CHAPITRE PREMIER l’enfant et l’iiomme
Nécessité des exercices physiques dans l’àge adulte — Cnn^ '■'7 dr6 1 i-aclion; elle, sont plu, *rav"M pZLm.veat pou. 1 enfant. — Aptitudes de l'homme adulte à l’exercice du corps. - Conservation de ces aptitudes par l’exercice iw
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fl se prépare, en France, depuis quelques années une véritable révolution pédagogique. Tout a été remis en cause dans notre système d’éducation • matières a enseigner et méthode d’enseignement' discipline scolaire et pratiques d’hygiène.
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une part de culture suffisante pour développer ses organes et accroître ses aptitudes. A côté de l’éducation intellectuelle et morale, on veut faire une plus grande place à « l’éducation physique ».
Il n’est pas nécessaire de rappeler ici tout ce qui a été fait ces temps derniers pour propager parmi les jeunes gens le goût de l’exercice physique. On sait que des hommes éminents, comme Marey et Berthelot de l’Académie des sciences, Jules Simon et Gréard de l’Académie française, marchent en tête du mouvement, et qu’ autour de ces illustres chefs se groupent en foule des soldats plus obscurs, mais non moins zélés. Ces efforts ont été couronnés de succès. L’opinion publique s’est faite, et l’importance des exercices du corps est aujourd’hui universellement reconnue par ceux qui s’intéressent à l’éducation des enfants. Dans les écoles primaires, les lycées et collèges, la gymnastique est devenue obligatoire, et, parmi les établissements libres, aucun ne pourrait se maintenir s’il présentait dans ses programmes cette lacune de ne faire aucune part à l’éducation physique des enfants qui lui sont confiés. Il reste, sans doute, beaucoup à faire pour assurer aux exercices corporels un temps suffisant, mais la part donnée aux muscles dans notre système d’éducation témoigne toujours — aussi petite soit-elle — de la conviction où nous sommes que l’exercice physique est une nécessité pour l’enfant et l’adolescent. On admet au moins le principe en attendant qu’on trouve moyen de l’appliquer avec plus de fruit.
Mais aussitôt que l’enfant est devenu homme, on semble méconnaître tout d’un coup les vérités
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hygiéniques qu on trouvait si claires. Le même père de famille qui veille à ce que son fils prenne de l’exercice au collège, ne s’inquiète plus du tout de savoir s’il en prend une fois qu’il a quitté les bancs. Bien plus, si le jeune homme montre un goût très vif pour les exercices physiques, la famille s’en inquiète toujours quelque peu, croyant y voir la marque d’une tendance un peu futile de l’esprit. Le jeune homme qui se passionne pour des « amusements enlanlins », a une période de la vie où son avenir se décide, ne nous semble pas faire preuve de tout le «sérieux nécessaire pour réussir». On encourage fort peu la pratique de la gymnastique ou du sport chez le jeune homme qui" a passé la vingtième année; et le jeune homme, du reste, est sollicité par bien des tentations diverses à chercher son plaisir tout autre part qu’au gymnase. Si nos écoliers prennent de l’exercice, nos étudiants n’en prennent plus, pas plus que nos jeunes employés de bureau et commis de magasins.
. A mesure que le jeune homme avance dans la vie, il s éloigne davantage des exercices physiques^ et, quand il aura atteint l’âge mûr, l’idée de pratiquer une gymnastique quelconque lui ferait 1 ettet d’une véritable excentricité. L’homme de quarante ans est convaincu que les exercices du corps ne sont plus deson âge et il a peine à prendre au serieux son médecin, quand il en reçoit le conseil de faire, par hygiène, de l’escrime ou de
lel est l’état des esprits dans notre pays à propos des exercices physiques. On en comprend bien
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l’urgence pour l’enfant et l'adolescent, on n’en voit pas la nécessité pour l’homme fait.
