur de 2 à 3 millimètres jusqu’au niveau du limbe scléro-cornéen sous forme de bourrelet qui envahit la moitié de la cornée.

La tumeur a perforé le globe au niveau du limbe; le bourrelet cornéen peut être soulevé avec une pince et laisse voir ainsi au-dessous la cornée transparente. Le cristallin est luxé en arrière.

Le bourrelet cornéen, qui occupe toute la moitié inférieure de la cornée, se continue avec la surface tomenteuse et ulcérée de la tumeur conjonctivale.

5 avril 1907. — Le malade quitte le service avec un orbite complètement exentéré en voie de bourgeonnement; la paupière supérieure, par sa flaccidité, ferme l’orifice orbitaire.

Le malade présente une anesthésie, dans le domaine du sus-orbitaire, à la piqûre, et dans toute la région orbitaire, de l’anesthésie thermique.

OBSERVATION VII (de Lapersonne) (1)

Cylindrôme de l'orbite. — Exentération sous-périostée. Il s’agissait d’un homme de vingt-huit ans qui se présen-

tait avec une volumineuse tumeur orbitaire ayant son point

(1) F. de Lapersonne et D'E. Mettey, in Archives d'Ophtalmologie 1906, p. 193 et suivantes.

de départ dans la partie supérieure et externe de l'orbite, embrassant l’œil en haut et en dehors, le repoussant et l’immobilisant en exophtalmie inféro-interne. Quelques nodules étaient adhérents à la ‘partie profonde de la peau, à la hauteur de la glande lacrymale orbitaire. La consistance de cette tumeur était franchement dure, elle paraissait très adhérente au périoste du rebord orbitaire externe. L’œil lui-même ne présentait aucune lésion. Son acuité visuelle était de 0,7. La papille, très nette, n’offrait aucun sigtie de stase.

L’affection avait débuté quatre ans auparavant par une petite grosseur au niveau de l’angle externe des paupières. Le malade aurait d’abord suivi un traitement interne. Puis, entré à l’hôpital de Limoges, on lui avait fait l’ablation de la tumeur, ce qui avait fait disparaître douleurs et exophtalmie. La cicatrice de cette opération occupait exactement la moitié externe du bord inférieur du soureil. Pendant quinze mois le malade n’avait remarqué aucune récidive. C'était seulement depuis deux ou trois mois qu'il avait constaté à nouveau le développement de la tumeur.

Le malade ayant été étudié pendant quelques temps avec soin à la clinique de l’Hôtel-Dieu, il nous parut que le seul diagnostic rationnel était celui de sarcome récidivé de l’orbite, avec point de départ dans la région de la glande lacrymale orbitaire. Quant à la conduite à tenir, elle n’était pas douteuse, c'était l’exentération complète de l'orbile avec détachement du périoste, surtout en dehors, qu’il fallait faire. Cette opération a été pratiquée le 3 novembre 1905. Jusqu’ici il n’y a pas eu de récidive; les paupières, conservées en partie, s’enfoncent en entonnoir dans l'orbite.

La tumeur donnait bien l’aspect du tissu sarcomateux, mais sa disposition était curieuse. Le néoplasme engainait toute la partie externe et supérieure du globe, fusait dans l’entonnoir musculaire et entourait complètement le nerf optique sans le comprimer. L’ophtalmoscope l’avait déjà

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démontré; un examen histologique minutieux n’a fait reconnaître dans ce nerf aucune lésion de dégénérescence.

La tumeur est formée de lobules assez réguliers, de dimensions variables, le plus gros occupant plutôt le centre. Ils sont limités par un stroma à cellules conjonctives très nettes. Au point de rencontre de plusieurs lobules, on voit des vaisseaux qui envoient leurs branches peu nombreuses et peu volumineuses dans les travées conjonctives interlobulaires. Dans son ensemble la tumeur est peu vasculaire.

Malgré les recherches les plus minutieuses, il ne nous à pas été possible de trouver les restes de la glande lacrymale orbitaire. Nous sommes absolument certain, cependant, d’avoir détaché avec le plus grand soin tout le périoste de la fossette lacrymale en même temps que la tumeur.

Nous ne croyons pas que les préparations puissent laisser un doute sur le diagnostic histologique du cylindrôme, ou d’épithélioma alvéolaire avec envahissement myxomateux.

L'évolution clinique, en y réfléchissant bien, diffère sensiblement de celle du sarcome orbitaire. Le point de départ tout d’abord, est dans la région de la glande orbitaire; sa marche est lente : après une ablation probablement incomplète, le néoplasme met plus de quinze mois avant d’acquérir un volume attirant l’attention du malade. A la manière de certains épithéliomas péribulbaires, la tumeur engaine l’œil sans l’altérer, entoure le nerf optique sans le comprimer, puisque la vision était conservée et la papille intacte. Et c’est cette marche relativement lente qui permettrait peut-être de songer au cylindrôme plexiforme, tumeur maligne puisqu'elle envahit les tissus au lieu de les refouler, mais moins maligne que certaines autres formes de l’épithélioma, puisqu'elle est entourée par une barrière fibreuse, qui empêche les propagations rapides et les fusées cellulaires, si fréquentes dans les néoplasies du type épithélial.

OBSERVATION VIII (Morax)

Epithélioma pénétrant des paupières. — Eviscération de l’orbite. — Prothèse orbitaire (1).

B... Edouard, soixante-dix ans, jardinier, vient le 27 octobre 1903, à la consultation d’ophtalmologie de Lariboisière pour une lésion palpébro-oculaire de l’œil droit dont les débuts remontent à plusieurs années et qui ont déjà nécessité des interventions.

Antécédents héréditaires. — T1 n’y a rien à relever dans les antécédents héréditaires du malade. Il n’a pas connaissance de néoplasie chez ses parents, tous deux morts âgés. De ses quatre frères, deux sont morts accidentellement à soixantecinq et soixante-seize ans; un troisième est mort de tuberculose à quarante-huit ans; le quatrième est bien portant,

Antécédents personnels. — Notre malade a toujours joui d’une excellente santé. Il a fait son service militaire en Afrique, mais il n’y a contracté ni paludisme, ni syphilis.

Il est marié. Sa femme a eu trois grossesses normales et est accouchée à terme d’enfants vivants et actuellement encore en parfaite santé.

En 1897, en travaillant de son métier de jardinier, le malade reçoit à la figure une plante déracinée qui lui fait deux petites blessures au bord inférieur de la paupière de l’œil droit, l’autre à la région temporale voisine. Au dire du malade ces plaies ne se seraient jamais complètement cicatrisées et auraient été l’origine de l’affection actuelle. C’est vers la même époque que se serait développé Pectropion muqueux de la paupière inférieure gauche.

En septembre 1898, le malade se rend aux Quinze-Vingts

4) M. Morax, in Société d'Ophtalmologie de Paris, avril, juin, juillet 1904 (p. 289 et suiv. du Recueil d'Ophtalmologie 1904).

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