HISTORIQUE
L'évolution de l’œæœsophagectomie thoracique a traversé deux périodes entièrement différentes d'où émerge en 1913 la remarquable réussite de Torek. Cette intervention avait d’abord été considérée comme irréalisable par Enderlin, Quenu et Hartmann et Forgues.
En 1888, Nassilof pose le premier le principe de sa légitimité lorsqu'il s’agit d’extirper un cancer non propagé; c'est à lui que revient indéniablement l'idée d'ouvrir le médiastin postérieur. Quenu et Hartmann en précisent la technique en 1891. Potarca, en 1893, soutient une thèse dans laquelle il expose ses recherches sur le cadavre et ses animaux. En 1895, ce sont les communications de Bryant et de Biondi. En 1897, Hoches pratique sur le cadavre une œsophagectomie en sulvant la voie gauche de Quenu et Hartmann. Cavazzani, Potarca, W. Lévy, Garré et Rehn publient, en 1890, de nombreux travaux.
Dix ans après que Nassilof en eut émis l’idée s'ouvre une époque héroïque, marquée par des tentatives hardies. Rehn le premier entreprend l'intervention sur un malade; il échoue.
Liobet, en 1900, réussit à aborder un œsophage. J.-L. Faure, en 1903, devait le premier mener à bien de bout en bout les deux premières ablations de cancer de l’œsophage. Cet essai fit sensation, mais fut considéré comme une hardiesse à ne pas renouveler. Ce devait être, avec les tentatives malheureuses de Tuffier par voie transpleurale, la seule participation française à cette chirurgie naissante.
Cette période est marquée par la multiplication des recherches expérimentales auxquelles les interventions de Ja chambre à pression différentielle de Sauerbruch, en 1904, avaient donné un nouvel essor en suscitant les plus grands espoirs.
Les tentatives chirurgicales sont, à partir de cette époque, surtout le fait de l’école allemande. Wendel, en 1907, publie la première œsophago-gastrectomie effectuée par Brauer. Puis, c'est au tour de Tiegel, en 4909, de rapporter une œsophagectomie inférieure exécutée par Henle avec un premier temps abdominal et un deuxième temps thoracique.
Au congrès de Berlin de 1910, Wendel publie de nouveaux insuccès ef Kuttner ne cache pas son profond découragement.
Les chirurgiens américains s'intéressent eux aussi à la question. C'est Willy Meyer qui, le premier, entame la lutte en 1909, bientôt suivi par Janeway’et Green un an plus tard. Les tentatives américaines se caractérisent par le fait qu’elles sont presque toutes dès le début effectuées par voie transpleurale.
En 19143, Ach, en Allemagne, publie une étude expérimentale et quatre interventions avec des survies de quelques jours. Il n'utilise qu'une fois la voice transthoracique et, dans les autres cas, a recours à une méthode assez voisine de celle utilisée quinze ans plus tôt sur l'animal par Lévy, qui sectionnait l'œsophage au cou, le liait sur une sonde sortant par un orifice de gastrostomie, et, par une traction, cherchait à inverser et à extérioriser le conduit œsophagien.
Cette année 1913 voit presquesimultanément la publication des trois premiers succès.
C'est d'abord celui de Torek, réalisé à l'Hôpital allemand de
New-York, cas remarquable à tout point de vue, puisque ce fut une guérison non seulement opératoire mais éloignée (malade morte treize ans après de pneumonie), puisqu'aussi ce fut la démonstration de la valeur de la voie transpleurale. Torek utilisa la voie gauche.
Puis Sauerbruch, qui enlève par voie cervicale un cancer de la portion sus-aortique. Deux ans plus tard, le malade était encore en vie.
Zaaïjer enfin, en Hollande, obtient un’succès en utilisant lui aussi la voie transpleurale gauche pour un cancer du cardia.
Une seule tentative à cette époque en France : celle de Baümgartner. C’est un échec. Mais il est le premier à avoir utilisé la voie droite intrapleurale, à laquelle mérite sans conteste de rester attaché son nom.
Juste avant la guerre est préconisée par Denk, de Vienne, la tunnellisation cervico-abdominale dans le but d’éviter l’ouverture du thorax. La mise en pratique de cette technique devait échouer, et ce n’est que plus tard qu'elle donnera des succès.
Avec la guerre survient une nouvelle éclipse, mais après elle les succès se multiplient rapidement.
Kuttner, en 1919, pratique l’exérèse d’un cancer de l'œsophage thoracique supérieur par voie cervicale. Puis c’est une suite de succès américains ininterrompus : Lilhenthal, en 1921, qui utilise la voie extrapleurale gauche; Hedbiom, en 1922, qui enlève un néoplasme du cardia par la même voie que Zaaiïjer; Egger, en 1924 et 1929, par la voie transpleurale gauche de Torek.
Tous lés chirurgiens ‘américains, après avoir un instant été ébranlés par l'argumentation de Lilienthal, sont alors bien d'accord pour n'avoir plus recours qu'à la voie transpleurale.
Ce n’est qu'à partir de cette époque que les chirurgiens européens vont faire réellement parler d'eux.
En 1927, Gohrbandt publie une guérison opératoire par voie abdominale.
AD
Puis un Autrichien, Lotheissen, en 1929, et Zaaijer, en 1930, obtiennent deux succès par la voie cervicale élargie.
En 1932 se place une tentative bordelaise : celle du Doc teur Chenut.
Et c'est alors l'entrée en lice de l’école anglaise, à laquelle revient entre autre le mérite d’avoir introduit le pneumothorax préopératoire.
Grey Turner apporte à la fois le premier succès anglais et la première réussite de tunnellisation cervico-abdominale en
Un an plus tard ce sont les succès de King et de Tudor Edwars, et, en 1936, ceux de King à nouveau et de Muir. Les deux cas de King et celui de Tudor Edwars concernaient des cancers de l'œsophage thoracique opérés par voie intrapleurale selon la technique de Torek. Muir avait traité un cancer du cardia suivant Ja technique de Zaaijer.
L'année 1937 voit en Allemagne le second succès de tunnellisation cervico-abdominale obtenu par A.-W. Fischer, et le troisième obtenu par Bernhard.
L'année 1938 apporte de nombreux succès des chirurgiens américains
Î cas de Braunn et Brodie Stephens:
3 Cas de Garlock (technique de Torek);
Î cas de Adams et Phemister:
{ cas de Overhalt et Marshal:
Bendick, enfin, publie une survie de 2 ans 1/2.
Depuis l’année 1939 les difficultés actuelles empêchent de faire le bilan des cas opérés avec succès.
En ce qui concerne la France, nous pouvons faire état de 4 guérisons opératoires, qui sont, dans l’ordre : 2 cas de M. P. Santy; 1 cas de M. Laumonier en 1942; 1 cas de M. Mathey en 1943.