Et pourtant la moindre réflexion nous amènerait à conclure que la pratique régulière et méthodique d’un exercice du corps est plus indispensable encore à l’homme qu’à l’enfant. Qu’est-cc, en effet, qu’un « exercice du corps»? C’est, en réalité, un travail artificiel auquel on doit s’astreindre à des jours et à des heures déterminés, pour remédier à l’insuffisance de cet exercice naturel et spontané auquel l’instinct nous pousse, et qui se trouve réduit à une dose illusoire par le fait de nos habitudes et de nos obligations d’hommes civilisés. Mais ne voit-on pas combien ces obligations sociales laissent plus de latitude à l’enfant qu’à l’homme pour satisfaire au besoin instinctif d’exercice? L’enfant remue sans cesse, et, aussitôt que la classe a cessé, il s’élance pour sauter, grimper et courir, se livrant sans contrainte à l’instinct du mouvement. Pour l’homme fait, les exigences de la « tenue » n’admettent plus les allures d’un écolier qui joue, et répriment constamment les manifestations spontanées du besoin d’exercice. L’homme de bureau, par exemple, n’a d’autre moyen de satisfaire naturellement ce besoin que la marche. Mais la marche ne suffit pas, d’autant plus que toutes les combinaisons de l’homme occupé dans les villes tendent à gagner du temps, et, par conséquent, cà abréger les trajets à pied considérés comme temps perdu. Les procédés artificiels lui sont donc indispensables s’il veut arriver à faire la somme d’exercice que l’hygiène exige. Ce que l’enfant peut, à la rigueur, trouver dans ses jeux instinctifs, dans la
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liberté d’allure que lui permet son âge, l’homme adulte doit le demander à des méthodes d’exercice créées tout exprès pour contre-balancer les effets de ses occupations sédentaires.
La pratique régulière et méthodique des exercices du corps est plus necessaire encore à l’adulte et à l’homme mûr qu’à l’enfant et à l’adolescent.
Quand on a suivi de près l’éducation d’un enfant, il est généralement possible, en se basant sur son passé scolaire, de préjuger son avenir intellectuel, et, s’il a fait de brillantes études, on a toutes chances de retrouver en lui, longtemps après sa sortie du collège, un homme d’esprit distingué. Il en est tout autrement dans l’ordre physique. Vous aviez pour camarade d’étude un jeune garçon passionné pour les exercices du corps. Quand vous l’avez quitté, dans la dernière période de l’adolescence, il présentait, grâce à cette culture physique, tous les attributs de la vigueur et de la beauté virile; ses formes étaient sveltes et robustes, ses mouvements pleins d’aisance et d’agilité. Mais quinze ans se sont écoulés. Voyez ce qui reste du jeune athlète. Des chairs molles et bouffies ont remplacé les muscles si fermes et si bien détachés, la taille s’est épaissie, le ventre s’est chargé de graisse; les mouvements sont lourds : au moindre effort la lace se congestionne et la respiration s’essouffle. G est que I immobilité de la vie de bureau est venue remplacer l’exercice violent. Depuis la
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sortie idu collège, il n’a plus été question de gymnastique, et les muscles sont restés dans l’inaction forcée.
S’il n’en est pas des facultés intellectuelles comme des facultés physiques, c’est qu’en réalité l’éducation de l’esprit est continuée toute la vie sous une forme ou sous une autre. A notre époque le cerveau travaille sans cesse, et chaque jour l’occasion se présente, pour l’homme adulte, de faire appel aux facultés intellectuelles que ^éducation a développées et affinées pendant sa jeunesse. Ce ne sont plus des exercices scolaires, mais ce sont des travaux d’une autre forme; la plupart des professions, et même les simples rapports sociaux nécessitent une gymnastique cérébrale continuelle, qui tend à prolonger jusqu’à la fin de la vie l’éducation de l’esprit. L’éducation du corps, au contraire, se trouve, dans l’immense majorité des cas, strictement limitée à la période scolaire pendant laquelle la gymnastique fait partie intégrante de nos programmes d’enseignement. Ce ne sont ni les carrières libérales, ni les professions industrielles et commerciales qui peuvent mettre en action les aptitudes corporelles acquises par l’éducation physique. Les muscles, à notre époque, sont bien rarement ulilisés pour lutter contre les difficultés de la vie, et l’homme adulte qui cesse d’exercer ses membres, perd bienvitc, faute d entrelien, tous les bénéfices qu’il avait retirés de 1 exercice, pendant la première période de sa jeunesse.
