‹ De l'exercice du droit de voteChapitre 2 sur 51 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La plupart des peuples luttent encore pour la conquête de la plénitude du droit de vote.

Pendant le cours de l'année 1913, dans une démocralie voisine, en Belgique, un fait singulier s'est même produit. Toute une armée de travailleurs, — ils étaient plus de deux cent mille — a proclamé la grève générale. dans un but uniquement politique : il s'agissait de démontrer, d’une manière nouvelle, énergique et décisive, que le peuple belge ne veut plus du fameux vote plural qu'il considère comme une hypocrite sophistication du suffrage universel, à juste titre, puisque, en dépit d'une majorité libérale el socialiste cerlaine, le pouvoir demeure, depuis plus de vingt ans, aux mains du parti catholique.

Ce mouvement a obtenu un succès moral immédiat : Le gouvernement a dû, en quelque sorte capituler, et promettre une réforme électorale prochaine.

Combien cette attitude des ouvriers belges diffère de celle des syndicalistes français !

Dans les organes, les congrès ou les meetings de la Confédération Générale du Travail, ses leaders pro-

fessent une indifférence dédaigneuse pour les institutions politiques de la République et, à l'égard du droit de vote, un mépris profond.

Ils déclarent qu'un jour viendra où les syndicats ouvriers seront suffisamment nombreux et forts pour imposer leur volonté à la classe patronale d'abord, au gouvernement ensuite.

En face des assemblées parlementaires se dresseront les congrès ouvriers, en face d'un ministère, la commission exécutive de La C. G. T.: un Etat en face d'un autre Etat.

A quoi pourrait dès lors servir le droit de vote ?

Pourquoi les ouvriers auraient-ils recours à des représentants politiques, puisqu'eux-mêmes, entre eux, peuvent faire leurs affaires, et que, suivant la formule, « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes...»

Ce n'est pas ici le lieu de discuter une semblable théorie qui a conduit la C. G. T. aux excès, à l’impuissance.

Nous n'en avons dit un mot que pour souligner l’état d'esprit des dirigeants syndicalistes, de ceux qui prétendent parler au nom de la classe ouvrière française.

Leur langage, leur attitude étonneraient étrangement les prolétariats voisins, si, dans les Congrès internationaux, ls n'avaient fail connaissance avec les syndicalistes français, leurs idées, et ne savaient que la grande majorité de la classe ouvrière de notre pays est très éloignée de marcher derrière la C. G. T.

Comme les autres démocraties qui ne l'ont pas encore, la démocratie française, qui l'a conquis voilà plus de soixante ans, demeure énergiquement attachée au suffrage universel, qui est la base même de l'organisalion politique d’un peuple libre.

Ces dernières années, on a beaucoup parlé de réforme électorale. Tous les partis ont pris position sur ce Lerrain ; unanimement, Ùs ont prétendu les uns el Les autres rechercher les meilleurs procédés de pratiquer ce qu'on a appelé « la justice électorale » ; mais aucun d'eux n'a osé toucher au principe même du suffrage universel.

On s'efforce, au contraire, de lui permettre de s'exprimer avec plus de sécurité, plus de franchise, au moyen du vote sous enveloppe, de la cabine d'isolement.

Certains mêmes n'hésitent pas à réclamer l'institution du vote obligatoire, de façon que les représentants du pays soient vraiment les élus de la majorité des citoyens, el qu'ainsi la volonté populaire s'affirme avec plus de certitude el d'autorité.

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Le suffrage universel, en France, semble donc un principe intangible, une conquête définitive.

IL est dû à la seconde République.

Le gouvernement provisoire de 1848 adopta à l'unanimilé le principe suivant, qui devint le décret du 5 mars 1848 :

« Le gouvernement provisoire arrêle, en principe, el « à l'unanimité, que le suffrage sera universel et direct, « sans la moindre condition de cens. »

Une assemblée unique était instituée, élue au suffrage direct et universel.

La Constitution du 4 novembre 1848 se borna à maintenir, sauf sur des points de détail, le décret du gouvernement provisoire.

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