Et voilà pourquoi l’éducation intellectuelle donne des résultats si persistants, tandis que l’éducation physique, telle que nous l’appliquons,
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no produit que dos effets passagers. Lu culture du corps ne peut porter des fruits durables qu’a la condition d’être continuée toute la vie. Une éducation physique rationnelle ne doit pas consister dans une série d’exercices qu’on ierait apprendre à l’enfant, comme autant de leçons, avec l’espoir qu’il les retiendra pour les utiliser plus tard dans la vie, mais dans une série de modifications matérielles qu’on fera subir au corps humain, pour rendre ses organes aptes tà supporter l’exercice musculaire et à l’exécuter avec facilité. Or il faut savoir que ces perfectionnements si promptement obtenus par l’exercice tendent à disparaître aussitôt que l’exercice a cessé. Et ce ne sont pas seulement les exercices difficiles et les mouvements compliqués qui semblent s’oublier par défaut de pratique. L’inaction fait perdre au corps son aptitude aux actes musculaires les plus simples et les plus naturels. Lejeune homme qui, dans sesjeux, surpassait tous ses camarades en agilité et en souplesse, ne saura plus, après quelques années de vie de bureau, franchir un fossé d’un bond, ou courir quelques minutes sans reprendre haleine.
Le corps humain tend constamment à s’accommoder par un changement matériel de forme et de structure aux conditions de vie du sujet, et, si la pratique journalière de la gymnastique maintient les muscles fermes et vigoureux, et rend tous les organes aptes à subir sans fatigue un fonctionnement exagéré, l’interruption de l’exercice amène l’amollissement et l’atonie de la fibre musculaire, la raideur des articulations, la paresse de la respiration et de toutes les grandes fonctions vitales.
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Dès le jour même où l’homme renonce à pratique! les exercices physiques, des modifications matérielles commencent à se produire dans tout l’organisme. Déjà après deux ou trois semaines d’inaction, 1 homme n a plus la même force, la môme agilité, la même résistance à la fatigue, parce que ses organes n’ont plus la même structure.
Si 1 on veut garder toute sa vie les aptitudes physiques que donne l’exercice, il faut donc entretenir, à l’aide de l’exercice même, les modifications de structure qui sont la condition essentielle de ces aptitudes. — Bien des hommes, il est vrai, fei aient bon marche des qualités physiques appelées la force musculaire, l’agilité, l’adresse, la résistance à la fatigue, et n’ambitionneraient pas d’acquérir la conformation physique qui donne ces qualités « de luxe ». Mais il se trouve que cette conformation est justement la même qui assure aux organes vitaux un fonctionnement régulier; elle est donc la condition essentielle de cetLe qualité « de nécessité première » appelée la santé. Le défaut d’exercice entraîne des désordres de la santé, en même temps que la perle des aptitudes physiques.
Les troubles de la santé dus au défaut d’exercice sont infiniment plus graves chez l’adulte que chez l’enfant. L’enfant trop sédentaire languit et s’étiole ; il devient anémique, nerveux, prédisposé, par suite de sa débilitation générale, à subir l’influence des maladies qui passent à sa portée. Mais le défaut d’exercice ne crée pas, à proprement parler, pour lui, des maladies; il suffit presque toujours, pour voir revenir la santé, que le jeune
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homme reprenne une hygiène plus rationnelle. Bien des jeunes gens dont une sollicitude maternelle mal comprise avait retardé le développement, en les tenant éloignés de toute fatigue physique, subissent en peu de temps une transformation complète, quand les circonstances de la vie les astreignent à un exercice forcé. C’est ainsi qu’une année de service militaire suffit souvent pour faire un homme vigoureux et résistant, d’un adolescent malingre et chétif. Mais, chez l’adulte, le défaut d’exercice produit des vices de nutrition plus durables. Au lieu d’une simple débilitation de la santé, d’un simple retard dans le développement du corps, ce sont souvent des modifications profondes et irrémédiables du tempérament et môme des maladies générales, des diathèses dont on n’observe que très exceptionnellement les manifestations avant l’âge adulte. L’obésité, la goutte, lagravelle, affections à peu près inconnues chez l’homme qui passe sa vie dans le travail corporel, sont les aboutissants à peu près certains du défaut d’exercice chez l’homme adulte. Et, la diathèse une fois créée par le défaut d’exercice, il n’est plus possible de la détruire complètement par l’exercice même. Le goutteux ou l’obèse peuvent bien atténuer dans une certaine mesure le danger de leur tempérament morbide, mais ils ne pourront jamais déraciner complètement les habitudes de. nutrition vicieuse qui se sont implantées dans l’organisme. La diathèse une fois acquise suivra son évolution jusqu’à la fin de la vie et tendra même à se transmettre par hérédité.
Mais ces exercices qui lui seraient si nécessaires, l’homme fait est-il apte à les pratiquer ?
Ici comme sur beaucoup d’autres points, dans le domaine de l’hygiène, un préjugé s’est implanté par suite d’un malentendu. L’homme fait, penset-on, n’a pas la même aptitude aux exercices du corps que l’enfant ou l’adolescent.
Mais il faudrait préciser ce qu’on entend par « aptitude à l’exercice ». S’agit-il de l’apprentissage d’un exercice difficile ? Évidemment le jeune garçon de quinze ans fera des progrès plus rapides en équitation ou en escrime que l’homme de quarante ans. Il a plus de facilité pour apprendre ces exercices, comme il a plus de facilité pour apprendre toute chose, à parler une langue par exemple, ou bien à jouer du violon. Mais il faut remarquer que la pratique d’un exercice met en œuvre deux ordres d’aptitudes très distinctes et trop souvent confondues. Dans tout exercice du corps une part est faite au cerveau ; et cette partie qu’on pourrait appeler « intellectuelle », l’enfant et le jeune homme se l’assimilent mieux que l’adulte. Aussi, pour exceller dans un exercice difficile, tel que l’équitation, la gymnastique ou l’escrime, faut-il commencer l’apprentissage avant l’âge de vingt ans. Mais à côté de l’apprentissage d’un exercice du corps, il y a son exécution matérielle : à côté du cerveau qui dirige les mouvements sont les muscles qui les exécutent, lout
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exercice, en résumé, est un travail musculaire, et l’homme mûr est plus apte au « travail » que 1 enfant et le jeune homme.
L’enfant n’a pour ainsi dire pas de muscles. Le tissu musculaire, ainsi que 1 ont noté plusieurs anatomistes, reste en voie de lormalion jusqu a l’âge de puberté. Après la quatorzième ou la quinzième année, les muscles se développent, et bien des adolescents sont à ce point de vue aussi bien doués que les hommes faits; mais à ce moment, il existe une autre imperfection dans la machine. Les tissus osseux n’ont pas acquis leur développement complet. Ils sont sous le coup d’une congestion sanguine due au travail de la croissance , leur tissu est gorgé de sucs, principalement au voisinage de leur extrémité articulaire. Les chocs, les pressions, les tiraillements que le travail musculaire détermine inévitablement dans le voisinage des articulations produisent aisément des contusions, des inflammations. Aussi tout en reconnaissant la nécessité des exercices du corps pour l’enfant et l’adolescent, ne peut-on se défendre d’une certaine préoccupation, ni surtout s’abstenir d’une certaine surveillance dans leur application, chez les jeunes gens qui grandissent.
Mais, après la vingtième année, le corps a pris sa forme définitive ; il a acquis et conserve toute sa force. Les muscles ont toute leur ampleur, les articulations et les os toute leur solidité. Et c’est au moment même où l’admirable machine humaine est devenue complètement apte à fonctionner que son travail a coutume d’être suspendu !
L’homme adulte et jeune, c’est-à-dire 1 homme
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de vingt à quarante ans, est en possession de toute sa iorce musculaire et n’a encore rien perdu de ses aptitudes juvéniles. Tous ses organes sont complètement développés et formés et aucun n’a encore vieilli : il peut leur demander sans danger des efforts intenses et un travail prolongé. Il est apte aux exercices de vitesse, aussi bien qu’aux exercices de force et de fond. Il est dans l’âge où l’abus même de l’exercice présente rarement du danger. Le danger vient plutôt pour lui, la plupart du temps, du défaut d’utilisation de ces merveilleuses aptitudes au travail musculaire.
L’organisme humain perd promptement son aptitude au travail, quand nous n’en faisons pas régulièrement fonctionner les organes, et c’est par le défaut d’exercice, non par l’effet de l’âge, qu’un homme de bureau se sent à quarante ans moins fort, moins souple, moins résistant à la fatigue qu’il ne l’était au sortir du collège. L’homme mûr résiste mieux à la fatigue que le jeune homme, et tout le monde sait que, pour faire campagne, les vétérans sont bien supérieurs aux conscrits. Quant à la force musculaire, elle se conserve intacte jusqu’au seuil de la vieillesse et parfois même jusqu’à un âge avancé. Nous pourrions citer l’exemple d’un portefaix dont le nom est populaire en Limousin, et qui, à l’âge de soixante-quinze ans, lutte encore et fait toucher terre à la plupart des hercules de foire qui veulent se mesurer avec lui. La souplesse et l’agilité, ces qualités essentiellement juvéniles, se conservent aussi chez les hommes d’âge mûr, quand ils persistent à les exercer régulièrement. Cha"lomont père, qui a dépassé la
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cinquantaine, est aujourd’hui le plus redoutable champion de la boxe française. Et pour donner idée des qualités physiques qu’exige cet exercice, il suffira de dire que le boxeur doit maintes fois pendant un assaut porter le pied à la hauteur du visage de son adversaire, avec assez de légèreté pour le toucher sans lui faire ni égratignure ni contusion. De même beaucoup d’hommes d’âge mûr sont encore d’excellents maîtres de gymnastique. Et sans parler de ceux qui font leur profession d’un exercice, combien d’hommes ayant le goût du sport, sont restés, après soixante ans, de vigoureux chasseurs à courre, d’énergiques tireurs d’épée, d’intrépides alpinistes!
Cesontdonc les habitudes d’inertie et non pas les années, qui rendent l’homme incapable de pratiquer, dans la maturité de l’âge, les exercices dans lesquels excelle le jeune homme. Il suffit de demeurer actif toute sa vie pour garder jusqu’à la fin la vigueur, la résistance à la fatigue, la souplesse, toutes les qualités physiques, enfin, qui permettent de pratiquer la gymnastique sous toutes ses formes.
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L’homme adulte diffère de l’enfant et de l’adolescent non seulement par sa taille, son poids et sa force, mais aussi par sa structure intime, par ses aptitudes physiques et ses besoins hygiéniques.
Les os d’un jeune homme ne présentent pas, eût-il le développement extérieur de l’homme, la
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même résistance que celle de l’adulte; s’ils ne sont plus en travail d’accroissement, ils sont encore en travail de formation. Aussi doit-on toujours se p'réoccuper, dans la direction physique de l’enfant et du jeune homme, de ménager le système osseux. Dans la crainte de provoquer des contusions, des froissements dans les portions de l’os où le travail d’ossification se continue, il faut éviter à l’enfant et môme à l’adolescent les efforts musculaires trop intenses. De même, la crainte de produire des déviations dans la direction des os doit faire proscrire, ainsi que nous l’avons dit ailleurs (1), tous les mouvements impliquant des attitudes anormales du corps et tous les exercices asymétriques.
L’adulte peut s’affranchir, dans la pratique, de toutes ces précautions qui n’ont plus chez lui leur raison d’être.
Le but de l’exercice n’est pas le même pour l’homme adulte que pour l'enfant et l’adolescent. L’enfant et l’adolescent doivent croître en taille et en poids ; ils doivent augmenter la masse de leurs tissus. Il importe surtout, pour eux, d’éviter que l’exercice n’amène des déperditions excessives, c’est-à-dire une diminution notable de poids. Au moment où le corps travaille à atteindre son développement complet, il faut que les acquisitions soient supérieures aux pertes : l’alimentation doit être copieuse, et les efforts musculaires relativement modérés.
L’homme adulte, dont le corps est complètement développé et formé, n’a plus besoin d’ajouter
(1) Voy. V Hygiène de l'exercice, chap. iv ( l'Elevage de l'enfanl.)
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des matériaux nouveaux à ceux que renferme 1 organisme; il doit se borner à remplacer les matériaux détruits chaque jour par le mouvement de la nutrition qiie nous allons exposer tout à l’heure; il doit maintenir l’équilibre entre les acquisitions et les pertes. Mais, avec nos habitudes d’alimentation excessive, l’homme de la classe aisée est exposé à introduire chaque jour dans l’organisme un excès de matériaux qu’il n’utilise pas. Il ne faut donc pas craindre pour lui les exercices de déperdition, mais les rechercher au contraire. Certains exercices qui brûlent beaucoup, c’est-à-dire qui activent avec exagération les combustions vitales, ne conviennent pas à l’enfant et sont, au contraire, très fréquemment indiqués pour l’homme de trente ans. C’est vers la trentième année que commencent à se produire les premières manifestations des maladies dues à l’insuffisance d’exercice. C’est l’âge aussi où l’on peut encore lutter avec avantage contre ces maladies par des exercices capables d’activer les fonctions de nutrition et de dénutrition.
Chez l’enfant et l’adolescent, l’objectif de l’exercice musculaire doit être — nous l’avons longuementexpliqué ailleurs — de développer le poumon, afin d’augmenter la consommation d’oxygène. Chez l’adulte, le poumon a acquis son développement définitif, et l’on ne peut que veiller à rendre son fonctionnement plus actif sans espérer accroître son volume. Mais il y a chez l’adulte d’autres organes de respiration qui s’atrophient rapidement par l’inaction, et qu’il importe de développer par un exercice méthodique : ce sont les muscles.
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Tout le monde connaît le rôle des poumons dans la fonction de respiration; on sait moins que les muscles ont aussi dans cette fonction un rôle important mis en lumière par Paul Bert. La respiration est, à proprement parler, un échange entre l’oxygène de l’air et l’acide carbonique contenu dans le sang. Le poumon fait pénétrer dans le sang, à travers ses cellules, l’oxygène de l’air atmosphérique et exhale au dehors de l’acide carbonique. Quant aux muscles, leur respiration se fait par l’intermédiaire du sang qui les traverse : le courant sanguin qui passe dans un muscle y laisse de l’oxygène et en rapporte un surcroît ' d’acide carbonique.
Tous les tissus vivants, il est vrai, respirent h la manière du muscle, et Paul Bert nous a laissé de belles expériences sur ce phénomène, qu’il a appelé la respiration élémentaire des tissus. Mais il a montré que c’est le tissu musculaire qui, de tous, a la respiration élémentaire la plus active. En plaçant dans un milieu oxygéné des fragments de même poids, de muscle, de foie, de cerveau, de graisse, il a observé que 100 grammes de muscles absorbent 50 parties d’oxygène, alors que 100 grammes de graisse, par exemple, n’en absorbent que 17 parties.
L’accroissement des muscles n’est donc pas seulement une condition de force athlétique, c’est aussi une garantie de santé par la plus grande quantité d’oxygène que le tissu musculaire absorbe et fixe dans l’organisme. Nous verrons, dans un prochain chapitre, de quelle utilité est pour l’homme un surcroît d’oxygène, dans certaines
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formes anormales de la nutrition. Mais déjà l’aptitude respiratoire du muscle nous rend compte de ce fait admis par tous les observateurs, à savoir que la résistance de l’homme aux maladies est en raison de la densité de ses tissus. Ce ne sont pas les hommes grands et gros qui présentent le plus de garanties de santé, mais bien les hommes denses, ceux qui sont plus pesants que leur volume ne semble l’annoncer. Cette condition se trouve remplie chez l’homme « entraîné », justement à cause de la prédominance que prennent dans sa structure les tissus musculaires, qui sont plus denses que la graisse.
Le but de l’exercice chez l’homme adulte doit être d’activer les combustions vitales et de développer l’ensemble du système musculaire. Ces deux résultats s’obtiennent à l’aide d’exercices violents et d’efforts intenses. Et comme, à l’âge adulte, l’application de l’exercice chez l’homme sain ne commande aucune précaution spéciale, il importera moins de déterminer la forme de l’exercice que de veiller à ce qu’il soit suffisant.
Quand l’exercice est insuffisant, il se déclare chez l’homme adulte divers troubles graves de la nutrition, dont nous allons exposer, dans les chapitres suivants, le mécanisme physiologique.